Chapitre 4 — Les règles du jeu Hogwarts Université

Université de Londres, 2004

Draco était arrivé parmi les premiers.

Installé au troisième rang, à sa place habituelle, il était assis bien droit, bras croisés, les yeux rivés sur son carnet encore vide. L'auditorium s'emplissait progressivement des voix étudiantes, du froissement des sacs, du claquement discret de talons sur le parquet ancien. Une lumière dorée filtrait par les hautes fenêtres. Tout aurait pu sembler banal.

Mais quelque chose, dans l'air, sonnait faux. Comme un accord dissonant au milieu du silence.

Il avait prévu ce cours, l'avait anticipé, analysé, mentalement déjoué. Il s'était même demandé s'il devait feindre l'indifférence ou surjouer l'intérêt.

Et pourtant, il n'avait pas prévu cette sensation. Ce genre de silence. Ce genre de trouble.

La porte s'ouvrit. Il entra.

Harry Potter. Jean sombre, chemise blanche retroussée, blouson en cuir jeté sur le bras. Naturel. Trop naturel. Draco le fixa un peu trop longtemps, jusqu'à ce qu'il s'en rende compte. Il détourna les yeux, raturant une ligne invisible sur son carnet.

Harry s'installa au pupitre, salua la salle d'un signe bref mais cordial. Sa voix était posée, sûre. Sérieuse. On l'écoutait. Trop facilement.

Hermione était là, assise un peu en retrait, carnet sur les genoux. Elle avait prévenu Harry qu'elle assisterait à son premier cours, à titre d'observatrice extérieure. Curieuse. Attentive. Elle prit quelques notes, esquissa un sourire. Mais son regard, par instants, glissait vers Draco.

Blaise et Pansy étaient arrivés en dernier. Blaise s'était installé juste à côté de Draco, et Pansy, en diagonale, les yeux déjà levés au ciel.

— Il est canon, mais il est trop sérieux. C'est pénible, souffla-t-elle.

Draco ne répondit pas. Pansy le fixa un bref instant, sourcil froncé. Elle n'était pas idiote. Juste trop occupée à se protéger pour poser les vraies questions.

Harry lança le thème du cours : pouvoir et perception publique. Draco eut un sourire bref et sans joie. Le pouvoir, il connaissait. Surtout celui qui s'exerce sans qu'on puisse le nommer. Influence politique, image contrôlée, distorsion médiatique. Une analyse qu'il menait avec rigueur, parfois même avec passion. Les étudiants prenaient note, suivaient.

Et Draco, lui, notait. Enfin, essayait.

Mais plus Harry parlait, plus la voix s'imprimait en lui d'une manière curieusement intrusive. Il connaissait ce genre de langage, ce vocabulaire technique, ce rythme. Snape l'aurait dit avec plus de cruauté. Harry, lui, ne jouait pas. Et c'était pire. Mais ici, c'était différent. Quelque chose dans la gestuelle dérangeait sa concentration. Un pas trop près du bord. Une chaleur fugace, comme si l'air entre eux s'était déplacé. La lumière de fin de matinée tombait sur sa tempe comme une brûlure. Une pause dans la phrase. Un regard involontaire vers lui.

Il eut un frisson, imperceptible mais réel. Il passa une main sur sa nuque, machinalement, comme si sa peau le trahissait. Blaise tourna brièvement la tête.

— T'es malade ? murmura-t-il.

Draco fit non de la tête. Une seconde trop tard. Ce n'est rien. Juste une voix. Juste un regard. Rien.

Harry s'était figé. Un battement suspendu. Puis il avait repris, comme si de rien n'était. Puis repris, sans commentaire, en gardant le regard ailleurs. Pourquoi avait-il réagi comme ça ? Était-ce lui ? Ou... Draco ?

Hermione avait levé les yeux de ses notes. Elle regardait Draco, puis Harry. Puis Draco encore.

Et elle fronça légèrement les sourcils.

Quelque chose venait de passer. Fugace, presque imperceptible. Mais pas pour elle. Elle ne croyait pas vraiment aux coïncidences. Pas quand cela impliquait ces deux-là.

Derrière la voix de Harry, l'air semblait plus dense. Comme si l'espace entre eux avait changé de poids.

Quand la cloche sonna, Harry releva les yeux vers la salle. Juste un instant. Mais Draco ne regardait déjà plus. Il ne fallait pas qu'il regarde. Pas encore. Pas comme ça.