Bonjour !

Voilà un nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira. Bonne lecture ! :)

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Chapitre 8

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Lorsqu'Harry sonna chez Ron et Hermione, quelques jours après sa dispute avec Ron, il fut accueilli par leur fille Rose. Son visage apparut dans l'encadrement de la porte et face à son air méfiant, Harry eut l'impression d'être un étranger mal venu. Elle l'évalua d'un regard calculateur pendant un instant, et Harry constata à nouveau combien elle ressemblait à sa mère, malgré ses cheveux roux caractéristiques des Weasley.

-Bonjour Rose, salua-t-il poliment. Je viens voir tes parents.

Il s'efforça de sourire de son air le plus aimable.

-J'espère que tu ne viens pas à nouveau semer la zizanie, répondit-elle d'un ton tranchant.

Le sourire d'Harry mourut sur ses lèvres. Pris de court par cette soudaine attaque, il resta un instant sans voix.

-Tu sais, ce n'est pas la première fois que je me dispute ainsi avec ton père. Cela ne remet pas en question notre amitié.

Elle ouvrir la porte et s'appuya contre le chambranle, visiblement pas décidée à le laisser entrer. Elle était maquillée avec délicatesse, un trait noir soulignant son regard chocolat et fixait Harry d'un air intense. À nouveau, il prit douloureusement conscience de leur âge identique, en apparence. Ils auraient pu passer pour un jeune couple, semblable à celui qu'il avait formé avec Ginny, dans une autre vie, semblait-il.

-Papa et maman ne le disent pas, mais ils sont très chamboulés par ton retour importun. Ça se voit.

Harry haussa les sourcils.

-Je le suis également. Après tant d'années, les retrouvailles ne sont jamais telles qu'on les avait rêvées. La réalité est souvent tout autre.

Elle l'observa quelques secondes sans un mot. Un peu mal à l'aise, Harry resta néanmoins stoïque face à cet examen. Il avait conscience de sa jeunesse, de ses traits lisses et parfaits, de ses yeux verts, de sa cicatrice qui, bien qu'un peu effacée par les années, était toujours visible sur son front.

-Ils ne veulent pas me dire pourquoi tu as disparu toutes ces années.

-Je te l'ai dit, la dernière fois. Je suis parti pour me reconstruire.

Il ne savait pas pourquoi il ressentait le besoin de se justifier.

-Ni pourquoi tu es resté si jeune.

Et Harry était reconnaissant à Ron et Hermione d'avoir préservé son secret. Draco était son vampire, sa vie, son secret. Moins il y avait de personnes au courant de sa relation avec Draco, mieux il se portait. Plus que tout, il n'avait aucunement envie que la jeune fille de 17ans de ses meilleurs amis apprennent la raison de sa disparition.

-Il est des choses qui valent mieux rester un mystère, dit-il mystérieusement, esquissant un sourire en coin qui fit plisser les yeux de la jeune fille.

Ils s'évaluèrent l'un l'autre du regard.

-Je le découvrirai, répondit-elle en relevant le menton d'un air de défi.

Harry haussa les épaules avec nonchalance.

-Libre à toi d'essayer, dit-il d'un air détaché.

Elle plissa les yeux et l'observa à nouveau avec cette même intensité. Il était étrange de se sentir si vieux et si mature face à elle, alors qu'en apparence, ils avaient le même âge. Il avait suffisamment confiance en lui pour ne pas l'oublier, mais il se doutait que pour Rose, cela devait être plus difficile à assimiler.

-Puis-je voir tes parents, à présent ? demanda-t-il fermement.

Elle soupira mais daigna le laisser entrer. Elle le précéda dans le salon et appela fortement :

-Maman ! Harry est là.

Elle lui jeta un dernier regard en coin puis disparut dans sa chambre sans un mot de plus. Harry resta seul dans le salon désert et désordonné. L'un des chats de Ron et Hermione, le rouquin, était installé dans un fauteuil et le regardait fixement, semblant se demander qui était cet inconnu planté au milieu de son salon. La maison sentait bon le gâteau fraichement sorti du four. Des photos accrochées au mur lui rappelaient douloureusement tout ce qu'il avait manqué ces dernières années. Des naissances, des anniversaires, des vacances en famille, des rentrées scolaires, des moments de bonheur.

Hermione dévala les escaliers d'un air empressé. Lorsqu'elle le trouva debout au milieu du salon, désœuvré, elle soupira.

-Harry, désolée. Rose n'a vraiment pas le sens de l'hospitalité. Je t'offre à boire ?

-Avec plaisir.

Il la suivit dans la petite cuisine.

-Je suis contente que tu sois là. J'allais t'envoyer un hibou. Ron peut se montrer si impétueux, parfois. Et je ne voulais pas...

Elle hésita en ouvrant le frigo et lui jeta un regard en coin.

-Tu sais... J'ai eu peur que suite à cette petite dispute, tu disparaisses à nouveau et...

-Hermione, ce n'est pas une petite altercation qui va me faire partir.

Elle lui sourit doucement et lui tendit une bouteille de Bièraubeurre bien fraîche. Elle se servit un verre de jus de citrouille et l'enjoignit à la suivre.

-Ron n'est pas là ? demanda Harry tandis qu'ils traversaient le salon et sortaient dans le jardin.

-Ron ? Non, il travaille. On est jeudi, tu sais.

Hermione lui jeta un regard en coin.

-Un peu déconnecté, hein ?

Harry haussa les épaules d'un air nonchalant. Ils s'installèrent face à face à la table du jardin, d'un blanc un peu passé, installée au cœur d'une végétation fleurie et luxuriante. L'endroit était calme, ombragé, apaisant. Harry croisa les pieds et but une longue gorgée rafraichissante.

-Tu ne travailles pas ? demanda Hermione en enlevant les feuilles et la saleté qui trainaient sur la table d'un coup de baguette.

-Non, pas vraiment, dit-il, un peu gêné.

Comment expliquer que son statut de calice était peu compatible avec des horaires de travail?

-Je suis venu pour m'excuser, dit-il pour changer de sujet. Je ne voulais pas que ça aille si loin.

Elle balaya sa phrase d'un revers de la main.

-Tu connais Ron, il n'a pas changé avec le temps. Il s'emporte vite, quand ça lui tient à cœur.

-Je ne voulais pas paraître aussi insistant. C'est juste que...

Harry hésita. Remettre le sujet sur le tapis ne semblait pas être la meilleure des idées. Mais Hermione souriait doucement en buvant son jus et il se résolut à dire le fond de sa pensée.

-Revenir après tout ce temps, vous retrouver, c'est merveilleux mais c'est aussi très déroutant. Et ça l'est encore plus de se rendre compte que les choses ne vont pas aussi bien pour vous que je l'imaginais. Voldemort mort, je pensais réellement vous avoir laissés dans un monde libre.

-C'est un monde libre, Harry.

Harry pinça les lèvres et serra le poing sur sa bouteille.

-Pas autant que je le pensais.

-Il y a toujours eu des inégalités, malheureusement. Même au temps de tes parents. Il y a toujours eu des gens pour se croire supérieur aux autres pour une raison ou pour une autre.

-Je pensais avoir mis fin à tout cela.

Hermione soupira et Harry détourna le regard. Il était étrangement très touché, au point qu'un nœud semblait s'être formé dans sa gorge. II voulait tellement plus pour ses amis. Il était dur de constater qu'ils souffraient encore de telles injustices. Il déglutit difficilement. Hermione tendit la main et lui caressa doucement l'avant-bras. Il laissa son regard errer dans le jardin, évitant son regard. Un gnome était apparu hors de son terrier, reniflant doucement l'air autour de lui.

-Harry, tu as tant fait pour le monde sorcier. Pourquoi ne peux-tu pas être simplement heureux ?

Il s'humidifia brièvement les lèvres.

-Cette année-là, je l'ai passée à lutter de toutes mes forces contre Draco, qui voulait partir à l'autre bout du monde pour me protéger. C'était si tentant de tout abandonner, de vous abandonner, et d'oublier tout cela. D'être sûr de pouvoir vivre, de survivre à cette maudite Prophétie.

Il se tourna vers elle et fut soulagé de voir que son regard n'avait pas changé à la mention de Draco. C'était la première fois, depuis son retour, que l'existence du vampire était mentionnée entre eux.

-Je sais, murmura-t-elle.

Il s'aperçut qu'elle avait les larmes aux yeux.

-Mais je ne l'ai pas fait, dit-il d'un air déterminé. Je suis restée. Et tu sais pourquoi, Hermione.

Bien que ce ne soit pas une question, elle approuva.

-Tu le sais parce que tu as fait pareil. Ron a fait pareil. Tu as effacé la mémoire de tes parents pour cela. Ron a mis toute sa famille en danger. Nous avons mis nos vies en danger. Et nous avons fait tout cela pour terminer Voldemort et tout ce qu'il représentait. Pour le monde sorcier, pour tous les né-moldus, les sangs-mêlés, les créatures magiques, toutes les personnes qui souffraient à ce moment-là. Mais aussi pour toutes les personnes qui vivraient après.

Il la fixait d'un air passionné. Une larme coula le long de sa joue et Harry, pour la première fois, posa sa main sur son bras et le serra affectueusement.

-Hermione, nous avons fait tout cela pour Rose et Hugo.

Elle se recula vivement. Du bout de sa baguette, elle fit apparaître un mouchoir en tissu et se moucha bruyamment. Harry détourna le regard. Le gnome s'était enhardi et s'était éloigné de son terrier. Il vagabondait dans le jardin en cueillant des fleurs.

-Harry, je sais tout cela.

-Es-tu satisfaite du résultat de notre sacrifice ? Du sacrifice de leur vie qu'on fait Fred, Lupin, Dumbledore et tant d'autres ? Dis-moi que tu es satisfaite et je n'en reparlerai plus, je te promets.

Elle soupira. Elle le fixait intensément, de ses yeux embués de larmes. Mais Harry ne culpabilisait pas. Il avait besoin de savoir. De comprendre. Il voulait être rassuré. Se dire que la situation n'était pas si terrible, finalement. Il avait besoin qu'Hermione le lui dise.

-Tant de choses pourraient être différentes, dit-elle. En bien, certes. Mais en mal, également. Cette société n'est pas parfaite, j'en suis la première consciente, crois-moi. Mais elle nous a permis d'élever nos enfants en toute sécurité, dans un monde en paix.

Harry retira sa main en approuvant, le regard sombre. Il comprenait, évidemment. Si Voldemort était resté au pouvoir, qui sait à quoi ressemblerait le monde d'aujourd'hui ? Certainement pas à ça. Hermione le fixa d'un air sérieux. Pour ne pas paraître trop fermé, Harry esquissa un sourire. Il ne dut pas être très convainquant car Hermione soupira à nouveau.

-Tu es si têtu, Harry. Et tu as un si grand cœur, à vouloir toujours le meilleur pour tous. Je suis contente que cela n'ait pas changé.

-C'est normal de vouloir le meilleur pour les gens qu'on aime, rétorqua Harry.

Cette phrase dérida Hermione. Elle approuva et prit une gorgée de son jus de citrouille.

-Oui, c'est normal.

Ils restèrent silencieux pendant quelques minutes, chacun plongé dans ses pensées. Harry observait toujours le gnome, qui gambadait toujours joyeusement dans le jardinet. L'un des chats d'Hermione, le tigré, s'approchait doucement à travers les herbes hautes.

-Si j'avais des enfants, je voudrais le meilleur pour eux aussi, affirma Harry après quelques minutes de silence.

Hermione choisit d'ignorer cette pique, bien qu'elle lui soit allée droit au cœur.

-Ne voudrais-tu pas des enfants ?

Harry se tourna vivement pour lui faire face.

-Des enfants ? Pour quoi faire ?

-Oh Harry !

Souriante, Hermione secoua la tête.

-Je n'ai jamais connu de si grand bonheur que lors de la naissance de mes enfants. J'aimerais que tu connaisses cela aussi.

À son tour, Harry secoua la tête. Comment faire comprendre avec tact à Hermione que Draco lui suffisait amplement ? Pourrait-elle jamais le concevoir, elle qui aimait ses enfants plus que tout au monde ?

-Draco me suffit, Hermione, dit-il doucement mais fermement. Et il me suffira toujours, je le sais. C'est ancré en moi.

Elle resta dubitative un instant, puis demanda :

-Est-ce que tu l'aimes ?

Harry grimaça face à cette question plus que directe. Gêné, il détourna les yeux, juste à temps pour apercevoir le chat d'Hermione qui bondissait hors de sa cachette et se lançait à la poursuite du gnome. Celui-ci lâcha son bouquet de fleur et déguerpit à toute allure vers son terrier.

Aimait-il Draco ? La réponse à cette question n'était pas si évidente, même après toutes ces années. Il était irrémédiablement attaché au vampire, à un point qu'il pourrait mourir sans lui. Il avait besoin de Draco pour exister, pour être heureux, pour se sentir bien, pour être à sa place. C'était un besoin physique viscéral, ancré au plus profond de son être, rattaché au lien puissant qui les liait. Mais quand il en allait des émotions, tout était différent. C'était moins instinctif. Lui et Draco étaient si différents. Et Draco lui était parfois si insupportable. Il était évident que sans le lien, ils n'auraient jamais pu s'entendre.

À nouveau, tout se résumait au lien. C'était le lien qui les réunissait, qui faisait qu'ils se supportaient, qu'ils étaient irrémédiablement dépendants l'un de l'autre. Mai au-delà du lien, qu'y avait-il ? De l'amour ?

-Ce n'est pas comme ça entre nous, Hermione, répondit Harry en haussant les épaules. L'amour, c'est un sentiment humain et Draco n'est pas humain.

Une question le taraudait encore plus : Draco l'aimait-il ? Un vampire pouvait-il aimer un humain, même si celui-ci était son calice ? Harry n'en avait aucune idée. Il avait croisé de nombreux vampires ces dernières années et il était bien placé pour savoir que les vampires n'arboraient envers les humains qu'une convoitise malsaine. Ils jouaient avec eux. Ils se nourrissaient d'eux. Mais il n'y avait pas de sentiments. Certainement pas.

Il était dangereux d'attendre d'un vampire qu'il ressente des sentiments humains. Harry ne voulait pas tomber dans ce piège. Il savait que Draco n'avait rien de plus précieux que lui, dans son éternité. Il prenait soin de lui, à sa façon. Il répondait à ses besoins. Il le protégeait. Il respectait ses envies. Il était là quand Harry avait besoin de lui. Et au fond, c'était tout ce dont Harry avait besoin. C'était la façon qu'avait Draco de lui montrer qu'il tenait à lui.

-Ce dont je suis sûr, ajouta-t-il, c'est que jamais je ne pourrai me passer de lui.

L'inverse était vrai, également. Peut-être même plus que pour lui. Ce qui était en soi plutôt rassurant. Draco pouvait se montrer parfois si froid, si inhumain, si détaché, il pouvait alors être aisé de se dire qu'il s'était lassé et qu'il allait disparaître. Il suffisait alors de se rappeler combien le vampire était accro à son sang, à son odeur, à son corps, à lui, tout simplement, pour que toute angoisse disparaisse instantanément. Draco le chérissait plus que tout. De cela, au moins, il en était certain.

-Je l'ai vu si rarement. Parfois, il me paraît irréel.

Harry sourit. C'est ce qu'il aimait chez Draco. Cette façon qu'il avait de n'exister que pour lui. D'être réel et tangible pour lui, son calice, mais de demeurer un mystère et une énigme pour tous les autres. Il avait ainsi l'impression que le vampire était son secret, son monde, et qu'il n'appartenait à personne d'autre qu'à lui.

-Il n'est pas très sociable, dit-il en tentant de dissimuler son sourire derrière sa bouteille.

C'était un euphémisme. Hermione le fixa longuement et il ignora son regard insistant. Il préférait ne pas se demander ce qu'elle pensait de sa relation avec Draco. Le gnome s'était réfugié à l'abri dans son terrier et le chat tournait autour du trou en miaulant.

-Comptes-tu repartir, Harry ?

Le sourire d'Harry disparut.

-Pas dans l'immédiat, dit-il. Je viens à peine d'arriver.

-Mais lui, il va vouloir repartir, n'est-ce pas ?

-Oui, certainement qu'il finira par se lasser de l'Angleterre, un jour ou l'autre. Mais il a une vision très personnelle du temps qui passe. Une seconde pour les humains, c'est un mois pour lui. Une minute, c'est un an. Quand il se lassera, un mois se sera écoulé pour lui, alors qu'en réalité, dix ans auront passé.

Elle le fixa d'un air interdit.

-Que comptes-tu faire, dans ce cas, pendant tout ce temps ?

Harry observa le jardin d'un air absent. Voilà bien longtemps qu'on ne lui avait pas posé cette question. Lui-même ne se la posait plus. Il vivait au jour le jour et c'était tellement plus simple ainsi. Il avait bien essayé de travailler, parce que parfois l'ennui était plus fort que tout. Mais sa condition de calice était peu compatible avec un travail, quel qu'il soit. Et Draco bien trop possessif pour le laisser vagabonder toute la journée loin de lui.

-Je vais me trouver une occupation, dit-il doucement en fixant le gnome qui narguait le chat dès que celui-ci était assez éloigné pour le faire sans danger.

Il y eut un bref silence pendant lequel Hermione le fixa d'un air suspicieux.

-Harry, finit-elle par dire lentement, le monde sorcier a trouvé une certaine stabilité. Il serait très dangereux de venir l'ébranler. Ce serait comme donner un grand coup de pied dans un essaim endormi.

Pensif, il approuva. Il but une gorgée de Bièraubeurre et se pencha en direction de sa meilleure amie, dont le front était barré d'une ride anxieuse.

-Hermione, dit-il sur le même ton, regarde-moi dans les yeux et affirme-moi sans mentir que c'est réellement ce que tu veux.

Elle pinça les lèvres et prit une brusque inspiration. À présent, elle semblait en colère.

-À l'âge de Rose, je devais faire face à des responsabilités auxquelles aucun jeune ne devrait jamais avoir à faire face. Il est hors de question que mes enfants connaissent cela.

-Mais que veux-tu pour eux dans ce cas ? Tu es la sorcière la plus brillante de notre génération, tu as vaincu Voldemort à mes côtés et tu n'as même pas pu accéder à un poste de professeure à Poudlard, encore moins un poste au Ministère ! Qu'en sera-t-il pour tes enfants ? Que veux-tu pour eux, pour leur avenir ?

Elle soupira longuement puis affirma avec véhémence :

-Je suis sûre d'une chose, Harry : je ne veux pas d'un monde en guerre pour mes enfants.

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Ron rentra du Ministère dans la soirée, l'esprit encore obnubilé par son travail. Il salua Harry avec enthousiasme et la dispute de l'autre soir sembla soudain appartenir au passé. Il revint de la cuisine avec trois Bièraubeurre et s'installa près d'Hermione à la table du jardin.

-Harry, dit-il très sérieusement. Je me disais...

Il jeta un regard incertain vers Hermione. Celle-ci lui fit un signe de tête encourageant.

-On pourrait...

Ron hésita encore.

-On pourrait organiser un repas, tous ensembles, au Terrier. Qu'est-ce que tu en dis ?

Ron semblait hésitant, comme s'il craignait qu'Harry trouve cette proposition indécente et refuse.

-J'adorerais, répondit sincèrement Harry, même si la perspective de revoir toute sa famille d'adoption envoya des décharges de stress dans tout son corps.

Ron et Hermione sourirent.

-Je vais en parler à maman. Elle va être dans tous ses états. Elle attend ce moment depuis vingt-six ans. Le retour du fils prodige.

Harry leva les yeux au ciel. Mais il souriait malgré lui.

-Ça va lui faire un choc, ceci dit. Je devrais peut-être la prévenir de ton... immortalité.

-Je ne suis pas immortel, Ron. Je ne vieillis pas, c'est tout.

Cela lui semblait primordial de préciser ce détail. Il n'aimait pas l'immortalité, qu'il associait à Voldemort et aux abominations auxquelles celui-ci en était venu pour se la garantir. Draco était immortel. Comme tout vampire. Lui était un calice. Et si le venin du vampire avait figé ses cellules de sorte qu'il ne vieillissait plus, il n'en restait pas moins mortel. Une maladie ou un malheureux accident pouvait le faucher à tout moment. Il aimait dire qu'il était éternel, plutôt qu'immortel.

-Mais c'est une bonne idée, reprit-il après quelques secondes de silence. Préviens-les. Je n'aime pas l'air ahuri des gens quand ils me croisent et que j'ai toujours l'air d'un gamin de dix-sept ans.

Ron haussa les sourcils.

-Tu n'a pas l'air d'un gamin de dix-sept ans, dit-il. Rosie a dix-sept ans et ça se voit. Elle est jeune, immature, en pleine rébellion, un peu paumée comme tous les jeunes de son âge qui se cherchent encore. Toi, tu es...

Il chercha ses mots.

-Je ne sais pas. Tu fais plus âgé que dix-sept ans. C'est quelque chose que tu transpires... On voit que tu es sûr de toi, que tu as du charisme et même une certaine froideur qui te font paraître plus mature que ça...

Il hésita encore.

-En fin bref, conclut-il maladroitement. J'en parlerai à mes parents avant qu'ils te voient.

Harry approuva. Les paroles de Ron sonnaient étranges à ses oreilles. Il s'était toujours fait traiter comme un gamin par Draco, ce qui lui donnait l'impression de ne pas avoir évolué. Mais peut-être avait-il évolué, finalement ?

-Tu viendras seul ?

Hermione leva les yeux au ciel, visiblement exaspérée. L'espoir qu'il lut dans la question maladroite de Ron le fit rire. Il imagina Draco, au milieu de la bruyante et extravagante famille Weasley, et son rire redoubla. Au moins, sur ce point, ils étaient tous raccords : ni Ron, ni Harry, ni Draco n'avaient envie que le vampire soit là.

-Oui, dit-il. Je serai seul.

Son rire arracha un sourire contrit à Ron.

-Désolé, dit-il. Je devrais peut-être faire plus d'effort pour accepter ton... enfin, ta relation, après toutes ces années. Ça a l'air sérieux, entre vous.

-Sérieux ? Ron, sérieusement ! s'exclama Hermione en secouant la tête d'un air dépité.

Harry se mordit la lèvre pour étouffer un nouveau rire. Si Hermione semblait avoir fait un effort pour s'intéresser au sujet des calices, il était évident que Ron n'avait pas pris le même parti. Il but une gorgée de Bièraubeurre, masquant son sourire et répondit :

-C'est sérieux, oui, murmura-t-il en se disant que « sérieux » n'était probablement pas le mot le plus approprié pour définir sa relation avec Draco.

C'était définitif, ça oui. Éternel, aussi. Irrémédiable. Ils avaient un besoin viscéral l'un de l'autre que rien ni personne ne pourrait jamais défaire. Il imagina la tête de Ron s'ils venaient un jour à découvrir à quel point c'était « sérieux », entre lui et Draco. À quel point leur relation était basée sur des aspects charnels : le sexe, le sang, la morsure, la domination. Loin, très loin, de tout ce qui pouvait toucher aux sentiments, aux engagements, au respect de l'autre. Pour Harry, tout cela était excitant. Grisant, même.

Mais pour Ron et Hermione, c'était horrifiant.

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Est-ce que ce nouveau chapitre vous a plu ?

Il y a eu un bug avec le chapitre de la semaine passée et je n'ai malheureusement reçu aucune review du vendredi, jour où le chapitre a été publié. Hésitez donc pas à en laisser une ici pour me dire ce que vous avez pensé de la morsure au chapitre précédent et de la relation entre Harry et Draco. Voir si j'écris d'autres scènes comme celle-là ou pas !

À bientôt pour la suite !

Natom, 01/03/25