Bonjour !
J'espère que vous allez bien et que vous avez passé une belle semaine :)
Merci pour les messages laissés sur les derniers chapitres, je n'ai pas eu le temps de répondre à tout le monde. Je remarque que a pas mal changé ces dernières années. Je reçois beauuuucoup de messages d'anglophones qui adoooorent mon histoire (mais qui n'en ont visiblement lu aucune ligne) et qui proposent des services -probablement payants- pour faire des illustrations et je-ne-sais-quoi d'autre. C'est vraiment exaspérant. J'imagine que les autres auteurs par ici en savent quelque chose. Alors j'en profite pour leur laisser un message ici :
I am not interested in any kind of "collaboration" regarding this story, from "writing skills" to "artwork" or "collaborative art", "concept artist", "book cover", "character design" or anything else. Please don't send me any more messages of this kind. Many thanks.
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Dans ce chapitre, je voulais présenter Harry sous un point de vue différent, pour montrer que les années passées auprès de Draco l'ont quand même changé, même s'il ne s'en rend pas compte :) Bonne lecture !
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Chapitre 6
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Draco se fondait naturellement dans les zones sombres de la ruelle. L'obscurité l'enveloppait comme une seconde peau sans qu'il n'ait à faire le moindre effort. Il n'était qu'une ombre silencieuse, presque intangible. Imperceptible à l'œil humain. Des passants croisaient sa route sans se douter une seule seconde du danger qui les frôlait. Sans se douter à quel point ils passaient proches de la mort.
Il y a quelques années, avant Harry, il aurait instinctivement sélectionné sa proie parmi eux. Il se serait mis en chasse, suivant sa proie avec une seule obsession: assouvir sa soif. Plus rien d'autre n'aurait eu d'importance. Il aurait passé outre les cris d'effroi de sa victime, ses supplications, ses pleurs, sa douleur. Son seul but aurait été de répondre à ce besoin impérieux qui régissait son existence depuis des milliers d'années, peu importe les conséquences.
Mais tout était différent, à présent. Il ne chassait plus, car il avait Harry.
Harry.
Son esprit revint spontanément à son obsession habituelle. Vingt-sept ans que son calice hantait la moindre de ses pensées. Les yeux verts du garçon dansèrent dans sa tête. Il ne ressentait aucune émotion particulière provenant de lui et il apprécia le silence à sa juste valeur. Il ne durerait pas. Il ne durait jamais, avec Harry.
Depuis qu'il était lié à Harry, de ce lien qu'il avait tant maudit et qu'il chérissait plus que tout, à présent, Draco ne chassait plus. L'assouvissement de sa soif ne venait plus avec la terreur, l'effroi, la douleur, les larmes. C'était aussi beaucoup plus intense. Il eut l'image fugace d'Harry, allongé sous lui, entièrement soumis, prêt à satisfaire ses moindres désirs, le suppliant de le mordre.
Sa soif revint. Draco était habitué. Sa soif ne le laissait jamais en paix. Elle revenait toujours, inlassablement, asséchant sa bouche et faisant naître en lui un sentiment d'urgence. Depuis des milliers d'années, il était esclave de sa soif. Quand elle se faisait ressentir, il n'avait plus qu'une obsession: l'assouvir. Il ne luttait pas contre elle. L'envie de sang lui brûlait la gorge. Mais il devrait patienter. Harry était à sa disposition... mais pas trop.
À cette pensée, son aura s'assombrit. Il avait anticipé que cela arriverait en acceptant de ramener Harry auprès de ses amis. Harry était un jeune homme indépendant. Cela, Draco l'avait appris, non sans mal, dès le début de leur relation. Le voir passer du temps loin de lui, avec d'autres personnes que lui, posant son regard sur d'autres que lui, pensant à autre chose que lui, tout cela l'agaçait. Harry était à lui. Il ressentait le besoin de garder possessivement son calice près de lui. Mais cela n'était pas possible. Il concevait qu'Harry avait besoin de passer du temps avec ses amis.
La pensée qu'Harry viendrait, quoi qu'il en soit, le retrouver de lui-même, l'apaisa.
Il s'approcha de la maison sans un bruit. Les lumières étaient allumées et, à travers la fenêtre sans rideau, il le vit. Harry était attablé avec ses amis, souriant, ses joues rosies par le plaisir et l'alcool. À la fois fasciné et obsédé, il le fixa sans bouger pendant de longues minutes. Il voulait le tenir dans ses bras, l'enlacer, le sentir. S'enivrer de son odeur entêtante. Planter ses crocs au plus profond de sa gorge pour le marquer comme sien, encore et encore. Pour se délecter de son sang chaud. Il voulait entendre ses gémissements de plaisir tandis qu'il plongeait en lui de toutes les manières possibles. Sentir ses mains dans ses cheveux. La chaleur de son corps contre le sien. Son cœur battre frénétiquement.
Il voulait que son sourire lui soit destiné. Que son regard se pose sur lui et sur personne d'autre. Il voulait l'emprisonner de son étreinte pour le contraindre à rester près de lui, toujours. Le capturer de son regard pour l'empêcher de regarder un autre que lui. L'enfermer pour l'avoir à sa disposition à tout moment. Lui faire dire qu'il lui appartenait pour qu'il ne l'oublie pas. Le mordre pour goûter à son sang. Le prendre pour le posséder de toutes les façons qui soient.
Mais il se contenta de rester immobile. Draco savait être patient. Il aurait son dû, il le savait. Et l'anticipation était souvent grisante.
Après de longues minutes passées immobile à fixer son calice, Draco tourna finalement les talons et s'éloigna, disparaissant silencieusement lorsque l'obscurité l'engloutit.
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Pour l'occasion, Ron avait sorti un excellent Whisky-Pur-Feu. Après un copieux repas, les enfants étaient montés dans leur chambre vaquer à leurs occupations et Harry, Ron et Hermione s'étaient installés dans le salon, un brin encombré mais chaleureux.
C'était bon, finalement, de retrouver ses amis, songeait Harry en fixant le liquide ambré qui tournoyait dans son verre. Certes, de nombreuses choses étaient différentes, mais leur complicité semblait intacte. Après tout, ils ne partageaient pas une amitié anodine qui vacillait au moindre obstacle. Ensemble, ils avaient risqué leur vie et affronté la mort à plus d'une reprise et rien, pas même les effets du temps, ne pourrait défaire les liens que ces mésaventures avaient tissé entre eux.
-Maintenant que tu as rencontré les enfants, il va falloir venir rendre visite à mes parents et toute la famille, Harry. Rose et Hugo ne tiendront jamais leur langue, ils sont incapables de cacher quoi que ce soit à leurs cousins.
La perspective de revoir monsieur et madame Weasley ainsi que toute la famille Weasley était tout à la fois angoissante et attrayante.
-Est-ce qu'ils ont envie de me revoir ? ne put-il s'empêcher de demander. Je veux dire, ne sont-ils pas en colère contre moi?
-Bien sûr que non, Harry ! s'exclama Hermione qui semblait véritablement étonnée qu'Harry puisse penser une telle chose. Tu fais entièrement partie de la famille, tout le monde sera fou de joie de te revoir.
Ron approuva vivement les paroles d'Hermione.
-Mais ils savent la vérité.
-Et elle leur importe peu, crois-moi. Du moment que tu es heureux, ils sont heureux. Nous sommes heureux.
Harry observa Hermione, à la recherche d'il ne savait trop quoi dans son regard brun. Les paroles étaient rassurantes, mais il avait besoin de plus. D'une preuve physique, concrète que les Weasley avaient accepté ses choix, même s'ils ne les comprenaient pas. Qu'ils ne lui en voulaient pas d'être parti à un moment où ils avaient eu terriblement besoin de lui pour affronter la fin de la guerre et le deuil.
Néanmoins, ce soir, il devait se contenter des paroles rassurantes d'Hermione et de Ron. Calmement, il approuva. Au même moment, l'horloge accrochée au mur émit un bref son.
-Par Merlin, une heure déjà, s'exclama Ron. Je vais être dans un sale état pour aller bosser demain ! Plus les années passent et plus ce whisky m'assomme.
-Peut-être que tu aurais dû t'arrêter au bout du deuxième verre, lui glissa Hermione d'un air réprobateur.
Elle-même sirotait toujours son premier verre.
-C'est pas tous les jours qu'on fête le retour de l'enfant prodige, Hermione.
Hermione croisa le regard d'Harry et leva les yeux au ciel.
-Tu expliqueras cela à Flint demain, quand tu arriveras au Ministère avec la gueule de bois.
-Flint ? Comme Marcus Flint ?
-Arius Flint, corrigea Ron. Le petit frère de Marcus. Il est chef du service des détournements de l'artisanat moldu. C'est mon supérieur.
Harry réfléchit quelques instants.
-Je ne me souviens pas de l'avoir vu à Poudlard.
-Non, il a fait sa première année quand nous étions censés être en septième année.
Le silence s'installa pendant lequel Ron joua avec un fil qui dépassait du plaid élimé posé sur l'accoudoir de son fauteuil.
-Il a été promu directeur il y a deux ans, reprit-il finalement en jetant à Harry un regard en coin. Le directeur du Département de la justice magique a jugé qu'il faisait un sacré bon travail et qu'il méritait d'être promu, lorsque l'ancien chef du service est parti à la retraite.
Harry approuva brièvement et but une gorgée du liquide ambré qui lui brûla la gorge.
-Flint est un Sang-Pur. Un vrai Sang-Pur, pas un traître à son sang, comme moi. Il était bien plus digne du poste de directeur, bien qu'il soit plus jeune et moins expérimenté.
Hermione soupira mais ne dit rien, visiblement lassée par cette discussion qu'ils semblaient avoir déjà eu à maintes reprises. Harry, lui, faisait tournoyer le Whisky-Pur-Feu dans son verre d'un air songeur. Cette conversation faisait remonter à la surface des questions qu'il se posait depuis quelques jours.
-Alors les discriminations sont revenues ? demanda-t-il en tentant de masquer son agacement. Ce sont les Sangs Purs qui héritent des postes importants, même s'ils sont moins expérimentés, et les nés-moldus qui se contentent de ce qu'il reste ? Comme pendant son règne.
Il était écœuré. Tous les sacrifices qu'ils avaient faits, à l'époque, n'avaient-ils donc servi à rien ? C'était incompréhensible. Le monde avait-il tourné à l'envers, pendant son absence ? Hermione pinça les lèvres d'un air agacé.
-Harry, j'aime mon travail, je...
-Là n'est pas la question, Hermione, coupa fermement Harry. Je ne dis pas que tu n'aimes pas ton travail ou qu'il n'est pas gratifiant. Je dis simplement que tu es une personne brillante, tu as joué un rôle plus que décisif dans la chute de Voldemort, tu méritais de rentrer au Ministère et de jouer un rôle important dans la société. Dis-moi sincèrement : est-ce que ton statut de née-moldu a joué un rôle dans le fait que tu sois aujourd'hui infirmière à Poudlard ?
Hermione semblait prise de court par son ton autoritaire. Elle le fixa silencieusement pendant quelques secondes, puis répondit d'une petite voix :
-Oui, probablement, cela a joué un rôle.
-C'est même certain, Hermione, surenchérit Ron. Tu as obtenu tes ASPICS avec brio après la guerre, tu a été une figure emblématique de l'après-guerre et pourtant on t'a fermé les portes du Ministère quand tu as voulu entrer au département de la Justice Magique. C'est évident qu'ils ont eu peur de te voir entrer au Ministère et finir Ministre de la Magie. Et ils t'ont reléguée à Poudlard.
Harry soupira bruyamment. Ce qu'il entendait le mettait hors de lui. Il but d'un trait le reste de son verre et se leva, incapable de rester assis. Il fit quelques pas dans le salon et se posta devant la fenêtre donnant sur le jardin. Tout était sombre et silencieux à l'extérieur.
-J'ai besoin de savoir pourquoi, à peine quelques années après la chute de Voldemort et donc l'anéantissement de tous ses préceptes horribles, Hermione s'est vu refuser un poste qu'elle convoitait sous prétexte qu'elle est née-moldu. Cela n'a aucun sens. Et pourquoi, parce que c'est certainement lié, vingt-six ans après la mort de Voldemort et la fin de la guerre, pourquoi et comment un ancien Mangemort tel que Yaxley peut-il être aujourd'hui Ministre de la Magie ?
Il avait parlé d'un ton très calme et contrôlé mais l'énervement pointait derrière chacune de ses paroles. Ron et Hermione le fixaient d'un air interdit, surpris par son ton ferme et autoritaire.
-Yaxley, marmonna Ron d'un air sombre en se redressant pour resservir un verre de Whisky-Pur-Feu à Harry. Ce bon vieux Yaxley. Je me souviens encore de son visage déformé par la rage lorsqu'il nous courait après au Ministère, après qu'on ait volé le médaillon de Serpentard à Ombrage et libéré une vingtaine de nés-moldu.
Harry resta silencieux. Pendant que Ron et Hermione, au mépris de tout danger, s'infiltraient au Ministère de la Magie pour aller récupérer le vrai médaillon, lui était retenu prisonnier dans un appartement sordide par Draco. Quand il y repensait, il en voulait encore au vampire de l'avoir empêché d'être là lorsque ses amis avaient eu besoin de lui.
-A-t-il prétendu avoir été soumis au sortilège de l'Imperium ? demanda-t-il, les dents serrées.
-Évidemment. Et comme, à l'époque, il était déjà au pouvoir, il s'y est accroché comme un forcené et y est resté. Et maintenant, regarde-le. Ministre de la Magie ! Il se pavane avec ses faux principes et ses nouvelles valeurs. Mais s'il le pouvait, il nous ferait tous disparaître, comme il le faisait au bon vieux temps.
-Qu'est-ce qui l'en empêche ?
-Il est obligé de se tenir à carreaux. Ou du moins de faire semblant. Il ne peut pas faire des rafles comme il le faisait à l'époque ou proclamer haut et fort combien les Sangs Purs sont supérieurs aux autres. Aujourd'hui, tout se fait en douce, pour que la population n'y voit que du feu. Et surtout, il ne peut pas s'en prendre ouvertement à Hermione, ou moi, ou les anciens membres de l'Ordre. Et ça, ça le fait grincer des dents.
Ron, un sourire las aux lèvres, secoua doucement la tête. Harry avait du mal à comprendre.
-Pourquoi ? demanda-t-il.
Hermione soupira.
-Harry, dit-elle, ta victoire sur les forces du mal à fortement impacté le monde des sorciers. Tu possèdes une influence que tu es loin d'imaginer. Les gens te vénèrent. Et encore aujourd'hui, ils se souviennent. Yaxley ne peut pas lutter contre ça. Il a d'ailleurs lui-même contribué à ta légende. Il a dû en arriver là pour s'en sortir. Mais au fond, tout n'est que faux-semblant. S'il le pouvait sans se mettre tout le monde à dos, il détruirait lui-même la statue à ton effigie qu'il a faite ériger à Poudlard.
Harry fronça les sourcils. Savoir qu'une statue de lui ornait le parc du château ne l'enchantait guère. D'autant plus si elle avait été érigée à l'instigation d'un ancien Mangemort.
-Je ne comprends pas. Même s'il a affirmé avoir été soumis à l'Imperium, comment est-il possible qu'il en soit là aujourd'hui ?
Ron, les jambes croisées, faisait tourner son verre d'alcool dans son verre d'un geste inconscient. Il ne semblait pas décidé à prendre la parole. Harry le voyait dans la façon dont il serrait les lèvres, dans la moue bornée qui creusait ses joues, dans le pli soucieux sur son front. Même après toutes ces années, il pouvait encore lire en Ron comme dans un livre ouvert.
-Harry, dit calmement Hermione, attirant son attention, au lendemain de la bataille de Poudlard, le monde des sorciers était à genoux. Nous avions gagné, certes, mais nous avions tout perdu. Il a fallu tout reconstruire.
-Mais Voldemort était mort ! affirma Harry avec conviction.
-Je sais qu'il est facile de penser qu'avec la mort de Voldemort, le plus dur était accompli. Mais reconstruire une société qui a été tant malmenée est un travail hautement fastidieux. Tout ce qu'avait mis en place Voldemort ne s'est pas volatilisé avec sa mort.
Harry détourna le regard. Debout près de la fenêtre, il observa la rue calme et silencieuse au dehors.
-C'était une époque étrange, continua Hermione. La période qui sépare la guerre de la paix est un interlude extrêmement fragile. Nous n'avons pas su en tirer profit et nous en sortir comme nous le souhaitions. Il y avait beaucoup d'opportunistes, tels Yaxley, qui attendaient leur heure, prêts à profiter du moindre moment de faiblesse pour saisir leur chance.
Harry respirait à peine. Le regard fixé sur l'extérieur, où rien ne bougeait, il écoutait le récit d'Hermione sans un mot. Il se sentait fébrile. Comprendre ce qui s'était passé pendant son absence ne le soulageait aucunement. Bien au contraire, il sentait la colère monter en lui. Le visage de Yaxley dansait devant ses yeux et il n'avait pas haï quelqu'un aussi fort depuis bien longtemps.
-Quand Voldemort est mort, Kingsley est devenu Ministre intérimaire, le temps que le monde sorcier retrouve un certain équilibre et une stabilité. Suffisamment, en tout cas, pour que des élections aient lieu. Mais plus les mois passaient et plus la peur que Voldemort inspirait s'est transformée en haine. Et rien de bon ne peut naître de la haine. Un esprit de vengeance est né. C'est triste à dire, mais les sorciers avaient soif de revanche. Ils voulaient des coupables.
Son regard semblait perdu dans le vague, comme si elle revivait les événements au fur et à mesure qu'elle les racontait. Harry fixait les arbres qui se balançaient doucement sous une faible brise. Il avait une vision très nette de ce qu'Hermione racontait.
-Pendant des mois, il y a eu une sorte de chasse aux Mangemorts, de nombreuses arrestations, de nombreux procès expéditifs et de nombreuses condamnations. Au début, la condamnation la plus lourde était la perpétuité à Azkaban. Mais rapidement, cela n'a plus suffit. Il faut que tu comprennes que les sorciers étaient extrêmement en colère, Harry. Ils avaient perdu des êtres chers, dont on n'a parfois jamais retrouvé la trace. Pour eux, voir ces Mangemorts jetés en prison n'était pas passez. Certains Mangemorts ont alors été soumis au Baiser du Détraqueur.
Harry ferma brièvement les yeux. Il abhorrait les Mangemorts plus que quiconque, mais le Baiser du Détraqueur était un acte qu'il trouvait particulièrement barbare.
-Ironiquement, les plus véhéments parmi ceux qui réclamaient vengeance étaient d'anciens Mangemorts. Ils ne pensaient plus qu'à sauver leur peau et, pour cela, ils étaient prêts à se trahir les uns les autres. Yaxley a été un chef de file parmi eux. Il criait sur tous les toits qu'il fallait se venger, qu'il fallait exterminer les Mangemorts, il a désigné des coupables tout trouvés qui l'avaient prétendument soumis au sortilège de l'Imperium, lui un ancien haut placé du Ministère. Au final, on était peu à connaître les réelles implications de Yaxley auprès de Voldemort.
Hermione soupira.
-Kingsley était contre le Baiser du Détraqueur. Mais il était dans une situation difficile.C'était le Ministre qu'il nous fallait, nous en avions tous conscience dans l'Ordre. Mais pour cela, il devait se faire élire aux élections qui approchaient et donc ne pas mécontenter les électeurs. Il était dans une position extrêmement délicate. Lorsqu'il s'est publiquement opposé au Baiser du Détraqueur, arguant que c'était un traitement inhumain, même pour d'anciens Mangemorts, beaucoup l'ont jugé trop peu sévère.
-« Trop de clémence tue l'autorité ». C'est ce qu'a dit Yaxley lors d'une conférence de presse, affirma Ron d'un air sombre.
-Il n'a pas réussi à se maintenir au pouvoir. Il a été balayé par Yaxley et sa clique qui haranguaient les foules. Dès que Kingsley a été évincé, les choses sont devenues hors de contrôle. Yaxley a mis en place une politique sévère qu'il justifiait par un désir de ne plus jamais revivre les années de guerre que nous avions connues. Et depuis lors, il mène une politique ambigüe. Il t'a érigé en héros tout en entretenant des relations étroites avec des Sangs Purs et d'anciens Mangemorts. Il s'est fait grand défenseur des nés-moldus tout en s'assurant qu'ils n'accèdent pas aux postes les plus élevés. Il a permis à tous les enfants, y compris les nés-moldus, de revenir à Poudlard pour s'assurer de mieux les contrôler. Il a placé de fervents supporters des idées de Voldemort aux postes les plus importants pour s'assurer d'instaurer la même dynamique que lui, mais plus insidieusement.
Harry posa son front contre la vitre. La sensation fraîche lui fit du bien. Prendre conscience de l'état dans lequel se trouvait un monde qu'il pensait avoir laissé en paix lui donnait chaud. Il sentait la colère bouillir en lui. Il aurait voulu crier, se révolter, laisser sa rage sortir au grand jour. Mais il avait appris à contrôler ses émotions et se contenta de serrer la mâchoire.
Il était dur d'entendre tout cela, mais il était néanmoins facile de l'accepter. Évidemment que la mort de Voldemort n'avait pas tout réglé, comme par magie. Comment avait-il pu être assez stupide pour penser cela ?
-Comment la population peut-elle être à ce point aveugle ? souffla-t-il doucement tandis qu'Hermione prenait une longue gorgée d'alcool, comme pour l'aider à faire passer tout ce qu'elle venait de raconter.
-Souviens-toi de Fudge. Pendant un an, il a refusé d'accepter le retour de Voldemort. Il n'était pas aveugle, il ne voulait juste pas voir. C'est tellement plus simple.
Tellement plus simple. C'était exactement cela. Et tous les trois savaient parfaitement à quoi avait mené la politique de l'autruche de Fudge : elle avait permis l'ascension de Voldemort au pouvoir.
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Hermione observait Harry qui, le dos tourné et le regard fixé sur un point invisible à l'extérieur, ne bougeait pas. Elle voyait ses poings serrés enfoncés dans les poches de son pantalon noir, les muscles de sa mâchoire qui se contractaient et elle devinait sans peine son trouble. Sa colère, même.
Hermione ne pouvait empêcher son regard de revenir sans cesse se fixer sur Harry, comme attiré par un aimant. Il y avait quelque chose de changé, chez son ami. Il avait toujours ses cheveux d'un noir de jais qui partaient dans tous les sens. Ses yeux d'un vert incroyable. Les traits de son visage étaient les mêmes que ceux qu'elle avait toujours connus. La perfection de ses traits éternellement jeunes était à couper le souffle. Hermione n'avait pu s'en empêcher. Elle avait lu des livres sur les calices et elle savait que cette perfection résultait du venin que le vampire injectait à chaque morsure. Cela avait lissé les traits d'Harry, accentué le vert de ses yeux. Il était beau, d'une beauté pure et éclatante qui faisait tourner les têtes, et qui avait quelque chose de surnaturel. De mystérieux.
Mais il y avait quelque chose de plus, chez le jeune homme. Quelque chose qu'Hermione avait eu du mal à identifier, mais qu'elle commençait à saisir. Si elle avait osé, elle aurait dit qu'il y avait l'ombre du vampire dans le regard d'Harry. Il se dégageait de lui un certain danger, comme un avertissement muet destiné à quelqu'un qui s'approcherait de trop près. Une menace sourde qui disait qu'Harry n'était pas safe. Il en résultait chez elle le même sentiment, bien que plus diffus, qu'elle aurait ressenti face à un vampire. Un sentiment d'insécurité. Son instinct lui soufflait de ne pas baisser sa garde, comme si elle était réellement en danger. Et quand elle voyait le regard que posait Ron sur Harry, elle savait qu'elle n'était pas la seule à ressentir tout cela. Cela la perturbait. Elle n'aimait pas cette facette-là d'Harry.
Outre cette sourde menace qu'il dégageait, il y avait également cette nouvelle façon qu'il avait de se tenir. Le jeune homme dégageait un charisme et une prestance qu'Hermione ne lui avait jamais connus. Son port de tête altier, sa démarche souple, la façon qu'il avait de bouger et de poser un regard perçant sur son environnement. Son assurance. Tout cela était nouveau chez lui et Hermione était prête à parier qu'il n'en avait pas conscience du tout.
Il ne faisait aucun doute qu'il avait, probablement inconsciemment, copié ces attitudes sur celles du vampire.
Tout cela surprenait Hermione. Elle se rappelait de l'attitude soumise et empruntée qu'Harry avait face à son vampire. Et elle avait lu à quel point les calices étaient des personnages effacés, écrasés par le charisme et la domination de leur vampire. Être confrontée à l'assurance d'Harry allait à l'encontre de tout ce qu'elle avait pensé retrouver chez le jeune homme. Elle se rendait compte que, même s'il avait toujours l'apparence d'un adolescent de 17ans, il avait bel et bien changé. Et elle ne savait pas si elle aimait ou non ces changements.
-Yaxley, souffla soudain celui-ci dans un murmure à peine audible, sans leur faire face. Je n'arrive pas à y croire. C'était un Mangemort reconnu. Tout le monde le savait.
-Non, rétorqua Hermione en secouant la tête, nous le savions, l'Ordre le savait. Mais les sorciers n'en avaient aucune idée. Voldemort n'a jamais publiquement déclaré avoir pris le Ministère et n'a jamais officiellement pris le pouvoir. Yaxley n'a jamais publiquement été reconnu comme un Mangemort. Comme beaucoup d'autres. Nous n'étions qu'une minorité à savoir.
Les mains dans les poches, Harry leur fit enfin face. Il y avait dans son regard émeraude une ombre qu'Hermione n'aimait pas.
-Nous avons lutté pendant des années, dit-il doucement. Nous avons risqué nos vies. Voldemort nous a volé nos enfances, nos innocences. Il nous a pris ce que nous avions de plus cher. Tout ça pour quoi ? Pour un monde où nous avons gagné, certes, mais qui fonctionne comme si nous avions perdu ?
Hermione ne pouvait le quitter du regard. D'où lui venait ce magnétisme ? Tout de noir vêtu, il possédait une élégance qu'elle avait rarement vue chez un homme. Il était beau et sûr de lui. Où était passé le garçon timide et maladroit qu'elle connaissait ? Ou qu'elle avait connu ? Ron fixait aussi Harry, la bouche ouverte.
-Nous n'avons jamais laissé tomber, reprit-il sans sembler remarquer le trouble de ses deux amis. Nous nous sommes toujours battus, jusqu'au bout. Nous avons fait ça pour eux, dit-il en pointant le plafond du doigt. Pour leur assurer un avenir meilleur. Un futur où ils seraient libres et heureux, quelles que soient leurs origines.
Qui était ce jeune homme dans son salon ? Hermione n'en avait aucune idée. Il ressemblait tant à Harry. Mais en même temps si peu. Il se passa la langue sur les lèvres, qui étaient très rouges, et repoussa les mèches de cheveux qui tombaient devant ses yeux.
-Et nous avons réussi ! s'exclama-t-il avec ferveur. Nous avons vaincu Voldemort. Au prix de sacrifices que personne ne pourra jamais comprendre.
-Harry...
Mais Harry ne laissa pas Hermione continuer. Indifférent à son ton tremblant, il ajouta :
-Hermione, rappelle-toi, ce n'est pas pour ça que nous nous sommes battus pendant toutes ces années. Penses-tu que Remus, Tonks, Fred, Dumbledore et tant d'autres sont morts pour ça ? dit-il en faisant un vague geste du bras censé englober la société sorcière toute entière. Ils voulaient un monde libre et heureux pour leurs enfants !
-Nous vivons dans un monde libre et heureux ! s'exclama Ron avec véhémence, que les mots durs d'Harry semblaient avoir sorti de sa torpeur. Te souviens-tu de la société que Voldemort avait bâtie ? De la terreur qu'il a fait régner pendant quelques mois ? Des rafles ? Des punitions ? Des exécutions ? Des persécutions ?
Hermione regarda Ron, puis Harry et le contraste entre les deux la percuta de plein fouet. La jeunesse éclatante d'Harry, sa beauté intemporelle, son charisme intransigeant. Tout se heurta violemment à Ron, à ses rides sur le visage, à ses cheveux blancs sur les tempes, à son ventre bedonnant, à son profil avachi et fatigué. Hermione n'avait jamais réalisé à quel point Ron avait changé.
Puis, encore plus violemment, elle réalisa qu'elle avait autant changé que Ron.
-Libre et heureux, répéta Harry, incrédule. Un monde où Hermione, qui est la sorcière la plus brillante que je connaisse, n'a pas pu accéder au Ministère ? Où toi, tu ne graviras jamais les échelons du Ministère parce que tu es trop impur ? Un monde où les nés-moldus sont toujours stigmatisés ? Où les Mangemorts sont au pouvoir et instaurent des mesures de plus en plus restrictives ? Qu'en sera-t-il de vos enfants, dans ce monde libre et heureux, d'ici quelques années ?
Hermione sentit une boule se coincer en travers de sa gorge. Voilà une question qu'elle s'était interdit de se poser, car elle impliquait beaucoup trop de choses qui l'effrayaient. Harry venait de la lui lancer à la figure avec une violence et une négligence inouïes. Le choc sembla tout aussi brutal pour Ron.
-Ne mêle pas mes enfants à tout ça, grogna-t-il en se redressant dans son fauteuil.
-Ce sont pourtant les premiers concernés. Quand je vois finalement le monde dans lequel ils sont censés devenir des adultes, je ne peux m'empêcher de penser qu'on a fait tout ça pour rien.
Ron posa son verre sur la table basse, un peu brutalement. Il avait les joues rouges et les sourcils froncés.
-Pour rien ? Ils n'auraient même pas pu naître dans le monde de Tu-Sais-Qui parce qu'on serait tous morts !
-Ron...
L'énervement de Ron contrastait avec le calme d'Harry. Si le jeune homme affirmait haut et fort des vérités devant lesquelles ils avaient tous les deux choisi de fermer les yeux, il le faisait avec un calme imperturbable. Il demanda posément :
-Alors quoi, vous vous contentez d'un « c'est toujours mieux qu'avant » ?
Son regard vert était implacable. Il se tenait immobile, les mains dans les poches, au milieu de leur salon désordonné. Il semblait étrangement irréel. Trop beau, trop parfait dans leur salon encombré et mal rangé. Ron, au contraire, était énervé. Il se leva et se tint debout, droit et immobile, les poings serrés et le regard noir fixé sur Harry.
-Et que comptes-tu faire, exactement ? Jouer les héros, comme tu sais si bien le faire ?
Avant même qu'Harry n'ait la chance de répondre, Ron haussa le ton et s'exclama en lançant un doigt menaçant dans sa direction :
-Je t'interdis ! Je t'interdis, tu m'entends ? Tu n'as pas le droit de revenir après toutes ces années et de semer le chaos. Nous avons construit une vie ici, nous avons un équilibre. Certes, ce n'est pas parfait, et j'aimerais que certaines choses soient différentes, mais c'est ainsi. C'est notre vie. Tu n'as pas le droit de débarquer à l'improviste, de juger que ce n'est pas assez bien pour nous et de mettre notre équilibre en danger en voulant faire justice. Juste parce que ça ne te convient pas.
Un long silence suivit cette déclaration. Seul le tic-tac régulier de l'horloge venait briser le silence, pendant que les deux hommes s'affrontaient du regard. Hermione observait Harry, tentant de deviner ce qui se jouait derrière son expression impassible. Elle voyait à sa mâchoire crispée qu'il prenait sur lui pour ne pas venir se heurter à la fureur de Ron avec sa propre colère. Finalement, au bout de longues secondes de silence et d'immobilité, il hocha imperceptiblement la tête. Il se détourna subitement, posa son verre, un peu fermement, sur la table basse du salon.
-Merci pour le repas, dit-il poliment.
Hermione acquiesça sans un mot, tentant de sourire, sans succès. Harry salua Ron d'un bref signe de la tête et rejoignit le vestibule. Hermione jeta un regard sombre à Ron avant de lui emboîter le pas.
Harry était déjà sur le perron de leur maison. Il remonta le col de sa veste quand il s'aperçut qu'il avait commencé à bruiner. Le ciel était voilé mais la rue était éclairée par quelques lampadaires.
-Je suis désolée pour Ron, dit-elle doucement. Il...
-Il n'y a pas de soucis, Hermione. Vraiment. Je comprends.
Sa voix était calme, douce mais son expression était fermée. Hermione sut qu'elle ne tirerait rien de lui ce soir. Elle était face à un Harry qu'elle ne connaissait pas. Il cachait sa colère derrière une expression de pure indifférence et elle n'aimait pas cela. Harry avait toujours été un livre ouvert. Si expressif, si impétueux, si humain. À présent, il arborait un masque froid et imperturbable qu'elle détesta immédiatement. Il se détourna d'elle et scruta la rue. L'idée qu'il s'en allait rejoindre un vampire, dans une vie dont elle n'avait aucune idée, lui fit froid dans le dos. Pendant une courte seconde, cela lui parut contre-nature, dangereux même. Elle eut envie de le retenir, de lui proposer de rester dormir chez eux, en sécurité.
Puis elle comprit qu'Harry ne désirait qu'une chose: être auprès du vampire. Alors elle se contenta de lui souhaiter une bonne nuit et le regarda disparaître sous la pluie fine.
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J'espère en tout cas que ce chapitre vous a plu ! Pensez-vous que la réaction de Ron est légitime ? Ou qu'Harry a raison d'être indigné par la situation ? À votre avis, que va-t-il faire ? :) Écouter Ron et respecter sa demande ou n'en faire qu'à sa tête ?
Une chose est sûre, il va de ce pas retrouver Draco. La suite au prochain chapitre !
Natom, 14/02/25
