Chapitre 12 – Alliés et Mensonges

Le campus était déjà animé lorsque Draco quitta l'amphithéâtre, le cœur engourdi par l'ennui. Il sentait encore les regards latéraux qui pesaient sur lui, ces sourires trop polis de quelques étudiants de l'élite. L'air sentait le café réchauffé et la pluie imminente.

En vérifiant son téléphone, il remarqua trois messages d'un numéro inconnu. Les premiers mots lui suffirent pour comprendre l'expéditeur :

Théo – 09:34

"21h. Sous-sol du gymnase désaffecté. Pas un mot à personne."

"Je veux te parler, Draco. C'est urgent."

"Tu ne peux pas m'ignorer : je sais des choses, et toi aussi."

Théo… Celui qui avait été son plus proche ami, avant de disparaître du jour au lendemain, le laissant seul à affronter la tempête familiale. Celui qu'il avait cru comprendre, un temps, et qui l'avait abandonné sans un mot.

Et maintenant, il surgissait ainsi, réclamant un rendez-vous et brandissant un secret capable de le faire tomber…

Il blêmit, referma son téléphone d'un geste brusque. Son bras gauche le lançait, comme un rappel douloureux de sa marque, ce passé qu'il essayait de gérer. Il jeta un coup d'œil autour de lui. Personne ne le fixait, en apparence.

Qu'est-ce que tu me veux, Théo ? pensa-t-il, la gorge nouée.

Ils ne s'étaient plus parlé depuis… depuis trop longtemps. Leur amitié s'était brisée, et Théo était parti sans un mot.

Théo… Celui qui avait tout révélé à Lucius par accident, déclenchant mon calvaire. Celui que je croyais être un ami, mais qui n'a rien fait pour me défendre après coup. Au lieu de s'excuser, il m'a laissé tomber sans un mot. Pourquoi revenir maintenant ? Draco serra les dents, un frisson lui parcourut l'échine.


Le sous-sol où l'Ordre tenait ses réunions officieuses était exigu et mal éclairé. Les néons clignotaient par intermittence, donnant à la pièce un air de bunker improvisé. Harry, Hermione, Ron, Ginny et McGonagall étaient déjà présents, à feuilleter des dossiers ou prendre des notes. Sirius, retenu ailleurs, n'était pas encore arrivé.

Draco poussa la porte et sentit immédiatement l'attention se braquer sur lui. Un silence tomba. Il s'éclaircit la gorge, tâchant de paraître plus sûr de lui qu'il ne l'était.

— J'ai reçu un message, lâcha-t-il en avançant vers la table. De Théo.

Un léger brouhaha s'éleva. Hermione écarquilla les yeux, Ginny se redressa, Ron lâcha un juron étouffé. McGonagall se pencha, les mains jointes.

— Théo ? s'exclama Ron. Celui qui t'a lâché sans un mot, l'année dernière ?

— Oui, confirma Draco, d'une voix plus sourde qu'il ne l'aurait voulu. Il… il veut me voir. Seul. Ce soir. À 21h. Sous le gymnase désaffecté.

Harry, qui était resté adossé à un mur, serra les poings. On pouvait lire l'inquiétude dans ses yeux. Draco évita de le regarder trop longtemps.

— Qu'est-ce qu'il te veut ? demanda Ginny, les sourcils froncés.

— Je l'ignore. Mais il a écrit qu'il savait… des choses. Des choses qui pourraient me nuire s'il les révélait. On a un passif, lui et moi.

Il ouvrit son téléphone, lut le SMS à voix haute.

— Ce n'est pas très explicite, mais assez pour me faire comprendre qu'il pourrait me faire tomber, s'il le voulait.

— Tu veux dire, un chantage ? marmonna Hermione, l'air soucieux.

— Possible, admit Draco.

McGonagall, toujours droite comme un i, posa ses paumes à plat sur la table.

— Mr Malfoy, si ce Théo détient des informations compromettantes, la prudence s'impose. Voulez-vous un soutien discret ? Quelqu'un à portée, ou un micro ?

Draco secoua la tête, nerveux.

— Trop risqué. Ils le devineraient tout de suite. Et je… je ne peux pas ignorer Théo. S'il est passé du "mauvais" côté, ou s'il tente quelque chose, je dois le savoir.

Un léger silence. Ron croisa les bras, l'air renfrogné.

— T'es sûr de toi ?

Draco hocha la tête, les mains moites.

— Je n'ai pas le choix. Si je refuse, il répandra ses "infos". Il pourrait raconter…

Il serra machinalement son bras gauche, geste que Harry capta immédiatement. Leurs yeux se croisèrent une fraction de seconde. Harry fronça les sourcils, mais ne dit rien.

— Très bien, trancha McGonagall. L'Ordre restera en alerte, mais nous respecterons votre décision.

Elle lança un regard circulaire à Ginny, Hermione, Ron.

— Nous avons beaucoup à faire, de toute façon : Tom Riddle avance ses pions. Mais ne jouez pas les héros, Mr Malfoy.

— Merveilleux, souffla Draco, une pointe d'ironie dans la voix.

Il se tournait déjà vers la sortie.

— Je vous tiendrai au courant.

Harry, resté en retrait, voulut esquisser un geste, mais Draco avait déjà franchi la porte. Seule la tension flottante dans l'air témoignait de son passage.


La cafétéria était presque déserte, à cette heure. Pansy, vissée sur une chaise, tapotait nerveusement du bout des ongles sur la table. Blaise, plus détendu, sirotait un café tiède en fixant la porte d'un air absent.

— Ça fait dix minutes qu'il est en retard, grogna Pansy.

— Il arrivera, répondit Blaise avec un haussement d'épaules. Toujours dramatique, ce Draco.

À cet instant, Draco apparut, l'air crispé. Il s'assit sans un mot, posa les coudes sur la table, ferma un instant les yeux.

— Qu'est-ce qui se passe encore ? attaqua Pansy, impatiente. T'as une tête à faire peur.

Draco soupira.

— Je suis dans un pétrin encore plus grave que d'habitude. Théo est revenu, il veut me voir ce soir. Seul. Il dit avoir des infos qui peuvent me détruire.

— Théo ?! s'exclama Pansy, la bouche ouverte. Tu plaisantes ? Après ce qu'il t'a fait ?

— Je ne plaisante pas, rétorqua Draco, le regard fuyant. Je voulais juste… vous prévenir. Si jamais ça tourne mal, je veux que vous sachiez que je ne vous ai pas écartés par choix, mais…

Il chercha ses mots.

— J'ai des obligations. Des trucs que je ne peux pas révéler. Pas encore. Mais… je tenais à être honnête avec vous. Vous dire que je… tiens à notre amitié.

Blaise posa sa tasse, l'expression plus grave que d'habitude.

— On n'est pas stupides, Draco. On voit bien que tu es à fleur de peau depuis des mois. On ne sait pas pourquoi, mais on a deviné qu'il se tramait quelque chose.

Pansy, la voix plus douce :

— Pourquoi tu ne nous laisses pas t'aider, vraiment ?

— Parce que c'est trop dangereux, lâcha Draco, la voix soudain tremblante. Et je ne veux pas vous mêler à ça.

Il releva la tête, esquissa un sourire amer.

— Mais si je n'en reviens pas… je voulais que vous sachiez que je vous fais confiance.

Pansy souffla bruyamment, retenant une colère mêlée de tristesse.

— T'es un crétin, Draco. Mais on sera là, si jamais.

Blaise opina, un brin moqueur :

— Tu as intérêt à t'en sortir, on a parié sur ta survie.

Draco laissa échapper un demi-sourire. Un poids s'était allégé dans sa poitrine.

— Merci.


En fin d'après-midi, Draco errait dans un couloir du rez-de-chaussée, l'esprit saturé. Il devait bientôt rejoindre le sous-sol où il retrouverait Théo. Il lui restait à peine deux heures pour se préparer… ou paniquer.

Il faillit sursauter en voyant Harry, assis sur un banc près de la porte du bureau de McGonagall. Les yeux de Harry se levèrent, inquiets.

— Tu pars déjà ? murmura Harry en se levant.

— J'ai encore un peu de temps, marmonna Draco, évitant son regard. Mais oui, je… je dois me changer, me calmer.

Harry remarqua la main de Draco serrée sur son bras gauche. Il fronça les sourcils, se rappelant la marque.

— Théo peut être très instable, tu le sais mieux que moi. Tu es sûr de vouloir y aller seul ?

Draco hocha la tête, la mâchoire crispée.

— Je n'ai pas le choix. Et je… je ne veux pas qu'on me suive. C'est… personnel.

Harry s'approcha, la voix plus basse :

— Laisse-moi au moins t'attendre pas loin, ou te déposer. Au cas où ça dégénère.

Draco secoua la tête, le cœur en vrac :

— Non… c'est trop dangereux. Je ne veux pas te mêler à ça… je ne peux pas… te mettre en danger.

Un frisson parcourut Harry, comme si un courant glacial venait de traverser sa colonne. Il détestait l'idée de laisser Draco se jeter dans la gueule du loup sans l'accompagner. Pourtant, il voyait dans les yeux de Draco une résolution qu'il ne pouvait briser.

Un regard lourd de non-dits les traversa. Harry serra les poings, son visage marqué par un conflit intérieur.

— J'ai déjà enfreint les règles pour toi, murmura-t-il. Une fois de plus, je m'en fiche.

Un demi-sourire amer tordit la bouche de Draco :

— Fais ce que tu veux, Potter. Mais laisse-moi au moins régler mes comptes avec Théo.

Le silence retomba. L'un et l'autre se fixaient, conscients qu'ils jouaient avec le feu.

— Sois prudent, finit par dire Harry, la voix rauque d'émotion.

— Je le serai, promit Draco, même s'il n'en croyait pas un mot.


La nuit était tombée plus vite que prévu. Draco referma la porte de son petit appartement, le cœur serré. Sur son téléphone, un dernier message de Théo venait de s'afficher :

"21h. Sous-sol gymnase. Je t'attends. Viens seul."

Pansy avait écrit :

"Reviens entier, crétin."

Blaise avait ajouté un simple émoji taquin, comme s'il refusait de dramatiser la situation.

Draco soupira, se passant une main sur la nuque. Sa marque le tiraillait plus que d'habitude, comme un mauvais pressentiment. Il glissa le téléphone dans sa poche, enfila une veste sombre et sortit dans la nuit.

Dans les couloirs désertés de l'université, la lumière artificielle clignotait par instants. Son souffle résonnait contre les murs, et chaque pas semblait le rapprocher d'un passé qu'il avait cru enterrer, d'une vérité qu'il redoutait de voir éclater.

"Courage…" murmura-t-il, essayant de se convaincre.

Une odeur de métal et de poussière flottait à l'approche du vieux gymnase désaffecté. À l'intérieur, Théo l'attendait.

Et quelque part, Harry veillait peut-être au loin, malgré son interdiction.

Il avançait dans le couloir désert, le néon clignotant au-dessus de lui lançant par instants des éclairs blancs. L'air sentait l'humidité et le vieux métal, comme si l'obscurité elle-même avait une odeur. Ses pas résonnaient, solitaires, et chaque écho semblait murmurer ses doutes.

Qu'importe : la faille était déjà là, entre ses peurs et ses désirs, entre ce qu'il devait être et ce qu'il devenait. Il ne lui restait qu'à avancer.