Bonjour !
Un chapitre qui permet un peu de planter le décor. Il y a des aspects de la partie 1 que j'aimerais développer, et c'est notamment la différence entre les "vrais" et les "faux" calices. Je réexplique dans ce chapitre, mais pour plus de détails, c'est dans le Chapitre 18 de la partie 1.
Sur ce, bonne lecture !
.
Chapitre 3
.
La nuit était tombée lorsqu'Harry rentra. L'appartement était plongé dans l'obscurité, éclairé uniquement par la lueur des étoiles qui brillaient à travers la fenêtre sans rideau. Elle était grande ouverte sur l'été londonien, laissant entrer une douce brise qui rafraichissait la pièce. Tout était silencieux. Harry resta immobile quelques instants, sur le seuil, laissant patiemment ses yeux s'habituer à l'obscurité ambiante. Il savait que Draco était là. C'était instinctif. Il ne le voyait pas, il ne l'entendait pas, mais son corps entier lui soufflait que son vampire se trouvait là, tout près. Il se sentait moins fébrile, plus apaisé.
Harry ôta sa veste et ses chaussures. Puis, à tâtons, il s'approcha du lit. Les mains en avant, il trouva le rebord du lit et tâta le matelas.
Ses doigts effleurèrent le torse du vampire. Le tissu de son t-shirt était froid comme s'il n'avait pas été porté de la journée. Du bout des doigts, le jeune homme caressa le torse marmoréen, glacé et immobile. Ses doigts aériens remontèrent jusqu'à ses épaules, son cou, son visage. Il avait les bras croisés derrière la nuque en une pose nonchalante. Même après toutes ces années, il était toujours dérangeant de constater l'inhumanité du vampire dans son immobilité. Pas de pouls, pas de respiration, pas de mouvement du ventre ou du torse, pas de souffle.
Harry monta sur le lit. Il était désireux de retrouver Draco après ces quelques heures loin de lui. Il avait envie de le toucher, de le sentir, de sentir ses bras se refermer autour de lui en une étreinte à la fois protective et possessive. Mais avant qu'il ait pu s'installer confortablement contre son vampire, celui-ci bougea soudain. Sa main froide se referma brusquement sur la mâchoire d'Harry, l'immobilisant au-dessus de lui dans une position inconfortable. Harry, surpris par le geste brusque, prit une courte inspiration.
-Il fait nuit, souffla Draco, sa voix glaciale brisant le silence ambiant.
Draco amena son visage près du sien et Harry sentit son souffle glacé l'effleurer. Il discernait son visage plongé dans l'ombre, à quelques centimètres de lui et devinait son regard implacable posé sur lui. Harry était incapable de bouger. La poigne du vampire était ferme et presque douloureuse sur sa mâchoire et il ne pouvait esquisser le moindre geste pour s'y soustraire. La position était par ailleurs hautement inconfortable. Il était à moitié allongé sur Draco et il pouvait sentir le corps puissant contre le sien. Ce n'était pas rassurant.
-Finement observé, murmura-t-il après quelques secondes, lorsqu'il eut reprit contenance suite à cette attaque soudaine.
Les doigts de Draco se resserrèrent douloureusement et Harry regretta brièvement sa répartie. Il rapprocha encore le visage d'Harry du sien et leurs nez s'effleurèrent brièvement.
-Mettons les choses au clair, dit-il sévèrement, ignorant totalement la répartie acerbe d'Harry. Si tu veux conserver une certaine forme de liberté, il va falloir que tu te plies à certaines règles, Harry. Et je t'ai clairement dit de rentrer avant la nuit.
-J'étais avec Hermione...
La poigne de Draco sur sa mâchoire le fit taire.
-Cela m'est égal. Je veux que tu m'obéisses.
Il y a quelques heures, Harry aurait probablement argumenté. Il ne voulait pas être traité comme un enfant qui devait demander la permission de minuit. Mais sa discussion avec Hermione lui faisait remettre les choses en perspective. Son amie avait laissé entendre que certains Mangemorts avaient échappé à la prison, après la guerre. Le Ministre de la Magie lui-même en était un. Et il était évident qu'ils ne seraient pas ravis d'entendre parler du retour d'Harry Potter. Draco s'en rendrait rapidement compte. Il était probablement déjà au courant.
Et en aucun cas, Harry ne voulait que Draco le considère comme étant en danger et se mette à jouer les protecteurs. Il devait à tout prix garder sa liberté et son indépendance. Et si, pour cela, il fallait apaiser Draco en lui obéissant sagement, alors il le ferait. C'était une maigre compensation comparé à la perspective de pouvoir retrouver Ron et Hermione.
-D'accord, dit-il, l'air sombre. Ça ne se reproduira plus.
-En effet.
Le ton sévère du vampire était sans ambigüité. Harry aurait des ennuis, s'il venait à nouveau à lui désobéir. Draco le relâcha brusquement et, soudain libéré, Harry se rattrapa de justesse pour ne pas lui tomber dessus. Il se redressa en prenant appui sur le torse du vampire et s'allongea contre lui. Prudemment, comme pour chercher à déterminer le niveau de colère du vampire, il posa sa tête sur son épaule. Voyant que le vampire n'esquissait plus le moindre geste, il se détendit.
Ils restèrent ainsi, silencieux, pendant de longues minutes, tandis que la tension redescendait progressivement entre eux. Harry sentait le corps de Draco se réchauffer à son contact et c'était une sensation agréable. Il caressait le torse pâle du vampire d'une main distraite, apaisé de l'avoir près de lui, même si Draco n'avait pas esquissé un geste pour lui rendre son étreinte.
-Poudlard est un endroit magnifique, Draco, dit-il après plusieurs longues minutes de silence.
Même s'il avait murmuré, sa voix résonna étrangement dans le silence de l'appartement.
-C'est dommage que tu ne le connaisses qu'à travers la guerre.
Il était difficile de concevoir que Draco soit plus ancien que Poudlard. Qu'il ait connu le Royaume-Uni sans Poudlard, le monde de la magie sans Poudlard, qu'il ait vécu à la même époque, et même avant, que les quatre fondateurs de l'école. Cela lui donnait le vertige. Il se sentait comme un enfant, du haut de ses 43ans et comprenait, en un sens, pourquoi Draco ne pourrait jamais le considérer que comme un gamin.
-Je me suis enfin senti comme à la maison. Je pensais que rentrer à Londres suffirait, mais en fait, ce n'était pas Londres. C'est Poudlard ma maison.
Dans l'obscurité de la pièce, il revoyait plus clairement que jamais la silhouette éternelle du vieux château. Ces dernières années, il y avait pensé si souvent qu'il pensait ne rien avoir oublié de Poudlard. Mais le revoir en vrai avait été une vraie bouffée d'air frais. C'était comme revoir une vieille photo qui ranimait des souvenirs qu'il pensait avoir oubliés.
-C'est une école, fit remarquer Draco.
Son bras bougea enfin. Que ce soit parce qu'il ressentait le trouble d'Harry à la mention de Poudlard, sa mélancolie et sa nostalgie et qu'il n'aimait pas cela, ou parce qu'il ne pouvait résister plus longtemps à initier un rapprochement avec son calice, malgré sa colère, Harry s'en fichait. Il soupira d'aise lorsque le bras du vampire entoura ses épaules et le plaqua plus fermement contre son torse puissant.
-C'est bien plus qu'une école pour moi. C'est là-bas que je me suis senti heureux pour la première fois. Vraiment heureux.
Il n'avait pas honte de le dire, pas devant Draco. Le vampire connaissait son passé sordide, les années de maltraitance chez son oncle et sa tante, l'humiliation, la solitude, les privations. Il avait eu vingt-sept ans pour briser le tabou qu'il s'était construit autour de son enfance et lui raconter.
-Je pensais ne rien avoir oublié, mais finalement j'avais oublié la grandeur du château, ses tours majestueuses, son aura. La beauté de la Grande Salle.
Il souriait doucement dans le noir, revivant des souvenirs et des sensations dont Draco n'avait pas idée.
-La magie qui emplit l'air, qu'on peut presque toucher tellement elle semble tangible.
Il se tut brièvement, un peu ému.
-J'aimerais que tout ça reste à jamais gravé dans ma mémoire. Pour toujours.
-Le temps efface tout, même les souvenirs heureux.
Le sourire d'Harry disparut face à cette phrase à peine murmurée. Il était tentant de nier, mais il avait conscience que Draco, plus que quiconque, savait de quoi il parlait. Lui-même gardait des images claires et précises de ses souvenirs les plus douloureux. Parfois, il les revivait avec une telle précision qu'il avait l'impression d'y être, à nouveau. Mais les souvenirs heureux étaient plus effacés, moins nets, moins vivaces. Ce n'était plus que des sensations floues. Et il détestait cela. Pire encore, cela l'effrayait.
-Non, pas Poudlard, affirma-t-il néanmoins avec conviction.
Draco ne répondit rien et il lui en fut un peu reconnaissant. Il se redressa sur son coude et fixa les aiguilles lumineuses de l'horloge qui brillaient dans le noir. Il était près de minuit.
-Le Ministre de la Magie, celui du journal. C'est Corban Yaxley. C'est un ancien Mangemort.
Ses doigts s'étaient immobilisés près de l'épaule du vampire. Draco savait, évidemment. Cela aussi, Harry avait eu le temps de lui raconter. Il se demanda brièvement si c'était la raison pour laquelle le vampire s'était montré si intransigeant, il y a quelques minutes. Sentait-il un danger ? Craignait-il que Yaxley se montre menaçant s'il venait à découvrir son retour ? Connaissant Draco et son obsession pour sa sécurité, il était fort à parier que le vampire envisageait tout dans les moindres détails. Et Harry redoutait ce qu'il pourrait être capable de faire pour le garder en sécurité.
-Je ne comprends pas, murmura-t-il.
L'esprit confus, Harry avait du mal à discipliner ses pensées. Il s'humidifia les lèvres, les sourcils froncés sans en avoir conscience, son regard perdu fixé devant lui.
C'était inconcevable. Il avait revécu cette fameuse scène si souvent dans ses cauchemars et ses rêves éveillés, pendant des années, qu'il la connaissait par cœur. Il était impossible que son esprit l'ait inventé de toute pièce. Voldemort était mort, il en était certain. Certes, il avait quitté Poudlard, Londres et le Royaume-Uni moins de trois heures après son combat avec le mage noir, mais il se rappelait avec précision que tout était fini. Les hurlements de joie, l'euphorie, les sourires, les tapes dans le dos. Le corps sans vie de Voldemort étendu sur l'herbe ensanglantée, le serpent à la tête tranchée. Le deuil, les morts allongés dans la Grande Salle, la douleur qui lui avait déchiré la poitrine, la tristesse incommensurable, les larmes. Tout ceci avait été réel. Bref, mais réel. Il avait quitté Poudlard en sachant qu'il avait réalisé la Prophétie. Voldemort était mort, la guerre était finie. Tout était fini.
-Je ne comprends pas, répéta-t-il. Vingt-six ans après la mort de Voldemort, comment un ancien Mangemort peut-il être Ministre de la Magie ?
Quelque chose lui échappait. Il devait avoir raté un épisode. Puis il réalisa. Il n'avait pas raté un épisode, il avait raté vingt-six ans. Vingt-six ans. Et, visiblement, beaucoup de choses s'étaient passées pendant ce laps de temps.
-Il a dû prétendre avoir été soumis au sortilège de l'Imperium.
Draco se redressa soudain, surprenant Harry et le ramenant brusquement à la réalité. D'un geste souple et rapide, il bascula au-dessus du jeune homme, l'écrasant soudain de son poids. C'était une pression forte, pleine de domination, qui ne laissait à Harry aucun moyen de s'échapper. Draco colla leurs torses, entremêla leurs jambes et, avant qu'Harry n'ait pu réagir, il avait plongé son visage dans son cou. Là, il prit une longue et profonde inspiration, s'enivrant de l'odeur exquise de son calice. Harry frissonna. Toutes ses interrogations s'envolèrent immédiatement tandis qu'il savourait la présence de Draco contre lui. Le vampire avait cet étrange pouvoir sur lui. De chasser tous ces doutes pour seulement le faire se sentir bien, à sa place.
Puis il se redressa et posa sur Harry son regard perçant. Il l'observa sans un mot, son regard gris retraçant les traits de son visage qu'il connaissait par cœur, appréciant son corps chaud contre le sien, l'abandon du calice et sa soumission. Sa main fraîche s'égara dans ses cheveux et il tira sur ses mèches pour lui rejeter doucement la tête en arrière, s'offrant un accès sans réserve à son cou. Il souriait légèrement, de ce sourire en coin à peine perceptible qu'Harry aimait tant, clairement amusé par le pouvoir qu'il avait sur le jeune homme un peu rebelle qu'était son calice.
-Tu as fini ? demanda-t-il en haussant un sourcil amusé.
Mais Harry ne savait plus ce qui le perturbait tant quelques secondes à peine auparavant. Il ne savait même plus ce qu'étaient le doute, l'incertitude, l'inquiétude, la peur ou tout autre émotion un tant soit peu négative. Il hocha doucement de la tête, plongé dans les yeux gris hypnotisants de son vampire. Ce dernier hocha à son tour brièvement la tête et plongea en avant pour clamer les lèvres entre-ouvertes de son calice.
.
La dernière fois que Blaise s'était trouvé face à Draco, ce dernier luttait péniblement contre Harry, son calice fraîchement rencontré, qui n'avait qu'une idée en tête: tuer Voldemort, au mépris de sa propre vie. La rencontre avec Harry avait renversé le monde de Draco. Pendant d'étranges moments, plus rien n'avait eu de sens dans son éternité. Il était libre, esclave de sa soif de sang, toujours en chasse de sa prochaine victime, luttant sans relâche contre le pire ennemi d'un vampire éternel : l'ennui. Puis, du jour au lendemain, tout avait basculé. Il était devenu irrémédiablement dépendant d'un humain. Un seul et même humain. Il ne pouvait plus boire d'autres sangs que le sien. Et son éternité toute entière s'était retrouvée liée à la vie de cet humain. Son centre de gravité avait soudainement changé, et cela avait été dur à accepter.
Pour Blaise et les autres vampires qui avaient assisté à cette rencontre, cela avait aussi changé beaucoup de choses. Il était extrêmement rare qu'un vampire rencontre son calice. Et dans le fond, aucun vampire n'en avait envie. Être lié à un humain, ne pouvoir boire que son sang, être dépendant de sa survie, devoir le protéger, devoir se plier à ses besoins d'humains, être enchainé à un lien indestructible. Tout cela était contraignant pour un vampire qui n'avait connu, de toute son éternité, qu'une liberté absolue et dont la seule obligation n'avait toujours été que d'assouvir sa soif. Voir Draco devenir dépendant de cet humain avait été un bouleversement pour chacun. Personne n'avait eu envie d'être à sa place.
Un vampire ne choisissait pas de se lier à un calice. Cela se passait, c'est tout, au détour d'une rencontre impromptue qui ressemblait au destin. Et un vampire choisissait encore moins le calice en question. Or, Blaise devait bien l'admettre, Draco avait eu une chance insolente. Harry Potter était un calice particulièrement exquis. Pas très obéissant, certes, mais délicieux. Jeune, très jeune, en excellente santé, vif, beau garçon, un peu rebelle. Et une chose que Blaise aimait particulièrement chez Harry Potter, c'est qu'il apportait invariablement dans son sillage de l'action. Et Blaise, comme tout vampire qui trouvait l'éternité particulièrement longue, adorait l'action. C'était le meilleur remède contre l'ennui.
Aussi, lorsqu'il vit Draco apparaître dans son manoir cette après-midi là, Blaise fut-il particulièrement ravi. Peut-être son été allait-il être plus excitant que prévu, finalement?
.
-Draco, mon vieil ami ! Nous nous sommes quittés hier à peine et te voilà déjà de retour !
Ils ne s'étaient pas vus depuis vingt-six ans. Mais qu'étaient vingt-six ans pour un vampire immortel ? Quelques minutes, tout au plus, dans une éternité. Le sourire de Blaise était clairement moqueur tandis qu'il s'approchait de Draco. Avec son short et ses lunettes de soleil, il avait l'air d'un vacancier qui profite pleinement des joies des vacances estivales. Il tenait d'une main un verre rempli d'un liquide ambré et de l'autre, une cigarette.
-Quelle agréable surprise, dit-il en s'arrêtant à quelques mètres de Draco et en l'évaluant par-dessus ses lunettes de soleil.
Draco était à l'opposé de Blaise, avec sa tenue soignée, ses chaussures de marque et son air pincé. Les deux vampires s'observèrent pendant quelques secondes d'un air impassible, s'évaluant l'un l'autre. Puis Blaise franchit les quelques mètres qui les séparaient, posa sa main sur l'épaule de Draco et l'entraîna à sa suite dans le parc du manoir.
-Tu tombes bien, dit-il comme s'ils s'étaient réellement vus hier. Je donne justement une petite fête et il y a deux, trois personnes que j'aimerais te présenter.
Ce n'était pas une surprise, songea Draco en se laissant entrainer dans le parc boisé qui entourait le manoir. Blaise était connu pour ses soirées extravagantes. Et à l'inverse, les soirées extravagantes de Blaise étaient bien connues dans le milieu. Son manoir ne connaissait aucun répit pendant les mois d'été et ces fêtes attiraient beaucoup de monde. Blaise s'arrêta soudain.
-Es-tu venu seul ?
Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule comme s'il s'attendait à voir Harry les rattraper.
-Dommage, j'aurais bien aimé présenter ton indomptable garçon à quelques connaissances.
-Blaise...
Blaise leva les mains en signe de paix pour apaiser l'autre vampire. Il souriait toujours d'un air narquois, malgré l'air agacé de Draco. Ils reprirent leur marche, le bruit des conversations se faisant de plus en fort à mesure qu'ils approchaient de la terrasse à l'arrière du manoir.
-Regarde-moi un peu ça, enchaîna-t-il sans transition en écartant largement les bras pour englober la fête qui se préparait. Sais-tu qu'être ici est le graal absolu pour tous ces humains ? Je dirais même que pour certains, c'est la quête d'une vie !
Cette perspective semblait l'enchanter. Draco évalua la scène d'un regard vif. Une vingtaine d'humains étaient dispersés sur la pelouse au pied de la terrasse, buvant et grignotant les mets mis à disposition sur un large buffet. Certains étaient debout tandis que d'autres étaient installés dans des salons de jardin et des poufs dispersés sur la pelouse parfaitement entretenue. Blaise s'arrêta sous un large chêne, à l'abri des regards. Il tira sur sa cigarette.
-Tous vendraient pères et mères pour attirer l'attention d'un homme comme toi.
Un elfe de maison se matérialisa subitement devant eux. Il fit une courbette empressée devant les deux vampires et tendit à Draco un verre rempli du même liquide ambré que celui de Blaise. Puis il disparut dans un « pop » sonore.
-Regarde comme ils discutent courtoisement. Certains se côtoient ici depuis des années. Pourtant ils s'entretueraient sans hésiter si je leur disais que le dernier survivant deviendrait mon calice.
Il jeta un coup d'œil à Draco.
-Calice au sens large, évidemment. Devenir un vrai Calice, ils n'osent même pas en rêver. Mais quand bien même !
Draco approuva d'un «mhm» entendu en buvant une gorgée. Le liquide frais qui coula le long de sa gorge n'avait aucun goût, pas plus que la cigarette en avait pour Blaise. Plus loin sur la pelouse, les humains discutaient, fumaient, buvaient, mangeaient tranquillement. Certains étaient aussi jeunes qu'Harry, d'autres au contraire semblaient avoir la quarantaine, si ce n'est plus.
Il n'avait aucune considération à donner à ces humains dont le seul but dans leur courte vie était d'attirer l'attention d'un vampire. Le lien qui l'unissait à Harry était un lien rare, précieux et puissant. Aucun des deux ne l'avait choisi, tous les deux l'avaient subi et ils resteraient liés l'un à l'autre pour l'éternité, qu'ils le veuillent ou non.
Mais un vampire pouvait choisir de faire d'un humain un calice. Dans ce cas-là, le lien qui les unissait était faible et surtout friable. Il se défaisait dès que le vampire se lassait et arrêtait de boire régulièrement le sang de son calice pour aller voir ailleurs. Et, aussi surprenant que cela puisse paraître, certains humains rêvaient de ce lien. Ils passaient leur vie à essayer d'attirer l'attention d'un vampire pour devenir son calice, le temps de quelques semaines, quelques mois, quelques années. Car être un calice, c'était être protégé, entretenu, ne plus avoir à se soucier de rien, vivre dans le luxe, ne plus avoir besoin de travailler, de lutter, de sauver les apparences. C'était être libre. Et cela, pour certains humains, c'était la quête d'une vie.
-Certains sont tellement désespérés qu'ils pourraient même se contenter de moins que ça. Juste un peu d'attention. Ils ne demandent même pas d'exclusivité. Je peux faire d'eux ce que je veux.
Il fixait toujours Draco d'un air narquois.
-Tu vas avoir besoin de distractions maintenant que ton garçon renoue avec les siens loin de toi. Tu peux en choisir un, si tu le souhaites.
Draco but une nouvelle gorgée en s'appuyant contre le tronc de l'arbre. Blaise jouait avec lui et il était décidé à ne pas entrer dans son jeu. Quelques décennies auparavant, les choses auraient probablement été bien différentes. Il aurait apprécié la chasse, les jeux, les humains prêts à tout pour attirer et garder son attention. Mais à présent, Harry hantait son être tout entier.
-Ici, c'est le coin des calices, reprit Blaise sur le ton de la conversation. Des ersatz de calice, si tu préfères.
Il montrait des transats et des poufs disposés sous une tonnelle. Quatre humains, hommes et femmes, discutaient tranquillement.
-On les reconnaît à leur air quelque peu hautain et méprisant. Vois comment ils jaugent les autres d'un air supérieur. Ils ont l'impression d'être intouchables. Élus. Et ils ont conscience que tous les autres donneraient cher pour être à leur place. C'est cela qui les rend si arrogants.
Draco observait le groupe d'un air indifférent. Il avait toujours méprisé ces ersatz de calices. Des humains un peu paumés dans leur vie, incapables de se prendre en main et qui préféraient se faire entretenir par un vampire plutôt que de trouver un vrai sens à leur courte vie. Ils acceptaient d'être traités comme des moins que rien, comme une simple réserve de sang, simplement pour avoir le privilège d'être appelés « calices » et d'avoir l'attention privilégiée d'un vampire. Ils vivaient dans l'angoisse du moment où leur vampire se lasserait d'eux, serait rattrapé par son envie de solitude ou trouverait quelqu'un d'autre. Alors, ils seraient rejetés sans un mot, sans un regard, et la majorité d'entre eux, devenue totalement accro à cette attention, passeraient le reste de leur vie à essayer de retrouver ce qu'ils avaient perdu. Ils ne redeviendraient probablement jamais calices mais ils pourraient obtenir une autre sorte d'attention, plus malsaine encore, plus perverse, plus dangereuse. Et, pour finir, la plupart d'entre eux finiraient tués par un vampire, vidés de leur sang par ceux-là même qu'ils avaient tant admirés et désirés. À leurs yeux cependant, le jeu semblait en valoir la chandelle.
En un mot, pathétique.
-Si je pouvais leur présenter ton garçon, ils redescendraient probablement de quelques étages.
Harry ne comprendrait pas, Draco en était certain. Et il mépriserait cela au plus haut point.
-Là-bas, continua Blaise, c'est le groupe des... comment dire cela poliment ?
Il sourit de plus belle en indiquant d'un signe de tête un groupe d'une dizaine de personnes installées près des calices.
-Disons qu'ils pensent être en couple avec un vampire. Leur position est bien moins enviable que celles des calices mais c'est toujours mieux que rien. Même si ce n'est que du sexe, plus ou moins exclusif, ils ont tout de même leur attention, n'est-ce pas ?
Draco faisait tourner l'alcool dans son verre sans un mot.
-Si tu es intéressé, je peux te conseiller.
Face au silence de l'autre vampire, Blaise s'exclama:
-Ma parole, tu es incorruptible ! Je me donne du mal, pourtant.
-Blaise, peut-être un jour goûteras-tu à un sang aussi merveilleux et alors, tu comprendras.
Blaise fit un geste vague de la main.
-Qui a parlé de sang ? Je te parle de sexe ! Pur et dur. Pour te faire plaisir et rester dans tes bonnes grâces, ces humains-là sont prêts à tout. Tu pourrais t'amuser, bien plus librement qu'avec ton garçon.
Draco laissa à nouveau échapper un « mhm » peu engageant. Blaise le fixait intensément en tirant sur sa cigarette.
-C'est sans engagement, dit-il en faisant un sourire en coin un brin sardonique. Ce qu'ils aiment par-dessus tout, ce sont les promesses, cela leur fait faire n'importe quoi, je t'assure.
Il lui désigna un jeune homme blond d'une vingtaine d'années.
-C'est Tim. Voilà deux ans que je lui promet de faire de lui mon calice « bientôt ». Il attend patiemment en faisant tout ce que je lui ordonne. Et ici, dit-il en désignant un autre jeune homme blond, un peu plus âgé que le premier, c'est mon calice du moment. Tous deux se connaissent très bien. Je peux même les convoquer tous les deux en même temps, si j'en ai envie et...
-Merci, Blaise, cela ira.
Blaise souriait. Draco pensait à Harry. Il se demanda quelle tête ferait le jeune homme s'il le convoquait pour lui demander d'assouvir ses désirs.
-Je te le dis, Draco, c'est ici et nulle part ailleurs qu'il faut être. Les humains le savent et les vampires qui veulent s'amuser le savent aussi.
-Je ne vois pas beaucoup de vampires.
Blaise sourit de plus belle.
-Tant mieux ! Ce soir, nous avons tout ce beau monde pour nous tout seuls! Allons en profiter avant que d'autres se ramènent.
Il entraîna Draco plus en avant sur la pelouse.
-Ils vont être très contents de te voir, enfin un peu de nouveauté!
Il tira sur sa cigarette et ajouta:
-Mais Harry reste notre petit secret, n'est-ce pas ? Ce serait beaucoup moins drôle, s'ils connaissaient son existence.
-Harry est mon secret, rétorqua Draco, possessif.
Les têtes se tournaient dans leur direction tandis qu'ils traversaient la pelouse d'un vert éclatant. Comme Blaise l'avait prédit, la présence de Draco attirait l'attention de tous. Ils montèrent les marches de la terrasse et Blaise l'entraîna sans un mot à l'intérieur, loin des regards. L'immense salon semblait sombre après la luminosité extérieure. Sur un fauteuil, près du montant de la cheminée, se tenait un vampire d'une trentaine d'années. Il fumait une pipe qui dégageait une fumée âcre quelque peu écœurante.
-Lionel a pris goût à mes petites fêtes, affirma Blaise en tirant une dernière fois sur sa cigarette.
Il écrasa le mégot dans le cendrier posé sur le montant de la cheminée. Vingt-six ans, pour un vampire, c'était un battement de cils. Lionel était ici depuis un quart de siècle et il le vivait comme un humain allait rendre visite à des amis le temps d'un week-end.
-Elles sont très divertissantes, je dois l'avouer.
Il ne salua pas Draco car il l'avait quitté la veille, semblait-il. Jamais ils ne s'étaient revus aussi rapidement.
-Bien sûr qu'elles le sont ! s'enorgueillit Blaise. Leur réputation dépasse largement les frontières. C'est l'endroit où il faut être pour faire de belles rencontres, d'un côté comme de l'autre.
Draco s'installa sans un mot dans un fauteuil et croisa les jambes.
-As-tu fait de belles rencontres, Lionel ? demanda-t-il d'un ton courtois.
L'autre vampire tira sur sa pipe d'un air désintéressé.
-Quelques unes. Mais la chasse reste un plaisir bien plus grand, pour moi.
Draco concéda ce fait en inclinant légèrement la tête. Lui-même de chassait plus. Harry n'avait pas besoin d'être chassé. Son consentement était total, quand il en allait de lui planter ses crocs au plus profond de sa gorge. Et cela valait bien toutes les chasses du monde.
-Comment va Potter ? demanda Lionel. Il n'est pas ici avec toi.
L'elfe de maison apparut à nouveau devant eux. Il s'inclina bien bas et entreprit de remplir à nouveau leurs trois verres. Puis il disparut sans un mot. Aucun des trois vampires n'avait esquissé le moindre geste.
-Harry vaque à ses occupations.
Face aux regards circonspects de Blaise et de Lionel, il fit un vague geste de la main qui n'engageait à rien et ajouta :
-Il est indépendant.
-De toute évidence.
Il était évident que tous deux pensaient que la place d'Harry était à ses côtés. Probablement n'avaient-ils jamais vu un calice se tenir éloigné de son vampire une après-midi toute entière. Ni un vampire accepter cela. Draco aussi pensait comme eux, il y a encore quelques années. Mais, bien qu'il ait longtemps essayé de réprimer cette indépendance, il aimait cela chez Harry. Il appréciait le fait que le jeune homme soit capable de prendre soin de lui-même, de se trouver des occupations loin de lui et de vivre par lui-même. Même si cela n'allait pas sans son lot d'agacement et de prise sur soi.
-Harry sait prendre soin de lui-même, affirma-t-il. Pas comme ceux-là.
Il pointa un doigt en direction du jardin.
-Ceux-là ne sont pas des calices, rétorqua Lionel. Il peut leur arriver malheur, personne n'en aura cure. Ce serait beaucoup plus fâcheux s'il arrivait quelque chose au tien.
Draco soupira intérieurement. Fâcheux était le mot. Pas une seconde ne se passait sans qu'il ne craigne pour la vie d'Harry. Il était en permanence aux aguets, à l'écoute de ses émotions. Parfois, il avait encore de vieilles réminiscences. Il aimait enfermer Harry des jours et des jours. Très égoïstement, il le gardait alors pour lui seul, loin de tout et de tout le monde. Le savoir en sécurité, pouvoir enfin apaiser cette crainte, l'avoir à son entière disposition, rien que pour lui, étaient hautement plaisant. Harry s'en complaisait, parfois, notamment quand le cadre s'y prêtait. Ils avaient parfois vécu plusieurs mois en autarcie totale, juste tous les deux. Mais, au bout d'un moment, le jeune homme devenait si insupportable, à tourner en rond et à l'importuner en permanence, que Draco finissait indubitablement par se lasser et par le libérer. Alors, il avait la paix. Mais ses craintes revenaient et il tentait de les faire taire du mieux qu'il pouvait.
-Harry est ici chez lui. Et revoir ses amis lui fait du bien.
-Et plus qu'ailleurs, il y est en danger.
Cette phrase le fit tiquer. Il but une gorgée.
-Ici, il n'est pas juste Harry. Il est Harry Potter. Et Merlin sait combien de personnes, encore aujourd'hui, haïssent ce nom.
Draco savait cela, évidemment. Il avait passé des heures entières à méditer sur ce fait. Il fixa le liquide ambré qui tournoyait dans son verre, pensif. Au dehors, le bruit des conversations montait à mesure que le jour déclinait.
-Les Mangemorts sont toujours actifs ? demanda-t-il.
-On ne parle plus de Mangemorts. Mais tous les partisans du Seigneur des Ténèbres n'ont pas disparu du jour au lendemain, c'est certain. Et certains s'en sont plutôt bien sortis, après la guerre. Ils ne seraient pas spécialement ravis d'apprendre le retour d'Harry Potter.
Draco se fichait bien de savoir que certains Mangemorts étaient passés entre les mailles du filet. Il n'avait pas d'opinion sur la guerre qui avait ravagé le Royaume-Uni quelques années plus tôt, pas plus qu'il n'avait de camp. Seul Harry comptait. Et il se demandait comment le garçon réagirait lorsqu'il se rendrait compte que des Mangemorts foulaient encore le sol anglais en toute liberté. Probablement d'une façon que Draco ne saurait apprécier.
-Quoi qu'il en soit, Draco, j'espère que tu nous feras l'honneur de sa présence un jour.
Draco vida son verre d'un trait.
-Il te fera cet honneur lui-même, Blaise, s'il le désire.
.
.
J'espère que ce chapitre vous a plu ? :)
Oui, Harry va être plus indépendant dans cette fic. Et Draco peut-être moins... comment dire ? Inflexible. Ils seront moins fusionnels, mais cela ne veut pas dire qu'ils ont moins besoin l'un de l'autre. Harry est là pour retrouver ses amis, et Draco ne s'intéresse pas vraiment à cet aspect-là de sa vie. J'aime bien aussi l'idée qu'ils vivent leur relation tout en ayant d'autres choses à gérer autour, alors que dans la partie 1, ils étaient souvent que tous les deux.
Prochain chapitre, enfin un petit focus sur à quoi ressemble vraiment leur relation après toutes ces années. Et non, désolée, Draco n'est pas subitement tombé fou amoureux d'Harry. Il est juste obsessionnel.
À bientôt !
Natom, 24/01/25
