Note : Je sais que tout s'accélère un peu ici, mais j'ai une nouvelle idée en tête, et en regardant mon déroulé mois par mois, je me rends compte que la fiction s'étale déjà sur plus de deux ans ! C'est énorme, en fait. Et pourtant, je n'ai pas encore terminé — je pense qu'il manque encore une dernière arrivée avant de pouvoir poser le point final. Il y a plein de petits indices disséminés dans certains chapitres… On s'en approche, doucement mais sûrement. J'y tiens !

Retour d'un peu d'angst dans ce chapitre, parce que je trouvais vraiment bizarre qu'elle ne se déplace pas. Mais pas de panique, on reste dans une ambiance "Disney" ici, donc quoi qu'il arrive, tout finira bien. Promis. D'ailleurs, j'ai senti le besoin de rajouter une touche d'humour juste après, parce que... eh bien, c'est ce qu'elle provoque : de la tension. Il fallait bien faire redescendre un peu la pression !


Sam souffla en s'adossant à son siège de bureau, observant autour d'elle l'espace qu'elle et Lena avaient aménagé dans l'ancienne salle de jeux de Ruby. Depuis que Lena avait emménagé, ce bureau était devenu un peu leur lieu de travail commun. Sam avait toujours pris soin de ne jamais amener de travail chez elle, préférant profiter de sa fille une fois la journée terminée. Mais avec ce dernier tome, elle passait de plus en plus de temps dans ce qu'elle appelait "le bureau de Lena", un espace qui avait fini par être rebaptisé simplement "le bureau" par Ruby, car Sam y passait désormais autant de temps que Lena.

Elle parcourut les messages de Winn et relut ceux qu'elle avait écrits sous le pseudonyme de Kate. À chaque relecture, elle plongeait un peu plus dans l'univers de Supergirl, et savoir que c'était la dernière fois lui faisait serrer le cœur. Ces mois, ces années de travail acharné n'avaient pas été vains : l'enthousiasme des fans pour les suites des différents tomes en témoignait. Mais ce tome 6, ce dernier, avait un goût à la fois d'achèvement et d'amertume. C'était comme si elle mettait un point final à toutes ces années d'écriture. Ce n'avait pourtant pas été un travail pour elle à l'époque, mais un simple divertissement. Des histoires inventées, des écrits, des moments partagés avec des amis : des soirées passées à discuter sur un chat jusqu'à une heure du matin, puis plus tard des visios avec ceux qui, malgré la distance, étaient restés proches d'elle. Ces personnes, qui avaient fait partie de sa vie, restaient connectées par cette histoire qu'ils avaient construite ensemble. Et maintenant, tout cela était fini.

Mais malgré tout, Sam savait qu'elle avait avancé grâce à eux. Ce travail d'écriture avait été un tremplin, l'aidant à démarrer une nouvelle vie. Il avait été le point de départ d'une nouvelle étape : elle s'était fiancée, et bientôt, elle et Lena allaient officialiser leur union. Il y avait même des projets pour la suite, comme fonder une famille. Ruby grandissait, et Sam se rendait compte qu'elle n'avait plus à envisager sa vie seule, comme elle l'avait fait pendant si longtemps. Elle avait toujours pensé qu'elle continuerait à vivre par procuration à travers les amours de Ruby, de ses futurs petits-enfants… Mais maintenant, l'idée de former une famille avec Lena, d'écrire un nouveau chapitre ensemble, semblait non seulement possible, mais désirable.

Le mariage était encore en discussion, un projet qui pourrait se concrétiser lors des fêtes de Noël, mais pour le moment, il s'agissait surtout d'un "si". Lena voulait proposer à Alex, Maggie et Andrea de venir, mais personne n'était au courant. Elles avaient prévu de leur annoncer en visio ce soir. C'était probablement le seul moment où tout le monde serait dispo, étant donné que l'année précédente, elles avaient presque toutes fêté le nouvel an ensemble ici. Sam sourit en pensant à tout cela : un mariage en plein milieu des fêtes de Noël n'était probablement pas la meilleure des idées, mais après tout, elles n'avaient jamais fait les choses comme tout le monde. Ce mariage, un peu à l'écart des conventions, symbolisait parfaitement leur façon à elles d'aborder la vie. Un peu chaotique, mais sincère et profondément ancrée dans leur propre vérité.

Sam vérifia une dernière fois son téléphone avant de regarder l'horloge. La visio était sur le point de commencer, mais elle avait préféré attendre Lena. Lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir, Lena entra, un sourire un peu nerveux sur le visage, comme si elle ressentait l'ampleur de ce qu'elles allaient annoncer.

Est-ce que la visio est déjà lancée ? demanda Lena en s'approchant, enlevant sa veste.

Sam secoua la tête en souriant, la gestuelle détendue malgré l'excitation qui montait. Non, j'ai préféré t'attendre avant de la lancer. On a encore quelques minutes.

Lena hocha la tête, appréciant le geste. Elle attrapa sa chaise de bureau et prit place à côté de Sam, elles se regardèrent quelques instants, comme pour se donner un peu de courage avant d'affronter les regards des autres. Puis Sam lança la visio.

À l'instant où l'écran s'alluma, l'image d'Andrea et Russel apparut. Leur sourire suggérant qu'ils s'étaient déjà amusés à discuter avant que la réunion commence. De l'autre côté, Alex et Maggie étaient également déjà présentes, chacune dans un coin de l'écran, mais leurs regards se croisaient souvent, comme si elles avaient échangé des secrets ou des sourires furtifs. Dès que Lena et Sam apparurent, les discussions s'arrêtèrent immédiatement.

Lena prit une grande inspiration avant de prendre la parole. Elle n'était pas du genre à parler devant un groupe pour annoncer des choses sérieuses, mais aujourd'hui, c'était différent.

Bonsoir tout le monde, commença-t-elle, captant immédiatement leur attention. On vous a demandé de vous rendre dispo pour un petit moment ce soir, enfin, en cette après-midi pour vous, et… Elle marqua une pause, se tournant vers Sam qui lui fit un sourire encourageant. La raison pour laquelle on vous a demandé de faire cette visio, c'est parce qu'on a quelque chose à vous dire. Ça a été un long chemin pour en arriver là, et il était important pour nous de le partager avec vous.

Elle s'arrêta un instant, jetant un coup d'œil vers Sam, qui la regardait avec un léger sourire et une étincelle de bonheur dans les yeux. Elle savait ce que cette annonce représentait.

Oh mon dieu ! coupa Andrea, presque en transe, les yeux écarquillés. Putain, c'est ça ! J'avais raison, les filles ! s'exclama-t-elle, toute excitée de sa propre découverte. Le mariage ! Vous allez vous marier ! cria-t-elle presque, tandis que Russel tentait de la calmer en arrière-plan avec un "doucement Andy" tout en récupérant le téléphone qui bougeait dans tous les sens. Andrea dansait presque, le téléphone secoué par ses gestes.

Lena, souriante, haussait les épaules. Oui, répondit-elle tranquillement, tandis qu'Alex et Maggie semblaient tout aussi surprises par cette nouvelle.

Sam m'a fait sa demande, et nous sommes officiellement fiancées depuis les vacances d'août, annonça Lena, le cœur battant un peu plus vite sous l'excitation.

Andrea, toujours la première à réagir, se pencha en avant, faussement agacée, exagérant ses gestes comme si elle allait tomber d'indignation. Quoi ?! Vous nous avez laissées dans l'ignorance pendant tout ce temps ?! s'écria-t-elle. Vraiment ?!

Lena haussait les épaules, amusée par sa réaction, tandis que Sam souriait, un peu gênée par l'enthousiasme de leur amie. Alex, de son côté, regardait Lena et Sam avec un sourire sincère, ses yeux pétillants de bonheur. Félicitations, vous deux ! dit-elle, visiblement émue pour elles.

Maggie, assise à côté d'Alex, hocha la tête, un sourire chaleureux aux lèvres. C'est tellement génial ! Vous le méritez.

Mais au fur et à mesure de la conversation, il devenait clair qu'il y avait quelque chose de plus entre Alex et Maggie. Les deux femmes se lançaient des regards furtifs, et parfois se coupaient la parole, chacune s'empressant de répondre, avec un petit air gêné qui n'échappait pas à Sam.

Et maintenant, eh bien… commença Sam en tentant de détourner l'attention. On commence à réfléchir et à préparer notre mariage.

Et on avait pensé à Noël, enchaîna Lena, un sourire malicieux aux lèvres.

Noël ?! Mais non, c'est dans deux mois ! s'écria Andrea. Et on avait déjà des plans. Les parents de Russel veulent absolument voir Clara toutes les vacances...

Eh bien justement, on a pensé à tous ces détails. Lena prit un air un peu plus sérieux, mais avec un sourire confiant. Donc, si les parents de Russel veulent voir Clara, ça ne sera pas un problème, non ? Elle se tourna vers Russel, qui acquiesça discrètement. Ils sont bien à Boston ? On invitera ton père ici, Andy, et vous serez totalement dispo pour le mariage. On ne fera rien le 24 ou le 25, c'est prévu pour le 28 décembre. Vous aurez une journée sans Clara, mais j'imagine que tu peux surmonter ça ?

Andrea sembla souffler d'agacement, mais en réalité, elle était bien plus excitée qu'elle ne voulait l'admettre. Tu veux dire que tu invites tout le monde ? Même Jeremiah et Eliza ? demanda-t-elle, presque choquée par ces révélations.

Oui, ils m'ont pratiquement élevée, continua Lena sans détour, un léger sourire sur les lèvres. Et je doute qu'ils veuillent s'éloigner de Jamie pendant les fêtes, non ?"

Exact, confirma Alex, prenant la parole pour la première fois depuis un moment. J'ai pris ma semaine pour qu'on se fasse des vacances en famille pour le premier Noël de Jamie.

Le ton léger et amical de la conversation montrait que malgré les petites inquiétudes et la précipitation de la situation, tout le monde se réjouissait sincèrement pour Lena et Sam.

Lena prit une nouvelle inspiration, un sourire tendre se dessinant sur ses lèvres. Je pensais… Je pensais à quelque chose. Elle se tourna vers l'écran où Alex et Andrea étaient toutes deux attentives, et la lumière de la conversation se fit un peu plus sérieuse, bien qu'encore emplie de cette chaleur qui régnait depuis le début.

J'aimerais beaucoup que l'une de vous soit mon témoin, dit-elle, les yeux brillant d'émotion. C'est un moment tellement important pour moi, et je veux vraiment que vous fassiez partie intégrante de cette journée.

Andrea leva les sourcils, ses yeux pétillant d'enthousiasme. Oh, tu veux dire… Moi ? Témoin ?! s'écria-t-elle, une expression faussement choquée, mais son sourire était tout sauf surpris. J'ai toujours dit que j'étais la meilleure dans ce genre de rôle.

Lena éclata de rire, secouant la tête. Tu es définitivement l'une des meilleures, Andy, dit-elle, amusée par l'enthousiasme débordant de son amie. Mais elle se tourna ensuite vers Alex, une lueur sincère dans le regard. Mais toi, Alex, je ne t'oublie pas. Tu es comme une sœur pour moi, et… Je ne sais pas, je me dis que ça pourrait vraiment être génial que tu sois là aussi, d'une manière ou d'une autre.

Alex, habituellement plus réservée, la regarda avec un sourire tendre. Lena, tu sais que je serai là pour toi, quoi qu'il arrive. Elle marqua une pause avant de laisser échapper un léger rire. Mais je crois qu'Andrea n'aurait pas accepté de ne pas être témoin, n'est-ce pas ?

Andrea se fendit d'un large sourire, n'ayant pas besoin de répondre pour montrer qu'elle était prête à jouer ce rôle avec enthousiasme. Parce que je vais être un témoin d'enfer. J'ai déjà plein d'idées pour l'enterrement de vie de jeune fille. Vous nous prenez vraiment de court avec les délais, mais comme je suis géniale, j'ai déjà plein d'idées…

Lena secoua la tête, amusée. Pour ça, vraiment, on n'est pas obligées.

Tu déconnes ou quoi?! C'est toi qui as préparé la fête pour Alex, je réclame le droit de le faire! Laisse-moi au moins ça. Andrea ne se laissa pas démonter, excitée à l'idée de s'occuper de tout.

Donc c'est de ça qu'il s'agit, hein? demanda Lena, un sourire en coin.

Avoue, c'est parce que tu voudrais secrètement préparer la tienne, lança Sam avec un sourire espiègle.

Un léger silence s'installa avant qu'Andrea ne secoue la tête, faussement indignée. N'importe quoi! Mais toi! Ta fête sera démentielle.

Mon dieu, souffla Lena en baissant la tête, secouant la tête dépitée. Sam lui frotta doucement le dos, un léger sourire aux lèvres.

Attention, elle risque de changer d'avis… commença Alex.

Non, non! s'exclama Andrea presque scandalisée. C'est trop tard, t'es d'accord.

Crois bien que je regrette maintenant, dit Lena en la regardant un peu désabusée.

Maggie pouffa. Ça m'avait manqué un peu tout ça.

Oh, tu n'as rien loupé, rétorqua Lena. Je t'assure que je suis ravie d'être loin de vous, je vous adore… Hein. Mais j'aime bien l'idée d'avoir quelques heures de décalage avec vous pour… Pour…

Pour avoir la paix, sourit Maggie alors qu'Alex disait quelque chose de similaire mais elles se coupèrent mutuellement.

Pardon, s'excusa Alex.

Non, désolée, c'est moi. rétorqua Maggie.

Puis, Andrea, ne perdant jamais une occasion de mettre les pieds dans le plat, s'empressa de dire :
Bon, vous savez, on dirait qu'il se passe aussi des choses entre vous deux, non ? Je vois bien vos regards complices. Allez, avouez-le !

Un long silence s'installa alors qu'Alex et Maggie semblaient hésiter. Finalement, Alex prit une profonde inspiration et s'adressa à tout le monde. On a décidé d'essayer à nouveau… mais c'est tout récent. On y va doucement, petit à petit, avoua-t-elle, un léger sourire gêné aux lèvres. On n'a pas encore tout à fait trouvé nos repères.

Sam capta alors le regard de Maggie, et elle vit un éclat de bonheur dans ses yeux, un regard lumineux et doux, que Sam n'avait pas manqué. Cela confirmait ce qu'elle ressentait, même si la situation semblait encore un peu floue pour Alex et Maggie.

C'est super! s'exclama Lena joyeuse.

Ouais, d'ailleurs on a quelque chose à clarifier avec vous deux avant, dit Alex en pointant son doigt vers l'écran. Sam se sentit visée immédiatement et Lena semblait totalement à l'aise, faussement décontractée.

Comment ça vous deux? demanda Sam, se tendant subitement.

Une histoire de texto, dit vaguement Maggie.

Quelle histoire? demanda Andrea, curieuse.

Rien qui te concerne, coupa Alex.

Mais du coup, continua Maggie. Tu ne nous as pas dit qui était ton témoin Sam. tenta-t-elle de détourner la conversation.

Sam fit un sourire plein de tendresse. Elle tourna alors son regard vers Lena et, dans un souffle presque complice, répondit : C'est Ruby.

Un silence léger suivit, avant qu'Alex ne brise ce moment avec un commentaire plein de tendresse. C'est trop mignon! dit-elle en souriant largement. Ruby comme témoin… Elle doit être tellement fière de toi.

Sam acquiesça doucement, un sourire fier sur les lèvres. Oui, elle l'est. Ça va être une journée spéciale pour elle aussi.

Andrea s'exclama. Oh donc, tu ne feras probablement pas ton enterrement de vie de jeune fille, non? C'est un peu bizarre avec sa fille, j'imagine?

Eh bien, je ne pensais pas le faire dès le départ, conclut Sam. Je ne sais pas vraiment ce qu'elle compte faire, nous en avons pas parlé… Mais si elle m'évite ça, je serais ravie.

Est-ce qu'on peut échanger de témoin? supplia presque Lena, alors que Sam se mettait à rire.

Oh Sam, j'aurais tellement d'idées pour le tien aussi.

Sam regarda l'écran, les yeux écarquillés. Je vais… te laisser gérer celui de Lena, je vais rester avec ma fille.

Andrea soupira, mais en réalité, elle était heureuse pour ses amies. Bon, je vais devoir m'organiser et annuler quelques plans, mais je suis vraiment contente pour vous deux.

Chacune d'elles s'échangea un sourire, et les discussions se poursuivirent sur la date du mariage et du futur enterrement de jeune fille de Lena. Noël approchait rapidement, et même si le planning était serré, elles étaient toutes déterminées à être présentes pour cet événement.

(...)

Le mois de novembre avançait lentement, enveloppé d'un mélange de fraîcheur et d'excitation. Les préparatifs du mariage rythmaient les journées, et même si le stress commençait doucement à s'installer, Sam savourait cette effervescence, ce sentiment nouveau d'avoir trouvé un ancrage, un futur auquel elle croyait vraiment.

Elle était restée travailler depuis la maison ce jour-là, assise sur le canapé avec son ordinateur posé sur les genoux, les jambes recroquevillées sous une couverture. Le silence de l'appartement était doux, seulement troublé par le bruit des touches et le cliquetis occasionnel de la bouilloire en marche. Lena était en réunion à l'extérieur, et Sam profitait de ces quelques heures de calme pour avancer.

Lorsque quelqu'un frappa à la porte en plein après-midi, elle sursauta légèrement. Peut-être la wedding planner ? Ou l'un des fournisseurs ? Ces derniers jours, les allées et venues s'étaient multipliées, depuis qu'elles avaient officialisé la date du mariage. Les bagues à leurs doigts attiraient parfois les regards, mais Sam aimait cette visibilité. Elle aimait encore plus ce que cela représentait. Un engagement réel, assumé, et surtout mutuel.

Juliet, sa collègue, lui avait d'ailleurs fait une remarque à ce sujet quelques jours plus tôt, un petit commentaire moqueur mais pas méchant : « Alors, cette bague ? Elle ne quitte plus ton doigt, hein ? »
Sam avait souri. Un vrai sourire. Celui qu'on fait quand on ne cherche plus à dissimuler ce qui nous rend heureux. Elle s'en était voulue d'avoir été si distante avec Juliet ces derniers mois, et dans un élan de sincérité, elle l'avait même invitée au mariage. Une chose qu'elle n'aurait jamais faite auparavant — Sam avait toujours fait très attention à ne pas mélanger travail et vie privée. Mais ça… c'était avant Lena.

Elle posa sa tasse, traversa le couloir d'un pas tranquille et ouvrit la porte sans trop réfléchir.

Devant elle, une femme se tenait droite, parfaitement immobile. Élégante, impeccablement mise, le visage dur et les yeux perçants. Il n'y avait aucune chaleur dans son regard. Seulement une froideur maîtrisée, comme si elle était venue accomplir une tâche désagréable avec une détermination implacable.

Sam fronça légèrement les sourcils. Elle ne l'avait jamais vue. Oui ? demanda-t-elle, poliment, mais en se tenant sur ses gardes.

La femme ne prit même pas la peine de répondre tout de suite. Son regard la balaya de la tête aux pieds, avec une lenteur presque insultante. Est-ce que Lena Luthor habite ici ? demanda-t-elle enfin, d'une voix tranchante et sans chaleur.

Quelque chose dans son ton fit frissonner Sam. Il n'y avait ni curiosité ni politesse dans cette question. Juste une colère froide, contenue, prête à exploser au moindre mot de travers. C'est pour quoi ? répondit-elle avec calme, essayant d'évaluer la situation. L'instinct de protection s'était immédiatement déclenché. Elle n'allait pas laisser n'importe qui s'incruster dans leur espace.

Le regard de la femme se fit plus dur encore, si c'était possible. Je suis sa mère. Lillian Luthor. Et je viens discuter avec ma fille.

Le temps sembla s'arrêter une seconde.

Sam sentit son cœur bondir dans sa poitrine, avant de retomber lourdement, comme s'il s'écrasait contre ses côtes. La mère de Lena. Elle n'aurait su dire ce qu'elle imaginait, mais sûrement pas… ça. Cette femme, droite comme un couperet, dégageait une tension glaciale, une hostilité contenue si dense qu'on aurait pu la couper au couteau. Lillian Luthor. Elle ne l'avait jamais vue en personne, mais Lena en avait déjà parlé. Pas souvent. Jamais en détail. Juste assez pour que Sam comprenne qu'il n'y avait rien à creuser, rien à attendre, rien à espérer. Ce genre de silence en disait long. Et ce qu'elle savait suffisait déjà à ne pas vouloir en savoir davantage.

Mais là, face à elle, cette silhouette pleine de jugements non-dits, de dédain à peine contenu… c'était autre chose. C'était réel. C'était violent, même dans l'apparente courtoisie du moment.

Sam resta interdite une fraction de seconde, tentant de garder une expression neutre, même si une étrange pression venait nouer son estomac. Lena n'est pas là en ce moment. Elle a une réunion en ville.

Lillian haussa un sourcil, comme si l'information n'avait aucune importance. Elle croisa les bras, lentement, et laissa son regard glisser à nouveau vers Sam — un regard acéré, calculateur, chargé d'un dédain qui n'avait même plus besoin d'être masqué. Et vous êtes… quoi exactement ? L'assistante ? Une passade ?

Le ton était glacial, mordant. Elle savait exactement qui était Sam. C'était une provocation, une façon d'humilier sans lever la voix, avec la maîtrise cruelle de ceux qui ont passé leur vie à dominer par le mépris.

Sam sentit la remarque lui lacérer l'estomac. Elle aurait pu répondre sèchement, se défendre avec ironie ou colère. Mais elle comprit immédiatement que ce serait exactement ce que cette femme cherchait. Un accrochage. Un faux pas. Une preuve qu'elle ne méritait pas Lena.

Elle redressa le menton, planta son regard dans celui de Lillian, sans ciller. Je suis la femme que Lena va épouser. Pas "fiancée". Pas "compagne". Pas de demi-mesure. Juste la vérité, dite avec calme, avec une assurance contenue qui venait du cœur.

Un silence épais s'installa, coupant l'air comme un rideau de verre. Lillian plissa légèrement les yeux, comme si les mots eux-mêmes l'offensaient. Quelle… extravagance, finit-elle par lâcher avec un sourire froid. J'imagine que ce genre de décisions irréfléchies arrive lorsqu'on manque de discernement… ou qu'on est influencée par certains attraits. Le confort. Le nom. L'illusion d'appartenir à un monde qui n'est pas le sien.

Son regard s'attarda sur la bague de Sam, puis remonta lentement vers son visage, chaque seconde plus accablante que la précédente.

Sam sentit sa mâchoire se contracter, mais elle tint bon. Son cœur battait un peu plus vite, ses doigts légèrement crispés sur le bord de la porte. Si vous avez un message à faire passer à Lena, je peux le lui transmettre. Sinon, je vous demanderai de repasser quand elle sera là.

Elle avait tenté de garder un ton neutre, poli. Mais la fermeté sous-jacente trahissait qu'elle n'était pas prête à plier.

Lillian ne répondit pas tout de suite. Elle observa l'intérieur derrière Sam, puis la toisa une dernière fois comme si elle pesait son prochain mouvement. Et sans qu'on l'y invite, elle franchit le seuil, s'introduisant dans la maison comme si elle en possédait les lieux. Je ne suis pas venue pour Lena, déclara-t-elle, glaciale. Je suis venue pour vous.

Sam resta interdite, le souffle coupé par la franchise soudaine.

Vous avez encore le temps de reconsidérer ce mariage, poursuivit Lillian en déposant calmement son sac sur le buffet de l'entrée. Je peux vous aider à repartir sur de meilleures bases. Une belle somme, un poste ailleurs. Tout ce que vous voulez pour sortir… proprement.

La nausée monta si vite que Sam crut vaciller. Il y avait quelque chose de si cynique, si désinvolte dans cette offre… Comme si elle n'était qu'un détail indésirable à effacer du décor. Elle serra les dents. Je crois que vous ne comprenez pas du tout qui je suis, ni ce que représente Lena pour moi.

Oh, mais je comprends très bien, au contraire. La voix de Lillian était tranchante comme un scalpel. Et c'est bien là le problème.

Sam sentit le sang battre à ses tempes. Chaque mot que cette femme prononçait résonnait comme une gifle, et l'envie de répondre violemment — de crier, de la chasser, de la remettre à sa place — lui monta à la gorge comme un feu brutal. Ses poings se serrèrent contre ses cuisses, son dos droit comme une ligne tendue à rompre. Mais elle ne bougea pas. Elle ne céda pas.

Elle comprenait maintenant. Oh, elle comprenait.

Cette manière de manipuler sans élever la voix, de piétiner les gens avec élégance. Ce mépris déguisé en bonne éducation. Cette façon de faire passer la cruauté pour de la lucidité. C'était ça, l'environnement dans lequel Lena avait grandi.

Sam se sentit soudain submergée par une vague d'émotion. Pas pour elle — pour Lena.
Elle revit tous les silences de Lena quand on parlait de sa famille. Tous ces sourires crispés. Ce regard fuyant, cette façon de se tenir droite sans rien dire. Cette pudeur affective qu'elle avait mis si longtemps à apprivoiser. Sam pensait avoir compris. Elle n'avait aucune idée.

Elle prit une inspiration lente, posée, comme on le fait juste avant qu'un barrage ne cède. Je ne sais pas ce que vous pensez voir en moi, dit-elle enfin, sa voix étrangement calme, presque douce malgré la colère qu'elle contenait, mais je n'ai rien demandé. Ni son nom. Ni son argent. Ni la vie qui va avec. Ce que je veux, c'est Lena. Ce qu'on construit ensemble. Ce qu'on partage chaque jour. Et si vous croyez que vous pouvez m'acheter, me faire partir… vous n'avez rien compris à ce qu'elle représente pour moi.

Lillian resta silencieuse un moment, à la fois intriguée et irritée par ce ton qui refusait de céder.
Son visage n'exprima rien de plus qu'un vague sourire figé, le genre de sourire qui accompagnait souvent les pires des coups de poignard. L'idéalisme est une belle chose, Mademoiselle Arias. Il s'érode avec le temps, vous verrez.

Sam la fixa, imperturbable. Vous savez… je me suis toujours demandé comment Lena pouvait rester aussi calme face à tant de mépris. Maintenant je vois. Elle a eu des années de pratique.

Les mots glissèrent entre elles comme un murmure tranchant. Lillian perdit brièvement son sourire, ses mâchoires se crispant imperceptiblement. Mais elle ne releva pas.

Elle récupéra lentement son sac, réajusta les poignets de son manteau avec la précision d'un chirurgien, puis se dirigea vers la porte sans se presser. Elle s'arrêta juste avant de franchir le seuil. Si jamais vous changez d'avis… mon offre reste valable. Il n'est jamais trop tard pour faire le bon choix.

Elle ne se retourna pas. Elle sortit comme elle était entrée, laissant derrière elle un parfum glacé et un silence lourd.

Sam resta debout un long moment, les bras ballants, le regard fixe. Un millier d'émotions se heurtaient en elle, comme des vagues contre une digue qu'elle avait réussi, à grand-peine, à ne pas laisser rompre. Une partie d'elle voulait hurler. Une autre voulait pleurer. Mais la plus forte, la plus brûlante, c'était l'amour. L'amour inébranlable qu'elle portait à Lena. Et la certitude, désormais gravée au fer rouge, qu'elle ne laisserait jamais plus personne la blesser — pas tant qu'elle serait là.

Elle ne savait pas combien de temps s'était écoulé. Elle était restée là, assise sur le canapé, immobile, les yeux perdus dans le vide, comme figée dans un rêve absurde — ou plutôt un cauchemar bien réel. Elle n'avait même pas entendu Ruby rentrer, encore moins remarqué sa présence. Son esprit bourdonnait encore des paroles de Lillian, de son ton tranchant, de ce mépris glacial.

Une colère sourde palpitait en elle, mais comme enfermée derrière une vitre opaque. C'était trop. Trop grand. Trop brutal. Un barrage de stupeur retenait encore ses émotions, comme si son corps refusait de les laisser éclater d'un seul coup, de peur qu'elle ne s'effondre.

Sam ? La voix était douce, inquiète. Presque lointaine. Elle résonna à ses oreilles comme à travers une couche de coton.

Elle sentit le canapé s'affaisser légèrement à côté d'elle. Une présence. Un poids familier. Mais elle ne réagit pas. Pas tout de suite. Ce n'est que lorsque Lena posa sa main sur la sienne — un simple contact, délicat mais réel — que quelque chose céda en elle.

Elle tourna enfin la tête. Le regard de Lena la cherchait, plein de questions et d'amour silencieux.
Sam le soutint à peine une seconde, les yeux embués, puis elle fondit.

Elle se laissa tomber dans les bras de Lena comme une digue qui craque, comme une enfant perdue qui retrouve un repère. Ses bras se refermèrent autour de son amoureuse avec une urgence retenue, presque désespérée. Les larmes coulèrent sans un mot, traçant des sillons chauds sur ses joues. Des larmes de colère, de chagrin, d'impuissance. Mais surtout, des larmes de lucidité.

Elle comprenait maintenant. Pas seulement en théorie, pas à travers les mots que Lena avait laissés échapper au fil du temps. Non, elle ressentait enfin. Ce que cela faisait d'avoir cette femme face à soi. Ce froid, ce mépris tranchant, cette violence feutrée qui s'insinue sans un cri. Ce besoin de rester droite, digne, de ne surtout rien montrer, parce que le moindre fléchissement devenait une faiblesse exploitée.

Je suis désolée… murmura-t-elle, la voix étouffée contre l'épaule de Lena. Je savais pas… je savais pas que c'était à ce point. Les mots lui échappaient par bribes, brisés par l'émotion qui remontait en vagues incontrôlables.

Lena ne disait rien, mais elle la gardait contre elle, les bras autour de ses épaules, une main dans ses cheveux. Présente. Stable. Inébranlable. Sam savait qu'elle ne comprenait pas encore ce qui s'était passé. Pas complètement. Mais elle était là. Prête à l'écouter. À la soutenir. Même sans avoir tous les éléments.

Ta mère… souffla-t-elle, la gorge nouée. Elle se recula juste assez pour plonger son regard dans celui de Lena, et rajouta d'un ton tremblant : Elle est venue ici. Puis, incapable de soutenir davantage la tension de cette révélation, elle se raccrocha à elle, plus fort, comme si le simple fait de la tenir pouvait éloigner ce souvenir.

Elle sentit un léger arrêt dans la respiration de Lena, un frémissement à peine perceptible dans ses bras. Oh Sam… murmura cette dernière, le souffle rauque. Je suis tellement désolée… Je… j'aurais dû être là.

Tu ne pouvais pas savoir. La voix de Sam était douce, mais épuisée. Il n'y avait aucun reproche. Juste la vérité nue.

Elle s'autorisa à fermer les yeux un instant, bercée par la chaleur de Lena, et réalisa à quel point cette femme avait dû se construire seule, pierre après pierre, pour rester debout face à une mère comme celle-là.

Et elle jura, intérieurement, que plus jamais Lena n'aurait à se tenir seule.

Sam s'éloigna doucement de Lena, se dégageant de son étreinte pour se redresser. Elle marcha dans le salon, ses pas résonnant dans l'espace silencieux. Un tourbillon de pensées envahit son esprit, et elle se sentit submergée par des vagues d'émotion qui secouaient son équilibre. Ses mains tremblaient à peine, mais elles étaient pleines de cette frustration qu'elle n'avait jamais su canaliser.

Elle se tourna vers Lena, assise là, silencieuse, le regard ailleurs, comme si elle avait appris à vivre avec cette douleur. Sam se força à respirer profondément, mais la colère montait, implacable.

Je suis un vrai désastre, hein ? marmonna-t-elle, plus pour elle-même que pour Lena. Elle s'arrêta un instant, ses mains serrant l'une contre l'autre. Je pensais pas que ça m'atteindrait autant... Je pensais que je... je pouvais le supporter. Mais, Lena… ta mère.

Elle reprit sa marche, jetant un regard circulaire autour de la pièce. Chaque objet semblait soudainement avoir un poids énorme, comme si les murs eux-mêmes portaient la lourdeur de ce qu'elle venait d'apprendre. Elle est perverse… ajouta-t-elle, presque avec dédain, une étincelle de rancœur dans sa voix. Elle te manipule depuis des années, et toi, tu te tiens là, calme, digne. Comment tu fais ? Elle s'arrêta un instant, ses yeux fixant Lena, observant chaque détail de son visage, cherchant des indices sur ce qu'elle ressentait. Mais Lena cachait bien son jeu, comme toujours.

Sam secoua la tête, la frustration éclatant dans ses mots. Je n'arrivais même pas à comprendre pourquoi Andrea et Alex sont aussi protectrices avec toi. Maintenant je vois. Parce que tu as dû grandir avec ça. Avec elle. Et je... Elle s'arrêta de nouveau, presque étouffée par la colère. Je n'avais aucune idée, Lena. Aucune idée de ce que tu avais à supporter.

Elle se tourna à nouveau vers Lena, prête à exploser, mais elle se retrouva face à une femme calme, silencieuse, qui semblait contenir une mer de sentiments sous une surface figée. Sam voulut crier, mais elle s'abstint. Elle s'était engagée à rester calme, mais c'était plus facile à dire qu'à faire. La colère bouillonnait à l'intérieur, prête à déborder.

Puis, enfin, Lena brisa le silence, sa voix basse et mesurée. Sam… Je suis désolée que tu aies eu à faire face à ça. Je sais que c'est... difficile à comprendre, mais j'ai appris à gérer ce genre de confrontation. Ça ne me touche plus de la même façon. Je suis juste... habituée à cette tension.

Le ton calme de Lena fit l'effet d'un choc pour Sam. Un poids écrasant. Elle se figea, son estomac se nouant sous l'ampleur de ce qu'elle venait d'entendre. Tu... Tu t'excuses encore pour elle ? s'étrangla Sam, plus agacée qu'elle ne l'aurait voulu. Ses poings se serrèrent à nouveau. Elle te détruit lentement, Lena. Et toi, tu t'excuses pour elle ? Sam avança de quelques pas, les yeux brillants de cette colère qui, pour une fois, n'était pas contenue. Non, tu n'as pas à faire ça.

Lena resta silencieuse, et Sam se rendit compte que cette colère ne venait pas seulement de ce qu'elle venait de vivre avec la mère de Lena, mais aussi de ce qu'elle réalisait maintenant : Lena avait appris à se taire, à supporter. Elle avait été forcée de se faire toute petite pendant trop longtemps. Et Sam n'arrivait pas à accepter que la femme qu'elle aimait ait dû se plier de cette manière.

Je t'interdis de t'excuser pour elle. Parce qu'elle ne mérite même pas un mot de ta part.

Lena baissa les yeux, le regard intense, et finalement, d'une voix calme mais ferme, elle répondit : Tu n'as pas à t'inquiéter pour moi. J'ai pris des décisions pour ma vie, et je suis prête à en assumer les conséquences. Elle ne pourra pas me détruire. Ni toi. Ni Ruby. Ni tout ce qui fait notre bonheur.

Sam se laissa tomber sur le canapé, les mains serrées sur ses genoux, son esprit encore en ébullition. Elle se sentait à la fois épuisée et enragée, une colère sourde se mêlant à un sentiment de tristesse profond. Jamais elle n'avait vu Lena aussi résignée. Cette résignation, elle la comprenait maintenant. Elle savait d'où elle venait, et cette prise de conscience ne faisait qu'amplifier sa colère envers cette femme, cette mère qui avait imposé tout cela à Lena.

Mais lentement, la colère se calma, comme une mer agitée dont les vagues finissent par se retirer. Sam prit une profonde inspiration, les poings toujours serrés, mais avec un air plus pensif. Elle se leva, marchant doucement dans la pièce, comme pour éviter d'exploser de nouveau. Lena la regarda en silence, attendant un signe de ce qu'elle ressentait, avant que Sam ne brise enfin le silence. Elle va probablement revenir, parce qu'elle n'en a clairement pas fini avec nous. Sam s'assit à nouveau, ses yeux fixant le sol pendant un instant avant de se tourner vers Lena, toujours calme mais résolue.

Lena haussait légèrement un sourcil, un petit sourire en coin. Qu'est-ce qu'elle t'a proposé ? De l'argent ? Une opportunité ?

Sam souffla, l'agacement réapparaissant dans sa voix, mais de manière plus maîtrisée. Un peu de tout ça à la fois. Elle laissa échapper un soupir. Elle est persuadée que c'est une passade, que je ne suis là que pour ta notoriété, ton argent. Je ne suis pas quelqu'un de violent, mais j'ai eu une furieuse envie de la gifler.

Lena pouffa, comme si l'évocation de ce genre de violence allait apaiser la situation. Oh, j'en ai eu envie des millions de fois aussi, elle a cet effet-là. Parfois, je me demande comment elle peut être encore en vie après tout ce temps. Elle esquissa un petit sourire, un éclat d'humour noir dans la voix.

Sam souffla, se tournant lentement vers elle. On n'en aura jamais vraiment fini avec elle, j'imagine ?

Lena se redressa, ses yeux s'adoucissant un peu. Disons qu'on la gardera à distance. Tant qu'elle ne crée pas de scandale et qu'elle ne s'immisce pas dans nos vies, on peut dire que c'est une victoire.

Sam se laissa aller contre le dossier du canapé, croisant les bras, toujours un peu irritée, mais la situation devenait moins oppressante grâce à l'humour de Lena. Je n'aurais jamais pensé dire ça un jour, mais je crois que je préfère ma mère absente à la tienne.

Lena lui sourit alors, un sourire sincère mais triste, avant de se pencher légèrement vers elle. J'aurais aimé la rencontrer aussi, pourtant. Pour lui dire l'énorme erreur qu'elle a faite en te laissant. À quel point tu t'es bien mieux construite sans elle. Et à quel point j'ai de la chance de devenir ta femme.

Sam ressentit une chaleur douce envahir son cœur. Elle savait que Lena était sincère, mais entendre de telles paroles, venant de la femme qu'elle aimait, la bouleversait profondément. Elle s'approcha doucement, prit la main de Lena dans la sienne, la serrant avec tendresse. Je suis désolée, Lena, pour tout ça… pour ce que ta mère t'a fait. Mais tu n'auras jamais à t'excuser pour elle.

Lena inclina légèrement la tête, ses yeux brillant d'émotion contenue. Je sais. Mais j'ai appris à avancer malgré elle, et je te promets que, tant que tu seras à mes côtés, je n'aurai plus besoin d'elle.

(...)

Sam eut l'impression d'avoir simplement cligné des yeux… et d'être déjà arrivée à la veille des vacances de décembre. Pas qu'elle s'en plaigne, à vrai dire. Entre le travail et les préparatifs du mariage, les journées s'étaient enchaînées à une vitesse folle, au point qu'elle n'avait réalisé que la veille qu'elle allait vraiment avoir droit, elle aussi, à un enterrement de vie de jeune fille.

Elle ne serait pas seule pour l'occasion : Ruby, Juliet, Megan, sa voisine Sarah… et Maggie. Une petite bande improbable, mais qui lui mettait le sourire aux lèvres rien qu'à y penser.

En réalité, Maggie avait été très claire : il était hors de question qu'elle participe à une fête organisée par Andrea. Et encore moins de vivre ce genre d'événement aux côtés d'Alex, pas maintenant. Leur relation avançait doucement — elles étaient bel et bien ensemble — mais il restait entre elles une sorte de gêne discrète, un frein invisible qu'elles n'avaient pas encore totalement levé.

Sam l'avait accueillie avec bienveillance, heureuse de ce lien nouveau qui se créait entre elles. Depuis leur conversation en septembre, elles s'étaient rapprochées, comme Lena l'avait prédit. Et elle avait eu raison : Maggie ne lui avait pas tenu rigueur de leur échange — au contraire, elle s'était montrée curieuse, pleine de questions sur les bébés, sur la meilleure façon d'accompagner Alex dans cette nouvelle étape.

Il y avait chez elle une douceur inattendue, presque timide, que Sam n'avait pas perçue lors de leurs premières rencontres, ni pendant la commémoration, ni dans leurs discussions de groupe. Une tendresse discrète qui, désormais, la touchait profondément.

Mon Dieu, David, c'est ta fille aussi ! soupira Megan, le téléphone collé à l'oreille en franchissant le seuil. Salut Sam, lança-t-elle aussitôt, avant de l'enlacer d'une main tout en maintenant son appel de l'autre. Écoute, débrouille-toi, je ne sais pas ! Laisse-moi au moins passer une soirée entre copines. Ça fait des mois que j'en rêve, j'y ai droit aussi ! Sans attendre de réponse, elle raccrocha avec un soupir de soulagement. Ouf. Enfin la paix.

Je vois que je ne suis pas la seule à avoir fui la maison, plaisanta Juliet depuis le canapé. Oh Megan ! s'écria-t-elle en la voyant approcher. C'est pas vrai, le monde est petit !

Juliet ? Non mais c'est pas possible ! s'étonna Megan, les yeux ronds. C'est dingue !

Attendez… vous vous connaissez ? demanda Sam, un sourcil levé.

Harper est dans la classe d'Aaron, expliqua Megan en posant enfin son sac.

Il l'avait invitée pour son anniversaire, ajouta Juliet avec un sourire taquin. Il était très déçu qu'elle ne vienne pas.

Megan laissa échapper un petit rire, tandis que les autres les regardaient sans trop comprendre. Elle s'en rendit compte et précisa avec amusement : Aaron est follement amoureux de Harper. Mais… disons que ce n'est pas franchement réciproque.

Je ne peux pas lui en vouloir, répondit Juliet sur le même ton. Aaron peut être… particulièrement insistant quand il s'y met.

Bon, allez, trancha Megan en levant les mains, on est là pour Sam, pas pour déballer la vie amoureuse de nos enfants. Pour une fois que j'ai une soirée rien qu'à moi, j'aimerais bien en profiter !

Et tu vas pouvoir en profiter, promit Juliet en attrapant une coupe de prosecco sur le plateau que Ruby venait tout juste d'apporter.

À condition que personne ne me reparle de cantine, de dinosaures ou de réunions parents-profs avant minuit, lança Megan en riant.

Marché conclu, répondit Ruby en souriant, tendant un verre à Sam.

Tu mérites une médaille, vraiment, ajouta Megan en s'adressant à la jeune fille. Trois soirées avec mes deux tornades, et tu trouves encore le courage de revenir avec le sourire ?

Ils sont adorables, assura Ruby. Harper a un humour bien à elle, et Max m'a confié qu'il voulait devenir « maître des dinosaures » quand il sera grand… Honnêtement, impossible de s'ennuyer.

Ah, Max et ses dinosaures… soupira Megan en levant les yeux au ciel. Même Harper n'avait pas une passion aussi envahissante à son âge.

Tout le monde éclata de rire. Même Maggie, restée plutôt en retrait jusque-là, esquissa un sourire sincère. Tu fais du baby-sitting pour Megan ? demanda-t-elle à Ruby, l'air sincèrement curieux.

Depuis quelques années, oui. Et parfois pour d'autres familles du quartier aussi.

Juliet, intriguée, pencha légèrement la tête vers Sam. Je savais que Ruby était assez grande, mais j'ignorais qu'elle faisait du baby-sitting, dit-elle doucement. Tu sais, si je l'avais su plus tôt… Je t'en aurais parlé. continua t-elle à l'attention de Sam. Elle eut un petit rire et secoua la tête. Depuis qu'on est bien installés avec James, je rêve juste de quelques soirées calmes, rien que nous deux. Notre voisine est adorable, mais elle n'est jamais dispo… Alors bon, même si Aaron n'est pas ce qu'on appellerait un enfant modèle je me serais peut-être laissée tenter.

Elle lança un regard complice à Ruby, avant d'ajouter dans un sourire : Enfin, s'il n'est pas déjà catalogué "client à éviter" chez toi…

Depuis que j'ai le permis je peux me déplacer plus loin… Mais ça dépend de là où vous êtes. Maman n'aime pas trop que je rentre la nuit en voiture.

Mega et Juliet acquiescèrent, comprenant sans doute la réaction de Sam.

Pendant ce temps, Maggie sirotait son verre en silence. Elle suivait attentivement les conversations, sans trop savoir à quel moment se glisser dans l'une d'elles. Sam, qui la surveillait du coin de l'œil, lui adressa un petit sourire complice. Maggie le lui rendit du bout des lèvres, avec cette expression qui disait à la fois merci de m'avoir embarquée là-dedans… mais j'essaie de survivre.

C'est à ce moment-là que la porte d'entrée s'ouvrit dans un léger courant d'air, et Sarah fit irruption dans le salon. Ne me dites pas que je suis encore en retard ? lança-t-elle en ôtant son manteau. Oh super, je suis la dernière. Génial.

Hey Ruby ! s'écria-t-elle en venant serrer l'adolescente dans ses bras. Oh waouh, t'as mis le paquet ! fit-elle en découvrant les décorations.

Ruby répondit à son étreinte avec un sourire. Comment va Amber ?

Bien, elle bosse sur… je sais plus trop, un truc de science.

Ah oui ? Elle n'a toujours pas terminé ce fameux projet ?

Pendant que Megan et Juliet s'étaient lancées dans une nouvelle discussion, et que Ruby échangeait avec Sarah — la mère d'Amber, une copine de lycée — Sam profita du moment pour s'installer près de Maggie. Désolée, j'espère que tu t'y retrouves un peu.

J'essaie, répondit Maggie en souriant. Alors… si je suis bien, Juliet c'est ta collègue ? Sam acquiesça. Et elle connaît ton amie… Megan ? Parce que leurs enfants sont dans la même classe. Et… la dernière à être arrivée, elle a une fille qui est… l'amie de Ruby ? Ou une petite qu'elle garde ? Je t'avoue que je perds un peu le fil.

Sam se retint de rire. Non, t'as presque tout juste. Amber, c'est une amie de Ruby, elles sont dans plusieurs cours ensemble. Sarah, c'est sa mère. Donc pas de baby-sitting cette fois.

Maggie hocha la tête, un peu soulagée de remettre de l'ordre dans les connexions sociales de la pièce.

C'est pas exactement l'ambiance Lena, Alex et Andrea, hein ?

Non, clairement pas. C'est plus reposant, crois-moi. Je n'ose même pas imaginer ce que Lena doit supporter en ce moment… Maggie jeta un regard vers le groupe, puis se pencha vers Sam avec un sourire en coin. Franchement, pour une fête d'enterrement de vie de jeune fille, c'est plutôt soft. Je m'attendais à des boas à plumes et des gages gênants.

Ne parle pas trop vite, répondit Sam en riant. Ruby est capable de sortir un jeu de société étrange à n'importe quel moment.

Je note. Rester sur mes gardes.

Sam l'observa, amusée, alors qu'elle voyait Maggie prendre ses marques dans le groupe. Tu t'en sors bien, tu sais. Ce genre de soirée, c'est jamais simple quand tu connais pas grand monde.

Ouais, c'est pas trop mon truc d'habitude, répondit Maggie en haussant les épaules. Mais tout le monde est plutôt cool. Et puis… tu l'air assez sereine, alors je me dis que ça va.

Oh, je le suis seulement parce que je sais que Lena doit vivre pire que moi avec Andrea.

M'en parle pas, dit Maggie en souriant. Je suis étonnée qu'elle ne t'ait pas envoyé un message, ou qu'Andrea n'ait pas posté une photo quelque part.

Sam allait répondre lorsque son téléphone vibra dans sa poche. Elle le sortit machinalement et fut surprise de voir le prénom de Lena s'afficher. Eh bien, quand on parle de Lena… A croire qu'elle t'a entendue, dit-elle en riant.

Elle déverrouilla l'écran. Un selfie flou apparut : Lena, visiblement assise dans une pièce décorée de rideaux pailletés, portait un serre-tête avec des licornes et avait des étoiles autocollantes sur le front. En arrière-plan, une personne costumée en magicien semblait faire des bulles de savon sur une table.

Le message de Lena s'afficha : « À l'aide. Andrea m'a attirée dans un piège. Viens me chercher. Au secours. »

Sam écarquilla les yeux et pouffa de rire. Mon Dieu… murmura-t-elle

Quoi ? demanda Maggie, curieuse tandis que Sam lui montrait la photo suivit du message.

Je crois qu'elle ne vit pas aussi bien sa fête que moi, répondit Sam, un sourire amusé aux lèvres.

Maggie manqua de s'étouffer avec son verre. Le serre-tête licorne, elle a osé ! Dit-elle en riant. Je crois que je n'ai jamais fait un meilleur choix que de venir dans ta fête. Je n'aurais jamais porté ce truc. Je suis sûre qu'Alex et Andrea le portent avec fierté, en plus.

Maggie dégaina son téléphone et vérifia rapidement ses messages. Un nouveau message d'Alex apparut, accompagné d'une photo des trois amies : Alex et Andrea tout sourire avec le fameux serre-tête, tandis que Lena était clairement en train de faire son plus beau sourire crispé.

Maggie éclata de rire, attirant l'attention des autres femmes autour d'elles.

Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Ruby en s'approchant avec Sarah.

Maggie tendit son téléphone pour leur montrer la photo. Ruby jeta un œil et éclata de rire. Oh mon Dieu, Lena en mode licorne… je n'aurais jamais cru la voir dans un truc pareil, dit-elle en se tenant les côtes.

Megan, Juliet et Sarah se penchèrent à leur tour, intriguées. Juliet fronça les sourcils. C'est qui, Lena ? Celle de droite ou de gauche ? demanda-t-elle en pointant l'écran.

Celle du milieu, répondit Sam avec un sourire en coin. Celle qui a l'air tellement ravie d'être là.

Les filles éclatèrent de rire, sauf Sarah qui, elle, souriait avec une lueur complice.

Je ne l'avais jamais vue en photo, avoua Juliet en observant attentivement l'image. Tu sais bien choisir, Sam.

Merci, dit Sam, un peu gênée mais touchée.

J'adore son expression, fit remarquer Sarah. On dirait qu'elle est en train de supplier qu'on l'aide juste avec les yeux.

C'est exactement ça, souffla Maggie en secouant la tête. Lena déteste être au centre de l'attention. Et encore plus quand ça implique des paillettes, des bulles de savon et des serre-têtes licornes. Andrea l'a piégée… comme elle sait si bien le faire.

Elle a l'air tellement mal à l'aise, murmura Megan en étouffant un rire.

Avec Andrea, une fête, c'est jamais juste une fête, expliqua Maggie. C'est toujours un show complet. Elle ne fait rien à moitié. Et Lena… elle, elle préférerait mille fois un dîner tranquille, une soirée posée… sans licorne à l'horizon.

Juliet, toujours les yeux fixés sur la photo, hocha la tête avec un sourire amusé. Elle a cette tête de « je suis polie, mais je souffre intérieurement ». C'est fascinant.

C'est exactement ça, confirma Sam en pouffant. Et pourtant, elle est restée. Elle doit déjà maudire Andrea… Je sens que je vais avoir droit au récit complet, râleries incluses, pendant des jours.

J'ai trop hâte d'entendre ça, lança Ruby en riant. Même si la photo nous donne déjà quelques indices assez clairs.

Donc si je comprends bien, on est à l'abri des licornes ici ? demanda Sarah en souriant.

J'espère bien ! s'exclama Maggie. Hors de question que je porte ce genre de trucs. J'ai fui Andrea précisément pour ça !

Les filles éclatèrent de rire tandis que Sam relisait une nouvelle fois le message de Lena. Elle hésitait entre lui répondre un simple "Tiens bon" ou organiser une véritable opération de sauvetage. Mais quelque chose lui disait que Lena survivrait… et qu'elle préparerait sûrement une vengeance en bonne et due forme.

(...)

Lena soupira en avançant à petits pas, le dos légèrement penché en arrière, comme si son corps tout entier refusait d'aller vers ce qui l'attendait. Le bandeau sur les yeux l'aveuglait complètement, mais ce n'était pas l'inconnu qui la dérangeait — c'était ce que concoctait Andrea signifiait. Coincée entre Alex et Andrea, elle savait qu'elle pouvait leur faire confiance… en théorie. Ce n'était pas la marche qui l'inquiétait. C'était la destination.

Elle n'aurait jamais dû céder. Laisser Andrea organiser son enterrement de vie de jeune fille avait été une erreur stratégique de niveau olympique. À cet instant précis, elle enviait Sam et Ruby qui, elles, passaient la soirée à la maison avec leurs amies, en toute tranquillité. Même Maggie avait changé de camp — traîtresse — mais Lena ne pouvait pas vraiment lui en vouloir. Si elle avait eu la moindre échappatoire, elle aurait aussi fui cette soirée en courant. Malheureusement, on ne disparaît pas si facilement quand on est « la reine de la fête ».

Le bandeau, c'est vraiment nécessaire ? demanda-t-elle pour la quatrième — ou la quarantième — fois.

Tu pourrais essayer de nous faire un minimum confiance ? râla Andrea.

À toi ? Pour une fête ? Absolument pas, répliqua Lena sans hésiter. Alex, par pitié… dis-moi que tu as au moins gardé un œil sur ce carnage annoncé ?

Je te jure, on n'est pas en route vers un club de strip-tease, répondit Alex en riant. Rien de gênant. Juste… un peu original.

Lena n'eut pas le temps de répondre : Andrea s'exclama un « Tadaaa ! » tonitruant en lui retirant le bandeau.

La lumière l'aveugla aussitôt. Elle cligna des yeux, tentant de s'acclimater à l'ambiance visuelle… et faillit se reculer d'instinct. Des guirlandes scintillantes, des rideaux à paillettes, une énorme licorne lumineuse qui clignotait fièrement sur un mur du fond… Elle ouvrit la bouche. La referma. Puis lâcha, d'un ton tranchant : Non.

Oh allez, protesta Alex. C'est mignon ! Juste un décor de licorne, quelques petits spectacles… c'est festif.

C'est un cauchemar, murmura Lena, figée. Un véritable cauchemar. Elle se sentait prise au piège.

Andrea, toute souriante, la prit par le bras et la guida — ou plutôt la poussa gentiment mais fermement — jusqu'à un fauteuil moelleux au milieu d'un espace lounge.

Sur une estrade, un homme en costume de magicien faisait des bulles de savon entre deux tours de cartes. Un peu plus loin, des gens en patins à roulettes glissaient autour d'une piste colorée. Et au loin, Lena aperçut ce qui ressemblait à un karaoké géant en préparation. Tu te moques de moi, Andrea… souffla-t-elle.

Mais Andrea ne l'écoutait déjà plus. La musique retentit et une voix s'éleva au micro : Ce moment est dédié à Lena, future mariée !

Lena s'enfonça dans le fauteuil, espérant littéralement disparaître. Elle n'eut pas le temps de protester qu'Andrea lui colla une écharpe satinée rose bonbon sur laquelle était écrit en lettres dorées : Jeune Mariée. Et pour parfaire le tableau, elle lui planta un serre-tête licorne sur le crâne.

Allez, on sourit pour la photo ! lança Andrea en dégainant son téléphone.

Alex se plaça à côté d'elle, hilare, et sortit aussi le sien.

Lena esquissa un sourire — le plus crispé et artificiel de toute sa carrière de femme publique. Elle n'avait jamais autant eu envie de s'échapper en pleine soirée. Quelqu'un. Sauvez-moi. Maintenant.

Quelques minutes plus tard, Lena soupira profondément, seule pour quelques précieuses secondes dans son coin de salon scintillant. Le fauteuil en vinyle rose collait un peu à sa peau, les ballons autour d'elle se frottaient les uns aux autres dans un grincement irritant, et son serre-tête licorne pulsait encore doucement de lumière violette. Comme si son humiliation n'était pas déjà assez visible.

Elle s'autorisa un rapide coup d'œil autour d'elle. Andrea discutait avec un type déguisé en magicien, un vrai, avec cape et baguette. Alex, de son côté, était en grande conversation avec un serveur qui tenait un plateau de cocktails fluos. Personne ne faisait attention à elle.

L'occasion était trop belle.

D'un geste furtif, Lena dégaina son téléphone, leva discrètement la caméra frontale… et soupira en se voyant : étoiles autocollantes brillantes sur le front, écharpe « Jeune mariée » de travers, et ce maudit serre-tête avec ses deux cornes de licorne clignotantes.

Elle appuya sur le déclencheur. Une seule photo. Pas besoin de plus.

L'image envoyée, elle tapota rapidement le message à Sam.

Quelques secondes plus tard, sur l'écran de cette dernière, s'afficha une photo de Lena, visiblement assise dans une pièce noyée sous les rideaux pailletés, des étoiles sur le front, un serre-tête licorne sur la tête, et en arrière-plan… un magicien en pleine démonstration de bulles.

Juste en dessous, le message de Lena : « À l'aide. Andrea m'a attirée dans un piège. Viens me chercher. Au secours. »

À peine le message envoyé, Lena rangea son téléphone d'un geste sec, inspirant lentement comme une héroïne de drame en plein dilemme existentiel. Elle balaya la pièce du regard. Toujours personne qui la surveillait directement. Andrea riait à gorge déployée avec le magicien et Alex… Alex venait de chausser des patins à roulettes. Bien sûr qu'Alex s'amusait.

Et Lena, elle, portait un serre-tête à licornes. Clignotant. Elle jeta un œil au couloir à sa gauche. Pas d'Andrea. Pas d'Alex. Pas de magicien lanceur de paillettes. C'était le moment.

Elle se leva en silence, enleva d'un geste agacé le serre-tête, et avança, lente mais déterminée, vers la sortie. Chaque pas lui semblait chargé de suspense. Plus que quelques mètres. Elle visualisait déjà l'air frais du dehors, le silence, la dignité retrouvée… ou au moins un Uber.

Elle tendit la main vers la poignée.

Tu vas où comme ça, Cendrillon ? lança une voix derrière elle.

Lena se figea, ferma brièvement les yeux, comme si elle pouvait réécrire la scène rien qu'en y croyant très fort. Trop tard.

Andrea, bras croisés, sourcil levé, un verre de cocktail fluo à la main, la regardait avec ce petit air satisfait de celle qui connaît chaque intention de son amie depuis l'université.

Je… je cherchais les toilettes, tenta Lena sans grande conviction.

Au niveau de la porte de sortie ? Vraiment ? Tu crois que je ne t'ai pas vue venir ? Reviens tout de suite, tu vas rater le clou du spectacle.

Pitié, dis-moi que ce n'est pas un karaoké costumé sur patins.

Andrea lui sourit, triomphante. Surprise.

Lena gémit intérieurement. Recalée à la porte, elle dut se résigner à rebrousser chemin, sous l'œil amusé d'Andrea qui lui remit en place d'un geste expert son serre-tête de licorne.

La fête ridicule n'était pas terminée. Mais elle savait déjà à qui elle ferait payer ça. Et un jour, Andrea. Oh, un jour, elle se vengerait.