James travaillait à la boutique de farces et attrapes de ses oncles depuis l'été de ses seize ans. Lorsqu'il était encore étudiant à Poudlard, cet emploi saisonnier lui avait permis de gagner un peu d'argent. Il en avait mis beaucoup de côté et en avait dépensé tout autant dans des sorties ou des voyages avec ses amis. Le travail au magasin avait fini par devenir une obligation quand il avait quitté l'école de sorcellerie. Clarissa, sa petite amie de l'époque, était tombée enceinte et le jeune homme se devait de subvenir à ses besoins et à ceux de l'enfant à naître. Il se rappelait parfaitement la réaction de ses parents lorsqu'il leur avait annoncé la grossesse de la Serdaigle. Sa mère avait fait une remarque concernant le fait que Pansy – c'était le nom de la mère de Clarissa – avait fini par parvenir à ses fins tandis que son père s'était contenté de le regarder en silence. James se rappelait s'être un peu agacé, déçu du manque de soutien de ses parents.
— On dirait que je viens de vous annoncer que j'ai une maladie en phase terminale pas que je vais être papa, avait-il dit exactement.
Ginny et Harry avaient échangé un regard avant de reporter leur attention sur leur fils. La première s'était excusée et lui avait assuré qu'ils seraient toujours là pour lui alors que le deuxième lui avait demandé si Clarissa et lui savaient ce qu'ils allaient faire. Sans doute, s'imaginaient-ils que Clarissa irait avorter. James mentirait s'il disait qu'ils n'y avaient pas pensé mais le jeune couple avait décidé de le garder. Des années après et malgré leur séparation, le jeune homme ne regrettait pas la décision qu'ils avaient prise. Matilda était son bonheur. Son ancienne petit amie et lui avaient opté pour la garde alternée. La fillette passait donc une semaine chez l'un avant d'aller une semaine chez l'autre. Elle avait deux maisons, comme elle disait souvent.
— Bonjour Mrs Finnigan, déclara James en voyant la femme d'une trentaine d'années pénétrer dans la boutique.
— James! Je me disais bien que c'était toi qui tenais le magasin le mardi.
— Toujours Mrs Finnigan, répliqua-t-il en lui offrant un sourire charmant.
Ce dernier s'élargit quand l'ancien Gryffondor vit les joues de la femme se colorer légèrement. James avait remarqué dès ses premières visites que l'épouse de l'ancien camarade de classe de son père n'était pas indifférente à ses charmes et en jouait de temps à autres.
— Vous cherchez quelque chose en particulier? questionna-t-il, avenant.
— Un cadeau pour mon fils. Il veut un animal de compagnie depuis longtemps mais j'ai peur que cela ne soit une trop grand responsabilité pour lui, puis j'ai pensé à vos boursouflets, répondit-elle en se dirigeant vers l'endroit où les petites créatures se trouvaient.
James la suivit tout en lui expliquant que les boursouflets étaient très appréciés des enfants, ne demandaient que peu de soins et étaient très affectueux.
— J'en ai moi-même offert un à ma fille pour son cinquième anniversaire, déclara-t-il.
— Votre fille? Je ne savais pas que vous aviez une fille, vous êtes si jeune.
— Vous me flattez, Mrs Finnigan, plaisanta-t-il en souriant. Un coup de cœur? demanda-t-il alors qu'ils observaient les boursouflets dans leur cage en verre.
— Celui-là, déclara-t-elle en pointant le boursouflet bleu électrique.
Il s'agissait aussi de la seule petite créature active, les autres dormaient tranquillement dans leurs nids et ne semblaient pas se soucier du monde extérieur.
— Vous êtes sûre de vouloir choisir le plus actif de la portée? interrogea James.
— C'est lui, je ne sais pas pourquoi mais ça ne peut être que lui, répondit Mrs Finnigan sûre d'elle.
— D'accord, répliqua le jeune homme en ouvrant la porte de la cage.
Il glissa une main dedans et la petite créature, curieuse, vint se poser dessus.
— Vous voulez la prendre?
— Je peux? questionna la cliente, surprise.
— Bien sûr, rétorqua James en la posant délicatement entre les doigts de la femme.
Mrs Finnigan commença à caresser le pelage doux et soyeux de la bête et poussa un petit cri amusé en sentant la langue du boursouflet sur son poignet. James esquissa un sourire en l'entendant émettre un bourdonnement de contentement.
— On dirait qu'elle vous a adoptée, déclara le jeune homme heureux. Vous la prenez alors?
— Oui, répliqua-t-elle sans la moindre hésitation.
— Je vous passe une petite boîte de transport dans ce cas-là, déclara James en se dirigeant vers le comptoir de la boutique.
Mrs Finnigan le suivit et lui tendit le boursouflet avant d'aller prendre sa bourse dans l'une des poches de sa robe de sorcier. La femme lui demanda le prix que coûtait la créature magique et lui donna vingt-cinq mornilles que le jeune homme rangea dans la caisse enregistreuse. C'était une vieille machine moldue que les jumeaux avaient modifiée à l'époque où ils avaient ouvert le magasin, et parfois James se demandait comment elle pouvait encore fonctionner.
— Au revoir James! Et merci de votre aide, lança Mrs Finnigan sincère.
L'ancien Gryffondor la salua poliment et lui offrit un grand sourire alors qu'elle quittait la boutique. Il attendit que la porte se ferme avant de jeter un coup d'œil à la pendule accrochée au-dessus du comptoir. Il était onze heures cinquante-cinq et Damian, un de ses collègues, ne devrait pas tarder arriver ce qui lui permettrait d'aller prendre sa pause déjeuner. Le jeune homme se prépara mentalement à ce qu'il allait dire à sa cousine. Rose ne l'évitait plus mais il n'avait pu que constater le fait qu'ils s'étaient éloignés. Ils leur arrivaient de discuter seul à seul durant les repas dominicaux mais là où avant leur mésaventure, ils déjeunaient ensemble au moins une fois par semaine, désormais ils se voyaient presque uniquement au Terrier. Le jeune homme avait bien essayé de l'inviter à déjeuner plusieurs fois mais Rose n'avait cessé de se trouver des excuses.
Le comportement de sa cousine le peinait même s'il le comprenait. James ne savait pas exactement quand il avait commencé à ressentir plus qu'un lien filial avec Rose. Adolescent, sa cousine et lui n'étaient pas très proches. Elle traînait toujours avec Molly, sa seule amie, puis avait commencé à sortir avec Scorpius Malefoy. Il croyait aussi se rappeler d'un premier petit ami dont le nom ne lui revenait pas, mais Rose et lui n'étaient pas restés longtemps ensemble.
Scorpius et Rose s'étaient séparés peu avant le vingtième anniversaire de cette dernière. Il se rappelait l'avoir retrouvée en train de pleurer derrière l'atelier de leur grand-père. Ce week-end là, Matilda était avec sa mère et James était donc venu seul au Terrier. Il avait bien remarqué la mine sombre de sa cousine mais n'avait pas osé poser de questions. Il savait que la situation entre ses parents et Rose n'était pas au beau fixe depuis qu'elle avait refusé un poste au Ministère, préférant un petit temps partiel dans une librairie. Plus jeune, James se rappelait l'avoir trouvée stupide lorsqu'il avait entendu sa mère dire que sa cousine souhaitait devenir écrivaine. C'était désormais lui qui se sentait bête d'avoir été un adolescent aussi fermé d'esprit.
Il se rappelait l'avoir regardée sans rien dire quelques instants. Elle ne l'avait pas entendu et continuait de sangloter assise contre le mur extérieur du bâtiment.
— Tu t'es fait mal, Rose? avait-il finalement osé demander.
La jeune femme avait relevé un visage surpris vers lui avant de le cacher dans ses mains. James avait pourtant eu le temps de remarquer ses yeux rougis par les larmes et son air un peu défait.
— C'est rien, dit-elle, tu sais bien que je pleure toujours pour rien.
Le jeune homme ne put s'empêcher de ressentir une pointe de culpabilité en l'entendant dire cela. Il était vrai que Rose avait toujours eu la larme facile. Elle pleurait en voyant des chiots ou des chatons, pleurait en regardant un film moldu triste, pleurait lorsque lui ou un de ses cousins refusait de jouer avec elle. En grandissant, les raisons de ses pleurs s'étaient modifiés. Rose ne savait pas toujours exprimer sa colère et sa frustration alors quand la soupape explosait les vannes retenant ses larmes lâchaient aussi. La plupart des autres cousins l'avait surnommée la pleurnicharde et James n'était pas le dernier à avoir utilisé ce surnom.
— Rose! Que se passe-t-il? avait-il questionné en se mettant à son niveau.
— Tu vas te moquer de moi, avait-elle répliqué.
— Je ne vais pas me moquer de toi, Rose. Je te le promets.
Elle avait relevé son visage vers lui et lui avait jeté un regard incertain. Son maquillage avait coulé le long de ses joues laissant quelques traînées noires.
— Scorpius m'a quittée, avait-elle lâché soudainement.
James fronça les sourcils. Il était pourtant persuadé d'avoir entendu Hermione lui demander des nouvelles du fils Malefoy et pensait bien avoir vu Rose répondre avec un sourire qu'il se portait à merveille.
— Personne ne le sait, avait-elle ajouté. J'ose pas le dire à mes parents. J'ai pas envie d'entendre mon père dire qu'il me l'avait bien dit ou quoi que ce soit d'autre.
— Oh! Rose, avait-il soufflé en passant son bras autour des épaules de sa cousine.
Elle s'était blottie contre son cou, sanglotant contre son t-shirt aux couleurs des Harpies, le club pour lequel sa mère avait joué lorsqu'elle était plus jeune.
— Il... Il m'a dit qu'il se sentait enfermé, qu'il... qu'il avait envie de voir autre chose... que j'étais sa première petite amie et qu'il ne voulait pas regretter plus tard de ne pas avoir profité de sa jeunesse, avait-elle bredouillé. Je me sens tellement stupide. J'étais... Je m'étais imaginée tellement de fois passer le restant de ma vie avec lui, je pensais... J'ai l'impression que pour lui ces trois années n'ont pas compté...
— Ce n'est pas parce qu'il ne le dit pas que ça n'a pas compté, avait tenté de la rassurer James.
— Si ça avait compté, tu penses qu'il se serait trouvé une nouvelle copine à peine deux semaines après notre séparation! avait répliqué Rose, irritée.
James n'avait pu cacher la moue qui était apparue sur son visage.
— Tu veux que j'aille lui casser la gueule façon moldue?
— Noooon, avait-elle rétorqué, visiblement outré. Tu vois c'est aussi pour ça que je ne l'ai pas dit à mon père, je sais que si je lui en parle la première chose qu'il va vouloir faire c'est aller donner une leçon à Scorpius. Je ne suis pas un objet, je n'ai pas besoin qu'on se batte à ma place et en plus ça n'a rien de réconfortant.
— Qu'est-ce que tu veux que je fasse pour te remonter le moral alors? Tu veux qu'on sorte samedi prochain? On pourrait aller voir un film? J'ai entendu dire qu'il y avait un nouveau Disney qui n'allait pas tarder à sortir au cinéma.
— Tu connais Disney, toi? s'était-elle étonnée.
— Tu sais, j'ai fait Étude des Moldus comme toi, Rosie, avait-il plaisanté. Et puis, j'ai toujours bien aimé aller au cinéma avec tes grand-parents. Ils étaient toujours assez cool pour nous le proposer aussi quand on les voyait.
James avait esquissé un sourire en voyant celui qui s'était dessiné sur les lèvres de sa cousine. Comme il lui avait dit, ils étaient allés au cinéma la semaine suivante et ne s'étaient plus quittés. Le jeune homme songeait parfois que si quelqu'un lui avait dit lorsqu'il avait seize ans que Rose et lui se rapprocheraient au point qu'il tombe amoureux d'elle, il l'aurait très certainement traité de fou. Plus jeune, James ne supportait pas sa cousine. Lorsqu'il la voyait au Terrier, Rose était toujours plongée dans un livre ou penchée sur son carnet en train d'écrire il ne savait quoi tandis que lui préférait aller jouer au Quidditch avec les autres membres de leur famille passionnés par ce sport.
La porte de la boutique de farces et attrapes s'ouvrit faisant sortir James de ses pensées. Le jeune homme esquissa un sourire en voyant son collègue pénétrer dans le magasin.
— Damian! s'exclama-t-il. Comment vas-tu?
— Très bien et toi?
James répondit poliment qu'il se portait comme un charme.
— Tu as fait beaucoup de ventes ce matin? interrogea Damian en passant derrière le comptoir.
— Quelques-unes, répliqua-t-il. Mrs Finnigan vient de passer.
— Ah! Et elle a acheté quoi? questionna son collègue avec un sourire malicieux.
Toutes les personnes ayant vu James avec la femme de Seamus Finnigan n'avait eu aucun mal à remarquer qu'elle était loin d'être indifférente à ses charmes.
— Un boursouflet pour son fils.
— Ah! Cela lui aura donné une excuse pour venir te voir, plaisanta Damian taquin.
James secoua la tête tout en souriant.
— Ne le nie pas! Je sais que tu l'as remarqué et que tu en joues d'ailleurs à merveille. Dans ces moments-là, je suis étonné que tu aies fréquenté Gryffondor plutôt que Serpentard.
Plus jeune, James se serait sans doute vexé qu'on ose remettre en question son appartenance à la maison des courageux mais la remarque de son collègue le fit plus rire qu'autre chose.
— Bon, je te laisse! A tout à l'heure, dit-il avant de quitter la boutique.
Le magasin de ses oncles se trouvait sur le Chemin de Traverse, contrairement à la librairie dans laquelle travaillait Rose. James marcha quelques minutes, saluant les commerçants qu'il croisait, et tourna à droite dans l'allée des Gobelins. C'était une petite rue perpendiculaire au Chemin de Traverse où se trouvaient quelques magasins mais surtout des sièges d'entreprises et des cabinets de notaires ou de défendeurs.
James s'arrêta devant le numéro treize et poussa la porte. Il était déjà venu plusieurs fois sur le lieu de travail de Rose, et le trouvait toujours aussi chaleureux. La patronne, une femme d'une cinquantaine d'années, avait repris un concept moldu et avait installé une sorte de salon de thé dans un coin de sa boutique. Deux clientes s'y trouvaient actuellement et était en train de déguster un biscuit tout en lisant un livre. Ces derniers lévitaient dans les airs et James vit l'une des femmes faire tourner la page à l'aide de sa baguette.
— Bonjour Mon... James! s'exclama Rose visiblement surprise de le voir.
Le jeune homme reporta son attention vers sa cousine et constata qu'elle venait de descendre d'un petit escabeau. Elle lui avait expliqué une fois après qu'il lui eut fait part de son étonnement qu'elle n'utilise pas la magie, que les sortilèges ne pouvaient pas toujours remplacer la vigilance humaine notamment lorsqu'il fallait vérifier que certains titres ne manquaient pas sur les étagères.
— Salut Rosie, répliqua James en esquissant un sourire.
— Qu'est-ce...? On avait prévu de se voir?
— Non, je me suis dit que j'allais t'emmener déjeuner chez La Jambe de Troll. Damian m'a dit qu'ils venaient tout juste de changer la carte. T'es déjà prise? questionna-t-il en la voyant faire une légère moue.
— Non, non, c'est juste que... Je vais prévenir Mrs Davidson que j'y vais et j'arrive, répondit-elle finalement.
James la suivit du regard alors qu'elle s'éloignait vers le fond de la boutique et la réserve. Le jeune homme ne put empêcher son regard de descendre vers le fessier rebondi de sa cousine. Des images de leur entrevue, comme il aimait l'appeler, lui revinrent en mémoire et ses mains se fermèrent quelque peu lorsqu'il se rappela avoir pu les poser sur cette partie de l'anatomie de Rose. Il se demandait souvent si elle aussi repensait à ce qu'ils avaient fait. Avait-elle envie de retenter l'expérience? Il secoua la tête. Sa cousine avait été assez claire quant au fait qu'elle ne désirait en rien que cela se reproduise.
— On peut y aller. Au revoir Mesdames, ajouta-t-elle à l'adresse des deux clientes.
Ces dernières lui répondirent poliment tandis que James lui tenait la porte pour qu'elle puisse sortir du magasin.
— Tu t'attendais pas à me voir, remarqua le jeune homme alors qu'ils marchaient en silence vers le restaurant.
— Non, avoua-t-elle, mais ça me fait plaisir, hein! Je suis toujours contente de te voir, James, assura-t-elle.
— Mais tu ne devais pas retrouver Antoine, hein? demanda-t-il d'une voix qu'il espérait neutre.
Du coin de l'œil, il la vit rougir légèrement.
— On n'est plus ensemble, répondit-elle.
— Hein? Comment ça?
Rose haussa les épaules avant d'expliquer qu'elle avait préféré mettre fin à la relation quand elle avait constaté qu'il commençait à s'attacher à elle.
— Et toi?
— Quoi moi?
— Je t'ai vu discuter avec Belinda à l'anniversaire de Lily, répliqua-t-elle. Je pensais que tu n'aurais pas manqué de tenter ta chance.
Elle esquissa un sourire amusé et James fronça les sourcils. Il ne se rappelait même pas avoir parlé à Belinda durant la soirée. Quand l'avait-elle vu? Et comment pouvait-elle en parler comme s'il allait se jeter dans les bras d'une autre juste après ce qu'ils avaient fait? Était-ce l'opinion qu'elle avait de lui? Avait-elle si peu d'estime pour lui? Le jeune homme se mordit légèrement la langue pour ne pas répondre quelque chose qu'il pourrait regretter.
— Je n'ai jamais fréquenté Belinda, répondit-il finalement. Elle ne m'a jamais intéressée, elle.
Il jeta un coup d'œil dans sa direction et vit qu'elle rougissait de plus belle. Il esquissa un léger sourire en constatant qu'elle avait très certainement compris le sous-entendu. Lorsqu'ils arrivèrent devant La Jambe de Troll, James ouvrit la porte et la laissa entrer la première.
— Bonjour les jeunes! Vous êtes de retour alors? questionna le propriétaire de l'établissement.
— Bonjour Bobby, répliqua James joyeusement.
Rose le salua tout aussi poliment mais avec plus de discrétion tandis que le propriétaire leur demandait de leurs nouvelles. James lui répondit, expliquant que le travail à la boutique avait été assez intense et assurant qu'ils avaient déserté sa table non pas par plaisir mais uniquement par obligation.
— Pas de problème, James, rétorqua Bobby en lui donnant une tape amicale dans le dos. Votre table habituelle?
— Si elle est disponible.
— Suivez-moi! répliqua le patron en les guidant à travers son restaurant.
Leur table était installée dans un coin assez reculé de l'établissement, non loin de la cheminée. Rose était frileuse et le feu permettait de la réchauffer en hiver. James, lui, était assis de telle manière qu'il pouvait observer la salle et les autres clients à son aise. Ses parents lui avaient toujours dit qu'il était bien trop curieux pour son propre bien.
— Je suis content que tu aies accepté de venir, déclara-t-il après que le patron fut parti.
— Et moi, heureuse que tu m'aies invitée, répondit Rose.
Bien qu'elle ne mente sans doute pas, James crut déceler une pointe de nervosité dans sa voix. En entendant cela, le jeune homme ne put s'empêcher d'espérer que, peut-être, Rose n'était pas aussi indifférente qu'elle l'aurait souhaité. L'ancien Gryffondor s'était toujours vu comme quelqu'un de plutôt doué lorsqu'il s'agissait de lire les expressions des autres mais avec sa cousine, il n'était plus sûr de rien. Il avait compris qu'elle avait honte de ce qu'ils avaient fait. Mais avait-elle honte car elle ressentait quelque chose pour lui? Ou simplement car elle avait eu un rapport physique avec un de ses cousins? Il savait que pour Rose, et cela malgré les problèmes qu'elle avait avec sa mère, la famille était une notion très importante. Avait-elle pleuré car elle avait peur de ce que pourrait penser leurs parents? Avait-elle pleuré car elle désirait être avec lui mais n'osait pas dépasser le tabou? James secoua la tête. Il fallait qu'il se retire cette idée de la tête. Avoir trop d'espoir ne lui rapporterait rien de bon.
— Tu vas prendre quoi? questionna Rose en relevant son visage vers lui.
— Sans doute du poulet au jus de citrouille. Et toi?
— Pareil.
James éclata de rire.
— Tu vois! C'est pour ça qu'on s'entend si bien toi et moi, déclara-t-il, on aime manger les mêmes choses.
Rose esquissa un sourire amusé avant que le silence s'installe entre eux. Le jeune homme se racla la gorge, gêné. Par le passé, jamais leurs déjeuners n'avaient été aussi silencieux. Ils parlaient toujours d'un tas de sujets et les temps-morts étaient bien peu nombreux.
— Comment s'est passée ta matinée? demanda-t-il finalement.
— Calme. On a eu assez peu de clients mais cela m'a permis de pouvoir faire un tri dans ce qu'on propose et de revoir la vitrine. Et toi?
— Peu d'activités aussi mais j'ai vendu quelques nougats Néansang et un boursouflet. C'est dingue! Trente ans plus tard, ça reste vraiment des classiques du magasin.
— Vous avez avancé les tests pour votre nouveau produit qui devrait révolutionner le monde des farces mais dont tu n'as pas le droit de me parler?
— On avance à petits pas mais je ne pense pas que ce sera prêt pour Halloween.
— Espérons que ce le soit avant le premier avril prochain.
— Espérons ouais. Ah! Au fait, tu me fais penser que j'ai fini le livre que tu m'as conseillé.
— Lequel? Le Davis ou le Selwyn?
— Le Selwyn. Elle est douée. J'ai du mal à imaginer que j'ai pu la côtoyer des années tout en sachant qu'elle était écrivaine et ne m'être jamais intéressé à ses bouquins.
— Tu n'as jamais été très attiré par les livres, remarqua simplement Rose. Et tu crois que tu pourrais m'obtenir un autographe?
— On ne se voit plus trop depuis que Dudley est mort, répliqua James.
L'ancien Gryffondor se rappelait les déjeuners annuels voire semestriels auxquels ils devaient assister lors de son enfance et son adolescence. Harry et Dudley avaient rarement des choses à se dire et laissaient leurs épouses faire la conversation. Il n'avait jamais été proche du cousin de son père mais savait que cela n'avait pas été facile pour sa femme et leur deux enfants à son décès.
Le jeune homme s'apprêtait à changer de sujet quand Bobby revint prendre leur commande. L'homme esquissa un sourire amusé en entendant qu'ils prenaient tous les deux le poulet au jus de citrouille. Ils étaient rares qu'ils ne demandent pas le même plat.
— Ça se passe mieux avec ta mère? Depuis... Enfin, on n'a pas eu l'occasion d'en parler depuis un moment.
— On s'est disputées encore et toujours. C'est fatiguant, James, vraiment. J'étais juste venue pour dîner avec eux pour son anniversaire et il a fallu qu'elle remette ça sur le tapis. Alors j'ai... J'ai claqué la porte et je suis partie. On ne s'est pas reparlées depuis. Soit près d'une semaine... Hugo m'a dit que je devrais lui pardonner, qu'elle ne veut que mon bien. Comme si je ne le savais pas déjà! Tout est tellement facile pour lui. Il est le fils parfait, celui qui veut devenir guérisseur, qui va avoir bon métier, un vrai métier! Moi, je suis juste le brouillon, celle que Papa croyait aussi intelligente que sa mère et qui n'a provoqué que déception sur déception. Désolée, souffla-t-elle en essuyant les larmes qui coulaient le long de ses joues.
James posa sa main sur celle de sa cousine qui était restée sur la table et la caressa doucement.
— Il faut croire qu'on est deux ratés alors, plaisanta-t-il essayant de détendre l'atmosphère.
— Tu n'es pas un raté, James.
— Dis ça à mon père. Il a beau adoré Matilda, je sais très bien qu'il pense encore que j'ai fait une erreur en la gardant. Et je n'ose pas imaginer ce qu'ils vont tous dire dans la famille quand ils vont savoir que Clarissa part s'installer avec son fiancé aux États-Unis et qu'elle me laisse la garde exclusive de la petite.
— Elle part aux États-Unis?
— Ouais, Brian a une opportunité de travail qui s'est ouvert à lui et qu'il ne pouvait pas refuser. Et comme la gosse vient de commencer sa première année à l'école, on s'est dit que ce ne serait pas une bonne idée de la dépayser. Ça et le fait que je n'aurai pas laisser partir ma gosse sans me battre.
— Tu es un merveilleux père, James, déclara Rose en serrant sa main dans la sienne.
Le jeune homme esquissa un sourire et caressa de son pouce le poignet de sa cousine.
— Merci, ça me touche beaucoup, répliqua-t-il.
James jeta un coup d'œil par-dessus l'épaule de l'ancienne Poufsouffle et constata que Bobby revenait avec leur commande.
— Et voilà pour vous, dit-il en les servant.
Ils le remercièrent chaleureusement et entreprirent de déjeuner tout en continuant de discuter. La conversation se faisait bien plus facile qu'au début du repas et le jeune homme souriait à pleines dents, heureux d'avoir enfin retrouvé sa Rose. Pas celle timide et réservée que leurs anciens camarades de Poudlard croyaient connaître, ni même celle toujours la tête dans la lune que sa famille avait vu grandir mais celle qui le faisait sourire et parlait avec passion de sujets allant du dernier livre qu'elle venait de finir à la situation politique au Japon. A cet instant-là, James eut envie de croire que finalement tout n'était pas perdu, que peut-être le destin finirait par leur donner une chance.
