Bonjour !
Voilà Harry qui n'en fait qu'à sa tête, bonne lecture !
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Chapitre 12
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Le Chemin de Traverse était tel que dans ses souvenirs. Joyeux, animé, effervescent, bruyant. Magique, tout simplement. Harry retrouva l'ambiance gaie avec un immense plaisir. Il replongea dans des souvenirs d'enfance heureux, quand il avait découvert le monde de la magie pour la première fois. Il se revoyait enfant, faisant ses courses, parcourant l'allée avec Ron et Hermione, achetant ses premières fournitures scolaires en vue de sa prochaine rentrée à Poudlard.
Rien n'avait changé. Il y avait toujours les étalages débordant de produits magiques, des yeux de crapaud aux hiboux en passant par les robes de sorcier et les livres sur la magie. II y avait toujours les magasins de son enfance: Ollivander et ses baguettes magiques, Florian Fortarôme et ses délicieuses glaces, la ménagerie magique et tous ses animaux, la boutique de Quidditch, devant laquelle Harry avait passé des heures à admirer les derniers balais à la mode.
Il remonta la longue allée à pas mesuré, redécouvrant l'animation qui régnait autour de lui avec excitation. Il y avait du monde, en ce vendredi matin de vacances et les promeneurs posaient sur lui des regards à la fois surpris et fascinés. Harry leur souriait, répondait aux signes de la main, aux interpellations, aux exclamations excités.
-Harry Potter ! entendait-il de tous les côtés.
Son apparition sur le Chemin de Traverse, en ce vendredi d'août, vingt-six ans plus tard, se répandait parmi les passants avec une vitesse insensée. Peu désireux de se retrouver prisonnier de la foule, il ne s'arrêtait pas. Il continuait son chemin, distribuant salut de la main et sourire à des visages de plus en plus surexcités, à mesure que le doute laissait place à l'ahurissement. Il était fou de voir que, même vingt-six ans après sa disparition, les sorciers lui vouaient une admiration folle. Les années qui avaient précédé la chute de Voldemort, sa cote de popularité était au plus bas, entre les calomnies de Fudge et Ombrage, qui l'avaient fait passer pour un adolescent dérangé et avide d'attention, puis l'influence de Voldemort, qui l'avait catalogué comme un hors la loi. Lorsqu'il avait finalement Vaincu, il était parti sans attendre, laissant à d'autres le pouvoir de forger sa nouvelle réputation. À présent, il était considéré comme un héros.
Weasley Farces pour sorcier facétieux, la boutique de farce et attrape des jumeaux Weasley, était aussi éclatante que dans ses souvenirs. Lorsqu'Harry pénétra à l'intérieur, une clochette signala sa présence par un léger tintement.
-Bonjour, le salua un adolescent aux cheveux roux en s'approchant. Est-ce que je peux vous aider ?
En voyant Harry, il faillit renverser le carton qu'il portait. Il le cala fermement sous son bras et observa Harry avec de grands yeux. Le jeune homme sourit.
-Salut Fred, dit-il. Ravi de te rencontrer. Je suis Harry.
Il lui tendit la main et Fred s'empressa de la serrer.
-Je sais bien qui tu es, répondit Fred. Oncle Ron nous a dit que tu étais revenu.
Il déposa le carton par terre et tourna les talons en s'exclamant :
-Papa va être fou !
Harry le vit disparaître dans l'arrière-boutique. Resté seul, il tourna sur lui-même, observant les étalages de produits colorés qui encombraient tout l'espace de la boutique. Il y avait beaucoup de nouveautés, des produits dont Harry n'avait encore jamais entendu parler. Mais aussi des grands classiques, comme les boîtes à Flemme et leurs bonbons qui rendent malade ou les baguettes farceuses. Harry sourit avec nostalgie en attrapant un Nougat Néansang. Il se souvenait des soirées passées dans la Salle Commune de Gryffondor, lorsque Fred et George développaient leurs nouvelles gammes en sélectionnant des cobayes parmi les plus jeunes élèves. Cela rendait Hermione hystérique. Son sourire se ternit lorsqu'il pensa à Fred. Qu'il ne soit plus là aujourd'hui, aux côtés de son frère, lui semblait irréel.
Un cri le fit se retourner. George venait de surgir de l'arrière-boutique. Les bras ouverts, il se précipita en direction d'Harry et le prit dans ses bras.
-Harry ! Merlin, je n'arrive pas à croire que tu sois là. Je pensais que Freddy me faisait une blague.
George se recula, posa ses deux mains sur les épaules d'Harry et le scruta attentivement pendant quelques secondes.
-Bon sang, pas de doute, c'est bien toi. Je suis tellement heureux de te voir.
Et il le prit à nouveau dans ses bras. Harry lui rendit maladroitement son étreinte.
-Comment vas-tu, George ? demanda-t-il.
Dès qu'il put le faire sans paraître malpoli, il se dégagea doucement de son étreinte et recula d'un pas. Comme Ron, George avait vieilli. Il était toujours aussi grand et sec, mais son visage était marqué par le temps qui passe. Il lui manquait une oreille.
-Super bien, répondit George dont le sourire était communicateur. Et toi, alors ? Merlin Harry, je me suis demandé si tu allais nous faire l'affront de nous laisser tous mourir sans venir nous revoir.
Harry grimaça.
-Mais viens, dit George avant qu'il n'ait pu répondre. Allons dans l'arrière-boutique, tu attires beaucoup trop l'attention.
Harry suivit George à travers la boutique. Les clients présents, dont certains l'avaient suivi jusqu'ici, le saluèrent chaleureusement, et il répondit à leurs signes par un sourire. Les plus téméraires l'approchèrent pour lui serrer la main.
-Monsieur Potter, c'est un honneur.
-Monsieur Potter, merci pour tout.
-Harry Potter, je suis tellement heureuse de vous rencontrer.
L'arrière-boutique était plus calme et Harry y pénétra avec soulagement. Même après toutes ces années, il détestait toujours autant être au centre de l'attention. Des cartons emplissaient tout l'espace, posés ça et là dans un ordre qui ne semblait faire sens que pour George. Celui-ci lui désigna un tabouret et lui mit d'office entre les mains une bouteille de Bièraubeurre.
-Toujours aussi célèbre, hein ? railla-t-il en avisant les joues empourprées d'Harry.
-Certaines choses ne changent pas, dit Harry en décapsulant sa bouteille.
-Et elles ne changeront jamais ! Tu étais un héros il y a quelques années, tu es maintenant une légende. C'est comme ça.
Ils entrechoquèrent leurs bouteilles et burent une gorgée. George fixait son visage d'un air qu'Harry commençait à bien connaître.
-Tu n'as pas changé, c'est à peine croyable.
-Tu ressembles à un jeune de vingt-ans, remarqua Fred qui les avait suivis dans l'arrière-boutique.
Harry but une gorgée de Bièraubeurre et lui fit un bref clin d'œil.
-Comment vont les affaires ? demanda-t-il pour changer de sujet.
Il aimait l'idée de garder la raison de sa jeunesse éclatante un secret. Tout ça était entre lui, Draco et les quelques personnes au courant de l'existence du vampire. Dont George. S'abstenant de tout commentaire, ce dernier écarta largement les bras dans un geste qui voulait englober toute la boutique.
-Merveilleusement bien, dit-il. Nous sommes une équipe de sept, à présent. Sans compter les enfants qui viennent filer un coup de main pendant les vacances.
-Gratuitement, précisa Fred en faisant une légère grimace.
George se tourna vers lui.
-Et les pourboires ? Et je ne parle même pas du fait que tu te serves allègrement en produits pour en faire profiter tous tes amis ! Tu sais que c'est grâce à Harry que cette boutique existe ?
-Évidemment ! s'exclama Fred d'un air un peu blasé. Tu m'as raconté cette histoire des milliers de fois, papa.
Harry éclata de rire.
-Va donc voir si les clients ont besoin d'aide, ordonna George. Allez !
Fred maugréa mais sortit en trainant des pieds.
-Quel âge a-t-il ? demanda Harry.
-Dix-sept ans déjà. Il entre pour sa dernière année à Poudlard d'ici quelques jours. Peux-tu le croire ? J'ai parfois l'impression que c'était hier que je tenais ce petit être pour la première fois dans mes bras.
La ressemblance entre Fred et son père était flagrante. Les mêmes cheveux roux, les mêmes tâches de rousseur. Fred était un Weasley, cela ne faisait aucun doute.
-Et toi, Harry, qu'est-ce que tu deviens ? Qu'est-ce que tu as fait de beau ces dernières années ?
Harry but une gorgée de Bièraubeurre pour se donner contenance.
-J'ai pas mal voyagé, dit-il vaguement. Ça m'a fait du bien. J'avais besoin de m'éloigner, un peu... après tout ce qui s'est passé. De prendre du recul.
Le visage de George s'assombrit. Son sourire, si éclatant depuis qu'il avait vu Harry, se ternit quelque peu. Ils pensèrent à Fred, en même temps, sans qu'aucun d'eux ne le mentionne à voix haute.
-J'imagine que nous avons tous des façons différentes de réagir à un drame, n'est-ce pas ? dit George d'un air triste. Moi, au contraire, j'ai eu besoin d'être entouré.
Harry ne dit rien. Il n'aimait pas repenser aux semaines qui avaient suivi la bataille de Poudlard. Il n'en gardait que peu de souvenirs. Seule une immense tristesse avait prédominé ses journées, sans qu'il se souvienne de détails en particulier. Si ce n'est de la présence de Draco à ses côtés, immuable et réconfortante.
-J'espère que tu sais que personne ne t'en veut, hein Harry ? reprit George après quelques secondes d'un silence songeur.
-Moi je m'en veux, répondit Harry. D'être parti comme un lâche au moment où vous aviez le plus besoin de moi.
George balaya l'air de la main, comme pour signifier que tout ceci n'avait aucune importance.
-On avait besoin de toi pour mater Tu-Sais-Qui, dit-il. Une tâche dont tu t'es merveilleusement acquittée. Après ça, tu avais bien le droit de penser un peu à toi.
Le sourire de George s'agrandit et il redevint soudain le garçon espiègle qu'Harry avait connu toute sa jeunesse.
-Comment va Draco, d'ailleurs ? demanda-t-il en souriant d'un air moqueur.
Harry haussa les sourcils.
-C'est comme ça qu'il s'appelle, non ? railla George devant son air surpris.
-Draco, oui. Et il va bien.
Le sourire railleur de George lui fit lever les yeux au ciel. Harry avala une gorgée de Bièraubeurre. C'était bien la première fois qu'on lui demandait des nouvelles de Draco, et même qu'on appelait le vampire par son prénom devant lui. Ron et Hermione n'avaient jamais prononcé son prénom. Il y avait tant de non-dits autour de Draco, tant de secrets et de mystère. Harry entretenait possessivement tout cela, évidemment. Mais il s'apercevait tout à coup qu'il pouvait être rafraîchissant de discuter de Draco, comme s'il était simplement... son petit ami.
-Un vampire va rarement mal, tu sais, ajouta-t-il en esquissant un sourire narquois.
George rigola. Il secoua la tête et observa le sourire d'Harry par dessus le goulot de sa Bièraubeurre.
-Est-ce que tu es heureux avec lui ?
Harry haussa les épaules. Il n'aimait pas s'étaler sur sa relation avec Draco. C'était plus un besoin de se protéger plutôt que de la pudeur. Il ne voulait pas être jugé sur cette relation que personne ne pouvait comprendre. Il préférait rester muet plutôt que de prendre le risque de surprendre un regard horrifié. Il se détourna de George et fit mine d'observer le contenu d'un carton posé près de là.
-Mon être tout entier réclame Draco à mes côtés, George, dit-il doucement. Alors oui, évidemment que je suis heureux quand il est près de moi.
Le silence qui suivit sa déclaration sembla assourdissant aux oreilles d'Harry. Inconsciemment, il retint son souffle.
-Tant mieux, alors, dit finalement George d'une voix un peu enrouée. Du moment que tu es heureux, ça nous convient.
-Mhm.
Au fond, Harry s'en fichait un peu, de ce qu'ils pensaient tous. Toute la désapprobation du monde ne pourrait le tenir éloigné de Draco. Mais évidement, il était plus facile de vivre en paix si les gens qu'il aimait acceptaient la situation.
-Quand est-ce que tu nous le présentes officiellement ?
Bien malgré lui, Harry éclata de rire. Il eut la vision fugace de Draco, son vampire, au milieu de la bruyante et extravagante famille Weasley. Très spontanément, il eut envie de répondre « jamais de la vie », mais songea que c'était peut-être un peu agressif. Alors, il dit simplement, masquant son sourire derrière sa bouteille de Bièraubeurre :
-Probablement jamais.
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Après sa visite à George, Harry était passé chez Fleury et Bott pour acheter quelques livres. Il avait eu grande peine à faire son choix, sans cesse assailli par les clients de la boutique venant le saluer. Il avait serré des mains, distribué des salutations, échangé des sourires, écouté des remerciements chaleureux et parfois larmoyants. Le vendeur, honoré de sa visite, avait d'ailleurs refusé de prendre sa monnaie, arguant que le grand Harry Potter pouvait se fournir gratuitement dans sa boutique.
En fin d'après-midi, Harry s'était installé au Chaudron Baveur pour manger un bout. Il avait demandé une table à l'écart, ce qu'on lui avait accordé sans sourciller. Il dégustait ainsi une tourte à la viande en toute quiétude, loin des regards indiscrets de la clientèle. Un des livres qu'il venait d'acheter se tenait ouvert devant lui. Lorsqu'il releva la tête de son plat pour en tourner une page, il trouva Draco assis face à lui.
-Je constate que tu es sorti du lit, finalement.
Harry esquissa un sourire. Ces derniers jours, il n'avait pas fait grand chose, se prélassant au lit et tournant en rond dans l'appartement, tandis que Draco, Ron et Hermione vaquaient à leurs occupations respectives. Mais la récente visite de Ron et Hermione l'avait sorti de sa torpeur. Il était exalté de s'être trouvé quelque chose à faire et, mieux encore, d'avoir un but. Cela faisait longtemps qu'il n'en avait pas eu un.
-C'est un reproche ou un compliment ?
Il aimait que Draco manifeste son mécontentement quand il ne restait pas sagement à l'appartement à l'attendre. Mais il aimait encore plus que le vampire le laisse libre de ses mouvements. Se tenir éloigner de Draco était un combat de chaque instant. Tout son être réclamait sa présence à ses côtés, et il était parfois aisé de rester près de lui plutôt que de lutter. Mais Harry aimait son indépendance et c'était quelque chose qu'il voulait garder à tout prix. Ces dernières années, ils avaient rarement été séparés plus de quelques heures. Aujourd'hui, il savourait d'avoir d'autres personnes que Draco dans sa vie, d'autres occupations.
Et il aimait que cela déplaise à ce dernier.
-Tu n'es pas content quand je reste au lit. Tu n'es pas content quand je sors du lit. Faut choisir, Draco.
Il lui décocha un sourire éclatant, qui ne dérida pas le vampire le moins du monde. Jouer avec Draco était un sentiment grisant. Son jeu le plus dangereux. Il aimait être le seul à pouvoir le défier, ou en tout cas le narguer. Draco lui permettait beaucoup de choses, des choses qu'il ne permettait à personne d'autre, et il aimait en profiter.
-Comment va Blaise ? enchaina Harry en lui offrant un sourire en coin narquois.
Draco plissa imperceptiblement les yeux. Son regard semblait incapable de se détacher de celui de son calice. Il retraçait ses traits à l'infini, comme s'il n'en avait jamais assez. Harry adorait cela.
-Blaise va bien, dit-il sans sourire.
Harry n'était pas dupe. Il connaissait les soirées extravagantes de Blaise. Il savait ce qu'il s'y passait et pourquoi Draco s'y rendait régulièrement. Il était suffisamment en paix avec lui-même pour ne faire aucun commentaire. Draco était fou de son sang. Et fou de lui. Peu importe les distractions qu'il trouvait chez Blaise, c'était auprès de lui qu'il revenait, et qu'il reviendrait toujours.
Ils restèrent silencieux quelques minutes, Harry dégustant son plat, Draco fixant Harry. Ce regard glacé posé sur lui le rendait fébrile. Ne s'y habituerait-il donc jamais ? Par ailleurs, il savait parfaitement que ce qui arrivait. Et, même s'il voulait garder un air détaché, cela faisait naître en lui des frissons d'anticipation. Il n'aimait pas se disputer avec Draco.
-Je sais à quoi tu joues, Harry.
Harry haussa les sourcils. Il se servit un verre de jus de citrouille, jetant au vampire un regard interrogateur.
-Tu rends visite à une vieille connaissance en pleine journée...
-George n'est pas une « vieille connaissance ». C'est ma famille.
-Tu te pavanes sur le Chemin de Traverse, continua Draco comme s'il n'y avait eu aucune interruption. Tu fais les boutiques.
Malgré l'air sombre du vampire, Harry ne put s'empêcher d'esquisser un sourire. Draco pouvait être si prévisible, parfois. Avant même de mettre les pieds sur le Chemin de Traverse, Harry avait anticipé cette conversation.
-Le but en revenant ici était de te permettre de revoir ces gens tout en restant discret.
Ces gens. Harry lui jeta un regard noir. Draco n'accordait aucune valeur à ses proches, et ce depuis toujours. Il dégusta son plat en silence pendant quelques secondes, réfléchissant à la meilleure stratégie à adopter. Draco devait être un allié, il n'y avait pas de concessions à faire à ce sujet. Lutter contre le vampire lui demanderait trop d'énergie, une énergie qu'il devait mettre ailleurs.
Par ailleurs, il savait que Draco pouvait se montrer possessif et excessivement protecteur. Le vampire l'avait déjà prouvé par le passé. Et il serait prêt à recommencer si Harry se montrait trop entreprenant ou trop imprudent. Et la dernière chose dont Harry avait envie, c'était de se voir interdire de sortir ou, pire encore, que Draco l'oblige à quitter Londres.
-J'en ai marre de me cacher.
C'était un honteux mensonge. Il détestait l'attention, et rester caché était hautement confortable. Jugeant que Draco ne serait jamais dupe, et que mentir ne ferait que l'agacer davantage, il fit immédiatement marche arrière. Il pensa à Yaxley, à son air suffisant et son sourire narquois dans le journal. Il planta rageusement sa fourchette dans sa tourte et dit, l'air sombre :
-Je veux qu'ils sachent que je suis de retour.
-« Ils » ?
-Yaxley, ses sbires. Les anciens Mangemorts.
Draco le fixa sans un mot pendant de longues secondes, les yeux légèrement plissés. Harry respirait à peine, attendant la sentence, fébrile.
-Et pourquoi ont-ils besoin de savoir que tu es de retour ?
Harry posa sa fourchette et se pencha vers Draco. Le fait que le vampire pose des questions était bon présage. Draco posait rarement des questions. En règle générale, peu de choses l'intéressaient.
-Ces Mangemorts n'ont rien à faire au pouvoir, Draco. Ce sont des tueurs. Ils ont servi Voldemort. Leur place est à Azkaban, nulle part ailleurs. Les voir se pavaner au Ministère m'est insupportable.
-Ah. Voilà longtemps que je ne l'avais pas vu. Harry Potter, le Sauveur. Épris de justice.
Harry lui jeta un regard noir. Il était incapable de détourner les yeux de ceux gris du vampire, mais il comptait ne pas se laisser soumettre aisément. Pas cette fois. Bien trop de choses étaient en jeu.
-Tu t'attendais à quoi ? demanda-t-il en levant le menton. Que je découvre que Yaxley est Ministre de la Magie et que je ne fasse rien ?
-Tu étais censé profiter de tes amis. Rien de plus. C'est pour cela que nous sommes revenus. Pas pour faire resurgir ton complexe du héros. Pas pour que tu te lances dans une vendetta ridicule.
Harry laissa échapper un grognement de frustration. Il trouvait Draco tellement injuste. Étaient-ils destinés à ne pas s'entendre ? À ne trouver un terrain d'entente que quand il en allait de sang, de sexe ? Le regard du vampire posé sur lui était implacable. Son aura écrasante. Plus que jamais, Harry sentait le calice en lui, désireux de se soumettre, de ne surtout pas lutter. Il sentait au plus profond de lui que c'était sa nature. Draco était le vampire. Il dominait de toutes les façons possibles. Lui n'avait qu'à se soumettre.
Repoussant avec rage son instinct, il répliqua avec véhémence :
-Ce n'est pas une vendetta ridicule. Je ne peux pas tolérer Yaxley à la tête du Ministère. Ce n'est pas normal. N'importe qui, mais pas lui. Il nuit à mes amis. Il les empêche de s'épanouir pleinement. Et crois-moi, je sais, j'ai vécu tout cela : ça ne va qu'empirer.
Draco le fixait sans ciller et Harry trouvait de plus en plus difficile de soutenir son regard.
-Tu n'appartiens plus à ce monde-là, grinça Draco entre ses dents serrées. Cela ne te concerne plus.
-J'appartiens à ce monde-là aussi longtemps que mes amis vivront et auront besoin de moi, démentit-il avec mordant. Ça me concerne. Ce sont des gens que j'aime, Draco !
-Que tu quoi ?
Harry étouffa un grognement agacé. Il posa sa fourchette brutalement sur la table et repoussa son assiette vide. Draco le fixait sans ciller. Il semblait très sérieux, mais Harry devinait sa colère sourde, à la mesure de celle qu'il ressentait. Draco pouvait se montrer si obstiné. Mais c'était à la fois si naturel. Que savait-il de l'amour, lui qui ne ressentait plus aucune émotion humaine depuis des centaines d'années ?
Aimer des gens était au-delà de tout entendement, pour lui. Ce qui se rapprochait le plus de l'amour, pour Draco, c'était la possessivité. Harry lui jeta un regard noir, qui glissa sur le vampire sans sembler l'atteindre. Le mépris qu'il sentait dans son regard gris était un affront personnel à l'affection qu'il ressentait pour ses amis.
-Que j'aime, répéta-t-il patiemment, tentant de régner sur son caractère. L'amour, Draco, c'est quand on tient à quelqu'un, qu'on est prêt à faire n'importe quoi pour lui, pour qu'il soit heureux, en bonne santé, en sécurité.
Il récupéra sa fourchette et joua avec sa nourriture d'un air maussade. Voilà encore ce sujet qu'il détestait tant. L'amour. Aimait-il Draco ? C'était une question qu'Hermione lui avait posée, quelques semaines plus tôt. Il n'avait pas su y répondre et à présent, la question le laissait songeur. Il n'avait jamais aimé personne. Ses parents étaient morts alors qu'il n'était qu'un bébé. Il n'était resté avec Ginny que quelques mois et il ne pouvait pas réellement dire qu'il avait été amoureux d'elle. Bien sûr, il aimait Ron et Hermione, et les Weasley, mais c'était un amour purement fraternel. Mais avec Draco... Tout était plus fort, plus intense, plus passionné. Était-ce de l'amour ?
Il releva la tête, songeur et s'aperçut que le vampire le fixait.
-Qu'est-ce qui te rend si triste, Potter ? demanda-t-il, l'air exaspéré.
-Rien, marmonna-t-il, peu désireux de partager ses états d'âme avec lui.
Il supportait beaucoup de choses, venant de Draco, mais le voir se moquer de ses sentiments était autre chose. Il avait trop peur de se faire rabrouer pour les lui partager. Il se concentra donc sur sa colère, qui était bien plus simple à exprimer.
-Ça m'énerve que tu ne comprennes rien. Que tu ne cherches même pas à comprendre.
-Tu es immortel, tu es destiné à regarder les événements se dérouler sans intervenir. C'est ça, l'éternité.
Harry sentait la colère sourde du vampire et, comme pour y répondre ou s'en protéger, il sentait la sienne croître aussi. Il haïssait le fait que Draco ne comprenne pas ce qu'il ressentait. Qu'il ne comprenne pas que ce que ses amis vivaient lui importait. Qu'il s'inquiétait pour eux, pour leurs enfants, pour leur avenir. Pire que tout, Draco ne cherchait même pas à comprendre.
-Je ne suis pas d'accord, contredit-il avec aplomb. Déjà, je ne suis pas immortel.
Rappeler cela à Draco n'était peut-être pas la meilleure stratégie à adopter, car cela ne ferait que renforcer les instincts de protection de ce dernier. Mais l'immortalité était, pour lui, indissociable de Voldemort. Et il refusait qu'elle soit associée à lui. Il n'était pas immortel. Il ne vieillissait pas, voilà tout.
-Et vivre éternellement ne signifie pas que je dois être spectateur de mon éternité. C'est ça, qui te rend si aigri. Tu ne fais rien de ton éternité. Tu la subis. Tu attends que le temps passe. Et c'est pour ça que tu t'ennuis.
Draco lui jeta un regard réfrigérant qui le glaça sur place. Pendant un instant, il perdit le fil de ses pensées.
-Moi, au moins, je me trouve des occupations, reprit-il après quelques secondes. Histoire de ne pas mourir d'ennui.
Draco ne dit rien, se contentant de poser sur lui un regard menaçant. Harry changea d'angle d'attaque.
-Tu n'as qu'à me protéger.
Il avait dit ça par bravade, mais le vampire plissa les yeux d'un air dangereux. Harry sentait que la situation lui échappait. À mesure qu'il plaidait sa cause, il semblait s'enfoncer.
-Te protéger ? Merlin Potter, as-tu seulement une idée du nombre de gens qui te veulent mort ?
Harry prit soudain conscience à quel point leur retour à Londres avait dû être dur à accepter pour Draco. Le ramener là où il était le plus en danger avait dû être une décision difficile à prendre pour le vampire. Il réalisa que Draco craignait pour sa sécurité, et ce depuis l'instant même où ils étaient revenus. Mais que le vampire l'avait néanmoins laissé aller et venir sans rien dire. Ou presque.
Il chassa immédiatement cette pensée de sa tête. Ce que Draco ressentait, si tant est qu'il puisse ressentir quoi que ce soit d'un tant soi peu humain, n'avait pas d'importance. Il faisait confiance au vampire pour le protéger.
-Justement ! s'exclama Harry, sautant sur l'occasion. Si tout allait si bien, personne ne devrait vouloir ma mort. C'est censé être terminé, tout ça. Tous ces gens devraient être à Azkaban.
-Mais ils ne le sont pas. Et te montrer publiquement ne va faire que dessiner une cible sur ta personne, ce dont nous n'avons pas besoin.
L'espace d'un court instant, Harry savoura ce « nous » délicieux lâché par le vampire.
-Tu n'es pas capable de me protéger ? demanda-t-il innocemment, esquissant un sourire en coin un peu crispé.
Pourquoi jouait-il ainsi avec le feu ? C'était grisant, mais à la fois tellement dangereux. Draco était si imprévisible.
-Je peux te protéger, démentit-il calmement. Mais tu risques de ne pas apprécier mes méthodes.
Le sourire taquin d'Harry disparut immédiatement. Il sonda Draco, tentant de déterminer ce qu'il se passait réellement dans sa tête. Voulait-il l'enfermer ? L'emmener loin d'ici ? Dans tous les cas, Harry résisterait sans relâche.
-Je veux seulement aider mes amis, Draco, dit-il, presque implorant. Juste une dernière fois.
-Et moi, rétorqua-t-il, je ne veux pas que tu attires l'attention sur toi. C'est trop dangereux. Et je refuse de jouer les vulgaires gardes du corps. Et, malheureusement pour toi, de nous deux, c'est moi qui décide. Tu comprends ?
L'aura du vampire était écrasante. Harry serra les poings sur ses couverts. Il sentait un immense sentiment de rage monter en lui, mais il savait au fond de lui que rencontrer la détermination glacée du vampire de sa propre colère ne résulterait en rien de bon. Cela ne ferait que le braquer un peu plus.
Il baissa la tête sur son plat, se soumettant sans vraiment s'en rendre compte. Draco le fixait sans ciller, de ce regard implacable qui semblait impossible de soutenir.
-Tu comprends ? répéta-t-il.
La menace était sourde mais claire. Harry se passa la main sur le visage et se frotta les yeux. Il détestait cela. Cette soumission. Ce besoin qu'il ressentait de se soumettre tout en étant proche du vampire. À cet instant, il ne rêvait que de mettre le plus de distance possible entre lui et Draco, le temps de retrouver ses esprits. Mais son corps semblait vouloir autre chose et il resta figé sur place, subissant sans un mot le regard glacé. Il n'osa pas croiser le regard de Draco. Son regard menaçant et suspicieux semblait lui brûler le visage.
-Très bien, dit-il finalement dans un souffle à peine audible. Comme tu veux.
Quelques secondes passèrent dans un silence tendu. Harry sentait le regard du vampire lui brûler le visage. Puis Draco se leva souplement. Il laissa tomber quelques pièces de monnaie sur la table et attendit qu'Harry se lève également. Harry soupira. Il était en colère, mais incapable de résister à l'attraction que le vampire exerçait sur lui. Sans un mot, la mâchoire crispée, il suivit le vampire hors du bar et jusque dans l'Allée des Embrumes.
L'atmosphère feutrée de la ruelle l'aida à calmer ses nerfs. Ici, il redevenait un inconnu. Il se fondait derrière le vampire, disparaissant presque derrière son aura menaçante. Les rares passants baissaient les yeux à l'approche du prédateur, s'écartaient prestement, disparaissaient sous les porches et ils ne faisaient plus attention à Harry. Après le bain de foule sur le chemin de Traverse, qu'il avait supporté non sans mal mais avec le sourire, il sentait enfin toute la tension disparaître.
Il préférait de loin passer inaperçu. Et pour cela, l'Allée des Embrumes était l'endroit idéal.
-Je pensais que les choses avaient changé entre nous, mais visiblement pas tant que ça, dit-il dans un murmure à peine audible, sachant que l'ouïe fine du vampire capterait parfaitement ses mots. Plutôt que de simplement me protéger -et on sait tous les deux que tu en es capable-, tu préfères lutter contre moi.
Il était à la fois triste et agacé de constater cela. Ces dernières années, il avait pensé que sa relation avec Draco avait évolué vers quelque chose de plus stable. Mais il se rendait compte à présent que c'était uniquement parce qu'ils n'avaient plus eu de point de discorde. Dès qu'un sujet sensible refaisait surface, ils retombaient dans leurs travers. Ils se disputaient, ne se comprenaient mutuellement pas et le vampire jouait de sa domination pour le faire flancher.
Draco se retourna souplement. Harry s'arrêta net, surpris par cette volte-face soudaine. Le souffle coupé, il resta figé sur place tandis que le vampire s'approchait de lui. Sa poigne de fer se referma violemment contre sa mâchoire et il le poussa brusquement contre le mur. La tête d'Harry heurta le mur.
-Comment suis-je censé apprendre à te faire confiance si tu me trahis dès que je te laisse un peu de liberté ?
Les doigts glacés du vampire s'enfonçait douloureusement dans sa peau tandis que Draco se penchait vers lui, le regard glacé. Le souffle d'Harry était bloqué dans sa gorge. Draco attendit, mais Harry était incapable de répondre quoi que ce soit.
-Tu peux continuer à voir tes amis, Potter. Mais c'en est terminé de tout le reste, c'est clair ?
Harry voulut approuver, mais il était immobilisé par la poigne ferme du vampire sur sa mâchoire.
-Oui, souffla-t-il.
Draco lui jeta un dernier regard mauvais avant de le relâcher brusquement.
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J'espère que ce chapitre vous a plu ! Est-ce que c'était la réaction que vous attendiez de la part de Draco ? Suite à ça, pensez-vous que Harry va : a) renoncer et continuer de plaider sa cause envers Draco b) faire genre qu'il renonce et agir en douce c) se ficher totalement de l'avis de Draco et n'en faire qu'à sa tête
Prochain chapitre, ce sera le retour des Weasley au complet !
À bientôt,
Natom, 11/04/25
