Bonjour !

Merci pour tous les commentaires sur le chapitre précédent, auxquels je n'ai pas eu le temps de répondre :) J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira !

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Chapitre 7

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L'appartement était plongé dans l'obscurité lorsqu'Harry rentra. Il se débarrassa prestement de sa veste mouillée par la pluie et la jeta à la volée sur le meuble de l'entrée. Il l'entendit glisser et tomber par terre, mais ne fit pas un geste pour la rattraper. En s'avançant dans l'appartement, il trébucha sur une paire de chaussures qui n'avait rien à faire là.

-Bordel ! maugréa-t-il en donnant un coup de pied dans une des baskets qui vola à l'autre bout de la pièce.

-Langage.

Harry leva les yeux au ciel. Il sortit sa baguette et d'un coup vif du poignet, alluma une lampe. Aussitôt, une lumière tamisée éclaira l'appartement.

-Ne crois pas que je ne t'ai pas vu lever les yeux au ciel.

Harry esquissa un sourire face au ton glacé de Draco. Celui-ci était installé à la table de la cuisine, la posture droite et rigide. Au milieu de cet appartement propre mais désorganisé, on ne pouvait le rater. Son immobilité criante, sa pâleur blafarde et sa beauté glaciale attiraient le regard comme un aimant. Il ne semblait pas à sa place, comme une créature dangereuse échappée d'un livre pour enfants et posée là, presque innocemment.

Depuis l'entrée et avant même de s'approcher, Harry évalua son expression du regard, tentant de déterminer l'humeur du vampire, ce qui était toujours difficile. Son expression imperturbable était souvent impossible à lire, même après toutes ces années. Ne discernant rien de dangereux dans son regard, Harry consentit finalement à s'approcher. Il fit quelques pas et s'approcha, près, plus près que ne l'aurait fait n'importe qui, jusqu'à ce qu'il puisse le toucher en tendant le bras. Là, il se pencha un peu vers lui en reniflant.

-Tu sens la cigarette, remarqua-t-il.

-Tu sens l'alcool, répondit immédiatement Draco.

Lui n'avait pas besoin de se pencher pour le sentir.

-Ça se fête, des retrouvailles.

Même si c'était un geste dangereux à faire face à un prédateur, Harry se détourna. Il se dirigea vers la cuisine et attrapa un verre dans un des placards. Il sentait le regard perçant du vampire posé sur sa nuque, guettant ses gestes, suivant ses mouvements. Après s'être servi de l'eau directement au robinet, il se retourna et s'appuya contre le plan de travail de la cuisine. Il était toujours dangereux de tourner le dos à Draco. Harry en savait quelque chose. Face à une proie, un prédateur ne désirait qu'une chose : attaquer. Et Harry était une proie facile.

-Ron et Hermione ont deux enfants, dit-il. Et ils sont déjà grands.

-Vraiment ? murmura le vampire dans un souffle à peine audible.

Son indifférence était criante et il ne tenta pas de la masquer. Mais Harry s'en fichait. Il avait appris à passer outre. Cela faisait longtemps qu'il s'était habitué à l'indifférence froide du vampire. Rien ne l'intéressait vraiment, sauf Harry et son sang. Fidèle à son habitude, Draco le fixait sans ciller, avec son intensité habituelle.

-Et deux chats.

Sans faire de commentaire, Draco se laissa nonchalamment aller contre le dossier de sa chaise, dans une pose nonchalante. Harry savait que le vampire ressentait son trouble. Le lien entre eux avait cet incroyable -mais agaçant- pouvoir. Il tenta de masquer ses émotions en buvant une gorgée d'eau. Cela devait agacer Draco, toutes ses émotions. Il le savait. Elles l'agaçaient toujours, lui qui n'avait ressenti que de l'indifférence pendant si longtemps. Harry, perdu dans ses pensées, fixait Draco sans vraiment le voir. Draco le fixait en retour, voyant tout.

Il était tellement facile, face à la vie si normale de Ron et Hermione, de se rendre compte à quel point la sienne était hors norme. Mis ainsi face à tant d'évidences, la comparaison était aisée. Il n'était pas malheureux avec Draco, loin de là. Bien au contraire, il ne pouvait imaginer sa vie sans Draco. Le vampire était le centre de tout son univers et il y était irrémédiablement et profondément accroc. Il n'aurait changé cela pour rien au monde. Mais aujourd'hui, il avait eu un aperçu de ce que sa vie aurait pu être, si...

-Leur maison est dans un tel désordre, dit-il d'un air songeur en esquissant un sourire, qui aurait pu penser ça d'Hermione ?

Il s'y était attendu, évidemment. Et Draco aussi, probablement. C'était peut-être la raison pour laquelle le vampire était si calme face à toutes les émotions contradictoires qui traversaient Harry. Voir à quel point Ron et Hermione avaient avancé dans leur vie, se confronter aux marques du temps sur leurs visages, voir leurs enfants, dont l'ainée était déjà plus âgée que lui, le renvoyait fatalement à sa propre situation. Sans attache. Seul. Sans but. Il était figé dans le temps. À jamais. Lié pour l'éternité à un vampire dominant incapable d'éprouver le moindre sentiment. Et avec pour seule ambition de se faire mordre par ce dernier, encore et encore. N'était-ce pas pathétique ? N'aurait-il pas dû vouloir plus que cette vie de débauche sans sens ?

Il était à des années lumières de la chaleur et de l'amour qu'il avait ressentis ce soir chez Ron et Hermione. Et étrangement, cela lui faisait de la peine. Il n'enviait pas leur situation. Non. Draco était tout pour lui. Mais il n'aimait pas constater le vide qui s'était créé entre eux. Et il aimait encore moins constater à quel point sa vie semblait dénuée de sens.

Par ailleurs, il n'avait pas imaginé que Ron et Hermione réagiraient de la sorte face à la situation dans le pays. Cela lui avait paru si logique qu'ils partagent son indignation, sa détermination, son envie de faire bouger les choses face au monde des sorciers encore sous l'emprise des Mangemorts. À présent, avec le recul, il se rendait compte qu'il avait agi de façon impulsive et immature. Ron et Hermione étaient des adultes, à présent. Ils avaient des responsabilités, des enfants qu'ils voulaient protéger, ils s'étaient construits une vie. N'était-il pas normal qu'ils ne veulent pas mettre tout cela en péril ?

Harry soupira. Il s'était montré impulsif et impétueux. Comme avant. L'idée qu'il ait présenté à Ron et Hermione une image de lui inchangée par rapport à l'adolescent qu'ils avaient connu si longtemps auparavant le déprima encore plus. Le sourire qu'il arborait quelques minutes plus tôt avait totalement disparu.

-Si tout était si merveilleux, pourquoi es-tu si contrarié ? demanda Draco après plusieurs minutes de silence.

Harry haussa les épaules et reprit une gorgée d'eau, histoire de se donner contenance face au regard intense de Draco.

-Je ne suis pas contrarié, démentit-il.

Draco ressentait ses émotions, oui. Mais il les identifiait toujours mal.

-Je suis nostalgique.

Draco l'observa faire tournoyer l'eau dans son verre, songeur. C'était si dur de constater à quel point ses amis avaient évolué alors que lui, non. Plus dur qu'il ne l'avait envisagé.

-Pourquoi es-tu triste ? Ne devrais-tu pas être heureux de les avoir retrouvés ?

Oui, Draco ne comprenait décidemment rien aux émotions humaines. C'était hautement agaçant. Harry détestait analyser ses émotions et encore moins les expliquer. C'était d'autant plus agaçant que Draco ne se contentait pas de ne pas les comprendre, il ne les ressentait pas non plus. Harry l'évalua du regard, se heurtant à son inhumanité. Il aurait été tellement plus simple que Draco comprenne. Mais pouvait-il réellement attendre d'un vampire qu'il se comporte comme un humain ? Ou qu'il ressente des émotions humaines ? Il soupira.

-Je ne suis pas triste, consentit-il à expliquer posément. Je suis heureux de les avoir retrouvés. Mais c'est difficile de constater à quel point ils ont évolué alors que moi...

Il fit un geste vague qui semblait englober tout l'appartement, mais surtout Draco.

-Toi quoi ? insista Draco face à son silence prolongé.

Il souriait un peu, comme s'il savait parfaitement où Harry voulait en venir mais qu'il voulait le lui faire dire à haute voix. Harry lui jeta un regard sombre, guère amusé par la situation.

-Moi, je n'ai pas changé. Eux ont eu le temps de faire plein de choses, d'avoir deux enfants, d'acheter une maison, de consolider leur relation, de vivre, de mûrir. Face à eux, j'ai l'impression d'être toujours ce gamin impulsif et immature d'il y a vingt-six ans. D'être toujours au même stade. Bloqué.

Draco haussa les sourcils. Il se leva souplement et Harry posa immédiatement le verre sur le plan de travail de la cuisine, soudain sur ses gardes, prêt à un affrontement. Le vampire lissa nonchalamment sa chemise déjà impeccable, son regard semblant traverser Harry de part en part. Il s'approcha lentement. Silencieusement.

-Tu es un gamin impulsif et immature.

Harry le fusilla du regard. Peu importe le temps qui pouvait s'écouler, aux yeux de Draco, il resterait toujours un enfant. Après tout, le vampire avait des milliers d'années. Qu'en était-il de ses 43ans face à cela ?

Il laissa Draco s'approcher, conscient qu'il ne pourrait s'échapper, peu importe ce que le vampire planifiait. Il resta immobile, le dos appuyé contre le plan de travail, la tête haute, déterminé à ne pas avoir l'air d'un enfant acculé et apeuré face à l'approche du prédateur. Peu importe son apparence, il n'était plus un gamin de dix-sept ans. Il n'avait plus peur de Draco. Le vampire esquissa son sourire en coin arrogant, à la fois si beau et si horripilant, comme s'il savait parfaitement ce que son calice pensait et que cela l'amusait.

Il posa ses mains sur le plan de travail, de chaque côté d'Harry et se pencha jusqu'à ce que leurs visages ne soient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Harry respirait à peine. Il sentait le souffle frais du vampire sur son visage et savait que Draco le faisait exprès. Le vampire n'avait pas besoin de respirer. Il cherchait seulement à le déstabiliser.

Harry ne se laissa pas impressionner. Il avait vingt-sept ans d'expérience de Draco, après tout. Il savait comment le vampire fonctionnait. La domination physique, les sarcasmes, le regard glacial et implacable, le sourire narquois, le langage du corps. Il soutint son regard, déterminé. Et même si la proximité soudaine du vampire envoyait des frissons délicieux dans tout son être, il ne fit pas un geste pour le toucher. Cela lui aurait fait trop plaisir.

-Ce sont les expériences et les accomplissements qui font la maturité d'un homme, pas les rides d'un visage, murmura Draco.

Harry haussa légèrement les sourcils, surpris par cette affirmation soudaine. Il se vantait de connaître le vampire, mais de toute évidence, celui-ci pouvait encore le surprendre. Draco prenait rarement le temps de le rassurer, encore moins de lui donner des leçons de vie. Avec lui, tout n'était que physique, rarement paroles. Mais il avait raison, évidemment. Ces dernières années avaient été riches en expériences et en découvertes. Il avait appris, il avait vu, il avait vécu, il avait expérimenté et lu. Même s'il gardait éternellement l'apparence d'un jeune de dix-sept ans, c'était ses expériences et ses accomplissements qui définissaient son âge réel. Il était stupide de se sentir inférieur ou honteux face à Ron et Hermione. Après tout, eux-mêmes avaient remarqué du changement en lui, malgré son apparence inchangée. Cela devait forcément dire qu'il dégageait quelque chose de plus que vingt-six ans plus tôt.

-Est-ce que tu trouves que j'ai changé ? demanda-t-il de but en blanc.

À peine eut-il posé la question qu'il la regretta. Le regard que posait Draco sur lui était réfrigérant et il était évident qu'il ne trouverait aucun réconfort chez le vampire. Harry le savait : Draco avait soif. Et pour le vampire, c'était tout ce qui comptait, bien plus que les émotions mélancoliques et tourmentées de son calice. Il était si proche, penché vers lui comme s'il voulait tout voir de son être. Harry avait du mal à réfléchir.

-Je ne comprends pas pourquoi tu es si tourmenté, admit Draco après quelques secondes de silence. Tu voulais revoir tes amis, n'est-ce pas ?

D'un geste étrangement lent, pour lui qui était habituellement si vif, il replaça une mèche de cheveux qui tombaient devant les yeux verts de son calice. Sa peau fraîche effleura le visage d'Harry, qui sentit des frissons naître le long de sa nuque.

-Oui et...

-Alors quel est le problème ?

Le ton sévère du vampire laissa Harry sans voix. Il expira bruyamment, sentant l'agacement monter en lui. Il aurait aimé se reculer, mais les bras de Draco, posés de chaque côté de lui sur le plan de travail, lui empêchaient toute retraite. Draco pouvait se montrer si insensible, même après toutes ces années et alors que le lien lui permettait de clairement ressentir les émotions qui le traversaient. C'était hautement agaçant.

-Un peu d'empathie ici ne serait pas de trop, tu sais ? C'est le moment approprié.

Il laissa échapper un bref rire face à sa propre stupidité. L'empathie. Que connaissait Draco de l'empathie ? C'était une émotion bien trop humaine pour qu'il en connaisse la moindre nuance.

-Le problème, Draco, reprit-il avant que le vampire ne lui jette une de ses réparties acerbes au visage, c'est que revoir mes amis après vingt-six ans et constater le fossé qui s'est créé entre nous toutes ces années, ce n'est pas si simple. C'est normal que ça fasse jaillir en moi des émotions plus complexes que juste de la joie.

Draco laissa échapper un « mhm » un peu indifférent, carrément horripilant aux oreilles d'Harry. Il le fixait avec une telle intensité que le jeune homme se sentit rougir. Il était évident que Draco pensait à son sang, à son corps, à ce qu'ils allaient faire, ce soir. Et qu'il n'avait aucun intérêt pour leur conversation. Harry ouvrit la bouche pour le rabrouer sévèrement, mais le vampire n'avait pas fini :

-Rien n'est jamais simple, n'est-ce pas ? Pas avec toi.

Harry lui jeta un regard noir. Draco sourit. C'était un sourire narquois, très léger, qui étira à peine ses lèvres pâles. Mais c'était le premier sourire qu'Harry voyait de lui depuis qu'ils étaient revenus à Londres. Et il aimait quand Draco souriait, même si c'était à ses dépends. Et c'était souvent à ses dépends.

-Veux-tu partir, dans ce cas ? demanda Draco, complètement insensible à sa colère. Si cela te rend triste, nous pouvons...

-Non. Je ne veux pas partir, et ce n'est pas une solution. Et je ne suis pas triste.

Pourquoi tout était toujours si compliqué, entre Draco et lui ? Même après toutes ces années, ils peinaient encore à se comprendre. Il fallait toujours tout expliquer, tout négocier, se battre pour se faire entendre, subir ses sarcasmes et ses moqueries. Sur le plan physique et sexuel, ils étaient en symbiose. Mais quand il fallait parler, un mur invisible semblait se dresser entre eux. Harry ne comprenait pas Draco. Draco ne le comprenait pas, lui et ses tonnes d'émotions humaines. C'était épuisant. À cet instant, il envia la simplicité de la relation qui unissait Ron et Hermione. Puis il vit le regard obsessionnel et fasciné que posait Draco sur lui, son attention qui lui était toute entière dévouée, ses lèvres pâles qui promettaient l'imminence de délicieux moments et il sourit.

-Pourquoi souris-tu maintenant ? demanda Draco. Tu étais agacé.

Harry rigola. En un sens, c'était rassurant de voir que Draco peinait autant que lui à le comprendre. Sur ce point-là au moins, ils étaient sur un pied d'égalité.

-Tu me fais rire.

Draco haussa un sourcil.

-Je te fais rire, répéta-t-il doucement, comme s'il avait du mal à croire que cela était possible.

Son visage était redevenu aussi impassible qu'à l'ordinaire et à vrai dire, il n'y avait rien de drôle dans son attitude. Mais Harry s'en fichait. Il était habitué au sérieux de Draco, à son aura glaciale et son regard menaçant. Leur conversation n'avait aucun sens et tous deux s'en fichaient, au fond. Seule la morsure comptait et tous deux savaient qu'elle était imminente.

-Notre incompréhension mutuelle me fait rire, corrigea Harry.

Draco n'aimait pas admettre qu'il ne comprenait pas Harry.

-Parlons de quelque chose que nous comprenons tous les deux, dans ce cas, dit-il de sa voix onctueuse et le cœur d'Harry rata un battement.

Il savait parfaitement de quoi parlait Draco. Il n'y avait qu'une chose qu'ils comprenaient tous les deux. Le langage du corps. Guère amusé, ou n'en laissant rien paraître, Draco l'attrapa brutalement par le bras. Sans douceur aucune et avec sa rapidité habituelle, il le fit pivoter.

-Dis-moi, Harry, quelle heure est-il, exactement ?

Harry perdit son sourire. Il leva les yeux vers l'horloge qui se trouvait au mur, face à lui, pendant que le vampire enfouissait brièvement son visage dans son cou pour respirer son odeur.

-Deux heures, dit-il en sachant très bien où Draco voulait en venir.

-En effet. Est-ce une heure décente à laquelle rentrer ?

Prudent, Harry ne répondit rien. La poigne ferme du vampire sur son bras était douloureuse, à la fois contraignante et possessive. Mais il ne tenta pas de se dégager. Déjà parce qu'il savait parfaitement que ce serait vain, ensuite parce qu'il ne voulait pas donner à Draco le plaisir de le voir se débattre, ce qui n'aurait qu'assit sa domination.

-C'est bien ce que je pensais, murmura celui-ci face à son silence.

D'une main, il repoussa le verre d'eau qui trainait et repoussa Harry contre le plan de travail. Le cœur du jeune homme battait vite. Il n'avait pas peur. Draco n'était pas un danger. Pas pour lui. Et malgré son air glacial, il le traitait toujours avec déférence. Mais en tant que calice, l'aura de domination qui émanait du vampire le poussait à se soumettre, ce contre quoi il luttait en permanence, depuis toujours.

D'une poigne ferme, Draco s'empara du menton du jeune homme et lui rejeta la tête en arrière. Harry fixait à présent le plafond. Le plan de travail s'enfonçait douloureusement dans son dos. Lorsque les lèvres glacées du vampire se posèrent près de son oreille, il frissonna. Avec une lenteur délibérée, elles glissèrent le long de sa mâchoire, puis dans son cou. À ce moment-là, Harry perdit pied. Un frisson délicieux remonta le long de son échine. Pendant un instant, l'appartement sembla tanguer autour de lui. Avoir la bouche du vampire posée contre son cou était ce qu'il avait de plus érotique dans son monde. Il pouvait presque palper la menace de ses crocs, tout près, prêts à percer sa peau pour boire son sang.

Et il ne demandait rien d'autre. Il ne voulait rien d'autre. Son corps entier tremblait d'anticipation, plus que jamais conscient du corps puissant du prédateur contre le sien. C'était délicieusement dangereux. La tension qui précédait la morsure était toujours un moment exquis pour tous les deux. Harry se délectait de cette tension, se sentant à la fois puissant et vulnérable.

Il fit un geste pour enrouler ses bras autour du cou du vampire mais, d'un geste vif, celui-ci s'empara de ses poignets et les repoussa. Ah. Donc il était question de soumission. Harry grogna au moment où Draco se redressait pour l'embrasser. Le baiser n'avait rien de rassurant. C'était de la pure domination. La main qui tenait son menton ne laissait à Harry aucune possibilité de s'y soustraire. Totalement sous l'emprise du vampire, acculé contre le plan de travail, ses poignets retenus fermement, il ne pouvait esquisser le moindre geste. Il n'avait d'autre choix que de laisser Draco prendre totalement l'ascendant sur lui.

Puis, une de ses canines acérées déchira la peau de sa lèvre. Sans lâcher sa prise sur son calice, Draco se recula et observa, hypnotisé, le sang couler de la blessure. Le geste était délibéré. Draco ne faisait jamais couler son sang sans faire exprès. Harry grogna.

-Est-ce qu'il y a un problème ? souffla le vampire, son regard glacial retrouvant celui d'Harry.

Harry ne dit rien. Le sang coulait de sa lèvre, chatouillant son menton. Il avait envie de l'essuyer d'un revers de main, mais Draco le tenait fermement. Il se pencha soudain en avant et recueillit la moindre goutte de la langue. Puis il suça la blessure pour la refermer. Harry se lécha la lèvre et le goût ferreux du sang lui arracha un frisson.

Draco se recula légèrement pour mieux l'observer. Ils se regardèrent un moment, se défiant mutuellement sans pour autant esquisser le moindre geste. Harry avait du mal à évaluer l'humeur du vampire, entre agacement et humeur joueuse. Tous deux savaient néanmoins parfaitement que la morsure était due et Harry ne pouvait empêcher des frissons d'anticipation de remonter le long de son corps. Il en avait envie, là, maintenant et il savait que Draco le savait. Mais celui-ci aimait trop savourer ce moment d'anticipation pour le précipiter.

Sans difficulté, Draco le souleva soudain pour l'assoir sur le plan de travail. Il s'inséra d'autorité entre ses jambes.

-Qu'est-ce que je vais faire de toi, murmura-t-il, un peu songeur.

Harry n'avait aucun moyen de se soustraire à la domination du vampire. Draco prendrait ce qu'il voudrait, comme toujours. Peu importe ce qu'Harry en pensait. Mais le jeune homme avait appris, au fil des années, qu'il pouvait avoir de l'influence sur le vampire. Donner le change. Ou du moins essayer. Et il savait que cela agaçait Draco autant que cela l'amusait. Alors, Harry se laissa aller en arrière, posant ses coudes sur le plan de travail. Il sourit, satisfait de voir le vampire plisser les yeux d'un air méfiant.

-Je te pensais plus inventif, le défia-t-il.

-Quoique tu ais en tête, Potter, sache que c'est voué à l'échec.

Harry ne se laissa pas intimider. Il leva une main et caressa doucement la chemise soyeuse de son vampire. Cette fois-ci, le vampire ne fit pas un geste pour empêcher le contact. Harry retint un sourire et commença à défaire les premiers boutons, caressant la peau pâle qui apparaissait. Malgré le regard glacial posé sur lui, qui observait le moindre de ses gestes et la moindre de ses expressions, il fut content de constater que sa main ne tremblait pas.

Il jouait un jeu dangereux. Et il en avait parfaitement conscience. Draco pencha légèrement la tête sur le côté, ses yeux brillants d'un éclat qu'Harry connaissait bien. Ce dernier sourit d'un air arrogant, conscient de l'effet qu'il avait sur le vampire et qui était ô combien grisant. Il était bon de voir qu'il pouvait avoir un peu de contrôle, aussi faible soit-il. Draco savait jouer, mais Harry aussi pouvait participer. Et il savait qu'il avait les armes pour lui faire perdre ses moyens.

Il ouvrit totalement la chemise et en écarta les pans, dévoilant le torse marmoréen. Il le caressa du bout des doigts, fasciné par son immobilité.

-Tu joues un jeu dangereux, Harry.

Harry en avait parfaitement conscience. Il osa enfin relever les yeux et affronter ceux glacés du vampire. Il esquissa un sourire mutin tandis que sa main caressait la peau fraîche. Elle descendit langoureusement jusqu'à la lisière du pantalon. Harry sentait la tension dans les muscles et appréciait l'immobilité du vampire. Ses yeux étaient cependant glacés tandis qu'il le fixait sans ciller. Et face à ce regard glacial, Harry hésita. Il était facile et grisant de jouer avec Draco, mais plus difficile d'en assumer ensuite les conséquences. Draco ne laissait pas passer cela. Jamais. Son hésitation ne dura qu'une infime seconde, mais ce fut assez pour que Draco reprenne le contrôle. Celui-ci esquissa un sourire en coin dangereux et attrapa le poignet d'Harry, qu'il repoussa brusquement.

-Tu ne peux pas gagner à ce jeu-là, murmura-t-il.

Il immobilisa le poignet du jeune homme dans son dos et, avec sa vivacité habituelle, qu'Harry avait bien du mal à suivre, il se pencha en avant. Son autre main glissa dans la nuque de son calice. La respiration d'Harry se bloqua dans sa gorge tandis qu'il anticipait soudain ce qui allait se produire, trop vite pour qu'il en prenne réellement conscience. Le visage de Draco plongea dans son cou, son torse nu se colla au sien. Sa langue fraiche vint jouer avec les deux marques qui ornaient son cou. Ses marques. Et, traversé par une forte envie de faire sien le garçon, à nouveau, et par l'appel de son sang qui était plus fort que tout, il ouvrit la bouche et, d'un geste chirurgical répété milles fois, il planta ses crocs au plus profond de sa veine.

Harry étouffa un hoquet face à l'action subite. Toute pensée cohérente le quitta instantanément tandis qu'une vague de plaisir déferlait violemment en lui. Il rejeta brusquement la tête en arrière et elle cogna brusquement contre le placard. Il en eut à peine conscience. Au même moment, Draco prit une première gorgée. Harry sentit son sang être aspiré hors de lui et il entendit distinctement, tout contre son oreille, le vampire déglutir.

La morsure lui procura un plaisir extatique. Incomparable. Au-delà de tout ce qu'il connaissait. Il sentait les crocs du vampire au plus profond de sa gorge, le sang quitter son corps, l'emprise du vampire sur lui et, contre toute rationalité, il voulait que cela ne s'arrête jamais.

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Ça s'arrêtait toujours. Aussi enivré soit-il par le sang d'Harry, Draco avait un instinct particulièrement aiguisé pour savoir à quel moment s'arrêter. Lorsque le corps de son calice se faisait lourd contre le sien, que ses bras retombaient mollement le long de son corps, qu'il n'était plus capable de se tenir droit sans aide, alors Draco prenait une dernière, délicieuse gorgée avant de se retirer. Toujours un peu à contrecœur, mais toujours au bon moment. Il léchait les deux marques rouges avec vénération, pour que sa salive aide à la cicatrisation, puis il se reculait pour observer le visage d'Harry.

L'effet extatique de sa morsure sur le jeune homme restait un mystère, même après toutes ces années. Qu'un humain puisse prendre du plaisir à avoir sa gorge ainsi déchirée était un exploit que seul un lien magique puissant pouvait réaliser. Draco avait toujours connu des humains terrifiés, agonisants, qui se tordaient de douleur pendant qu'il aspirait hors d'eux leur liquide vital. Mais avec Harry, c'était différent. Cela avait toujours été différent. Le jeune homme pouvait le supplier de le mordre, poussant son visage contre son cou en un besoin presque désespéré. Cela rendait Draco fou. Littéralement.

Tout ce qu'il voulait, c'était assouvir ce besoin irrationnel qu'il avait du sang d'Harry. Et quand, en même temps, il pouvait faire plaisir à son calice, alors tout était aligné. Tout était étrangement bien aligné.

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Délicatement, dans un geste presque tendre dont Harry serait éternellement le seul témoin, car il n'y avait qu'Harry qui était précieux à ses yeux, il pressa son corps contre son torse. La tête du garçon se posa sur son épaule et il en profita pour inspirer son odeur.

-Plus de commentaires horripilant à faire ? demanda-t-il, un peu moqueur, profitant sans état d'âme de sa faiblesse après la morsure.

Il était rare d'avoir Harry silencieux à ses côtés. Habituellement, le garçon avait toujours une réplique acerbe ou un commentaire exaspérant à lui servir. Il le souleva doucement et l'allongea dans le lit. Le garçon s'étira paresseusement. Draco lui passa la main dans les cheveux, repoussant en arrière les mèches d'un noir de jais.

-Tu restes ? demanda Harry.

Draco s'allongea contre lui. Il attira le garçon à lui et le plaqua contre son torse, l'emprisonnant dans une étreinte dont il ne pourrait se défaire. Et dont il n'avait pas du tout envie de se défaire. Harry enfonça son visage dans son cou et prit une profonde inspiration. L'odeur de son vampire était ancrée dans tout son être. Elle l'attirait, le rassurait, le comblait. De ses dernières forces, il agrippa la chemise de Draco, pour être sûr qu'il reste près de lui, toute la nuit.

-Draco, appela-t-il.

Le vampire avait enfoui son nez dans ses cheveux.

-Mhm ?

-Mord-moi encore.

Draco se recula vivement, faisant grogner son calice. Quand il en allait de la morsure, Harry était insatiable. Il n'en avait jamais assez. Et dans ces cas-là, c'était à Draco d'être raisonnable. De résister à la tentation. De dire non. Son instinct le plus profond lui dictait de ne pas faire de mal à son calice. Et cet instinct se heurtait violemment au besoin qu'il avait de son sang.

-Encore un peu, insista Harry face au silence de Draco. Je vais bien. Je ne me suis même pas évanoui.

Mais comment résister quand Harry lui-même lui faisait une telle demande ? C'était indécent. Injuste. Extrêmement tentant.

-Harry, dit-il dans un murmure à peine audible. Arrête ça.

Mais la main du jeune homme avait agrippé ses cheveux. Il était faible, mais il poussa son visage vers son cou. La bouche de Draco était sèche. Il pouvait sentir le goût du sang du calice sur sa langue, son odeur exquise, son corps brûlant.

-Juste un peu, murmura Harry dans une supplique à peine murmurée.

Alors Draco céda. Parce qu'il lui était dur de refuser quoi que ce soit à Harry. Et qu'il lui était encore plus dur de résister à l'appel de son sang. Il emprisonna le corps du garçon entre ses bras et plongea dans son cou. Harry gémit indécemment lorsque ses crocs percèrent la peau fragile de son cou, à l'endroit précis où ils l'avaient fait quelques minutes plus tôt.

Et Draco but. Le sang de son calice envahit sa bouche, apaisant immédiatement sa soif insatiable, assouvissant son besoin le plus primaire. Sa soif. Jusqu'à la prochaine fois. Car la soif n'était pas quelque chose que l'on pouvait faire taire indéfiniment. Elle revenait inlassablement, avec toujours autant de force. Et il l'assouvirait, encore et encore. Il était l'esclave de cette soif depuis des centaines d'années. Et il avait appris à vivre avec. À présent qu'Harry était entré dans son existence, il était devenu encore plus esclave. Un esclave hautement consentant.

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Avez-vous aimé ce chapitre entre Harry et Draco ? Leur interaction, la morsure, première de cette deuxième partie ? Je vous dis à bientôt pour la suite, avec le retour de Ron et Hermione et Harry qui se confie -un peu- sur sa relation avec Draco !

Natom, 21/02/25