Mes petits chats,

Ce n'est pas sans une certaine émotion et une joie mêlées que je publie aujourd'hui la dernière partie (sous forme d'épilogue) de "L'affaire Philippe Delveau." Il s'agit d'un moment léger que j'ai voulu plein d'humour et de promesses, j'espère qui vous plaira :)

J'ai adoré écrire cette histoire et je vous remercie tous et toutes de l'avoir suivi à mes côtés, avec constance et bienveillance. Bien entendu, je vous remercie également d'avoir pris le temps de me laisser des commentaires, toujours très stimulants pour continuer ce travail long et un peu pointu.

Un mot concernant la suite de mon activité. Compte tenu des jours fériés qui vont s'étaler en France entre mi-avril et fin mai, le temps va me manquer pour assurer la publication simultanée de deux histoires (j'ai achevé un récit dans le fandom Avengers dont j'ai déjà parlé il y a quelques semaines). Je préfère me concentrer sur la publication de "L'Aimé de Mère-Monde" en espérant pouvoir me tenir à une publication hebdomadaire à compter de la semaine prochaine et ceci jusqu'à début juin.

Merci de m'avoir consacré un peu de votre temps pendant ces derniers mois et j'espère vous recroiser prochainement.

Prenez soin de vous,

ChatonLakmé


Le sel d'Epsom ou sulfate de magnésium est un mélange de sels minéraux provenant de gisements souterrains. Dilué dans l'eau, il est utilisé pour ses effets relaxants et décontractants.


L'affaire Philippe Delveau

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Épilogue


Butler, Pennsylvanie, jeudi 7 novembre


Un coude sur la portière, Dean conduit lentement le long de N Main Street. L'Impala est souple et docile sous sa main, son moteur ronronne comme un chat domestique. Le châtain sourit. Ça sent la maison.

À côté de lui, Sam somnole doucement, les bras croisés sur son torse et la tête appuyée contre la fenêtre.

Dean tend la main vers son portable, attaché au tableau de bord sur un support mobile.

Castiel le lui a offert il y a quelques mois et a tenu à le regarder l'installer dans l'Impala. Le jeune homme trouve ce gadget parfaitement laid mais l'insistance du brun était adorable. Il n'aurait probablement pas dû lui raconter son presque accident de la route à l'entrée de Memphis, Tennesse parce que Sam et lui se disputaient à propos du GPS. Il n'aurait pas non plus dû en rire. Castiel juge que ce système fixe est plus prudent et Dean a accepté parce qu'il l'aime.

Le châtain appuie sur le bouton d'envoi d'un message pré-rédigé avant de reprendre sagement le volant à deux mains. La radio diffuse une chanson pop en sourdine, la voix de la chanteuse ressemble à un petit chuintement et Sam dort comme un bienheureux.

Dean se pince l'arête du nez entre deux doigts. Il est très fatigué aussi. Leur chasse à Utica, New York a été longue, difficile et douloureuse. Il a hâte de rentrer à la maison.

Le châtain s'arrête devant l'immeuble de Jessica. La jeune femme patiente déjà sur le perron et Dean la salue d'un signe de la main avant de garer l'Impala le long du trottoir.

Elle toque doucement à la fenêtre côté passager. Sam se réveille en sursaut et regarde autour de l'ui d'un air un peu hagard. Une mèche rebique sur son oreille droite. Le châtain sourit affectueusement.

—«On est arrivé, Sammy.»

—«Quoi?», croasse-t-il.

—«On est arrivé chez Jess', petit génie. Sors de là, j'ai aussi envie de rentrer à la maison.»

Sam baille longuement et, après un doigt d'honneur paresseux, extirpe son grand corps de l'Impala. Dean jette un regard dans le rétroviseur. Jessica a déjà récupéré son sac de voyage dans le coffre et l'a passé à son épaule.

Sur le trottoir, le couple se salue d'un baiser.

Le châtain se mord les joues. Bon sang, il a besoin de rentrer à la maison.

Jessica se penche pour le regarder par la fenêtre de la portière du côté passager.

—«Merci de m'avoir prévenu de votre arrivée et de me l'avoir ramené en un seul morceau», sourit-elle.

—«Remercie-moi en prenant soin de lui, notre voyage depuis Utica a été long.»

Un pli soucieux se creuse entre les sourcils de la blonde et Dean grimace légèrement. Il est trop foutrement fatigué pour faire semblant. Et il a mal.

Sam se penche à son tour, une main sur le toit de l'Impala.

—«Merci pour la balade Dean. Est-ce qu'on s'appelle demain?»

—«Ouais, le plus tard possible. Castiel vous invitera probablement pour le dîner mais avant, je compte dormir jusqu'en début d'après-midi. … Est-ce que ça va aller?»

—«Ça va toujours mais ça va vraiment mieux quand on rentre à Butler. J'ai juste besoin de prendre une longue douche et de dormir», grimace son cadet.

- «Je viendrais avec toi», souffle Jessica en embrassant sa mâchoire.

Le châtain hausse un sourcil coquin et se masse la nuque du bout des doigts. Il aimerait aussi que Castiel le rejoigne sous la douche. Il l'embrasserait langoureusement sous l'eau chaude et même si son corps est douloureux, Dean est un homme plein de ressources. Il sourit un peu stupidement et Sam ricane.

—«Merci de m'avoir raccompagné. Rentre chez toi maintenant, la semaine a été longue pour nous deux», dit-il en tapotant le toit de l'Impala.

—«Ne frappe pas Baby, Sam. Bonne soirée.»

Son frère lui jette un regard torve et Dean rit joyeusement. Il salue le couple une dernière fois puis redémarre l'Impala.

Traverse Butler à la tombée de la nuit est agréable. Les rues sont peu fréquentées, il est presque seul sur N Main Street.

Le châtain gagne rapidement Belmont Road. Il jette presque l'Impala devant la maison avant de se frotter vigoureusement le visage à deux mains. Enfin arrivé.

Alors qu'il récupère son sac dans le coffre, Dean aperçoit deux silhouettes un peu plus loin en train de promener deux chiens en laisse. Il plisse les yeux. Elles se séparent et la plus petite des deux marche dans sa direction. Tom le salue d'un large sourire tandis que Finley se jette dans ses jambes pour chercher des caresses. Le châtain le gratte gentiment entre les oreilles.

—«Salut Dean! Bon retour!»

—«Merci Tom. … À qui étais-tu en train de parler?»

—«Mia, elle promenait Nixon. On s'est retrouvé sur Edgewood Road alors on a fait un bout de chemin ensemble.»

—«Tu ne me feras jamais croire que vous vous êtes rencontrés par hasard. Tu n'as aucune raison d'aller promener Finley de ce côté-ci. Est-ce que tu n'es pas un peu jeune pour draguer une fille qui est déjà au lycée?», ricane Dean.

—«Je ne la drague pas, on est seulement amis. … Et plus personne ne drague quelqu'un au XXIe siècle…», marmotte-t-il.

—«Ne change pas de sujet, Cas aime la manière dont je parle.»

—«C'est parce qu'il trouve que tes quarante-cinq ans sont très séduisants alors que c'est teeelllemment vieux…»

—«Et donc, c'était ton premier rendez-vous au clair de lune avec Mia?», reprend nonchalamment Dean.

Le visage de l'adolescent s'enflamme. Tom lui donne un rude coup de poing dans l'épaule et le châtain grimace. Le petit garçon au tee-shirt Spider-Man a grandi et il frappe fort, surtout depuis qu'il a intégré l'équipe de hockey de son collège. Dean trouve son maillot assez cool. Tom l'a invité à son premier match avec une telle fierté qu'il était prêt à se peinturlurer le visage aux couleurs de son école pour lui faire plaisir. L'idée a laissé Castiel très circonspect et il était craqué habillé en chemise et pantalon de costume dans les gradins. Le châtain aurait pu lui faire des trucs très indécents quand il a demandé un gobelet en plastique pour boire sa bière. Il ferait des trucs dingues pour lui.

Sous le regard vaguement menaçant de Dean, Tom récupère la laisse de Finley qui s'intéresse d'un peu trop près à la roue avant de l'Impala. Le châtain jette son sac de voyage sur son épaule.

—«C'est bien que tu sois de retour, tu lui as manqué», sourit l'adolescent.

—«Tout comme il m'a aussi horriblement manqué.»

—«Vous êtes un peu pathétiques…»

—«Je n'invite pas Cas à faire des balades romantiques sous le clair de lune mon petit pote. Est-ce que Mia te manque autant que cela? Vous vous voyez déjà pendant la semaine…»

—«On traîne en soirée, ce n'est pas pareil. Et tu aimerais inviter Castiel à une soirée romantique à Lake Arthur, Maman le dit tout le temps.»

—«Ta mère raconte des conneries.»

—«Tu dois mettre une pièce dans le bocal à gros mots, Dean», s'esclaffe l'adolescent en enroulant la laisse de Finley autour de son poignet. «On se voit ce week-end?»

—«Bien sûr mon petit pote. Rentre te coucher maintenant, à ton âge on a besoin de sommeil.»

—«Au tien aussi, grand-père!»

Tom lui tire puérilement la langue. Il regarde soigneusement de part et d'autre avant de traverser Belmont Road, Finley trottinant à côté de lui. Dean le suit du regard jusqu'à ce que l'adolescent entre dans la maison. Castiel trouve ses inquiètes plutôt mignonnes.

Tom le salue une dernière fois sur le perron avant de fermer la porte.

Satisfait, le châtain verrouille l'Impala et remonte l'allée en souriant. Le rez-de-chaussée est allumé, Castiel est probablement en train de l'attendre devant la télé. Il sort ses clés. Le porte-clé en métal orné du drapeau de Butler est tiède dans sa main; Dean l'a acheté quand il est devenu évident que la maison du brun devenait la leur.

Il entre dans le vestibule, abandonne son sac dans l'entrée et passe dans le salon bleu, sa veste toujours sur les épaules. Une rediffusion d'un film de science fiction passe à la télé. Castiel est assis sur le tapis, son ordinateur portable posé sur la table basse. Il tourne la tête vers lui.

—«J'ai entendu le moteur de l'Impala. Bon retour à la maison», sourit-il tendrement.

Dean lui répond avec le même sourire. Ouais, la Maison. Il se laisse tomber sur le canapé, pose une main sur la nuque de son compagnon pour l'attirer à lui. Castiel lui offre docilement ses lèvres. Longuement. Il enroule ses doigts autour de son poignet pour s'accrocher à lui tandis qu'ils entrouvrent la bouche. Leurs langues se cherchent. C'est humide, doux et chaud. Malgré sa fatigue, le châtain sent ses reins picoter agréablement. Retrouver Castiel chez eux a toujours cet effet sur lui.

—«Merci Cas, je suis content d'être arrivé», souffle-t-il contre sa bouche.

Le brun s'éloigne légèrement de lui et le regarde en silence. Dean le laisse l'observer et tirer ses conclusions, il sait qu'il est inutile de faire semblant que tout va bien. Castiel abandonne son ordinateur pour se tourner vers lui, appuyé sur son genou. Le châtain effleure sa pommette puis sa mâchoire de son pouce. Son compagnon embrasse doucement sa paume. Castiel rend Dean complètement fou parfois.

—«Dure semaine?»

—«Ouais, dure semaine. … J'ai croisé Tom et Finley dehors», répond-il en se frottant les yeux.

—«Depuis qu'Everett et Carol l'autorisent à le promener seul, Tom pense qu'il est en âge de conduire une voiture…»

—«Je n'étais pas beaucoup plus vieux quand mon père m'a mis derrière le volant de notre voiture familial. Il m'emmenait conduire autour de Lawrence.»

—«Ne te sens pas obligé de le lui raconter», réplique Castiel d'un ton pince-sans-rire.

Le brun mordille la pulpe de son doigt et Dean ricane. C'est un bon moyen de ne pas se concentrer sur son aine qui le chatouille. Castiel est assis devant lui, sa tête au niveau de son entrejambe (ou pas très loin) et –

Le brun hausse un sourcil très haut.

—«Tu pourrais au moins me dire que je t'ai atrocement manqué avant…», marmotte-t-il.

Dean ricane. Il se penche pour l'embrasser à nouveau puis s'affale lourdement contre le dossier du canapé. Le châtain caresse toujours la nuque de Castiel du bout des doigts, jouant avec les petits cheveux noirs. La position est un peu inconfortable mais c'est comme ça qu'il se sent le mieux, quand Castiel est très près de lui et qu'il peut le toucher.

Son compagnon croise les bras sur ses genoux et y appuie sa tête.

—«Tom doit être ravi de te savoir de retour. Tu lui as promis de le conduire à son prochain match de son équipe dans l'Impala.»

—«Je me souviens, il sera avec ses copains Nathan et Kevin, c'est ça?», Dean baille dans sa main. «Je l'amène déjà à l'école depuis presque deux ans, il devrait être habitué au fait de se pavaner sur le siège passager de Baby…»

—«Tu te pavanes toujours quand tu conduis l'Impala et tu la connais depuis bien plus longtemps.»

—«Baby est tellement sexy», soupire-t-il d'un air languide.

—«Elle a du charme mais Carol soupçonne plutôt une histoire de fille», répond Castiel en lui pinçant le genou.

—«Est-ce que Mia sera là pour l'encourager dans les gradins?»

—«… Je ne suis pas au courant. Je suppose que l'Impala fait effectivement toujours son petit effet.»

Le brun penche légèrement la tête sur le côté d'interrogation et Dean sourit affectueusement. Il caresse ses lèvres fines de son pouce.

—«Est-ce que c'est grâce à elle que tu es tombé amoureux de moi?»

—«J'ai adoré la manière dont elle est tombée en panne sur New Castle Road alors qu'on revenait de Lake Arthur. L'odeur d'essence m'a littéralement transporté…», répond Castiel d'un ton pince-sans-rire.

Le châtain s'esclaffe. Il embrasse son compagnon puis cale ses reins dans le canapé pour suivre un instant par la rediffusion du film. Castiel se rassoit correctement devant l'ordinateur. Ses doigts courent sur le clavier, le cliquetis des touches berce Dean et le fait bailler.

Il passe lentement une main sur son visage.

—«Tu travailles encore à 22h? Est-ce qu'il y a un problème avec le magasin?»

—«Pas du tout. J'ai enfin trouvé cette montre d'officier de la Première Guerre mondiale que ton père espérait, je suis en train de négocier le prix avec le vendeur. Il m'a envoyé d'autres photos pour que je m'assure de l'état et nous nous disputons sur le prix de la livraison. Il habite dans l'État voisin mais je suis certain qu'un transport de deux cents kilomètres par UPS ne coûte pas 80$…»

—«Tu lui as vraiment déniché ça? Pa' va être fou de joie, il en cherche un depuis plus de dix ans. Il va me demander de t'épouser.»

—«Nous allons voir tes parents à Noël, cela te laisse deux mois pour songer à la manière de te faire ma demande et la rendre inoubliable. Ta mère en fera probablement un album photo entier», répond nonchalamment le brun.

… Ah, ouais. Le jeune homme sent sa nuque chauffer un peu. Castiel presse gentiment son genou, un sourire tendre aux lèvres.

—«Est-ce que tu as mangé quelque chose sur la route? Je suis allé faire des courses chez le traiteur italien du centre-ville mais tu as l'air de tomber de fatigue.»

—«J'ai déjà mangé un morceau avec Sam sur la route. Nous ne nous sommes pas attardés, nous avions hâte de rentrer. … Est-ce que tu as aussi acheté du pain à l'ail?»

—«Bien sûr.»

—«Je le mangerai plus tard. Demain matin peut-être.»

—«Tu es écœurant», grimace légèrement le brun.

Dean ricane et se frotte longuement les yeux. Ils brûlent de fatigue.

Castiel fronce les sourcils.

Il éteint l'ordinateur et rampe jusqu'à lui en se hissant sur ses cuisses. Le châtain accueille avec bonheur le poids de son corps sur le sien, la sensation des muscles solides sous ses mains. Il enroule ses bras autour de son torse et plonge la tête dans son cou. Il veut s'endormir comme ça.

—«Tu as vraiment l'air l'air épuisé. Est-ce que tu veux que je te fasse couler un bain?», demande Castiel en caressant sa nuque.

—«Tu lis dans mes pensées… Je vais mettre mes affaires dans le bureau et je ne compte plus quitter notre chambre de la soirée. Tu me raconteras la fin du film.»

—«Ne sois pas ridicule, je vais monter avec toi. Je l'ai déjà vu et je trouve que le premier film est le meilleur de la saga.»

—«Amen», soupire Dean.

Il cajole ses reins puis la naissance de ses fesses et le brun gigote doucement sur ses genoux.

Dean l'embrasse gentiment, l'invite à descendre d'une dernière caresse avant de se hisser hors du canapé. Il récupère son sac de voyage dans le vestibule et monte l'escalier. Il entend Castiel ranger le salon, éteindre la télévision et les lumières du salon pour la nuit. Le châtain ne l'attend pas, il sait que son compagnon est sur ses talons.

Sur le palier, Dean traverse le couloir à droite vers son bureau. Castiel lui a offert son propre espace à l'étage au même moment de l'achat du porte-clés, une petite pièce dont la fenêtre ancienne d'une forme un peu baroque donne sur le jardin de la maison voisine. Pendant l'été, quand le soleil est au plus haut, Dean adore la lumière qui inonde le bureau, même s'il a ses rayons dans les yeux.

Le châtain ouvre la porte et inspire profondément.

Cette pièce est la sienne, elle sent à la fois lui et la Maison. Il a accroché deux affiches de concert soigneusement encadrées – il a convaincu Castiel qu'elles étaient des objets de collection parce que son compagnon les trouve un peu laides – et un grand calendrier cartonné couvert d'annotations. Le bureau est installé face à la fenêtre, un meuble ancien avec un sous-main en cuir vert. Un nécessaire d'écriture des années 1930 est posé dessus, offert par le brun en guise de pendaison de crémaillère. Il souriait si joliment que Dean n'a pas osé lui avouer qu'à l'heure des laptop et des tablettes tactiles, c'était encombrant et superflu. À présent, il leur trouve un charme un peu désuet et une relative utilité. Il a transformé l'encrier en réservoir à trombones et a fiché une plume de pygargue à tête blanche trouvée à Lake Arthur dans le porte-plume. Castiel pince encore les lèvres de désapprobation quand il le voit et le jeune homme avale sa grimace de baisers mouillés et affectueux. Deux grands meubles en bois garnis d'étagères sont posés l'un en face de l'autre. Celui à gauche de la pièce est réservé à ses chasses avec Sam; l'autre, à droite, concerne son activité de comptable en période creuse et les papiers relatif à la gestion de son appartement mis en location à Kansas City.

Le châtain pose son sac sur le canapé-lit à sa gauche. Il retire distraitement une petite bouloche blanche accrochée à un capiton du dossier en souriant. Castiel apprécie peu ses affiches bariolées mais il déteste ce canapé. À la première visite de John et Mary à Butler il y a dix-huit mois, le châtain a insisté pour acheter un lit moderne parce que «Franchement Cas, ceux des chambres d'amis grincent comme des chats à qui tu tirerais la queue Hors de question d'avouer qu'il voulait terminer d'aménager la garçonnière de ses rêves dans leur maison. Contre l'avis de son compagnon, il a choisi le canapé dans un magasin de meubles dans la banlieue de Butler. L'amour des belles choses de Castiel lui interdit de regarder l'ameublement milieu de gamme. Adorable snobisme. Il a refusé d'aider Dean à faire le lit à la veille de l'arrivée de ses parents et s'est vengé en regardant toute la soirée une horrible telenovela. Putain de sale petit sournois adorable. Le châtain l'a distrait en lui faisant passionnément l'amour sur le canapé après avoir caché la télécommande. Une merveilleuse soirée.

Dean ricane de plaisir.

Il vide son sac de voyage et range carnet de notes, contrats d'engagement et de confidentialités dans le meuble. Le parquet du couloir craque doucement.

—«Est-ce que tu arrives à te déplacer dans ta petite pièce avec ton énorme canapé?»

—«À merveille, Cas! Je ne m'en séparerai jamais!»

—«C'est ce que tu crois…», ricane le brun en s'éloignant.

Dean a fantasmé ce canapé capitonné en cuir couleur cognac – le canapé parfait d'une parfaite garçonnière ayant de la classe –, mais l'achat s'est révélé parfaitement inutile. John et Mary ont adoré dormir dans le lit en laiton de la première chambre d'amis. Emporté par son enthousiasme, le châtain a aussi acheté un meuble d'une taille disproportionnée. Castiel avait suggéré du bout des lèvres de se contenter d'un fauteuil – c'est vraiment bien un fauteuil et les capitons sont exactement les mêmes – mais Dean a insisté. Il n'avouera jamais qu'il a fait une erreur et que, passé la lune de miel cinq semaines, son monstrueux canapé est devenu une horrible contrainte dès qu'il travaille dans son bureau. Il est comme un mariage mal assorti dont il ne peut pas se défaire sans perdre un peu de son orgueil au passage alors il supporte. Et Castiel rit toujours quand il passe une tête par la porte.

Dean termine de ranger soigneusement ses affaires. Il enferme les fioles d'eau bénite, les herbes et autres artefacts dans la partie basse du meuble et cache la clé dans le premier tiroir du bureau. Satisfait, il tourne les talons et gagne leur chambre, son sac à l'épaule. Il le jette sur le lit, observe brièvement sa table de chevet toujours encombrée et les deux oreillers empilés de son côté du matelas avant de soupirer de plaisir.

Maison.

Le châtain retire sa veste et l'accroche au montant du lit. Il fait rouler lentement ses épaules, pétrit sa chair contractée du bout des doigts. Bouger le fait grogner de douleur.

—«Dean?»

—« Je suis là.»

—«Est-ce que tu veux des sels de bain à la lavande dans l'eau?»

—«… S'il te plaît.»

Que Sam n'apprenne jamais qu'il aime se tremper dans l'eau chaude parfumée pour se relaxer. Castiel n'a aucun complexe à dire en public qu'il préfère l'odeur de la lavande à celle du camphre pour se détendre mais Dean a toujours dit que le brun était un homme courageux. Les bras pleins de linge sale, il entre dans la salle de bain et les dépose dans le panier dédié, à gauche du meuble à vasques. Castiel est assis sur le bord de la baignoire, la main sous l'eau chaude pour vérifier la température.

—«J'ai ajouté du sel d'Epsom pour tes courbatures, je t'ai entendu grogner quand tu te massais les épaules.»

—«Je peux grogner pour des tas de raisons différentes…»

—«Il n'avait rien à voir avec la manière dont tu grognes quand je te fais une fellation, je sais que tu as mal.»

Dean sourit et se penche sur lui pour l'embrasser du bout des lèvres. Il frotte doucement leur bouche l'une contre l'autre, chaud et câlin.

—«… Est-ce que tu viens avec moi dans l'eau?», demande-t-il d'une voix invitante.

—«Je me suis déjà changé pour la nuit. Je vais avoir du mal à me réchauffer si je me déshabille maintenant…»

—«Je peux te réchauffer», roucoule le châtain.

—«Avec ce grognement? Cela me paraît compromis, Dean. Je vais rester à côté de toi.»

—«… Habillé?»

—«Oui, habillé. Mais si cela peut t'aider à te sentir mieux, sache que je suis nu sous mon pantalon.»

Castiel lui jette un regard en coin et Dean éclate de rire. Petit enfoiré sexy et – bordel – il est tellement amoureux de lui. Le châtain l'embrasse chaudement, ses doigts jouent dans les petits cheveux noirs sur sa nuque avant de courir dans son dos et d'empaumer sa fesse droite. Le brun soupire doucement contre lui et ouais, ce sont les bruits qu'il préfère tous les deux.

Dean se redresse lentement. Il attrape le bas de son polo pour le faire passer au-dessus de sa tête avant de s'arrêter, les mains sur l'ourlet. Bordel, ça pulse vraiment fort dans son flanc.

—«… Je vais avoir besoin d'un peu d'aide pour me déshabiller Cas. En tout bien tout honneur.»

—«Tu ne peux pas retirer ton haut?», s'étonne le brun.

—«… Pas sans grogner.»

Castiel s'empresse de le rejoindre. Les sourcils froncés, il observe attentivement son vêtement, hésite adorablement sur l'endroit où poser ses mains sans le blesser. Dean sourit affectueusement. Avec une infinie délicatesse, le brun accompagne prudemment son geste, ses doigts posés sur les siens. Dean se courbe légèrement en avant pour aider Castiel à passer le vêtement par-dessus sa tête. Son flanc picote douloureusement. Le brun arrange tendrement une mèche ébouriffée sur son crâne.

—«Je te remercie… Je vais terminer», souffle-t-il.

—«Certainement pas. Accroche-toi à moi.»

—«Ouais, on l'a déjà fait ça…»

Castiel lui jette un regard noir. Il tire habilement la fermeture éclair de son jean et défait son pantalon d'un geste expert. Le brun est putain de bon à ça. Castiel se glisse à genoux devant lui et fait glisser le vêtement le long de ses jambes. Dean s'appuie sur son épaule pour retirer ses pieds, un peu trop fatigué pour protester contre le fait que son compagnon est en train de le déshabiller comme un enfant. Ses mains habiles de son compagnon effleurent ses mollets, remontent tendrement vers ses cuisses jusqu'à son boxer puis ses flancs.

—«Tu fais ça bien…», sourit-il.

—«Je suis toujours excellent quand il s'agit de te déshabiller. Où est ta veste?»

—«Là où tu détestes la voir», sourit Dean avec malice.

Castiel roule des yeux et jette ses vêtements encore tièdes dans la panière à linge sale. Il quitte la salle de bain et Dean est distrait par la courbe de ses fesses soulignée par le fin coton de son pantalon de nuit. Délicieusement et parfaitement nu en dessous. Il est horriblement fatigué mais il sent ce petit quelque chose qui bourdonne agréablement en lui, à la fois piquant et sensuel. C'est l'effet de La Maison.

Le châtain retire rapidement son boxer, le roule en une petite boule bien serrée avant de le jeter dans le panier. Il entend son compagnon grommeler dans la chambre.

—«Cas?»

—«Ta veste est accrochée au montant du lit…»

—«Tu sais que j'adore la voir là, c'est le signal qui indique que je suis rentré!», s'écrit-il en se glissant dans l'eau chaude.

—«Le côté gauche du lit est ton côté. Tu es libre d'y faire ce que tu veux mais notre chambre n'est pas une chambre d'étudiant sur un campus…»

Dean éclate de rire. Oh, si délicieusement Castiel.

Le châtain s'immerge entièrement en soupirant lourdement de plaisir. Quand il pose enfin son dos contre la faïence, il ferme les yeux de béatitude. L'eau est à la température idéale. L'odeur de lavande est agréable et il l'inspire à pleins poumons avant de plonger la tête sous l'eau. Le châtain contient sa respiration quelques secondes, les battements de son cœur et le bruit étouffé des pas de Castiel résonnent dans son crâne.

Dean émerge et passe une main sur son visage pour chasser l'eau qui perle à ses cils. Une main se pose délicatement sur sa mâchoire puis sur sa joue. Le jeune homme rouvre les paupières. Castiel est à nouveau assis sur le bord de la baignoire, juste à côté de lui. Une ombre d'inquiétude voile ses yeux bleus. Le châtain prend sa main dans la sienne et embrasse ses jointures. Son compagnon déglutit, un pli amer à la commissure de ses lèvres fines.

—«Je n'avais pas vu que tu avais un bleu de la taille d'une jante de l'Impala sur le flanc», souffle-t-il d'une petite voix.

—«Il est plus impressionnant que réellement douloureux.»

—«Il est suffisamment douloureux pour que tu me demandes de te déshabiller.»

—«Tu me déshabilles souvent et j'adore que –»

—«Que je te déshabille hors de tout contexte sexuel Dean.» Le pli se creuse un peu plus. «… Est-ce que tu as vu un médecin? Tu pourrais avoir des côtes cassées.»

—«Si c'était le cas, je serai en train de me rouler par terre de douleur parce que je me suis penché en avant quand tu m'as retiré mon polo.»

Le châtain enlace leurs doigts d'un air câlin mais Castiel lui jette un regard torve. Il grimace légèrement de gêne.

—«… J'admets que je me suis peut-être – c'est une simple possibilité et pas un aveu, Cas – fêlé quelque chose. J'irais aux urgences du Butler Memorial Hospital demain.»

—«Les urgences sont ouvertes 24h/24h et 7/7 jours…»

—«Tu ne veux pas me rejoindre dans l'eau pour ne pas avoir froid, je ne veux pas passer la nuit aux urgences alors que je pourrais dormir contre toi. Nous sommes des hommes de sacrifice…»

—«Je ne te laisserai pas seul aux urgences, tu sais.»

—«Cela ne règle absolument pas la question de notre nuit ensemble», rétorque le châtain du tac-au-tac.

Castiel sourit affectueusement mais son regard bleu est toujours un peu inquiet quand il observe son flanc. Dean pince les lèvres. Il sait que c'est laid, bleu et pourpre au centre mais déjà jaunâtre sur les bords. Il y a aussi de fines mouchetures de sang sous son épiderme, là où les vaisseaux sanguins ont éclaté sous le choc. C'est foutrement laid et l'hématome va mettre des semaines à disparaître. Ça le chagrine, il s'est blessé à l'endroit même où Castiel adore s'accrocher à lui quand ils font l'amour. Chienne de vie.

Le brun s'assoit sur le carrelage puis s'accoude à la baignoire, sa main toujours dans celle de Dean. Il caresse distraitement la peau humide de son pouce.

—«Tu as vraiment eu une dure semaine, n'est-ce pas? Est-ce que tu vas bien? Et Sam?»

—«Nous nous en remettrons. Le mal a encore perdu et les Winchester ont gagné. Nous sommes des super-héros», fanfaronne Dean.

—«Je ne suis pas certain que Superman puisse avoir de bleus…»

—«Tu t'attaches toujours beaucoup trop aux détails.»

Le brun roule des yeux. Il se redresse sur les genoux, pose son autre main sur sa nuque pour l'attirer à sa bouche. Un frisson dans les reins, Dean se laisse aller dans leur baiser. C'est un baiser paresseux et langoureux, un baiser qui susurre de faire l'amour comme ils aiment le faire. Mais c'est aussi un baiser qui dit «Je suis inquiet pour toi», «Je suis content que tu sois rentré sain et sauf. Ou à peu près…». Un baiser qui dit «Je vais prendre soin de toi parce que je t'aime» et pour lequel le châtain abandonne tout pour s'offrir.

Dean a souvent des scrupules de provoquer ce maelstrom d'émotions chez son compagnon, de faire naître cette petite ride qui se creuse progressivement entre ses sourcils à cause de l'anxiété. Cela n'arriverait pas si le châtain était comptable à temps plein mais Castiel n'exige rien de lui, il comprend. Il l'embrasse sur le pas de leur porte quand il part dans l'Impala, Sam à ses côtés. Il l'accueille chez eux à son retour, les bras ouverts et un autre baiser accroché aux lèvres. Dean peine encore parfois à croire qu'il a eu la chance de croiser Castiel. Il peine à réaliser – même quand il se réveille à ses côtés dans leur lit – qu'il a rencontré cette personne si spéciale pour lui, un homme magnifique avec lequel il partage la plus formidable des compatibilités sexuelles. Dean est endurant au lit mais bordel, Castiel aime vraiment beaucoup faire l'amour.

Le châtain noue ses doigts sur la nuque de son compagnon pour le tenir un peu plus longtemps contre lui. Il l'embrasse plus voluptueusement, finit par prendre le visage de Castiel en coupe. Le brun respire fort contre lui, son torse se soulève contre sa poitrine nue. Dean le tire imperceptiblement en avant. S'il se débrouille bien, Castiel dérapera peut-être sur le rebord de la baignoire et tombera à moitié dans l'eau. Il sera trempé – et sexy, peut-être un peu rancunier aussi –, et il n'aura plus qu'à laisser tomber pantalon et tee-shirt pour venir le rejoindre. Dean a mal au flanc mais il pense être encore capable de donner du plaisir à son compagnon. Tout est une question de position et il est bon en position. Si Castiel le chevauche, il pourrait –

Le brun mordille doucement sa lèvre inférieure, ses lèvres s'égarent à la commissure de ses lèvres puis sur sa mâchoire. Dean cherche à nouveau sa bouche à tâtons et Castiel sourit.

—«Je sais exactement ce que tu essayes de faire… C'est bien essayé mais je ne te rejoindrai pas dans l'eau», chuchote-t-il.

—«Tu es presque déjà sur moi…»

—«Tu es d'une horrible mauvaise foi. Reste barboter seul, je vais sortir la crème contre les hématomes. Je t'en mettrais quand tu seras sec.»

Dean acquiesce, une moue déçue aux lèvres. Pas de folle chevauchée dans la baignoire donc. Il s'affale contre le fond, la nuque sur le rebord et les yeux fermés. Il entend un tiroir qu'on ouvre, une main qui fouille à l'intérieur, les pieds nus du brun sur le carrelage. C'est à peine perceptible mais Dean sait exactement le moment où Castiel revient s'asseoir à côté de lui, accoudé à la baignoire. Il rouvre paresseusement les yeux et jette un regard au tube en plastique, posé sur le bord.

—«Il est presque vide…», marmonne-t-il d'une voix fatiguée.

—«Oui… Nous en utilisons souvent.»

Dean pince les lèvres. C'est une manière délicate de dire qu'il a souvent le corps contusionné et que le brun l'enduit de baume. Il caresse gentiment son avant-bras.

—«Je suis désolé Cas.»

—«Je sais. …Est-ce que tu veux parler de ce qu'il s'est passé à Utica?», demande-t-il doucement.

—«Pas vraiment, je n'aime pas te mêler à tout ça.»

—«Je sais déjà ce que tu fais et ce que tu vois… Nous nous sommes rencontrés comme ça.»

—«Je préfère que tu songes à la manière dont ça nous a fait de tomber amoureux l'un de l'autre plutôt que de penser à toutes ces saloperies… Je ne veux pas que tu t'inquiètes», grogne Dean.

—«Je crains que ce ne soit un peu trop tard pour ça. Je veux juste t'aider», sourit le brun en lui pinçant malicieusement le nez.

—«Tu es là quand je rentre et tu m'acceptes toujours à tes côtés, c'est plus qu'il n'en faut Cas.»

—«… Je dirais plutôt que je tolère ta veste sur le montant du lit», le corrige-t-il.

Le châtain pouffe. Castiel pose sa main sur la sienne et caresse doucement ses jointures de son pouce. Dean sent son cœur se gonfler de chaleur. Il est tellement bien, tellement parfaitement à sa place. Il ferme à nouveau les yeux, le corps abandonné dans l'eau chaude. La présence du brun à ses côtés est brûlante.

—«Qu'est-ce que je peux t'aimer Cas…»

—«Moi aussi, Dean.» Le brun appuie son menton sur ses bras repliés. «Parle-moi d'autres choses. Comment sont les tartes à Utica?»

—«Elles sont tristement passables. Raconte-moi plutôt ta semaine. Comment est-ce que tu as réussi à trouver cette montre pour mon père?»

—«Oh, figure-toi que c'est une histoire assez amusante. J'étais en contact avec Mr. Stables à propos de la peinture –»

—«C'est le type qui collectionne toutes les objets ayant un rapport avec la conquête de l'Ouest?»

—«Oui, merci de t'en souvenir.» Le brun le récompense d'un baiser léger. «Donc, je parlais avec lui de l'achat de ce paysage des grandes plaines de l'Ouest quand –»

Dean dodeline de la tête. Il se laisse bercer par la voix délicieusement grave de son compagnon, par son souffle chaud qu'il sent sur son visage. Le châtain ne comprend pas tout, il est question de cornes de bison et d'un vieux chapeau de cowboy dans une maison à Boulder, Colorado. C'est un peu confus et il n'est pas certain de la raison pour laquelle cela rend Castiel si joyeux mais peu importe, il est tellement heureux d'être rentré chez eux.

Il frissonne légèrement. Le brun a terminé de raconter son amusante histoire, sa voix s'est transformée en un petit fredonnement distrait. Dean reconnaît le jingle d'une publicité. Il rouvre les yeux. L'eau a tiédi, les sels de bains ont à présent le parfum un peu fade des fleurs fanées.

—«Est-ce que tu peux aller me chercher des vêtements? Je vais sortir de l'eau», demande-t-il en se redressant.

Castiel se relève souplement, un baiser au coin des lèvres. Dean fait de même en grimaçant, le corps douloureux. Il s'essuie avec une serviette avant de l'enrouler autour de ses hanches. Il croise le regard de son compagnon sur le pas de la porte, intéressé par son corps nu. Le châtain hausse un sourcil taquin, Castiel roule des yeux et disparaît dans la chambre. Dean est en train de se frictionner les cheveux quand le brun revient quelques secondes plus tard, une tenue de nuit dans les mains. Il hausse un sourcil.

—«Je pensais à quelque chose d'un peu plus léger…»

—«Tu es fatigué et tu viens de sortir de l'eau. Tu vas bientôt avoir froid.»

—«… C'est un pantalon en coton. Et tu m'as même apporté un haut.»

—«C'est exact. N'enfile pas encore ton tee-shirt, je dois te mettre la crème», lui rappelle Castiel.

Dean obéit docilement. Trop de fatigue.

Il s'habille chaudement avant d'aller s'écrouler sur leur lit, la tête dans les oreillers. Le châtain frotte son visage dans la taie et sourit. Il sent l'odeur de Castiel et la leur, celle de leurs corps emmêlés. Maison.

—«Mets-toi sur le dos Dean.»

—«Seulement si tu montes sur mes cuisses», marmonne le jeune homme dans le coussin.

Castiel lui pince la fesse droite et Dean se retourne en riant.

La tête bien calée dans l'oreiller, il observe son compagnon déboucher le tube de à côté du lit. Le châtain caresse nonchalamment sa jambe, ses doigts chatouillent la courbe musclée de ses fesses. Son compagnon chasse sa main et grimpe prudemment à cheval sur son bassin. Dean pose immédiatement ses mains à plat sur ses cuisses. Parfait. Le brun chauffe le produit en frottant ses paumes l'une contre l'autre puis enduit délicatement l'hématome. Il suit le dessin des côtes du bout des doigts.

—«Je pense que tu as une côte fêlée. Nous avons des bandes de contention dans la trousse à pharmacie, je peux t'en mettre une», dit-il d'un air chagrin.

—«Je suis sûr que ça peut attendre demain. Si je te laisse faire, tu ne voudras pas dormir contre moi parce que tu auras peur de me faire mal.»

—«Ce serait une décision raisonnable…»

—«Peut-être mais c'est exactement le contraire de ce dont j'ai besoin. J'ai été loin de la maison pendant une semaine, tu m'as horriblement manqué alors cette nuit, nous dormons en grande et petite cuillères dans notre lit.»

Castiel sourit. Il essuie ses mains un peu grasses sur la peau chaude du torse de Dean. Ce dernier lève doucement son bassin. Il n'a pas réussi dans la baignoire mais il tente à nouveau sa chance. Le brun est déjà à califourchon, leurs entrejambes sont proches l'une de l'autre et malgré l'épaisse étoffe de son pantalon, Dean perçoit un léger relief absolument délicieux. Les yeux bleus de Castiel s'obscurcissent légèrement.

—«La grande et la petite cuillères ne sont pas dans ce sens», gronde-t-il d'une voix rauque.

Il plaque ses mains sur les os de ses hanches pour les faire tenir en place. Dean se mord les joues, un petit quelque chose de piquant dans les reins. Il a mal, il est fatigué, mais le jour où il n'aura plus de désir pour son compagnon n'est pas arrivé.

Le châtain hausse un sourcil arrogant et donne un imperceptible coup de reins vers le haut. La respiration de Castiel a un raté. Il fronce les sourcils d'un air réprobateur mais Dean lit dans ses yeux la même soif que la sienne, celle des retrouvailles et le besoin de se sentir pour réaliser que tout va bien et qu'il est vraiment rentré à la maison. Il lève encore le bassin. Castiel écrase ses hanches contre les siennes.

—«Oh Cas…», glousse-t-il.

—«Tu rêves éveillé Dean, nous ne ferons pas l'amour ce soir», réplique le brun d'un ton impérieux.

—«Tu en as aussi envie.»

—«Tu as envie de creuser une piscine dans le jardin parce que celle de Cole te manque, ce n'est pas pour autant que c'est une bonne idée.»

—«Tu exagères, nous avons simplement parlé d'un jacuzzi…»

—«Le voisinage n'est tout de même pas prêt pour cela. Tu es un animal parfois», répond Castiel d'un ton pince sans-rire.

Dean ricane de contentement. Ouais, personne n'est pas prêt à voir ça.

Le brun descend de ses hanches. Il ouvre le lit, se glisse sous les draps et tapote le matelas à ses côtés. Dean roule des yeux. Il enfile rapidement son tee-shirt et rejoint le brun. Il est à peine allongé que celui-ci pose une main sur sa hanche pour l'attirer à lui. Il cherche sa bouche et l'embrasse tendrement avant de se caler contre le dos, un bras passé sur sa taille. Dean sent sa respiration lente et tranquille, il est distrait par le pouce qui caresse l'os de sa hanche bassin et par la chaleur de son compagnon. C'est un cocon qui sent bon la maison, la vie facile et le toujours. Il baille longuement. Castiel est dans son dos, il ne le voit pas oublier de mettre sa main devant sa bouche. Trop de fatigue.

—«Merde, je vais m'endormir alors qu'il est à peine 22h30. Nous ferons beaucoup mieux demain, Cas…», grommelle-t-il.

—«J'en suis persuadé.»

—«La grande et la petite cuillère ne sont pas non plus dans ce sens…», marmotte le châtain d'une voix déjà endormie.

—«Nous en reparlerons aussi demain. Repose-toi maintenant», souffle Castiel.

Dean sent le bras de son compagnon se serrer un peu plus sur lui. Sa main caresse son ventre sous son tee-shirt. Il y a aussi un baiser tendre déposé sur sa nuque, une respiration chaude sur sa peau, l'odeur du brun qui l'enveloppe tout entier. Le jeune homme ferme les yeux. Maison.

.

.

Butler, Pennsylvanie, vendredi 8 novembre (et tous les autres jours à venir)


Une respiration dans son cou le chatouille.

Un corps chaud et musclé est pressé contre le sien.

Une bouche se pose paresseuse sur sa clavicule puis trace un chemin de baisers jusqu'à l'arrondi de son épaule.

Castiel soupire doucement et creuse légèrement les reins pour apprécier le contact. Il ne connaît rien de mieux que de sentir ses pleins remplir ses creux, une manière à la fois très érotique et très poétique de parler de leur relation selon son compagnon. Le brun est un poète qui s'ignore. Il esquisse un sourire encore endormi.

—«Tu es réveillé…», souffle-t-il d'une voix rauque.

—«Juste à l'instant. Est-ce que tu as bien dormi?»

—«Je dors toujours mieux quand tu es à la maison. … À quel moment exactement a-t-on changé de position?»

—«Je ne sais pas mais ça me convient. Être la grande cuillère est ma position préférée.»

Grande et petite cuillère. Dean collé contre le dos de Castiel, leurs jambes emmêlées sous les draps. Le brun rit doucement, il aime bien ça aussi.

Son compagnon lui mordille la nuque avec taquinerie tout en refermant un bras sur sa taille. Castiel se cambre un petit peu plus. Creux. Pleins. Entier. Chaud. Dur contre ses reins. Il caresse la main posée sur son ventre.

—«… Tu es très réveillé…»

—«Ouais. … Toi aussi.»

Les doigts de son compagnon descendent plus bas, effleurent son sexe sensible par-dessus son pantalon de nuit en coton. Castiel se mord les joues pour ne pas gémir trop vite, trop fort. Il serre doucement le poignet de Dean. Sa peau est brûlante. Son odeur de sommeil est étourdissante.

—«… Comment – Comment te sens-tu?»

—«Très bien. J'ai dormi comme si j'avais à nouveau dix ans», souffle le châtain d'une voix languide.

—«Est-ce que c'est l'absolue vérité?»

—«Cas, te faire jouir en petite cuillère ne pas me casser une côte…»

La main de son compagnon se fait caressante sur sa timide érection matinale et Castiel écarte légèrement les jambes pour lui permettre de le toucher plus facilement. Dean le remercie d'un baiser sous l'oreille avant de plonger sa main dans son pantalon. Le brun siffle de plaisir entre ses dents. Il commence à onduler lentement au rythme de ses caresses.

—«Tu m'as beaucoup manqué», soupire-t-il.

—«Toi aussi Cas. Le sexe de retour est presque mon préféré à chaque fois.»

Castiel tourne légèrement la tête pour regarder le châtain.

Celui-ci a encore les yeux lourds de sommeil – ses si beaux yeux verts – et une marque d'oreiller sur la joue. Ses cheveux sont légèrement aplatis sur un côté de son crâne mais il est tellement beau que le brun sent son ventre se tordre. À moins que ce ne soient l'effet des doigts merveilleux de Dean sur lui. Le jeune homme lui adresse un sourire un peu arrogant, il sait très bien comment enflammer le désir de Castiel en quelques brun se mord les joues de plaisir. Le petit con arrogant.

—«Le – C'est presque ton préféré?», demande-t-il d'une voix éraillée.

—«Ouais. … Celui que je préfère c'est la fois où on a fait l'amour alors qu'il pleuvait depuis une semaine sur Butler.»

Oh. Oh. Dean sourit mais c'est un peu timide. Le lundi 12 août, quand des orages de chaleur éclataient dans toute la Pennsylvanie à cause des températures caniculaires. Leur première véritable fois ensemble. Le brun n'est pas réellement un grand sentimental mais il a su que Dean était l'homme pour le reste de ses jours. En tout cas, c'est ce qu'il a souhaité très fort, les yeux férocement fermés tandis qu'il avait un des plus beaux orgasmes de sa vie et Dean profondément enfoui en lui.

Le châtain se contorsionne un peu et embrasse tendrement sa mâchoire. Sa bouche est trop loin. Castiel chasse la main de son compagnon de son érection et roule immédiatement sur le flanc pour lui faire face. Dean cligne des yeux de surprise.

—«Cas?»

—«C'est aussi mon moment préféré mais touche-moi encore», souffle-t-il contre sa bouche.

Il ondule et Dean étouffe un rire amusé dans son cou. Il baisse le pantalon de Castiel sur ses cuisses, le brun se contorsionne un peu pour pouvoir dégager une jambe et bouger plus à son aise. Son compagnon libère à son tour son érection et glisse une main jusqu'à sa fesse gauche, la serrant possessivement.

—«… Est-ce que tu veux bien me laisser faire?»

Le brun acquiesce, le bas-ventre déjà brûlant d'envie. Putain ouais. Castiel est endurant pendant le sexe mais Dean est bigrement imaginatif.

Il déglutit d'excitation quand le châtain le tire vers lui. Il emboîte leurs bassins, frotte un instant leurs sexes l'un contre l'autre. Le brun l'embrasse langoureusement. Dean lui a tellement manqué. Il sent une caresse invitante sur sa cuisse et lève légèrement la jambe gauche pour la crocheter sur la hanche de Dean. Soudain, il frissonne violemment et halète, la bouche ouverte. Le châtain est en train de frotter son sexe contre la peau sensible de son périnée tout en caressant sa virilité d'une main. Castiel couine de plaisir et le châtain étouffe un rire tendre contre sa bouche.

—«Est-ce que ça va?»

—«O – Oui. Continue…», gémit-il.

Le pâle soleil de novembre entre dans la chambre par les rideaux mal fermés. Castiel ne manque aucun détail de l'ameublement de leur chambre, des motifs du papier peint ni du visage crispé par le plaisir de Dean. Il est 9h passées – le brun l'aperçoit sur la pendule posée sur la table de chevet de son compagnon – et ils font l'amour d'une des manières qu'ils préfèrent, celle qui ressemble à de très longs préliminaires. Dean est un dieu quand il s'agit de le faire jouir sans pénétration.

Le brun s'enroule un peu plus de lui et l'embrasse langoureusement. C'est Leur Maison.

Les rayons du soleil rampent lentement sur le parquet, montent sur le couvre-lit avant de nimber leurs corps enlacés. L'érection de Dean est brûlante contre son périnée, elle frotte délicieusement ses testicules et le brun se mord les joues. Il se crispe et gémit lourdement, les doigts enfoncés dans le flanc de son compagnon. Castiel jouit entre les doigts de Dean, le corps agité d'un long frisson. Le châtain le colle soudain très fort contre lui. Le jeune homme sent une humidité sur ses cuisses. Il embrasse paresseusement sa tempe, légèrement moirée de sueur.

—«… J'ai changé les draps hier avant ton retour, j'apprécierais beaucoup que tu fasses une machine ce matin.»

—«J'aurai pu te dire que c'était inutile. Il était évident qu'on ferait l'amour à un moment quelque part avant le petit-déjeuner du lendemain.» Dean fronce le nez. «… Les draps puent le médicament.»

—«Ton polo ne sent pas beaucoup meilleur. Je ne sais pas où tu as traîné à Utica mais j'apprécierai aussi que tu le mettes à la machine…»

Dean lui pince les côtes et Castiel se tortille un peu contre lui. Il baisse sa jambe, reste un instant lové contre son compagnon, l'un aussi débraillé que l'autre. Deux ans après l'affaire-dont-on-ne-doit-plus-prononcer-le-nom, le brun est tellement heureux d'être en vie et de connaître ça.

Castiel tâtonne pour trouver sa montre. Il lit l'heure et cligne les yeux de surprise.

—«Je dois me lever, Dean.»

—«Tu es sûr? Je ne t'ai fait jouir qu'une seule fois…», répond son compagnon d'une voix gourmande.

—«Je suis sûr. Un client de Pittsburgh vient au magasin à 10h pour voir la commode en laque. Il va probablement l'acheter, je dois être à l'heure.»

Le brun remonte son pantalon sur ses cuisses, il grimace légèrement en sentant le sperme de Dean coller sur sa peau et le coton. Castiel croise le regard incendiaire du châtain et s'extrait rapidement du lit. Il sait combien les mains de Dean sont baladeuses et habiles. Celui-ci ricane et s'étale sans pudeur dans leurs draps, le pantalon encore baissé sur son pubis. Le brun lorgne sur les poils clairs et attirants de son bas-ventre. Le châtain lui jette un regard invitant sous ses paupières encore lourdes de plaisir et de sommeil mais il s'éclipse rapidement dans la salle de bain. Il se déteste d'avoir accepté ce rendez-vous à 10h avec le couple Hérouart, des Français tout juste installés aux États-Unis. C'est beaucoup trop tôt.

—«Rappelle-moi à quoi ressemble la commode en laque. C'est celle avec des motifs d'oiseaux ou celle avec le plateau en marbre rose?», l'interpelle Dean depuis la chambre.

—«Ni l'une ni l'autre, elle est en laque noire et rouge. J'ai posé un vase en porcelaine du XVIIIe siècle dessus à l'entrée du magasin.»

—«… Je me souviens. … Je suis heureux que tu la vendes, je la trouve atroce.»

—«C'est un meuble royal qui vient de France. Il était au château de Versailles…»

—«Il est quand même horriblement laid. La fierté te rendait très beau quand tu me l'as montré la première fois mais tu as aussi admis que son décor était trop chargé.»

Le brun passe la tête par l'embrasure de la porte. Dean est en train de se gratter nonchalamment le ventre et de jouer distraitement avec les boucles de son pubis. Castiel bat à nouveau rapidement en retraite dans la salle de bain. Son compagnon est sexuel.

Il crache soigneusement la mousse du dentifrice et se rince la bouche.

—«Elle vaut plus de 40000$ Dean, elle pourrait payer le jacuzzi.»

—«Tu as dit que nous n'installerions jamais de jacuzzi dans le jardin, tu penses que des travaux pourraient fragiliser les fondations de la maison. … Je me demande toujours si tu n'exagères pas un peu. Nous n'avons pas besoin de faire construire un bassin pour dix personnes…»

Castiel est dans la baignoire et pince les lèvres. Il est possible qu'il ait un peu noirci la réalité. Un jacuzzi ne ferait sans doute pas s'écrouler leur maison mais ce serait une horrible verrue dans le jardin. Il aurait pu céder quand Dean lui parlait de son projet en lui susurrant des cochoncetés à l'oreille, les bras refermés autour de sa taille tandis qu'ils contemplaient le jardin. Ça avait été… tentant.

Il sort de la baignoire, se frictionne vigoureusement et revient dans la chambre pour s'habiller, une serviette autour des hanches. Dean paresse dans leur lit comme un chat repu, les bras et les jambes en croix. Castiel constate avec soulagement qu'il s'est rhabillé, cela le rend à peine moins attirant. Il enfile boxer, pantalon de costume et chemise bien repassée. Le regard de son compagnon lui brûle le corps entier.

—«Et si nous allions à Lake Arthur ce week-end? Nous pourrions aller pêcher», reprend Dean, les bras autour de l'oreiller de Castiel.

—«Je ne comprends pas que tu continues à me proposer ça. Tu as essayé de pêcher quand tu t'es installé à Butler, tu as clamé haut et fort que tu détestais ça et que tu ne recommencerais plus jamais.»

—«J'y ai amené mon père une fois…»

- «Il a réussi à pêcher un énorme poisson-chat dès les premières minutes et tu as vitupéré que tu n'irais plus jamais à Lake Arthur pour ça.»

Castiel termine de boutonner sa chemise, laisse les deux premiers boutons ouverts sur son cou. Son compagnon lui jette un regard plus appréciateur que jamais. Il se gratte à nouveau le bas-ventre, la main dans son pantalon.

—«Tu deviens vulgaire», dit le brun en levant les yeux au plafond.

—«Mon orgasme court encore dans mes veines, il me fait faire inconsciemment certaines choses…»

Castiel lui jette un regard torve et son compagnon éclate de rire. Il le fait taire d'un baiser voluptueux, penché sur lui et appuyé d'une main sur le matelas. Dean se cambre légèrement pour venir à sa rencontre et lèche mutinement ses lèvres.

—«… Tu devrais te lever si tu veux qu'on mange ensemble avant mon départ pour le magasin», souffle-t-il contre sa bouche.

—«Je t'y conduirai avec l'Impala, j'adore te déposer au travail. … Est-ce que tu veux bien faire des pancakes pour fêter mon retour?», demande le châtain d'un air câlin.

—«J'ai préparé la pâte hier quand tu as envoyé un message pour me dire que tu quittais Utica mais je compte sur toi pour mettre la table et pour lancer la machine.»

Dean éclate de rire.

Castiel descend le grand escalier, poursuivi par le rire chaud et joyeux de son compagnon. Il est rentré et le brun sourit d'un air un peu imbécile.

Il remonte le couloir en direction de la cuisine, ralentit imperceptiblement le pas devant le petit meuble aux portes en cannage. D'autres cadres photos se sont ajoutés à ceux que Castiel a soigneusement disposés quand il a emménagé à Butler il y a trois ans. Son préféré est un cadre en argent de la fin du XIXe siècle, offert par Mary et John à l'occasion du premier Noël passé tous ensemble à Lawrence. C'est un objet de famille et le brun y a glissé une jolie photo de lui et Dean.

Castiel déplace légèrement le cadre abritant le cliché de la réception au Metropolitan Museum de New York. Il observe un instant le visage souriant pour l'éternité de Gabriel. Essuie une poussière imaginaire sur le rebord. Le brun sourit et s'éloigne vers la cuisine en fredonnant un air de AC/DC.