Bonjour !
Retrouvailles avec Ron et rencontre avec les enfants dans ce chapitre. Bonne lecture !
.
Chapitre 5
.
Harry se tenait, immobile, devant un petit pavillon de banlieue des plus ordinaires. Le quartier, calme et propre, aux maisons identiques, lui rappelait, un peu douloureusement, PrivetDrive. Il n'avait pas imaginé Ron et Hermione vivre dans un tel environnement. La maison du numéro 22 était une petite maisonnée à étage dont le jardin était encombré de nombreux objets hétéroclites : vieux ballons dégonflés, jouets cassés, bottes dépareillées, ustensiles de jardinage abandonnés, pots de fleur cassés. La pelouse, mal entretenue et brûlée par le soleil estival, était envahie de mauvaises herbes et Harry repéra même deux ou trois terriers de gnomes. Malgré sa nervosité, cela le fit sourire.
Il sonna. Les noms Weasley et Granger étaient inscrits en lettres noires délavées sur la boîte aux lettres. Il patienta quelques secondes avant que la porte de la maison ne s'ouvre sur une Hermione à l'air empressé. Elle descendit les deux marches du perron en enjambant un vieil arrosoir percé et vint lui ouvrir le portail.
-Salut Harry, dit-elle par dessus le grincement du vieux portail.
Il était à nouveau impressionné par son air sévère et ses rides au coin des yeux. Mais elle lui sourit chaleureusement et il retrouva, l'espace d'un instant, la jeune fille qu'il avait connue. Elle referma le portail derrière lui. Harry était nerveux.
-Es-tu sûre que c'est une bonne idée, Hermione ? Je ne veux pas...
-Ne dit pas de bêtises. Tu es ici chez toi, tu sais bien. Tout le monde est très excité à l'idée de te rencontrer.
Cela ne fit qu'augmenter son stress. Tentant de dissimuler à quel point rencontrer ses enfants et retrouver Ron le rendait nerveux, il la suivit jusqu'à la maison. Après le soleil de plomb de ce mois de juillet, l'intérieur était agréablement frais. Il y régnait un bazar semblable à celui du jardin. Mais un bazar plein de vie, qui trahissait une vie de famille animée, mais chaleureuse, semblable à ce qu'Harry avait longtemps envié au Terrier. Il observa autour de lui avec curiosité, captant des bouts de la vie de ses deux meilleurs amis dans des photos d'enfants accrochées au mur, des souvenirs sur les meubles, des objets de décoration hasardeux, des livres éparpillés sur les étagères, des effets personnels posés ça et là. Chaque objet semblait raconter une histoire qu'Harry ne connaissait pas. Vingt-six avaient passé depuis qu'il les avait quittés.
-Désolée pour le désordre, s'excusa immédiatement Hermione en soupirant. Je n'ai pas eu le temps de ranger.
Il voulut la rassurer, lui dire que cela n'avait aucune importance, mais ses mots restèrent bloqués au fond de sa gorge. Elle le conduisit dans la cuisine.
-Du jus de citrouille ?
Harry approuva d'un air distrait. Les photos sur les murs bougeaient au rythme des grimaces et des gestes des enfants. Une marmite se rinçait toute seule dans l'évier tandis que le lave-vaisselle émettait un faible bourdonnement. C'était un mélange étrange d'appareils ménagers moldus et de magie. Hermione débarrassa une pile de magazines qui trainait sur une des chaises.
-Tiens, assis-toi.
-Je ne veux pas que ce soit gênant.
Gêné, il l'était déjà. L'air empressé d'Hermione, qui semblait s'efforcer d'être une hôtesse parfaite et qui s'affairait dans tous les sens pour ranger tout ce qui trainait, était hautement embarrassant. N'étaient-ils pas censés être amis ? Quelle importance cela avait-il, que la maison soit en désordre ? Il ne voulait pas être traité comme un invité à qui il fallait présenter une image lisse et parfaite. Ou, pire encore, comme un ado qui rend visite à une vieille tante qu'il n'a pas vue depuis des lustres.
Il s'assit néanmoins, un peu raide, sur la chaise proposée.
-Ne t'inquiète pas. Les enfants ne sont pas là, ils arriveront plus tard. Cela va nous permettre de retrouver nos marques. Comme au bon vieux temps !
Elle lui sourit d'un air chaleureux et Harry tenta tant bien que mal de lui répondre, rassuré de savoir que les enfants n'étaient pas là. Les rencontrer le rendait extrêmement nerveux. Mais peut-être pas autant que la perspective de revoir Ron. D'un coup de baguette, elle fit disparaître tout ce qui traînait sur la table et y posa trois verres.
-Ron ne devrait pas tarder. Il est parti au Terrier chasser les gnomes. Ses parents ne s'en sortent plus avec ces affreuses bêtes, elles ont envahi le jardin !
Elle jeta un regard par la fenêtre grande ouverte sur le jardin fleuri et ensoleillé.
-Le nôtre aurait bien besoin d'être dégnomé aussi.
Harry ne savait pas comment prendre le fait que Ron ne soit pas là pour l'accueillir. Hermione lui avait forcément parlé de son retour. Était-il en colère contre lui ? D'une colère bien plus puérile et tenace qu'Hermione, comme c'était déjà le cas à l'époque ?
-Comment vont Molly et Arthur ? demanda Harry en buvant une gorgée de jus de citrouille.
Hermione haussa nonchalamment les épaules en effectuant un large mouvement de sa baguette. La vaisselle s'envola du lave-vaisselle pour se ranger d'elle-même dans les tiroirs et placards dans un grand bruit. Lorsque le silence revint, elle répondit :
-Ils se portent bien. Molly cuisine toujours aussi bien, nous allons y manger un week-end sur deux. Et Arthur a toujours sa passion pour tout ce qui est moldu. Il adore venir ici.
Harry sourit.
-Est-ce qu'ils savent que je suis de retour ?
Hermione referma le lave-vaisselle.
-Je ne pense pas que Ron leur en ait parlé. Ils ne sont plus très jeunes, tu sais, et ce genre de nouvelles pourrait les perturber.
Harry approuva sans un mot. Face à son air sombre, Hermione s'approcha de lui et lui posa la main sur l'épaule.
-Ils seraient tellement heureux de te revoir, Harry. Mais ton départ subit il y a quelques années les a profondément touchés et nous ne voulons pas qu'ils revivent cela maintenant, si jamais tu...
Elle s'interrompit d'un air gêné. Harry déployait un effort conséquent pour ne pas se soustraire au contact de sa main sur son épaule. Depuis vingt-six ans, il n'avait connu aucun contact physique autre que celui de Draco. Cette main moite et chaude posée sur son épaule le dérangeait, lui qui ne connaissait que le toucher frais et électrisant de son vampire.
-Je comprends, dit-il.
Elle lui tapota doucement l'épaule puis entreprit de passer un coup d'éponge énergique autour de l'évier. Ils ne dirent plus rien pendant un moment, chacun plongé dans ses pensées. Harry aurait donné cher pour revenir dans le passé et retrouver cette complicité naturelle qu'ils partageaient alors. Un fossé semblait s'être créé entre eux et cela le perturbait. Le grincement du portail les fit sursauter. Le cœur d'Harry se mit à battre plus fort tandis qu'il écoutait avec appréhension les pas sur le gravier. Hermione posa son éponge, murmura un «je reviens» et sortit de la pièce.
Harry resta seul dans la cuisine, fixant sans la voir l'éponge qui continuait de laver toute seule le plan de travail. Il avait les mains moites et une boule coincée en travers de la gorge. Merlin que c'était agaçant! Il n'avait certes pas vieilli physiquement, mais il avait tout de même mûri, non? Pourquoi se sentait-il comme un ado mal à l'aise et gêné, incapable de garder la tête froide?
Il entendit Ron et Hermione chuchoter dans le vestibule. Des pas se rapprochèrent et il se leva précipitamment tandis que Ron apparaissait sur le pas de la porte. Tous d'eux s'observèrent sans un mot pendant ce qui sembla une éternité à Harry. Ron avait la bouche ouverte en une expression clairement éberluée. Puis, un peu gauche, il entra dans la cuisine et lui tendit la main.
-Salut, Harry.
Harry lui serra la main. Ron aussi avait la main moite et chaude.
-Content de te revoir, après tout ce temps.
Harry décida d'ignorer son ton légèrement mordant.
-Moi aussi, dit-il.
Ron se détourna, attrapa le verre qu'Hermione avait laissé pour lui sur la table et le but d'un trait. Hermione entra à son tour dans la cuisine et lança à Harry un sourire un peu gêné.
-C'est incroyable comme tu n'as pas changé, reprit Ron après quelques secondes de silence.
Lui avait changé. Son regard était toujours aussi bleu et ses cheveux toujours aussi roux, mais il s'était un peu dégarni sur la tête, des rides creusaient son front et le contour de ses yeux et une barbe de quelques jours rongeait son visage. Il était toujours plus grand qu'Harry mais un ventre bedonnant pointait sous son t-shirt plein de terre.
-Tu n'es pas obligé de me rendre la pareille, dit-il en agitant la main d'un geste nonchalant. J'imagine le choc que ça doit être pour toi de me voir devenu si vieux.
Il se laissa tomber sur la chaise en face d'Harry avec un long soupir puis fit un geste en direction d'Hermione.
-Et Hermione aussi.
-Eh ! Je ne te permets pas !
L'air révolté, Hermione voulut le fouetter à l'aide d'un torchon mais Ron l'attrapa et le lui arracha des mains. Tous deux riaient et la scène arracha également un sourire à Harry. Certaines choses n'avaient donc pas changé...
-Comment ça s'est passé, avec les gnomes ? demanda Hermione, profitant de l'ambiance détendue pour changer de sujet.
-Ces sales bêtes ! Ils profitent que mes parents vieillissent et ne soient plus aussi agiles pour envahir le jardin. Tous les mois, on est obligés de lever une armée pour aller les combattre ! ajouta-t-il à l'adresse d'Harry. Avant c'était le week-end préféré de tous les enfants, mais maintenant, ils sont bien trop grands pour ça et nous laissent tout le travail.
Hermione ouvrit le four et en sortit quelques cookies faits maison encore chauds. Harry était affamé mais il n'osa pas se servir.
-George, Percy et moi, on a eu du mal à en venir à bout, continua Ron qui lui se servit immédiatement.
Pendant les minutes qui suivirent, ils écoutèrent Ron raconter ses mésaventures dans le jardin avec ses frères. Harry riait aux commentaires de Ron tandis qu'Hermione secouait la tête d'un air exaspéré. Pendant quelques précieux instants, ce fut comme avant. Cela rendit Harry si heureux qu'il en oublia toute sa nervosité. Mais lorsque Ron eut épuisé le sujet des gnomes, le silence revint et le sourire d'Harry retomba peu à peu. Il était difficile de constater combien la vie avait continué, immuable, sans lui. Combien tout avait changé mais pas tellement, en réalité. Il se sentait comme un étranger alors qu'il fut un temps, il avait appartenu à cette famille.
-Et toi, Harry ? Quelles aventures palpitantes as-tu vécues à l'autre bout du monde pendant que je me contente de chasser des gnomes ici ?
-Je pensais que tu aurais vécu assez d'aventures dans ta jeunesse pour le reste de ta vie, éluda Harry.
Le sourire de Ron se fana. Son regard plongea dans celui d'Hermione et tous deux s'observèrent sans un mot pendant quelques secondes. Pour la première fois, Harry réalisa à quel point les années d'après guerre avaient dû être difficiles.
-C'est vrai, concéda Ron en attrapant un deuxième cookie. Mais la routine peut faire oublier un peu tout ça, parfois.
Hermione s'empara de l'assiette de cookies et la tendit à Harry. Ce dernier en attrapa un et mordit dedans. Tous trois restèrent plongés dans un silence contemplatif pendant quelques minutes. Le soleil commençait déjà sa descente à l'horizon, plongeant le jardin dans une lumière orangée apaisante.
-Où sont les enfants ? demanda soudain Ron, que le silence régnant dans la maison étonna soudain.
-Chez George et Angelina. Hugo a envoyé un hibou pour demander s'ils pouvaient dormir là-bas.
-Et Angelina et toi êtes d'accord avec ça ? La dernière fois, je te rappelle qu'ils ont fait le mur !
Harry sourit mais il fut bien le seul. De toute évidence, l'anecdote n'amusait ni Ron, ni Hermione.
-J'ai dit à Hugo qu'il ne remettrait plus les pieds hors de cette maison de tout l'été si jamais cela se reproduisait. Et de toute façon, je leur ai dit de rentrer.
Il était très étrange de les voir agir en parents responsables et soucieux, songeait Harry tandis qu'il observait leurs mines déterminées. Quand il les avait quittés, c'était eux les enfants indisciplinés qui n'avaient que faire des règlements.
-Est-ce qu'ils sont au courant de toutes les bêtises que nous avons faites pendant notre jeunesse ? ne put-il s'empêcher de demander.
-Ron n'a pu s'empêcher de leur raconter, évidemment !
-Pas toutes ! se défendit Ron avec véhémence. Je ne veux pas passer pour un père sans crédibilité. Par contre, les tiennes, ils les connaissent toutes. Ta réputation est ruinée d'avance !
Ron se lança dans l'énumération de toutes les bêtises qu'ils avaient faites à Poudlard et en dehors, de leurs escapades la nuit dans les couloirs de l'école au vol de la voiture volante de son père en passant par le Polynectar dans les toilettes des filles. Il évoquait ses souvenirs avec ferveur et en gardait un souvenir aussi précis qu'Harry. Malgré le fossé qui s'était creusé entre eux ces dernières années, personne ne pourrait leur enlever tout ce qu'ils avaient vécu ensemble dans leur jeunesse. Cela les liait à jamais.
-Ils sont très fiers d'avoir le célèbre Harry Potter comme tonton ! ajouta Ron. Rose a eu une période où elle lisait toutes les biographies parues à ton sujet. Tu te souviens, Hermione ? Et je peux te dire qu'il y en a un sacré paquet, de biographies à ton sujet !
Hermione approuva. Harry masqua son trouble en prenant un deuxième biscuit. Rien n'aurait pu le rendre plus heureux que de savoir que Ron et Hermione avaient parlé de lui à leurs enfants.
-Notre héros, s'exclama Ron. Celui Qui a Survécu et Vaincu. Si tu savais le nombre de trucs délirants qu'on peut lire à ton sujet. Il y a quelques années, Hermione a même dû saisir le bureau de la Justice Magique pour faire interdire la parution d'un livre écrit par un hurluberlu qui affirmait que tu étais l'incarnation de Merlin venue nous sauver de Tu-Sais-Qui.
Harry rit doucement.
-Quelle est la version officielle de ma disparition ?
Ce détail ne l'avait jamais intéressé et il n'avait jamais posé la question à Draco, même s'il se doutait que le vampire était au courant. Il ne se passait pas une chose sur cette planète sans que Draco ne soit au courant, encore plus si cela le concernait.
-Si on devait te raconter toutes les théories qui courent à ce sujet, on y serait encore demain, répondit Ron.
-Pas une ne s'approche un tant soit peu de la vérité, en tout cas, affirma Hermione.
Un silence lourd s'installa entre eux tandis que la mention du vampire flottait dans l'air sans que personne n'ose le dire à haute voix. Harry, pour sa part, était bien content que l'implication de Draco soit restée secrète. Un peu gêné, il joua avec son verre.
-Tout cela n'a plus d'importance, à présent, dit finalement Hermione. La guerre, ce qu'elle nous a obligés à faire, c'est du passé.
Ron approuva sombrement. Il reprit un cookie et mordit dedans avec avidité. Des miettes tombèrent partout sur la table et par terre. La cuisine était illuminée d'une magnifique lumière orangée tandis que le soleil continuait sa descente à l'horizon. L'air embaumait le cookie et l'odeur un peu citronnée des produits ménagers d'Hermione. Harry se sentait bien, enfin.
-Alors, Harry, raconte-nous un peu ta vie jusqu'à présent, lui lança Hermione. Qu'as-tu fait?
Pris au dépourvu, Harry attrapa un cookie. Il était un peu brûlé en-dessous mais il mordit tout de même dedans avec avidité.
-Eh bien...dit-il un peu hésitant.
Il réfléchissait à ce qu'il avait envie de partager avec ses amis et à ce qu'il avait envie de garder pour lui.
-J'ai voyagé, dit-il, restant délibérément vague. Je n'avais jamais quitté le Royaume-Uni, avant. Jamais vu la mer. Ni la montagne. Mais je dois avouer que l'Angleterre a fini par me manquer.
-Ce trou paumé ? s'exclama Ron.
Harry sourit doucement.
-Vous, affirma-t-il timidement. C'était dur pour moi de ne pas savoir ce que vous deveniez et d'accepter l'idée que je ne vous reverrai pas. Mais il m'a fallu tout de même tout ce temps pour réaliser que je n'y arriverai pas.
Le silence s'installa dans la cuisine. Harry grignota son cookie, un peu pensif, puis reprit :
-Ron, Hermione, je suis désolé. Je sais que rien ne pourra jamais réparer le mal que je vous ai causé en partant si brusquement, mais je veux que vous sachiez que je suis sincèrement désolé.
Hermione posa sa main sur la sienne.
-On ne t'en veut pas, Harry. Tu as vécu des choses terribles et...
-Non, coupa sèchement Harry en retirant sa main. Ce n'est pas une excuse. Nous avons tous vécu des choses horribles et nous avons tous dû surmonter la douleur et le deuil. C'était égoïste de ma part de vous laisser gérer tout cela seuls. J'aurais dû être là, avec vous, avec ta famille, Ron.
Ron approuva doucement.
-Comme le dit Hermione, c'est du passé tout ça. Nous avons depuis longtemps décidé d'avancer dans nos vies et de passer à autre chose. Rien ne pourra jamais combler le vide qu'ont laissé Fred et tous les autres, mais la vie continue. C'est ainsi. Et nous sommes heureux maintenant.
Il jeta un regard interrogateur à Hermione qui approuva en souriant doucement. Du bout des doigts, elle essuya une larme qui coulait sur sa joue.
-Je suis heureux pour vous, vraiment, affirma Harry.
-Est-ce que tu es heureux pour toi, Harry ? demanda Hermione.
Elle lui lançait un regard entendu qui fit sourire Harry. Il était étrange que le nom de Draco n'ait pas encore été prononcé. Il flottait entre eux depuis le début, telle une présence insidieuse, mais aucun d'eux n'osait le mentionner à haute voix, comme si cela le rendrait soudainement plus concret. Le soleil disparut soudain à l'horizon et la petite cuisine s'assombrit. Harry songea à sa vie, à Draco. Sa relation avec le vampire n'était pas toujours simple, pas toujours fluide, ni saine. Draco était dominateur, possessif, agaçant, froid. Mais il faisait partie de son être. Il avait intrinsèquement besoin de lui dans sa vie pour aller bien et il n'imaginait pas une autre vie que celle qu'il avait aujourd'hui avec Draco.
-Oui, dit-il nonchalamment. Je suis heureux.
C'était quelque chose de dur à avouer. Admettre à Ron et Hermione qu'il était heureux avec Draco, eux qui avaient toujours eu du mal à accepter le vampire, était comme avouer quelque chose d'honteux. Mais il tenta de transmettre dans ces quelques mots toute la vérité qu'ils signifiaient pour lui. Il voulait que Ron et Hermione, à défaut de le comprendre, le croient. Cela lui semblait capital. Il ne se souvenait que trop bien de l'incompréhension qui avait ternie leur relation lorsque Draco était entré dans sa vie et il ne voulait pas qu'elle ressurgisse.
-Tant mieux alors, répondit Hermione.
Il y avait quelque chose de mélancolique dans son regard, mais elle souriait néanmoins avec sincérité. Harry lui rendit son sourire. Ron tendit à nouveau le bras pour s'emparer de l'assiette de cookies, mais Hermione s'arracha au regard de son meilleur ami et s'empara de l'assiette avant qu'il n'ait pu en attraper un.
-Ça suffit, Ron. Laisses-en pour les enfants !
La scène eut le mérite de détendre instantanément l'atmosphère. Harry rit de la mine déconfite de Ron tandis qu'Hermione rangeait l'assiette dans le four en secouant la tête.
.
Les enfants débarquèrent à la maison à l'heure du dîner. Depuis la cuisine, ils entendirent le feu gronder dans la cheminée suivi immédiatement par un pas lourd dans le salon.
-Maman ! appela Hugo depuis le salon. Pourquoi je ne peux pas rester dormir chez Fred et Roxane ?
Harry sentit immédiatement sa nervosité refaire surface. Il n'avait aucune idée de comment il était censé se comporter face aux deux adolescents de ses meilleurs amis. Il ne connaissait strictement rien d'eux. Hugo surgit dans la petite cuisine, l'air ennuyé.
-George et Angelina ont dit que je pouvais... Oh !
-Hugo, je t'ai déjà dit d'enlever tes chaussures et de t'épousseter avant de sortir de la cheminée ! Tu ramènes des cendres partout.
Hermione se leva, sortit sa baguette et la pointa sur son fils. Immédiatement, la couche de cendres qui s'était déposée sur ses vêtements et dans ses cheveux disparut. Il ne sembla pas s'en rendre compte. Il fixait Harry avec des yeux ronds, la bouche grande ouverte, en une expression très semblable à celle qu'avait arborée son père quelques heures plus tôt.
-Harry, voici Hugo, présenta Hermione qui souriait à présent face à la mine ahurie de son fils. Hugo, je te présente Harry.
Jugeant que c'était à lui d'endosser le rôle de l'adulte mature et responsable, Harry se leva. Il s'approcha du jeune garçon et lui tendit la main.
-Ravi de faire ta connaissance, Hugo, affirma-t-il avec assurance.
Hugo le dévisageait avec une intensité qui frôlait l'impolitesse. Son regard d'un bleu similaire à celui de Ron s'égara sur son front. Il haussa les sourcils en détaillant la cicatrice. Il avait l'air à la fois stupéfait, fasciné et effrayé. Finalement, il se saisit de sa main et la serra mollement.
-Salut, dit-il timidement en détournant précipitamment le regard.
Le bout de ses oreilles avait viré au rouge écarlate. Rose choisit ce moment-là pour faire son apparition. Déchaussée et époussetée, elle entra dans la cuisine d'un pas de conquérant en s'exclamant :
-Qu'est-ce qu'on mange ? Je suis affamée !
Lorsqu'elle s'aperçut à son tour de la présence d'Harry, elle se figea. La même expression d'étonnement s'afficha sur son visage tandis qu'elle le dévisageait longuement.
-Et voici Rose, présenta Hermione. Rose, voici Ha...
-Je sais qui c'est, coupa sèchement Rose.
Harry lui tendit à son tour la main qu'elle serra sans hésiter. Elle continuait de le dévisager avec intensité, les yeux légèrement plissés, ayant visiblement du mal à croire qu'il se tenait vraiment là.
-Et si on passait à table ! s'exclama Ron en se levant pour couper court au silence gênant qui s'était installé.
.
Il était étrange de voir Ron et Hermione agir comme des parents responsables. Reprendre leurs enfants sur des coudes qui trainaient sur la table, leur enjoindre de finir leur assiette, de ne pas parler la bouche pleine. Il était encore plus étrange de se dire que ces deux enfants étaient leurs enfants. Du point de vue d'Harry, qui ne les avait jamais connus, ils sortaient un peu de nulle part.
Rose, par ailleurs, avait son âge. Techniquement, elle était même plus âgée que lui de quelques mois. C'était un fait hautement cocasse qui mettait Harry mal à l'aise. Côte à côte, ils ressemblaient à deux camarades de classe. La jeune fille, semblant oublier qu'Harry était en réalité de la génération de ses parents, se comporta pendant tout le repas comme si elle avait affaire à un jeune de son âge. Ce qui exaspéra grandement Harry. Il n'aimait pas être considéré comme un adolescent.
-S'il te plaît, Harry, supplia Hugo en lui lançant un regard implorant par dessus son dessert. Juste une !
Il l'avait supplié ainsi durant tout le repas. Harry soupira. Il posa sa petite cuillère et rendit les armes :
-Très bien. Mais juste une seule.
Hugo poussa une exclamation ravie. Hermione, assis près de lui, sourit avec tendresse.
-Attention à ce que tu vas raconter, Harry, souffla Ron d'un ton faussement menaçant. Il y a des choses qui valent mieux rester enterrées.
Harry sourit. Il réfléchit. Des anecdotes sur leur scolarité, il en avait des milliers. Des anecdotes qui pouvaient être racontées à des enfants, dont un qui poursuivait encore sa scolarité à Poudlard et qui était probablement avide de bêtises à faire à l'école, il n'y en avait pas tant que ça. Par ailleurs, Hugo avait prouvé tout au long du repas qu'il connaissait déjà bon nombre des aventures que ses parents et lui avaient vécues à Poudlard.
-Très bien, répéta Harry en souriant de plus belle. Un jour, Ron s'est disputé avec un élève de Serpentard qu'on abhorrait tout particulièrement. Il lui a lancé un sort de crache-limaces !
-Oh, ce sort est répugnant, s'exclama Rose.
-Le problème, c'est qu'à ce moment-là, sa baguette était cassée et qu'elle n'en faisait qu'à sa tête. Le sort s'est immédiatement retourné contre lui ! Il a craché des limaces pendant les deux heures qui ont suivies.
Les deux enfants poussèrent des exclamations horrifiées. Ron lui-même grimaça au souvenir de cette anecdote. Hugo explosa de rire.
-Dément ! s'exclama-t-il.
-Immonde, rétorqua Rose d'un air écœuré.
Harry secoua la tête en rigolant. Il reprit sa cuillère et mangea une grosse bouchée de tarte à la mélasse.
-Vraiment délicieux, Hermione, dit-il. Ça faisait une éternité que je n'avais pas mangé de tarte à la mélasse.
-Je me suis rappelé que c'était ton dessert préféré, répondit Hermione en souriant.
-Où est-ce que tu étais passé, toutes ces années ? demanda abruptement Rose. Tout le monde dit que tu es mort.
Harry échangea un regard avec Hermione. Il s'était attendu à cette question, évidemment. Il en avait discuté avec Ron et Hermione, avant l'arrivée des enfants. De toute évidence, ni Harry, ni Ron et Hermione n'avaient envie que Rose et Hugo apprennent les véritables circonstances de sa disparition. Depuis leurs retrouvailles, le mot «vampire» n'avait pas été prononcé une seule fois et il n'était pas question qu'il le soit devant les enfants. Néanmoins, leur mentir ne semblait pas non plus être la solution idéale. Ils s'étaient donc décidés pour une vérité alternative. Une vérité qui reflétait ce qu'Harry avait vraiment fait, ces dernières années, mais qui sous-entendait qu'il l'avait fait seul.
-J'ai voyagé, répondit vaguement Harry. J'avais besoin de changer d'air, après la guerre, de voir autre chose.
Rose plissa les yeux.
-Tu avais besoin de changer d'air pendant vingt-six ans ?
-Rose, ne soit pas si malpolie, intervint Ron d'un air très sévère.
Elle lui jeta à peine un regard.
-Et pourquoi n'as-tu donné aucune nouvelle ?
Harry termina sa tarte à la mélasse. De toute évidence, Rose avait hérité de la perspicacité de sa mère. Et de sa capacité exceptionnelle à poser des questions bien ciblées.
-J'avais envie de tourner la page sur mon passé, répondit-il très calmement. Mais, au fil des années, je me suis aperçu que c'était bien plus difficile que ce que je pensais. Tes parents, notamment, me manquaient alors j'ai décidé de revenir.
Elle l'observa pendant de longues secondes, songeuse. Malgré ses cheveux d'un orange flamboyant qui lui rappelait Ginny à son âge, elle ressemblait beaucoup à Hermione. Harry avait du mal à s'y faire. Même mis ainsi face à la réalité, il lui était encore difficile d'assimiler qu'elle était la fille de Ron et Hermione, ses amis d'enfance qui, la dernière fois qu'il les avait vus, avaient l'âge qu'elle avait aujourd'hui.
-Pourquoi as-tu encore l'air d'un garçon de dix-sept ans ? demanda-t-elle finalement. J'ai vu des photos de toi lorsque tu étais à Poudlard. Tu n'as pas changé du tout. À part que tu ne portes pas de lunettes. Et...
Elle hésita et rougit. Harry haussa les sourcils. Il se tourna vers Ron et Hermione, l'air interrogateur.
-Je crois que ce que Rose veut dire, c'est que tu es sacrément beau garçon, Harry, intervint Ron avec un sourire goguenard. Même moi, j'ai remarqué.
-Pas du tout ! s'exclama Rose en rougissant de plus belle.
Elle jeta un regard noir à son père.
-C'est vrai, approuva Hermione. Tu as l'air en forme, Harry. Plein de vie, plein d'assurance. Épanoui. Tu as quelque chose en plus que le garçon que nous avons vu pour la dernière fois tant d'années auparavant n'avait pas.
Harry réprima un sourire.
-Si vous le dites, marmonna-t-il.
Il ne s'était pas aperçu de ces changements. Quand il se regardait dans le miroir, il voyait toujours le même garçon aux cheveux ébouriffés et aux yeux verts. Face à Draco, et bien qu'il ait gagné en confiance face à lui, il était dur d'avoir l'air confiant et sûr de soi. Le vampire l'écrasait en permanence de son aura et de son charisme. Peut-être brillait-il uniquement loin de lui ? Ou peut-être que ces années au contact de Draco, justement, l'avait changé plus qu'il ne le pensait. Et qu'il ne s'en rendait comptait que maintenant, au contact de personnes autres que Draco.
-En même temps, ce n'est pas difficile d'avoir l'air frais à côté de moi, marmonna Ron en massant son ventre bedonnant. Je devrais quitter Londres plus souvent, peut-être que moi aussi je retrouverais mon teint de pêche.
Hermione leva les yeux au ciel.
-Si tu faisais du sport au lieu de t'affaler devant la télé en rentrant le soir...
-La télé, Harry, c'est une drôle d'invention. Les moldus ont le chic pour inventer des objets qui ne servent à rien mais qui sont drôlement addictifs.
Harry, qui avait grandi aux côtés de son oncle Vernon et de Dudley, approuva.
-Tu devrais écouter ta femme, sourit-il en repensant à son énorme cousin.
Il y eut un silence pendant lequel Ron et Hermione échangèrent un bref regard.
-Maman et papa ne sont pas mariés, expliqua Hugo.
Harry haussa les sourcils.
-Vraiment ? interrogea-t-il en se tournant, surpris, vers les deux concernés.
-Non, acquiesça Hermione dont le regard semblait tout à coup se teinter d'une étrange mélancolie. Nous n'avons jamais voulu... Enfin, nous ne voulions pas nous marier sans toi alors...
Elle s'interrompit, à court de mot. Harry ne s'attendait pas à une telle révélation et il se sentit à la fois honteux et mal à l'aise. Savoir que son départ avait empêché Ron et Hermione de concrétiser leur union, simplement parce qu'ils ne pouvaient concevoir de se marier sans leur meilleur ami, le touchait et le rendait triste.
-Je suis désolé, murmura-t-il une fois de plus.
Le silence s'installa dans la petite cuisine. Rose fixait Harry à travers ses longues mèches de cheveux et il faisait mine de ne pas s'en apercevoir. Au bout d'un moment, elle demanda à nouveau :
-Pourquoi n'as-tu pas vieilli ?
-Rose ! s'exclama Ron d'un air sévère. Harry a une bonne hygiène de vie, voilà tout.
Les lèvres d'Harry s'étirèrent en un sourire qu'il fut incapable de refouler. Une bonne hygiène de vie. Il pensa à Draco, à ses canines acérées se plantant au plus profond de sa gorge et une chaleur brûlante monta soudain en lui. Il s'efforça de discipliner ses pensées et s'empressa de boire son jus de citrouille pour tenter de masquer son sourire. Mais Rose plissait déjà les yeux d'un air suspicieux en le regardant.
-Une bonne hygiène de vie, répéta-t-elle, sceptique. Une bonne hygiène de vie ne permet pas de rester jeune comme ça, à ce que je sache.
Harry échangea un regard avec Ron et Hermione. Ils ne s'attendaient pas à ce que la jeune fille insiste autant.
-La magie est capable de bien des choses, Rose, affirma doucement Harry en la fixant de son regard émeraude. En grandissant, tu t'en apercevras peut-être.
Elle le fixa en retour sans un mot, les yeux légèrement plissés. Harry eut la sensation qu'elle ne se satisfaisait pas de cette réponse, mais qu'elle n'osait insister devant ses parents. Finalement, Hugo rompit le silence en demandant avec avidité :
-Est-ce que tu es de retour pour de vrai, alors ?
Harry observa le ciel qui s'assombrissait à travers la fenêtre grande ouverte.
-Je compte rester quelques temps, oui, admit-il doucement.
-Cool ! s'exclama le jeune garçon. Quand je vais dire à mes copains qu'Harry Potter a mangé à la maison, ils ne me croiront jamais.
.
.
Avez-vous aimé ces retrouvailles ? La suite de leur discussion dans le prochain chapitre, pour en apprendre enfin plus sur la situation avec les anciens Mangemorts.
Natom, 07/02/25
