Chapitre 20 – L'heure de vérité
L'auditorium de l'université avait été réaménagé pour l'occasion. Caméras, micros, projecteurs. Un public restreint, des représentants de l'Ordre, quelques figures politiques et universitaires. Retransmission en direct sur les réseaux officiels et internes.
Dans les coulisses, Hermione relisait ses notes. Ginny ajustait sa chemise. Ron consultait son téléphone, nerveux. Draco, en retrait, respirait profondément. Harry restait près de lui, silencieux.
— Tu vas assurer, dit-il simplement.
Draco hocha la tête. — Je n'ai jamais eu aussi peur… et jamais eu aussi peu envie de reculer.
La lumière de la scène s'alluma.
Hermione s'avanca vers le pupitre. Sa gorge était sèche. Chaque pas lui rappelait la promesse faite à Snape, à Dumbledore, à elle-même. Elle sentit le regard de Ginny dans son dos, la tension de Ron, le poids des yeux du monde.
— Nous sommes ici pour la vérité. Pas la vérité qu'on commente ou qu'on édulcore. La vérité qu'on ne peut plus ignorer.
Elle déclencha la première vidéo d'un geste qui lui coûtait moins que le silence.
Elle lança la première vidéo : celle de Ginny, captée lors du gala. Un échange entre deux hommes évoquant les « nettoyages nécessaires » et les soutiens de Riddle. Bruits de verre, sourires crispés, mots glissés trop bas pour être anodins.
Puis vint celle de Draco. Sa voix, calme. La marque. Le silence qui suivit.
Le public était figé. Quelqu'un murmura un juron.
Ensuite, l'enregistrement : Peter Pettigrew, Lucius Malfoy. Un échange codé, des noms, des sommes.
Hermione reprit la parole. — Enfin, une lettre. Écrite par Severus Snape. Elle date de l'année de sa disparition.
Elle en lut quelques lignes, la voix cassée sur la fin.
Puis, elle sortit le manifeste. Le vrai. Pas la version édulcorée, pas celle des salons privés. Mais celle récupérée dans le réseau fermé.
Elle lut des extraits.
"La renaissance d'une nation passe par l'effacement de ses failles."
"L'héritage commande l'avenir."
"Certains doivent diriger. Les autres doivent s'effacer."
Hermione ferma le document. — Ce n'est pas une idéologie. C'est un programme.
L'écran clignota. Puis, une voix s'éleva. Calme. Riche. Ciselée.
— Vous avez mal compris.
Le visage de Riddle apparut sur l'écran géant. Il parlait depuis un bureau boisdé, décoré avec goût. Derriere lui, une bibliothèque d'ouvrages anciens. Il arborait ce demi-sourire trop contenu pour être sincère.
— Ce que vous appelez dictature, d'autres l'appellent ordre. Ce que vous appelez trahison, d'autres l'appellent espoir. L'espoir de voir un monde pur, restauré. D'offrir un avenir solide à ceux qui le méritent.
La salle retint son souffle. Hermione fixait l'écran, immobile. Ses doigts étaient crispés sur le pupitre.
McGonagall se leva lentement. Son regard transperça l'image figée.
— Et qui décide qui mérite, Monsieur Riddle ? Vous ? Vos fidèles ? Vos bourreaux ?
Riddle conserva son calme.
— Ceux qui réparent le monde doivent parfois le casser d'abord.
McGonagall ne cilla pas. — Ce que vous appelez réparation, c'est un massacre. Ce que vous appelez avenir, c'est une impasse. Et ce que vous appelez héritage, Monsieur Riddle...
Elle marqua une pause, et son ton s'abaissa, plus froid encore.
— ...nous l'appellerons honte. Et nous le brûlons ici, aujourd'hui.
Des applaudissements éclatèrent. Ginny se leva. Ron aussi. Puis une partie de la salle.
Riddle perdit son sourire. Puis l'image se coupa net.
Dans le couloir, Lupin veillait non loin. Il échangea un regard discret avec Harry en guise d'assurance silencieuse. Pansy était assise dans un coin, droite, les mains croisées, mais son regard s'était embué pendant la diffusion de la vidéo de Draco. Elle ne dit rien, mais Draco lui rendit un signe de tête. Sirius faisait les cent pas dans le couloir, l'oreille branchée sur les communications internes, prêt à intervenir.
Harry et Draco n'étaient pas restés dans la salle. Ils suivaient la retransmission depuis ce couloir adjacent.
Draco ne disait rien. Il regardait l'écran figé de ses propres mots.
— Tu trembles, dit Harry doucement.
— Pas de peur, répondit Draco. D'épuisement… et peut-être de soulagement.
Harry hocha la tête. Il hésita, puis posa une main sur son bras. Draco ne la repoussa pas.
— Tu sais que je suis fier de toi ?
Draco eut un sourire sans force.
— C'est étrange… j'ai l'impression que ce que j'ai fait aujourd'hui, c'est la seule chose qui m'appartienne vraiment depuis longtemps.
Harry se rapprocha. Ils restèrent là, à écouter les applaudissements qui montaient de la salle. Un poids venait de tomber. Un autre restait à venir.
Dans les heures qui suivirent, le monde vacilla.
Lucius Malfoy fut arrêté par une brigade spéciale. Des images montrèrent sa sortie sous escorte. Il ne parla pas. Il avait le regard fixe, les mâchoires contractées. Blaise vit les images sur son téléphone et ferma les yeux, brièvement.
Peter Pettigrew fut retrouvé dans un appartement anonyme, piégé par un transfert bancaire récent. Il tenta de fuir. Il fut stoppé.
Bellatrix Lestrange disparut. Dernière vue à la frontière, selon une note anonyme.
Des figures politiques coupèrent les ponts. Les unes s'enchaînèrent : "Réseau dévoilé", "Les traîtres d'en haut", "La nouvelle purge".
Une commission fut ouverte. Des membres du Parlement s'exprimèrent. Le nom de Riddle fit la une. Puis le silence. Riddle n'apparut plus publiquement.
Et au milieu de cette tempête, Draco retourna vers son appartement. Harry marchait quelques pas derrière lui, silencieux, sans chercher à précéder. Il s'était tenu en retrait pendant tout le trajet, laissant à Draco l'espace de ses pensées.
Quand ils arrivèrent devant le porche, Draco ralentit, fronça les sourcils. Quelqu'un était là.
Mais quelqu'un l'attendait.
Théo était là. Assis sur les marches, capuche rabattue. Il releva les yeux en voyant Draco, puis son regard glissa un instant vers Harry, resté en retrait. Il se releva lentement, mal à l'aise, comme s'il ne s'attendait pas à ce qu'on vienne à deux.
— Je… je sais pas ce que je fous là, lâcha-t-il. J'ai pas su. J'ai jamais su. Mais je peux pas juste… partir. Sans rien.
Draco resta un long moment sans répondre. Le vent agitait doucement les feuilles dans la rue.
— Tu veux pas partir, mais tu veux pas rester. C'est toujours pareil, Théo.
— Dis-moi quoi faire.
— Je peux pas. Je peux plus porter ça pour toi.
Théo baissa les yeux. Il hocha la tête. Puis recula d'un pas.
— Alors… adieu, peut-être ?
Draco souffla. — Non. Pas adieu. Juste… plus jamais.
Harry resta à quelques pas, en retrait, pendant l'échange. Il ne chercha pas à intervenir. Quand Théo tourna enfin les talons et s'éloigna dans l'ombre, Harry s'approcha, simplement, et se posta à côté de Draco. Sans un mot. Il n'était pas là pour juger. Juste pour rester.
