Chapitre 18 – La voix des morts

Le soleil commençait à se lever, teintant la chambre d'une lueur pâle. Une odeur de linge propre flottait dans l'air. Draco remuait lentement dans les draps, encore à demi endormi. Il ouvrit un œil, croisa brièvement le regard de Harry.

— Tu vas quelque part ? murmura-t-il, la voix encore embrumée.

Harry s'approcha. Il effleura sa tempe du bout des doigts.

— Juste voir Hermione. Je ne serai pas long.

Draco hocha légèrement la tête. Il referma les yeux. Harry resta une seconde de plus, puis sortit doucement de la chambre, refermant la porte sans bruit derrière lui.

Quand il arriva dans la maison des Black, il trouva Dobby dans la cuisine, penché sur une théière ancienne.

Depuis qu'il avait quitté les Malfoy, Dobby avait trouvé refuge ici. Il aidait Sirius et Lupin, mais surtout, il veillait. Il connaissait les murs, les archives, les silences. C'était lui qui avait apporté à Harry la clef laissée par Snape.

Harry posa doucement la main sur l'épaule du petit homme.

— Merci, dit-il.

Dobby hocha simplement la tête. — Il ne fallait pas qu'il soit seul. Il l'a été trop longtemps. Et vous, vous êtes resté.

Harry sourit faiblement.

— Il m'aurait dit que ce n'est pas ce que je devais faire.

— Mais c'est ce qu'il espérait, répondit Dobby., ses grands yeux embués. — Il ne fallait pas qu'il soit seul. Il l'a été trop longtemps.


Dans un bureau improvisé au dernier étage de l'université, les volets clos filtraient la lumière. L'écran d'Hermione projetait une lueur bleutée sur son visage tendu. Autour d'elle : Ginny, Ron, et McGonagall. Sirius et Lupin étaient assis dans l'ombre, bras croisés, en retrait.

— Cette lettre de Snape confirme ce qu'on soupçonnait, dit Hermione. Dumbledore n'est pas mort d'un accident. Il a été exécuté. Sur ordre direct de Riddle.

Un silence choqué s'abattit. Lupin ferma les yeux. McGonagall murmura : — J'aurais dû le comprendre. Il avait changé, dans les dernières semaines. Il cachait quelque chose.

— Il avait laissé des indications à Snape. Pour protéger celui qu'il croyait capable de tout changer, ajouta Sirius.

Hermione fit défiler les documents sur l'écran.

— Les fichiers de Draco recoupent ces informations. Transactions bancaires, dates, mouvements de fonds liés à des agents d'exécution du Réseau. Snape savait tout. Et il a voulu le transmettre, au cas où il n'y arriverait pas lui-même.

— Maintenant qu'on a ça… qu'est-ce qu'on attend ? siffla Ginny. Vous voulez attendre qu'ils viennent frapper à notre porte ?

— On ne peut pas improviser, répondit Hermione. Il faut que le peuple y croie. Que ce soit impossible à étouffer.

McGonagall se redressa. — Il nous faut un signal. Une tribune. Un moment où tout bascule.

Ron s'adossa au mur, bras croisés. — Et si c'était maintenant ? Si c'était eux qui paniquaient pour une fois ?

Ginny croisa les bras. — Si Draco le fait… je le fais.


L'appartement de Draco était silencieux. Pansy avait apporté une lampe, et Blaise avait installé un téléphone sur pied, relié à un micro cravate. Draco s'était changé : chemise noire, manches retroussées. Pansy était restée un moment en retrait, dans l'embrasure de la porte. Elle n'avait rien dit, mais elle avait serré sa main avant de sortir. Elle avait compris que ce moment, Draco devait le traverser seul.

Il avait hésité toute la matinée. Il avait failli dire non. Puis il s'était regardé dans le miroir. Et il avait su qu'il ne pouvait plus reculer.

Il s'assit. Blaise enclencha l'enregistrement.

Draco inspira. Son regard se fixa dans l'objectif.

— Mon nom est Draco Malfoy. Je suis né dans une famille qui prônait la pureté, la soumission, la honte. On m'a appris à ne pas ressentir. À obéir. À trahir si nécessaire.

Il releva lentement sa manche gauche. La marque était là. Propre. Cicatricielle. Présente.

— J'ai été marqué à dix-sept ans par Bellatrix Lestrange. Mon père avait demandé qu'on me punisse. Parce que j'aimais… mal. Parce que j'étais un danger pour l'image de la lignée. Parce que je refusais de devenir ce qu'il était.

Il marqua une pause. Son souffle se bloqua, mais il le laissa passer.

— Ce que vous voyez là, c'est une brûlure. Mais ce n'est pas ce qui fait le plus mal. Ce qui fait mal, c'est qu'on me l'ait imposée comme vérité.

Il regarda droit dans la caméra.

— Aujourd'hui, je veux parler. Parce que le silence me ronge plus que leur haine.

La vidéo continua quelques secondes en silence. Puis Blaise coupa l'image.

Draco resta figé. Son poing s'était refermé sur l'accoudoir du fauteuil.

Blaise le fixa longuement.

— Tu veux que je dise un truc ?

Draco haussa les sourcils, fatigué.

— Tu viens de dire plus de vérités en deux minutes que ta famille en vingt ans.

Un sourire, fragile, s'esquissa au coin des lèvres de Draco. Il baissa les yeux, puis hocha lentement la tête.

— Et tu crois qu'on me croira ?

— Je crois que ça n'a jamais été une question de croire. C'est une question de voir. Et là, ils vont devoir te regarder.

Après un silence, Blaise posa brièvement une main sur son épaule.

— Je vais rester dans le coin. Il y a des choses que je veux vérifier… discrètement.

Il lui adressa un regard presque rassurant, puis s'éloigna, laissant Draco souffler enfin.


Dans une salle isolée du réseau informatique de l'université, Blaise s'installa devant un poste sécurisé. Il tapait lentement, concentré. Une notification clignota. Un message codé.

"Livraison avancée. Cibles confirmées. Instructions via canal B. Signature : B.L."

Il pâlit.

— Bellatrix…

Il décrypta en vitesse. Les coordonnées pointaient vers un lieu connu : un ancien théâtre, désaffecté, mais toujours accessible via les tunnels.

Il enregistra l'écran. Releva les codes. Puis ferma tout.

Ses doigts tremblaient en décrochant son téléphone.

— Potter… On a un problème.