Bonjour tout le monde!
Nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira. Bonne lecture!
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Chapitre 9
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Harry était affalé sur le lit, parmi les oreillers et les couettes jetés négligemment autour de lui. Il regardait la pluie tomber silencieusement par la fenêtre, l'esprit ailleurs. Le ciel était d'un gris sombre, plongeant Londres dans une semi-obscurité. Ce n'était pas un temps digne d'un mois d'août et Harry se surprenait à penser avec nostalgie à tous les endroits où Draco l'avait amené ces dernières années. Londres lui paraissait terne, triste et sans intérêt.
Il se demanda ce que penserait Draco s'il lui disait vouloir partir d'ici. Cela l'agacerait probablement. Harry avait passé des heures entières à essayer de convaincre le vampire de revenir au Royaume-Uni. Il ne pouvait décemment par lui demander de partir au bout de seulement deux semaines.
Harry soupira. Il n'avait pas réellement envie de partir, en réalité. Il était heureux de retrouver Ron et Hermione, d'apprendre à connaître leurs enfants, de découvrir la vie qu'ils s'étaient construite. Mais les faits étaient là : Ron et Hermione étaient des adultes occupés. Ron travaillait sans relâche, cinq jours par semaine, partant tôt le matin et rentrant tard le soir. Hermione était certes en vacances, mais ses journées étaient remplies de tâches qui semblaient lui prendre tout son temps : s'occuper des enfants, de la maison, sortir, accompagner sa fille sur le Chemin de Traverse, emmené Hugo chez ses amis, préparer la rentrée prochaine, voir des amis. Tous deux ne semblaient pas avoir de temps pour Harry.
Harry soupira encore et roula sur le dos. Il se faisait l'effet d'un enfant, assommé d'ennui et d'oisiveté. Ron et Hermione n'avaient pas besoin d'un troisième enfant à s'occuper.
Par ailleurs, et c'était probablement le fond du problème, Draco se faisait rare. Il était évident que le vampire avait trouvé de quoi s'occuper. Or, Harry n'aimait pas l'idée que le vampire fréquente d'autres que lui, le laissant seul et oisif durant des heures. Il se sentait abandonné. Il avait voulu, plus que tout, revenir à Londres. Mais maintenant qu'il y était, il ne désirait plus qu'une chose : se retrouver seul avec Draco, loin d'ici.
Merlin. Il était une telle girouette ! Draco ne verrait pas cela d'un bon œil, c'était certain.
Harry sursauta lorsqu'il s'aperçut que Draco était là. Il n'avait pas entendu le vampire rentrer et celui-ci n'avait pas daigné signaler sa présence, évidemment. Il se tenait debout devant le lit et posait sur lui un regard teinté d'ironie.
-Tu as l'air éclatant d'énergie, Potter, railla-t-il, ses lèvres s'étirant en un sourire moqueur.
Son regard perçant avisa la tenue débraillée d'Harry, ses cheveux en bataille, les draps défaits, la façon dont il était étalé de tout son long sur le lit. Harry ne bougea pas. Il répondit au sourire moqueur du vampire par un sourire amusé et croisa les pieds dans une pose encore plus nonchalante.
-Où étais-tu ? demanda-t-il en croisant les mains derrière la nuque. Ça fait des heures que je t'attends.
Pendant un moment, le vampire ne dit rien. Son regard gris retraça le corps d'Harry sans gêne aucune, captant les moindres détails. Une lueur étrange passa dans son regard. Un mélange de fascination, de convoitise et de possessivité qu'Harry préféra ignorer. C'était le genre de regard qui lui faisait peur, car il reflétait parfaitement l'obsession du vampire à son égard, mais qui allumait aussi en lui un désir primitif. Il avait envie que Draco s'approche, le touche, le morde. C'était une pensée dangereuse.
-Chez Blaise, répondit nonchalamment Draco, dont le regard était posé sur son cou.
Harry laissa échapper une exclamation dédaigneuse. Voilà où Draco passait ses journées et ses nuits, dernièrement. Chez Blaise. Il se rappelait avec précision du vampire. Il y a de cela bien des années, il avait passé plusieurs semaines chez lui, dans son immense et fastueux manoir. Cela avait été des semaines pénibles. En pleine chasse aux Horcruxes, dans un moment où Ron et Hermione avaient eu besoin de lui, alors que Voldemort gagnait en puissance chaque jour, il avait été contraint de rester enfermé dans cet immense et froid manoir, tournant en rond, suppliant Draco de le laisser retrouver ses amis. Il se rappelait avoir erré interminablement dans les couloirs sombres, avoir déprimé pendant des heures dans la fastueuse chambre qui avait été la sienne, avoir supporté péniblement les avances de Draco, qu'il tentait encore de repousser de tout son être, à ce moment-là.
La mention de Blaise ne lui rappelait que de mauvais souvenirs.
-Qu'est-ce qu'il devient, Blaise ? demanda-t-il en s'étirant paresseusement.
Draco observa son geste sans faire le moindre mouvement.
-Il s'occupe, répondit-il doucement.
Il fit soudain un pas en avant, en un geste souple et félin qu'Harry faillit manquer. Le jeune homme se laissa retomber sur le matelas et fixa Draco, sur ses gardes. Le vampire était si imprévisible. Et si vif.
-Il a exprimé le désir de te voir, ajouta celui-ci.
Cette perspective ne semblait pas l'enchanter. Elle n'enchantait pas Harry, non plus. Il n'avait aucune envie de remettre les pieds dans ce manoir et encore moins de revoir Blaise, qui avait toujours agi avec lui comme s'il était une friandise particulièrement appétissante. Il émit un « mhm » distrait, qui n'engageait à rien. Draco s'avança encore, jusqu'à toucher le lit de ses jambes. Puis il se pencha en avant.
Harry retint son souffle tandis que le vampire se penchait vers lui. Il attendait ce moment depuis que Draco était apparu devant lui. Le vampire se positionna au-dessus de lui, recouvrant son corps du sien, les coudes de chaque côté de sa tête. Il arborait un sourire en coin amusé qui en disait long sur ses intentions.
-Harry, murmura-t-il avec délectation.
Son nez effleura brièvement celui de son calice, en un geste joueur et tendre auquel Harry n'était pas familier. Il ne voyait plus que les yeux gris de son vampire.
-J'aime quand tu restes sagement au lit en attendant mon retour, dit-il.
Son nez glissa lentement contre la joue d'Harry, en une caresse douce et aérienne. Harry respirait à peine. Puis il sentit les lèvres fraîches de Draco se poser contre sa mâchoire et il frissonna. Draco retraça la ligne de sa mâchoire de ses lèvres, remontant jusqu'à son oreille.
-C'est ce que tout bon calice doit faire, ajouta-t-il.
Il y avait beaucoup de choses à répliquer à cette dernière affirmation, mais Harry ne réussit pas à rassembler ses idées. Draco avait longtemps essayé de faire de lui un calice soumis. Un de ceux qui ne sortait jamais. Qui restait collé en permanence à leur vampire, totalement dépendant. Qui ne vivait que pour satisfaire les besoins du prédateur. Mais Harry était têtu. Il était fier et indépendant et, même si les premières années de leur relation, il avait eu le plus grand mal à lutter contre Draco, il avait finalement compris qu'il pouvait lui aussi avoir un certain ascendant sur le vampire.
Surtout, il avait réussi à faire comprendre à Draco qu'un calice soumis et silencieux, c'était ennuyant. Et Draco détestait l'ennui plus que tout au monde.
Harry laissa le vampire respirer son odeur, patient. Avait-il le choix, de toute façon ? Il avait beau clamer haut et fort qu'il n'était pas soumis, ce n'était pas tout à fait vrai. Draco le dominait. Et il n'avait aucun moyen de lutter contre la force physique du vampire. Mais il se consolait en se disant que, s'il le voulait, il pouvait sortir et vaquer librement à ses occupations. Il fallait seulement faire des compromis. Et souvent, c'était ce à quoi se résumait leur relation : des compromis.
Alors, il se contenta de savourer la douceur et la tendresse dont faisait preuve Draco, et qui étaient si rares. Il laissa les lèvres du vampire retracer sa mâchoire, puis plonger dans son cou. Là, il pencha instinctivement la tête sur le côté pour lui offrir un plus large accès. Draco inspira profondément, s'enivrant de son odeur.
Au bout de quelques secondes, il se redressa et posa sur son calice un regard amusé.
-Regarde-toi, dit-il en le dévorant des yeux. Si calme, si docile, si soumis.
Harry, retenant un sourire, laissa couler le commentaire, conciliant. Tout deux savaient parfaitement qu'Harry pouvait se montrer tout sauf docile. Ils s'observèrent un moment en silence, partageant un amusement connu d'eux seuls. Puis, comme pour prouver à Draco qu'il avait tord de penser ainsi, Harry leva le bras et entremêla ses doigts dans les cheveux blonds du vampire. Il poussa son visage en avant et Draco, répondant immédiatement à son appel plus qu'explicite, fondit en avant.
Leurs lèvres se trouvèrent et ils échangèrent un baiser passionné. Harry grogna, ou gémit dans le baiser, perdant toute raison lorsque les mains du vampire glissèrent le long de son corps et jusque dans son pantalon.
C'était si bon d'avoir Draco près de lui, après toutes ces heures passées seul, à l'attendre de plus en plus désespérément. Les choses étaient enfin comme elles devaient être : Draco contre lui, sur lui, en lui. Draco partout autour de lui. Son odeur, son toucher frais et léger, ses prunelles grises qui ne le quittaient jamais, son corps imposant, presque écrasant contre le sien. La façon qu'il avait de le serrer contre lui, avec puissance mais délicatesse. La domination du vampire, qui prenait tout sans lui laisser le choix.
Mais Harry était prêt à tout lui donner, sans retenue. Son existence, son âme, son corps, son attention, son sang. Draco pouvait tout prendre, du moment qu'il restait à ses côtés pour l'éternité.
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Harry était allongé de tout son long sur le lit. Mais cette fois, tout était en ordre, car Draco était à ses côtés, aussi nu que lui. Il avait le visage plongé dans son cou et semblait endormi, ainsi immobile contre lui. Ses doigts, réchauffés par le contact prolongé avec le corps brûlant d'Harry, caressait la joue du calice d'un air distrait. C'était doux, agréable, tendre. Harry fermait les yeux, appréciant ce moment de calme et de bien-être après le sexe, où tout semblait être à sa place.
Puis, Draco se redressa et le charme fut rompu. Il fixa le visage d'Harry pendant quelques secondes, retraçant avec fascination ces traits qu'il connaissait par cœur.
-Allons boire un verre, veux-tu ? demanda-t-il.
C'était plus un ordre qu'une question. Vif et agile, le vampire se mit debout. Depuis le lit, Harry l'observa. Son corps pâle et puissant, la perception de ses traits, le contour délicat de ses muscles, son visage parfait. Le jeune homme s'étira paresseusement.
-Très bien, dit-il en se levant. Je vais prendre une douche.
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L'Allée des Embrumes était un lieu inquiétant, surtout la nuit. Il y rodait des personnages et des créatures étranges et mystérieux, dont les traits étaient dissimulés par de lourdes capuches noires. À l'abri des porches obscurs et des ruelles plongées dans l'obscurité, ils chuchotaient entre eux dans des langues inconnues et s'échangeaient de mystérieuses marchandises.
Seul, Harry aurait probablement été en danger. Avec son allure de jeune élève tout droit sorti de Poudlard, il était une victime toute désignée. Néanmoins, il était accompagné de l'être le plus dangereux des lieux et cela avait matière à décourager quiconque aurait voulu l'approcher.
Draco se fondait dans le décor. Dans ces ruelles sombres et menaçantes qui suintaient la magie noire et la misère humaine, il était à l'aise. À sa place, même. Car un vampire, même accompagné de son calice, appartenait indubitablement à ce monde-là. Harry savait que ce genre de lieu malfamé avait été son terrain de jeu pendant des centaines d'années. Il imaginait sans peine le vampire roder dans l'ombre des ruelles, suivant sa proie toute désignée, prêt à lui bondir dessus pour assouvir sa soif. Il imaginait la peur, l'angoisse, la détresse, le désespoir. La présence impalpable du prédateur à qui on ne pouvait échapper. La douleur. Le sang.
Sur son passage, on se taisait et on se fondait dans l'obscurité. Il dégageait une aura inquiétante et menaçante qui allumait un signal de danger parmi les sorciers les plus aguerris du lieu. Sa démarche souple de prédateur, qu'Harry connaissait si bien, sa peau pâle, sa silhouette fine et nerveuse toute en muscles, son inhumanité qui transparaissait dans chacun de ses gestes : tout en lui hurlait danger. Et il aurait été bien mal avisé de ne pas écouter son instinct.
Harry aussi ressentait le danger. C'était instinctif. Mais il avait appris à le faire taire. Il fixait le dos du vampire, car il était insensé de quitter un tel prédateur des yeux, même le temps de quelques secondes, mais il restait proche de lui, car il le pouvait. C'était un sentiment puissant que de pouvoir se trouver si près d'un tel danger, tout en sachant qu'il était en sécurité.
L'entrée du bar, dans une rue miteuse et sombre, n'était marquée par aucune pancarte, pas même un nom. Harry ne l'avait pas remarqué avant que Draco ne s'arrête devant la porte.
-Je n'aime pas ce genre de bar, reprocha Harry en s'arrêtant devant la porte.
Il commençait à bien connaître ce genre de bar. Presque partout où ils étaient allés ces vingt-six dernières années, il y en avait eu un. Et Draco ne manquait jamais de s'y rendre. Il y retrouvait d'autres vampires et surtout, il y trouvait des distractions.
Draco lui tint la porte ouverte et l'enjoignit à entrer d'un bref clin d'œil. Le geste fut si bref, sans sourire, qu'Harry pensa avoir rêvé. Il fixa le vampire sans un mot, hésitant. Puis, soupirant, il passa devant pour entrer à l'intérieur du bar.
-Je vais nous trouver une table.
La main de Draco effleura brièvement le bas de son dos. L'air sombre, Harry le regarda s'éloigner dans la salle obscure et basse de plafond. Draco était chez lui, dans ce genre de bar. Plus encore dans celui-ci, en plein centre du Londres sorcier, où il était revenu plus souvent qu'ailleurs dans son existence.
Harry s'approcha du bar en balayant la salle du regard. Bien qu'il ne soit pas encore trop tard, il y avait déjà du monde et l'arrivée de Draco n'était guère passée inaperçue. Il faut dire que tous les humains présents dans cette salle n'attendaient et n'espéraient que cela : l'arrivée d'un vampire. Harry renifla d'un air méprisant et s'appuya contre le comptoir.
Il détestait ces humains. Ceux qui recherchaient à tout prix à attirer l'attention d'un vampire. Ceux qui rêvaient de devenir un compagnon, voire un calice. Un faux calice. Mais un calice tout de même. Au moins pour quelques années. Ils ne faisaient rien de leur vie sinon venir hanter des lieux tels que celui-ci et attendre, espérer, rêver. Harry les méprisait. Il trouvait qu'il n'y avait rien de plus malsain, de plus glauque et de plus méprisable que d'avoir comme seule ambition de devenir le jouet d'un tel prédateur. En avaient-ils seulement conscience ?
Oui, songea Harry en les observant du coin de l'œil observer Draco. Ils savaient qu'ils ne seraient qu'un jouet, qu'un passe-temps et qu'ils seraient jetés -peut-être même pire- dès que le vampire se lasserait. Mais cela ne les arrêtait pas. Pire, certains aimaient être traités ainsi. Et ils étaient prêts à se damner et à mettre leur vie en danger pour que cela se réalise. Ils étaient effrayés, mais plus fascinés encore. C'était le problème, avec les vampires. La séduction était une de leurs armes les plus redoutables. Un humain ne pouvait que succomber.
-Deux Explosards, s'il vous plaît, commanda-t-il.
Le barman lui jeta un regard en coin, probablement consterné par son jeune âge.
Du haut de ses 17 ans, Harry était certes le plus jeune en ces lieux, mais pas de loin. Sur sa gauche, dans des canapés et fauteuils disposés dans un coin, un groupe de trois jeunes discutaient doucement. Ils avaient à peine l'air d'avoir la vingtaine et ils étaient bien loin de l'image de dépravé et de rebus de la société qu'Harry imaginait auparavant fréquenter un tel bar. Ils jetaient des coups d'œil à Draco et chuchotaient fébrilement entre eux. Harry balaya la salle du regard. Il y avait un autre vampire, assis à l'autre bout du comptoir. Il était engagé dans une discussion avec une femme d'âge mur qui se penchait vers lui d'un air aguicheur. Visiblement, celui-ci avait déjà trouvé sa proie pour ce soir.
Harry pinça les lèvres. Draco était installé seul sur un canapé, au fond de la pièce. Son visage impavide était éclairé par la lueur d'une unique bougie qui jouait des reflets orangés dans ses prunelles grises. Il suintait de lui une aura menaçante, à tel point qu'Harry se demanda comment un humain pouvait oser l'approcher en toute connaissance de cause. Tous l'observaient plus ou moins discrètement. La posture nonchalante du vampire était une invitation claire. Tous le fixaient avec fascination et crainte, mais Draco le fixait, lui. Harry lui jeta un regard noir. Draco jouait avec les humains présents, conscient de leur fascination. Et il jouait avec Harry, conscient de sa colère.
-14 Mornilles et 29 Noises, lui lança le barman en faisant glisser vers lui deux verres remplis d'un liquide aux reflets bleuâtres qui fumait légèrement.
Harry sortit sa bourse en observant les humains d'un air sombre, se demandant lequel serait assez fou pour oser faire le premier pas. Il était évident que Draco était très à l'aise en ces lieux. Il connaissait très bien le fonctionnement de ce genre de bar, car il en avait fréquentés des milliers. Il y avait trouvé des proies consentantes, des partenaires pour une nuit ou plus, des humains prêts à céder à ses moindres caprices pour avoir son attention. On l'y avait probablement supplié de le prendre pour calice, de le garder auprès de lui pour un an, un mois, au moins une semaine. Draco adorait cela. C'était un prédateur. Il aimait jouer avec ses victimes, leur faire miroiter des choses pour mieux les leur reprendre, leur faire croire qu'il était intéressé pour avoir ce qu'il désirait puis se détourner d'eux sans un regard.
Harry imaginait parfaitement Draco dans ce rôle-là. Et cela lui laissait un goût amer désagréable dans la bouche. Que Draco veuille revenir en ces lieux, même maintenant, l'agaçait. Il avait du mal à comprendre ce que le vampire recherchait en venant ici. Aimait-il toujours cette attention ? Prenait-il encore du plaisir à être considéré comme un dieu vivant ? De voir ces humains se battre pour avoir son attention ? Aimait-il les voir ramper ainsi devant lui tout en sachant pertinemment qu'il ne leur donnerait rien ? Parce que son -vrai- calice se trouvait dans cette même pièce, juste sous leurs nez à tous ? Harry n'en savait rien.
Il glissa quelques pièces sur le comptoir et, sans attendre qu'on lui rende la monnaie, s'empara des deux verres et s'éloigna. Sous les regards outrés des humains présents qui avaient hésité trop longtemps, c'est lui qui s'approcha de Draco. Il était agacé d'avoir à le faire, car il ne voulait pas passer pour l'un d'entre eux.
Il n'était pas comme eux. Draco était son vampire. Il n'était pas un humain tordu avide d'attention. Lui et Draco partageaient un lien puissant et immuable. Ils appartenaient l'un à l'autre. En un sens, même si Harry avait toujours considéré leur relation comme malsaine, elle était bien plus saine que n'importe quelle relation qu'un humain pourrait un jour lier avec un vampire. Et il savait que Draco ne se lasserait jamais de lui. Ils étaient liés pour l'éternité.
Cette constatation lui donna l'assurance de traverser le bar pour rejoindre Draco, indifférent aux regards qui le suivaient. Il posa les verres un peu durement sur la table et se posta devant le vampire.
-Je vois que tu t'amuses, persifla-t-il sans tenter de cacher son agacement.
Draco haussa un sourcil mais ne répondit pas. Il se pencha en avant, attrapa un des deux verres et le tendit à Harry. Harry soupira, mais consentit à l'attraper. Le vampire se saisit ensuite du deuxième verre et le leva en direction de son calice, semblant retenir un sourire.
-À ta santé, Harry, murmura-t-il.
Son regard gris vrillait Harry avec son intensité habituelle. Sans le quitter des yeux, il renversa la tête en arrière et vida le verre d'un trait. Harry but une gorgée du sien, frissonnant lorsque l'alcool fort coula le long de sa gorge. Immédiatement, il sentit ses muscles se détendre. Son irritation diminua.
-Tu te sens mieux ? demanda Draco, l'air un peu narquois.
Harry se laissa tomber sur le canapé près du vampire. Aussitôt, comme si la distance entre eux lui était insupportable, Draco se rapprocha de lui, collant leurs jambes et posant son bras derrière Harry, sur le dossier du canapé. Harry se sentait pris au piège. Draco était si près, c'était à la fois agaçant et délicieux. Il reprit une gorgée d'alcool et soupira.
-C'est ça ta technique ? Me faire boire pour m'amadouer ?
-Libre à toi de commander un jus de citrouille, la prochaine fois.
Harry soupira à nouveau. L'alcool l'aidait à se détendre et à oublier tous les regards posés sur eux. Avec Draco assis si près de lui, envahissant son espace personnel, il avait du mal à garder les idées claires. Ou bien était-ce l'alcool ?
-Je n'aime pas cet endroit, dit-il à nouveau, bien décidé à faire comprendre à Draco combien il méprisait les endroits tels que celui-ci.
Draco jeta un regard autour de lui. Il était évident qu'il ne voyait aucun mal à ce bar malsain.
-Qu'est-ce qui ne vas pas avec cet endroit ? demanda-t-il après quelques secondes de silence.
-Tu vois bien, répondit Harry, sentant l'agacement revenir. Tous ces humains qui nous regardent. Qui te regardent. Prêts à tout pour te mettre le grappin dessus. Ça me dégoûte.
Il se sentit soudain stupide. L'attention du vampire ne l'avait pas quitté depuis qu'ils étaient entrés ici. Draco n'avait d'yeux que pour lui. Il le fixait sans ciller, penché vers lui, comme s'il n'y avait qu'Harry qui comptait. Ce qui était probablement le cas. Harry était bien placé pour savoir que, lorsqu'il l'avait dans son champ de vision, Draco ne voyait plus que lui. C'était ainsi depuis qu'ils s'étaient rencontrés.
À ces mots, un sourire étira les lèvres pâles du vampire. Harry pinça les lèvres et croisa les bras sur son torse pour se protéger de ce qu'il savait venir.
-Merlin Harry, cet air jaloux te va à ravir.
-Je ne suis pas jaloux, s'offusqua immédiatement Harry.
Il était agacé contre lui-même, incapable de réaliser qu'il s'était laissé embarquer là-dedans. Draco avait l'air positivement ravi, à présent.
-Jaloux de qui ? Eux ? Certainement pas.
Draco était son vampire. L'idée que d'autres puissent s'intéresser à lui, espérer attirer son attention, faisait monter en lui une indignation et une irritation qu'il avait du mal contrôler. Merlin, était-il réellement jaloux ?
-Tu es jaloux, affirma Draco d'un ton sans réplique en faisant écho à ses propres pensées.
Il souriait d'un air narquois franchement horripilant. Harry grinça des dents et lorsque le vampire se pencha vers lui, il détourna la tête pour tenter de s'échapper. Draco siffla entre ses dents d'un air désapprobateur face à son geste et s'empara fermement de son menton.
-Ce n'est pas grave, tu sais. C'est tellement humain, la jalousie.
Tenant Harry immobile dans sa poigne de fer, il se pencha en avant. Le nez glacé du vampire effleura sa joue. Harry était douloureusement conscient des regards plus ou moins discrets posés sur eux. Il était irrité que Draco s'adonne à ce jeu-là devant tout le monde.
-Je ne suis pas jaloux, répéta Harry entre ses dents serrées. Je n'aime pas ces gens, c'est tout. C'est malsain et glauque. Qui rêve de se faire vider de son sang par un vampire ?
Le nez du vampire jouait le long de sa mâchoire, allant et venant. Harry tentait de s'échapper, mais la poigne de Draco maintenait fermement son visage en place. Il sentit un souffle frais contre sa joue et devina que le vampire riait.
-Toi ?
Harry serra les dents.
-C'est différent.
Le visage du vampire glissa soudain dans son cou. Harry sursauta.
-Draco, arrêta ça, ordonna-t-il.
Il tenta à nouveau de repousser le vampire, sans succès. Il se sentait rougir. De sa poigne ferme, le vampire lui fit pencher la tête sur le côté, s'offrant un meilleur accès à son cou. Sûrement, il n'oserait pas...
-Je vois que tu n'as pas assez bu, dit celui-ci.
L'amusement était clairement perceptible dans sa voix. Harry sentait son souffle frais contre sa gorge. Ses lèvres fraîches contre sa peau chaude. Était-il fou de vouloir sentir les crocs acérés du vampire déchirer sa peau, là, maintenant? Draco avait cette capacité sur lui. De lui faire perdre la raison. De réclamer la morsure, même dans des moments où ce n'était pas approprié.
Il n'y avait rien de meilleur en ce monde que la morsure de son vampire. Et tout à coup, en sentant le visage du vampire contre son cou, c'était tout ce qu'il voulait. Plus rien d'autre n'avait d'importance.
-Tu n'as pas de souci à te faire, tu sais ? souffla soudain le vampire contre son oreille. Il n'y a que toi, que ton sang. Pour toujours.
-Je sais bien, répondit Harry en tentant de maîtriser son trouble.
Évidemment, qu'il savait. C'était la base même de leur relation. Draco était dépendant de son sang. Seul son sang pouvait brièvement apaiser la soif qui le dévorait en permanence. La relation qu'il partageait avec Draco était immuable. Rien ni personne n'y changerait rien. Et il en avait bien conscience.
Mais il restait que Draco était un prédateur. Il aimait chasser, il aimait être craint, il aimait manipuler et jouer avec les humains, il aimait se jouer de leur désespoir et de leur désir. Et même s'il ne buvait d'autre sang que le sien, Harry savait que jouer avec les humains était un divertissement dont le vampire ne pouvait se passer.
Draco se redressa soudain. Harry dut faire appel à toute sa volonté pour ne pas essayer de retenir le vampire contre son cou. Pour se donner contenance, il attrapa son verre d'alcool et but une longue gorgée. Draco observa longuement son visage, comme s'il cherchait à deviner ce qui se passait dans sa tête.
-Je joue, mais il n'y a que toi qui compte, ajouta-t-il très sérieusement.
-Je sais, répéta Harry, agacé de voir que le vampire visait juste.
Harry pinça les lèvres. Draco caressa sa joue d'un doigt distrait. Le barman s'approcha soudain, apportant avec lui deux verres supplémentaires et un bol d'olives. Il déposa le tout sur la table sans un mot avant de s'éloigner rapidement. Draco n'avait pas détourné le regard, mais Harry jeta au dos du barman un regard noir. De toute évidence, Draco avait droit à tous les honneurs. Harry se pencha en avant et attrapa une olive.
-Je suis content que les choses soient claires entre nous, dit Draco au bout de quelques secondes de silence. Pas de jalousie entre nous, que ce soit ici ou chez Blaise.
Harry laissa échapper une exclamation dédaigneuse.
-Je n'irai pas chez Blaise. Tu perds ton temps avec ça.
Draco se leva soudain. Il se plaça devant Harry et se pencha jusqu'à ce leurs deux visages ne soient plus qu'à quelques millimètres l'un de l'autre.
-Comme tu veux, dit-il sévèrement. Tu me feras signe lorsque tu changeras d'avis.
Harry haussa les sourcils.
-Qui te dit que je vais changer d'avis ?
Draco se pencha un peu plus et déposa ses lèvres fraîches à la commissure des lèvres d'Harry, en un geste bref et joueur qu'Harry eut à peine le temps de savourer. Aussitôt après, le vampire se redressa. Debout face à lui, les mains dans les poches de son pantalon, en une posture à la fois nonchalante et élégante, il était à couper le souffle. Harry se laissa aller contre le dossier du canapé.
-L'ennui, Harry, est la pire des choses durant une éternité. Et chez Blaise, on ne s'ennuie pas.
-Pas question que je vienne lui servir de divertissement, à Blaise ou à tous les autres.
Draco balaya l'argument d'un geste de la main.
-Tu n'es plus un garçon impressionnable. Pourquoi n'est-ce pas Blaise qui pourrait te servir de divertissement, mhm ?
Harry haussa les sourcils, un peu surpris par cette dernière phrase. Avait-il à ce point mûri que Draco le pensait capable de tenir tête à un vampire autre que lui ? Draco s'empara du verre que le barman avait apporté et le but cul-sec. Lorsqu'il se tourna à nouveau vers son calice, qui semblait songeur, son sourire avait disparu. Il posa sur lui un regard soudain sévère.
-Si ça peut te distraire de certains autres... projets que tu as en tête.
-Quels projets ? demanda innocemment Harry.
Draco l'observa silencieusement pendant quelques secondes. Le regard perçant du vampire semblait lire au plus profond de lui. Harry resta aussi impassible que possible. Il était idiot de penser pouvoir cacher quoi que ce soit à Draco. Et au vu de son regard menaçant, Harry se doutait que ce qui se profilait ne plaisait pas au vampire. Mais Harry avait promis à Ron et Hermione qu'il ne ferait rien, et il comptait bien tenir sa promesse. Draco s'inquiétait pour rien.
-Quels qu'ils soient, ils ne peuvent que me déplaire, dit Draco au bout de quelques secondes.
Harry, le menton légèrement baissé, soutint son regard. Il s'attendait à cela, évidemment.
-Il n'y a aucun projet, dit-il. Ron et Hermione veulent vivre en paix, même si cela signifie qu'ils sont traités comme des moins que rien.
-Bien.
Harry se retint de lever les yeux au ciel.
-Je monte, affirma Draco. Tu ne sors pas d'ici sans moi.
Il lui jeta un dernier regard menaçant avant de tourner les talons. L'air sombre, Harry le regarda traverser le bar de sa démarche souple, indifférent à tous les regards qui le suivaient. Puis il disparut derrière la porte noire située près du bar.
Il y avait toujours une salle, loin des regards avides des humains, où les vampires se retrouvaient quand ils ne voulaient pas être importunés. Harry se doutait qu'une partie de cartes devait avoir lieu à l'étage, entre des vampires indifférents à la ferveur et à l'espoir qu'ils suscitaient plus bas, parmi les humains qui attendaient fiévreusement leur apparition.
Il soupira et s'enfonça plus confortablement dans les coussins du canapé.
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J'espère que ce chapitre vous a plu ? Je vous offre un peu de complicité entre les deux, ce qui a été réclamé. Oui, ils sont capables d'avoir une discussion civilisée.
Il y a beaucoup de bugs en ce moment sur le site, avec des chapitres qui sont parfois inaccessibles et l'impossibilité de laisser des reviews. C'est vraiment dommage, j'espère que ce sera réglé rapidement.
À bientôt !
Natom, 07/03/25
