Bien qu'il ne comprenne pas le moindre mot de la langue des sawtute, Aonung n'avait aucun mal à deviner que Txeptsyìp était en train de se disputer avec le tawtute inconnu. Le jeune guerrier fit un mouvement pour sortir de sa cachette quand le vonvä' posa sa main sur l'épaule de la jeune femme, mais Rotxo l'attrapa par le bras et secoua la tête.
Il n'eut pas même le temps de se dégager que, dans un mouvement rapide, Txeptsyìp avait projeté l'importun sur le sol. Le vonvä' se releva précipitamment et retourna vers le village d'un pas pressé, tandis que la tawtuté reprenait sa promenade sur la rive.
—Je peux savoir ce qui t'a pris? demanda Rotxo dans un murmure.
Aonung détourna le regard gêné. Cela faisait plusieurs gardes que Ipokx ne venaient plus avec eux. Le conseil avait décidé que la surveillance des humains pouvait être relâchée et le jeune guerrier ne serait pas étonné qu'elle soit tout à fait abandonnée sous peu. Les sawtute n'avaient montré pas le moindre signe d'agressivité depuis leur arrivée quelques mois plus tôt et ne semblaient pas chercher à creuser le sol de l'île. Ils vivaient en paix et le conseil souhaitait que cela reste ainsi.
—J'ai cru qu'il allait lui faire du mal, avoua Aonung sans oser le regarder.
Il sentit le regard de son ami sur lui, mais garda le sien fixer sur Txeptsyìp qui regardait dans leur direction. Le cœur d'Aonung rata un battement et le jeune guerrier se baissa précipitamment. Les avait-elle vus?
—Que se passe-t-il?
—Elle regardait dans notre direction, répliqua-t-il dans un murmure.
—Tu penses qu'elle nous a vus?
—Je ne sais pas. Je ne pense pas.
—Il faut vraiment que tu fasses attention, Aonung.
—Que je fasse… quoi? demanda ce dernier sans comprendre.
Son meilleur ami le fixait d'un air inquiet et déclara:
—C'est important qu'on ne se fasse pas repérer. Tu ne peux pas… Pas pour une tawtuté.
—Je ne vois pas ce que tu veux dire, fit mine de pas comprendre Aonung.
Rotxo leva les yeux au ciel avant de reporter son attention sur son ami et d'ouvrir la bouche afin de répliquer. Toutefois, le jeune guerrier fut interrompu à ce moment-là par l'arrivée de la relève. Aonung salua poliment les nouveaux venus avant de jeter un dernier coup d'œil dans la direction de Txeptsyìp. Il savait parfaitement qu'il ne la reverrait pas avant plusieurs jours. En effet, depuis que la surveillance avait été relâchée et que les trinômes étaient devenus des binômes, les gardes s'étaient espacées et Aonung n'était de service que tous les trois jours à sa grande déception.
Pendant le trajet du retour, Rotxo tenta plusieurs fois de ramener la conversation sur Txeptsyìp, mais Aonung se contenta de répondre par monosyllabes ou d'accélérer la cadence et de faire mine de pas l'entendre. Toutefois, son ami profita qu'ils soient arrivés à Awa'atlu pour relancer le sujet.
—Aonung… soupira-t-il. On sait tous les deux que cette tawtuté…
—Qu'a encore fait la tawtuté? questionna une voix derrière eux. Elle s'est de nouveau baignée avec son bébé?
Aonung et Rotxo se tournèrent vers Nixtre et son binôme. Le premier les fixait, un sourire carnassier étirant ses lèvres.
—Je n'espère pas! Personne n'a besoin d'assister à ce spectacle dégoûtant plus que nécessaire, continua Nixtre avec mépris. Même couvertes, ses deux mamelles me…
De manière très mature, il fit mine de vomir. Aonung leva les yeux au ciel. Fut un temps, Nixtre et lui avaient été bons amis. Le plus jeune voyait en son aîné un modèle, le meilleur guerrier de sa génération, mais Nixtre était aussi doué qu'arrogant et ne manquait pas une occasion d'humilier les plus faibles. Le cœur d'Aonung se serra en songeant qu'à une époque lui aussi n'avait pas manqué de participer à cela. Puis, il avait passé les trois tests, avait reçu son premier tatouage et Nixtre avait tenté de s'en prendre à Rotxo. Encore maintenant, près de quatre ans après les faits, le jeune guerrier en voulait encore de ne pas avoir compris la gravité des actions de Nixtre, de n'avoir rien dit et d'y avoir même pris part une fois.
—De toute manière, avec des cheveux comme les siens, il est certain qu'elle ne peut pas cacher son aura démoniaque.
Aonung tenta de garder le visage fermé tandis que Nixtre se tournait vers sa bande de suiveurs afin de se rassurer quant à la portée de son discours. Il avait toujours aimé se donner en spectacle et l'expérience ne semblait pas l'assagir, bien au contraire.
—Je ne comprends pas le conseil, continua-t-il en reportant son attention sur Aonung.
Ce dernier savait que son interlocuteur guettait une réaction, qu'il l'espérait.
—On sait tous comment sont ceux qui viennent du ciel. On aurait dû les réduire à néant dès leur arrivée.
—Es-tu en train de mettre en doute les décisions du conseil? demanda Aonung d'une voix mauvaise.
Il fit un pas dans la direction de Nixtre et le sourire de ce dernier se fit encore plus large.
—Pourquoi? Tu vas le dire à ton père? se moqua Nixtre.
Il regarda son cadet de haut en bas avec un mépris évident. Aonung savait qu'il n'avait toujours pas digéré leur rupture amicale.
—Laisse tomber! Il n'en vaut pas la peine, intervint Rotxo en tentant de l'entraîner vers l'arbre maison.
Aonung résista l'espace de quelques secondes avant de lancer un dernier regard noir à Nixtre et de décider de suivre son ami.
—Ma Sempu! Ma Sempu! s'écria l'autre guerrier moqueur. Nixtre a dit que…
Avant que Rotxo ait pu faire quoi que ce soit, Aonung s'était jeté sur Nixtre en feulant. Le dernier tomba en arrière en poussant un cri surpris tandis que Aonung lui assénait un coup de poing dans la mâchoire. La violence du coup le sonna assez longtemps pour que le plus jeune se prenne le dessus et lui en donne un autre, mais Nixtre reprit bien vite ses esprits et lui mordit le bras. Aonung poussa un cri de douleur et cela suffit au guerrier plus expérimenté à reprendre le contrôle de la situation. Il les fit basculer et se trouva au-dessus tandis qu'il frappait son cadet au visage. Aonung releva son genou et le frappa sans ménagement dans le ventre. Ce fut à ce moment-là que deux guerriers tirèrent Nixtre en arrière. Aonung se releva prestement et allait se précipiter sur son adversaire en feulant quand deux autres guerriers l'arrêtèrent dans son mouvement. Pris dans le feu de l'action, le jeune guerrier tenta de se dégager afin de se jeter à nouveau sur son aîné, mais les deux Na'vi qui le tenaient ne cédèrent pas.
—Que se passe-t-il ici? questionna son père d'une voix forte.
Cette dernière eut l'effet d'un bain d'eau glacée sur Aonung et lui fit retrouver ses esprits. Il porta la main à son visage et constata qu'il saignait du nez, puis reporta son attention sur Nixtre et ne put s'empêcher d'esquisser un sourire en le voyant. Il ne l'avait pas raté.
—Je viens de demander ce qui s'était passé ici, répéta Tonowari d'une voix ferme.
Aonung tourna son attention vers son père et baissa les yeux en signe de respect.
—Nixtre et moi avons eu un désaccord, répliqua le jeune guerrier.
Le regard de l'olo'eyktan passa de son fils à Nixtre.
—Ce n'était rien. On chahutait juste un peu, confirma-t-il en souriant.
Ceci dut le faire souffrir, car il grimaça légèrement en portant sa main à ses lèvres.
—Vous chahutiez juste un peu? Répéta Tonowari sans vraiment les croire. Très bien! Allez voir tsahik et vous viendrez me retrouver dans le marui du conseil quand vous aurez fini.
Aucun des deux ne chercha à discuter l'ordre de l'olo'eyktan et Ronal leur fit signe de la suivre. Elle s'occupa dans un premier temps de Nixtre qui n'attendit pas Aonung avant de se diriger vers leur lieu de rendez-vous.
Le jeune guerrier s'attendait à ce que sa mère lui pose des questions sur la bagarre, mais elle se contenta de le soigner en silence. La désapprobation se lisait sur son visage et le cœur d'Aonung se serra en comprenant qu'elle avait été déçue par son comportement. Lorsque la tsahik eut fini de panser ses blessures, Aonung prit la direction du marui du conseil et croisa Nixtre qui en sortait. Ce dernier lui lança un regard mauvais, mais garda le silence.
Son père lui tournait le dos quand il pénétra dans le marui et Aonung attendit patiemment qu'il se retourne.
—Je dois dire que j'ai été déçu par ton comportement, lâcha soudainement Tonowari.
Le jeune guerrier tenta du mieux qu'il put de garder un visage impassible et de ne pas montrer que les paroles de son père le blessaient.
—Je croyais pourtant que tu avais grandi et que tu avais enfin compris tes responsabilités envers notre clan.
—Je les ai compris, répondit Aonung.
—Si tu les avais compris, tu ne te serais pas battu avec Nixtre, le contredit son père en se tournant vers lui.
Aonung se retint de répliquer que l'autre guerrier l'avait bien cherché et tenta de garder un visage le plus neutre possible. Il avait passé l'âge d'incriminer les autres et de mêler son père à ses histoires.
—Ma Aonung! Je sais que Nixtre peut être difficile, mais un jour ce sera ton tour de prendre la tête du clan et tu te dois de montrer l'exemple.
—Je suis désolé, Ma Sempul, répondit Aonung. Il n'a jamais été dans mon intention de déshonorer le clan et ma future position.
Tonowari hocha la tête et posa la main gauche sur l'épaule de son fils.
—Tu as bon cœur, mon fils, dit-il sincère, mais tu te laisses trop souvent guider uniquement par tes émotions. Un bon olo'eyktan se doit de réfléchir avant d'agir.
Tonowari se tut quelques instants avant de continuer:
—Je pense qu'il est temps que tu rendes visite aux Ta'unui. Le temps passe et si nous voulons célébrer votre union avant la prochaine saison des tempêtes, il est important que vous passiez du temps ensemble, que vous appreniez à vous connaître.
—Combien de temps dois-je rester là-bas?
—Veyey et moi avons pensé que, dans un premier temps, une visite de deux semaines devrait permettre de déterminer si vos caractères sont compatibles. Tu amèneras Rotxo avec toi. Je préfère que tu ne fasses pas le trajet seul. Vous partirez demain matin aux premières lueurs du jour.
Comprenant que la conversation était close, Aonung salua respectueusement son père et quitta le mauri à la recherche de son meilleur ami. Sans surprise, il le retrouva assis sur la plage en train de tresser des paniers avec Tsireya. Cette dernière releva son visage vers lui et ses yeux s'arrêtèrent quelques secondes sur sa joue ou l'hématome devait commencer à se former.
—Nixtre? Vraiment? Je croyais pourtant que tu m'avais dit qu'il n'en valait pas la peine.
Aonung jeta un coup d'œil dans la direction de Rotxo, agacé que ce dernier n'ait pas su tenir sa langue. Il savait que les nouvelles circulaient vite dans le village, mais il avait espéré que sa sœur ne l'apprendrait pas si tôt.
—Et ne regarde pas Rotxo comme ça, il ne m'a rien dit. Il n'a pas eu besoin de le faire, car j'étais là, dit-elle en continuant à tresser son panier.
—On avait simplement quelque chose à régler Nixtre et moi, se contenta de répondre Aonung.
—Eh bien, j'espère que vous l'avez réglé alors, parce que…
—Tsireya! La coupa Aonung, agacé. J'ai déjà reçu une réprimande de la part de Sempul, je n'ai pas besoin d'en recevoir une autre de la part de ma petite sœur.
La tsakarem pinça les lèvres, mais n'insista pas, tandis qu'Aonung portait son attention sur son meilleur ami.
—Je viens d'apprendre qu'on part rendre visite aux Ta'unui demain matin.
—On? S'étonna Rotxo surpris.
—Et oui! On! Mon sempul a décidé de t'envoyer avec moi, dit-il en s'asseyant à côté d'eux.
Aonung esquissa un sourire. Bien qu'il tente de dissimuler sa joie, le jeune guerrier n'avait aucun mal à deviner que son ami était ravi d'avoir l'occasion de revoir Kayea. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas remarquer que son meilleur ami et sa promise s'étaient particulièrement bien entendu durant le séjour de cette dernière quelques semaines plus tôt. Cela aurait sans doute dû irriter Aonung, mais malgré son charme et sa gentillesse, Kayea ne l'avait pas spécialement séduite. Il se doutait que cela avait à voir avec sa fascination grandissante pour Txeptsyìp et il savait tout autant qu'il y avait peu de chance qu'il lui adresse la parole ne serait-ce qu'une fois. Txeptsyìp venait du ciel et ne parlait certainement pas Na'vi et il n'osait imaginer la réaction de ses parents s'ils apprenaient qu'il se touchait le soir en pensant à elle. Les premières fois où cela était arrivé, la honte l'avait envahi, mais cela n'avait pas duré. Le jeune guerrier ne se faisait pas d'illusion. Txeptsyìp n'était qu'un fantasme. Il ferait son devoir quand les circonstances le demanderaient. Toutefois, pour le moment, Aonung n'avait ni l'envie ni la force de s'intéresser à une potentielle future compagne.
—Combien de temps reste-t-on là-bas? demanda Rotxo le sortant de ses pensées.
—Deux semaines, répliqua-t-il en commençant à tresser un panier. Je suis certain que Kayea sera ravie de te revoir, ajouta-t-il d'un ton taquin.
A son grand amusement, le rouge monta aux joues de son ami, tandis que Tsireya lançait un regard suspicieux à son frère.
—Tu crois? Demanda Rotxo timidement.
—C'est sûr, même! Je suis à peu près certain qu'elle t'apprécie plus que moi.
—En même temps, on ne peut pas dire que tu aies fait beaucoup d'effort pour te faire apprécier quand elle était là, remarqua Tsireya d'une voix neutre.
Aonung ne put cacher la surprise qui se peignit sur son visage suite à la remarque de sa sœur. Était-ce si évident que cela qu'il ne s'intéressait pas particulièrement à Kayea?
—Ne me regarde pas comme ça! T'es arrivé en retard presque tous les jours lorsqu'elle était là et t'avais toujours l'air ailleurs. Plus d'une fois, tu as même donné l'impression de ne pas l'écouter quand elle parlait. Il est certain que Rotxo a été un bien meilleur soupirant alors qu'à la base, Kayea était venue pour faire ta connaissance.
—Que veux-tu! Je ne vais pas me forcer à faire semblant qu'elle me plaît, si?
—Si, tu sais que tu ne souhaites pas la prendre pour compagne de vie, pourquoi avoir accepté d'aller lui rendre visite?
—Sempul ne m'a pas laissé le choix, déclara-t-il. Et puis, ça va permettre à Rotxo de continuer de la voir.
Tsireya leva les yeux au ciel, agacée.
—Tu sais très bien que si tu dis aux parents que tu ne souhaites pas t'unir à Kayea, ils ne te forceront pas.
—Je sais, oui, mais je n'ai pas envie d'avoir cette discussion avec eux pour le moment, avoua Aonung.
—Très bien! Je t'aurais prévenu, soupira sa sœur en reportant son attention sur son panier.
Aonung ouvrit la bouche pour répliquer, mais décida de se taire. Pour son plus grand malheur, Tsireya avait bien souvent raison.
Aonung et Rotxo furent accueillis comme il se doit par les Ta'unuis qui organisèrent un feu de camp afin de célébrer leur venue. Le conteur du clan raconta des histoires que les deux jeunes guerriers n'avaient jamais entendues avant ce jour-là. Puis, les chants s'élevèrent accompagnés par le rythme entraînant des percussions. Kayea invita Aonung à danser et bientôt tous les membres du clan les rejoignirent.
Plus tard dans la nuit, quand Aonung retrouva son marui et se glissa dans sa couche, un sourire illuminait son visage. Pour la première fois depuis qu'il avait posé pour la première fois son regard sur elle, Txeptsyìp n'avait pas troublé ses pensées. Son père avait peut-être raison après tout. Ce séjour ne pouvait lui faire que du bien.
Malheureusement pour Aonung, cette certitude ne dura pas plus longtemps qu'une inspiration. Cette nuit-là, le voyage du jeune guerrier au pays des songes ne fut pas apaisant. Il se réveilla le lendemain matin, le pagne souillé et des images obscènes gravées derrière les paupières.
Il avait perdu tout contrôle sur sa fascination pour Txeptsyìp et ne savait plus que faire.
Rotxo et lui passèrent les sept jours qui suivirent à découvrir l'île et les différents villages de l'atoll avec Kayea et Ukuai. Le jeune guerrier était ravi de pouvoir changer d'air et passait de bons moments avec ses trois amis. Car s'il appréciait vraiment de plus en plus Kayea, il était certain qu'il n'avait pour le moment pas la moindre attirance pour elle. Il savait ce que dirait son père s'il était là: qu'il était important qu'il essaye, que sa mère et lui n'étaient pas tombés amoureux au premier regard, qu'une relation devait se construire sur la durée et demandait des efforts des deux partis.
Rotxo, de son côté, semblait de plus en plus intéressé par la fille du chef et ne se cachait pas pour le montrer. Malheureusement pour lui, ce matin-là, après le repas, il fut décidé que Kayea et Aonung passeraient la journée ensemble, tandis que Rotxo devait suivre Ukuai.
—Je suis contente que tu aies pu venir, Ma Aonung, souffla-t-elle alors qu'elle le guidait vers l'intérieur de l'île. Nous n'avions pas eu l'occasion de beaucoup parler lors de ma visite à ton clan et je suis ravie de pouvoir faire véritablement ta connaissance.
Aonung esquissa un sourire et lui déclara que lui aussi était content de pouvoir passer du temps avec elle.
—Où va-t-on? demanda-t-il après plusieurs minutes de silence.
—C'est une surprise, répondit Kayea. Viens! Ajouta-t-elle en lui tendant la main.
Aonung hésita l'espace d'un instant avant de la prendre. Sans attendre, Kayea l'entraîna à sa suite jusqu'à un bassin où se jetait une cascade d'eau claire. L'endroit était merveilleux et lui rappelait le bassin où sa sœur, Rotxo et lui avaient l'habitude d'aller sur leur île. Kayea lui sourit avant de pénétrer dans l'eau.
—Tu viens?
Aonung hocha la tête et décida de se jeter à l'eau. Cette dernière était fraîche et revigorante. Il ouvrit les yeux sou l'eau et sourit en admirant la faune et la flore dont les multiples couleurs donnait une aura féerique au lieu. Le jeune guerrier remonta à la surface et trouva nez à nez avec Kayea dont les longs cheveux mouillés tombaient jusqu'à ses épaules. Elle lui offrit un grand sourire et déclara:
—Suis-moi! Je vais te montrer un endroit magnifique.
Sans attendre de réponse, elle prit une grande inspiration et plongea. Aonung la vit jeter un coup d'œil derrière elle alors qu'elle nageait vers la paroi rocheuse. Sans doute rassurée de voir qu'il la suivait, elle pénétra dans un tunnel immergé et illuminé grâce à la bioluminescence des plantes se balançant au rythme de l'eau. Ils le suivirent pendant près de deux minutes et émergèrent dans une grotte. Accrochées au plafond, des animaux aux ailes phosphorescentes dormaient la tête en bas et éclairaient l'endroit d'une faible et douce lumière.
—Viens voir! déclara Kayea qui était déjà sortie du trou d'eau.
Aonung la suivit sans protester.
—Regarde! Lança-t-elle en lui désignant l'un des murs de la grotte.
Dans un premier temps, Aonung ne vit rien, puis ses yeux se firent à la pénombre et il ne put retenir une exclamation de surprise en voyant les dessins au mur.
—Ce sont nos ancêtres qui les ont faits, déclara Kayea d'une voix chargée d'émotions.
Aonung plaça sa main par-dessus la trace laissée par celle de l'ancêtre et une étranger de sensation lui traversa le corps. Des siècles avant lui, un Na'vi s'était tenu à l'endroit même où il se trouvait et avait décidé de laisser sa marque sur ses murs.
—Merci, murmura-t-il en se tournant vers Kayea.
Cette dernière rougit légèrement en baissant les yeux.
—Je suis contente que cela te plaise. C'est un des endroits les plus précieux et les plus sacrés sur notre île, avoua-t-elle.
—Je suis honoré que tu l'aies partagé avec moi, répondit Aonung, sincère.
Kayea fit un pas vers lui et posa sa main sur la sienne et, avant qu'il n'ait pu faire quoi que ce soit, elle se mit sur la pointe des pieds et l'embrassa. Sonné par ce soudain revirement, Aonung ne réagit pas. Kayea s'éloigna précipitamment de lui et ouvrit la bouche pour s'excuser, mais le jeune guerrier combla de nouveau la distance entre eux et s'empara de ses lèvres. Kayea passa ses bras autour de son cou tandis qu'il glissait les siens autour de sa taille et l'attirait à lui.
Aonung l'embrassa avec application et une technique impeccable, mais le cœur n'y était pas. Il ne ressentait rien de particulier, ni dégoût, ni désir. Rien. Il s'éloigna doucement d'elle et la culpabilité l'envahit lorsqu'il décela une étincelle de joie dans le regard de Kayea. La jeune Na'vi lui souriait largement et semblait totalement étrangère aux doutes qui traversaient à cet instant Aonung
—On… Je pense qu'on devrait retourner au village, lâcha-t-il soudainement.
Kayea ne put cacher sa déception l'espace d'un instant, mais reprit rapidement bonne figure.
— D'accord ! Allons-y ! lança-t-elle en lui faisant signe de la suivre.
