Chapitre 2 – L'éclat et l'ombre
Londres, 2004
Le vrombissement discret du moteur résonnait dans la cour intérieure de l'immeuble chic où Draco résidait depuis qu'il avait quitté le manoir. Il jeta un dernier regard à son reflet dans le miroir de l'entrée : costume sombre, cravate impeccable, visage neutre. L'image était parfaite. Vide, mais parfaite.
Il descendit sans se presser. La voiture des Malfoy l'attendait déjà au bas des marches. Narcissa ne descendit pas ; elle resta dans l'habitacle, les yeux rivés sur la vitre teintée. Elle n'avait pas dit un mot depuis le départ. Mais son silence valait toutes les désapprobations. Lucius, lui, se tenait debout, droit comme un pieu, les bras croisés.
— Tu es en retard, dit-il simplement.
Draco répondit par un hochement d'épaules. Il monta à l'arrière sans un mot. Le silence dans la voiture était glacial.
— Il y aura du monde, ce soir. Beaucoup d'observateurs. Évite les remarques inutiles, dit finalement Lucius.
Draco regardait défiler les lampadaires à travers la vitre.
— Tu comptes surveiller chaque mot que je prononce ?
— Non, mais tu porteras le nom Malfoy sur ton badge.
Un silence tendu. Puis Lucius reprit, sur un ton neutre :
— Potter sera présent. Et Black, probablement. L'administration a jugé bon de faire entrer les reliques dans la lumière.
Draco se tendit à peine, mais il ne dit rien. Il savait que son père cherchait une réaction. Il n'en offrit aucune.
Ils firent un détour pour récupérer Pansy, devant l'hôtel particulier des Parkinson. Elle l'attendait sur les marches, sublime dans une robe ivoire au décolleté architectural, un rouge à lèvres qui criait scandale. Elle s'installa avec aisance, lançant à Draco :
— Tu sais que tu es encore plus séduisant quand tu as l'air de vouloir étrangler quelqu'un ?
— Et toi encore plus insupportable quand tu sais que je ne peux pas t'abandonner ici.
Elle rit doucement, glissant sa main sur l'avant-bras de Draco avec une familiarité feinte. Il inspira profondément.
Le palais où se tenait la réception brillait de mille feux. Harry Potter était là en tant que représentant de l'Ordre, officiellement chargé de superviser les nouveaux partenariats éducatifs établis avec les institutions privées. Sa présence, bien que légitime, tranchait avec les figures traditionnelles de la soirée. Des tentures dorées, des arrangements floraux extravagants, un orchestre discret dans un coin. À peine entrés, les Malfoy furent salués par une salve de regards : quelques sourires, plus souvent des murmures.
— Draco, souffla Pansy à son oreille, est-ce que c'est…
Mais elle n'eut pas besoin de finir. Il l'avait vu.
Harry Potter.
Debout près du buffet, vêtu d'un costume bleu nuit parfaitement ajusté, les cheveux toujours aussi indisciplinés, mais domptés par une certaine élégance féroce. Il riait à une plaisanterie discrète d'un homme plus âgé. Et pourtant, il semblait à la fois à sa place et en complet décalage. Draco sentit ses doigts se crisper sur le bras de Pansy.
— Oh, merde, dit-elle doucement. Il est magnifique.
— Tais-toi.
Mais il ne pouvait détacher ses yeux de lui. La lumière dorée semblait s'accrocher à lui différemment. Et au fond de son ventre, quelque chose se tendit, comme une corde que l'on aurait tirée trop fort.
— Je vais me servir à boire, déclara Draco, déjà en mouvement.
— Essaie de ne pas le renverser, lança Pansy derrière lui, faussement innocente.
Il traversa la salle d'un pas lent, mesuré, contrôlé. Il ne regardait pas Harry. Il ne le regardait pas du tout.
Mais il sentit parfaitement le moment où le regard d'Harry le frôla. C'était presque tangible. Comme une pression légère sur la peau nue.
Harry tourna la tête lentement. Leurs regards se croisèrent à nouveau. Et cette fois, il n'y avait ni salle de cours, ni témoins bruyants. Juste ce fil tendu entre eux, plus palpable que jamais.
— Bonsoir, dit Harry, d'une voix plus grave qu'il ne l'aurait voulu.
Draco se força à sourire, politesse parfaite.
— Professeur Potter. Vous êtes toujours aussi ponctuel.
Un silence. Puis un sourire en coin d'Harry.
— J'avais cru comprendre que c'était une vertu chez les Malfoy.
— Vous avez mal compris.
Draco s'éloigna avant que son masque ne se fissure. Il sentait encore la brûlure de ce regard entre les omoplates, comme une trace invisible. Il retrouva Pansy au bar, prit un verre, n'y toucha pas. Il sentit ses tempes battre. L'air autour de lui paraissait soudain trop dense, trop chargé. Ses doigts étaient blancs autour du cristal.
— Alors ?
— Il me rend fou.
— Déjà ?
— Je le hais. Je ne sais pas ce que je déteste le plus : son regard, ou ce qu'il fait naître en moi.
— Bien sûr, souffla Pansy. C'est toujours comme ça que ça commence.
Au loin, Harry observait la scène. Il cligna des yeux, comme s'il sortait d'un rêve étrange. Son verre resta suspendu à mi-hauteur. Et ses yeux ne quittaient plus Draco.
