Chronologie : se déroule une année après la fin d'Albator 84. Yattaran, Masu, Zéro et Maji sont, eux, issus de 78.

Disclaimers : les personnages et l'univers d'Albator ne m'appartiennent pas, seul Takeshi est à moi.


Chapitre 1: triste anniversaire

L'alarme générale retentissant à bord du vaisseau, chaque membre de l'équipage sursaute avant de se précipiter à son poste respectif, prêt à en découdre si besoin. Et quelques instants seulement après que l'alarme eut retenti, les portes de l'ascenseur s'ouvrent sur une silhouette sombre et imposante. Le capitaine. Le regard dur, mais déterminé, les cheveux éternellement en bataille dont une épaisse mèche dissimule son patch sur l'œil droit ainsi qu'une partie de son visage, l'homme à la balafre qui arbore le Jolly Roger sur son torse, est tout sauf discret. Drapé de son éternelle cape noire, il se précipite à la barre en quelques enjambées seulement. Ses bottes ferrées martelant le sol font immédiatement comprendre à l'équipage sur la passerelle que leur capitaine est désormais là et qu'il va prendre la situation en main. Nul besoin ainsi pour Miimé, Kei et Yattaran de se retourner. Un sourire aux lèvres, ils savent qu'à présent, les choses sérieuses vont commencer. Et même s'ils ne le montrent pas, ils sont pourtant rassurés maintenant que leur capitaine est là. Yattaran a toutefois déjà préparé un début de plan, mais il n'aurait rien fait sans l'aval d'Harlock. Bien que très intelligent et ingénieux, il n'est pas encore suffisamment à l'aise pour prendre les devants en l'absence du capitaine.

Un sourire carnassier aux coins des lèvres, Harlock saisit la barre de ses deux mains. Comme à chaque fois, le pirate ressent l'excitation de la bataille naître en lui. Si autrefois, il était un corsaire respecté et admiré au sein de l'armée terrienne, désormais, c'est le pirate en lui qui parle.

- Une patrouille de trois vaisseaux Illumidas, droit devant nous, capitaine, l'informe Kei sans quitter du regard son écran.

- Les voilà qui sortent enfin de leur trou. Bien. Pas de quartier ! Abattons-les immédiatement.

- C'est parti ! s'exclame avec enthousiasme Yattaran qui semble se tenir prêt depuis déjà un petit moment.

Posant alors sur son dos son œil unique, Harlock ne peut s'empêcher d'avoir un petit pincement au cœur. Cette place qu'occupe désormais son nouvel officier supérieur a longtemps été celle de Toshirô et son souvenir est encore bien présent dans l'esprit du capitaine. À chaque fois qu'il contemple le dos de Yattaran, cela lui rappelle son défunt ami, notamment parce que son officier est également petit. Mais le temps cicatrise les plaies et à présent, Harlock peut de nouveau se tenir à la barre sans faiblir. Toshirô lui manque encore cruellement, mais maintenant, c'est plus facile. Il sait que quoi qu'il arrive, Miimé et Kei sont toujours là à ses côtés. Et à présent qu'il peut compter sur Yattaran, l'Arcadia peut aller de l'avant. C'est lui qui s'accroche encore au passé. Et probablement qu'une part de lui ne pourra jamais totalement tourner la page. Mais en tant que capitaine, il a le devoir de guider ses hommes et de leur montrer la voie à suivre. Tous comptent sur lui et il n'a pas le droit de les décevoir.

Du premier tir, Yattaran abat l'un des trois vaisseaux Illumidas. Harlock est encore surpris des prouesses de cet homme. Il lui avait suffi d'un simple examen des plans de l'Arcadia pour comprendre immédiatement son fonctionnement. Brillant mathématicien et ingénieur, sa place à bord était alors tout indiquée. Il est certes incapable de fabriquer des vaisseaux comme le faisait Toshirô, mais il peut les réparer sans le moindre problème. De plus, il est capable d'établir des plans de batailles en quelques instants seulement, rivalisant parfois avec l'ingéniosité d'Harlock lui-même. Une véritable aubaine pour l'Arcadia qui avait terriblement souffert de l'absence de Toshirô les premiers mois, bien que son âme réside désormais à jamais à l'intérieur de l'ordinateur central. Certes, les batailles se faisaient beaucoup moins nombreuses qu'auparavant, mais lorsque le vaisseau avait besoin d'être réparé, cela était difficile. Harlock est un capitaine, un excellent capitaine comme on en trouve peu, mais ses connaissances en termes de mécaniques et de technologies sont limitées. Alors, même si cela avait été très difficile au début qu'il prenne en quelque sorte la place de Toshirô à bord, il n'avait pas eu d'autre choix que de l'intégrer à son équipage. Sans compter que Yattaran n'avait pas été difficile à convaincre de le rejoindre, car l'Arcadia est une merveille technologique très avancée et, pour un brillant ingénieur comme lui, c'était une occasion à ne pas manquer. Sans compter que, d'après ses dires, il n'avait pas de destinations où réellement se rendre. Personne ne l'attendait.

- Joli tir Yattaran, lui dit alors Harlock sans quitter de l'œil les deux autres vaisseaux restants.

- Capitaine, les scanners viennent de me révéler que le vaisseau ennemi de gauche est en réalité un spatio-cargo, intervient soudain Miimé en se retournant vers Harlock.

- Vraiment ? Eh bien, quelle aubaine ! Il me semble justement que nous commençons à être à court de vivres.

- En effet, je comptais effectivement vous en parler, capitaine, lui dit Kei en le regardant à son tour.

- Très bien. Finissons d'abattre le second vaisseau et ensuite, nous irons piller leur cargo.

Toutefois, le spatio-cargo manœuvre soudain de manière à tenter une évasion, tandis que le vaisseau de combat survivant se met devant lui afin de le protéger. Sachant probablement qu'ils n'ont pas la moindre chance, les Illumidas attaquent dans une tentative désespérée.

Toutefois, en connaissant parfaitement la puissance de feu de leurs vaisseaux, Harlock ne cherche même pas à éviter le tir, bien que celui-ci atteigne l'Arcadia et qu'une légère secousse se fasse ressentir. Mais personne à bord n'est perturbé. La victoire ne fait aucun doute et c'est presque d'un ennui.

- Vas-y, achève-le, lance Harlock qui lâche la barre et s'avance vers les baies vitrées, face à lui, de la passerelle en venant se placer aux côtés de Yattaran. Ce dernier, d'un simple tir des lasero canons, se charge d'éliminer le vaisseau ennemi.

- C'est tout ? Et moi qui me faisais une joie de ce combat, se lamente Yattaran.

- Leur puissance a été considérablement affaiblie depuis la destruction de leur planète mère ainsi que de leur base sur la Terre, lui dit Miimé.

- Je le sais bien, mais j'avais espéré que le combat durerait au moins quelques minutes.

- Si tu veux de l'amusement, tu peux toujours te rattraper avec le cargo. Yattaran garde les canons braqués sur lui. Allez, puissance maximale et préparez-moi les grappins magnétiques. Nous montons à l'abordage !

- À vos ordres, capitaine.

Et quelques instants plus tard, l'Arcadia qui a rattrapé sans difficulté le spatio-cargo Illumidas, l'immobilise avec ses grappins magnétiques.

- Que la fête commence ! lance Harlock avec un sourire victorieux. Yattaran, va chercher Takashi, je pense que ça va lui plaire. Kei, tu viens ? Miimé ?

- Avec plaisir, répond la jeune femme en se levant de son poste pour rejoindre Harlock.

- Non merci. Je vais rester ici pour ma part, dit Miimé.

Harlock n'est guère surpris. L'extraterrestre ne participe jamais aux abordages. Elle semble toujours préférer rester à son poste et éviter autant que possible les confrontations directes. Harlock ne peut pas la blâmer, en sachant le terrible sort qu'ont connu sa planète et son peuple. Miimé doit probablement souhaiter voir le moins possible d'Illumidas en face. Le capitaine lui adresse un petit signe de tête affirmatif avant de tourner les talons avec les deux autres.

Lorsqu'Harlock, Kei, Yattaran et Takeshi pénètrent à l'intérieur du spatio-cargo Illumidas, ils sont accueillis sans surprise par quelques soldats qui tentent alors désespérément de protéger leurs biens. Mais Harlock rapide comme l'éclair, les surprend en ouvrant le feu le premier, armé de son cosmodragon. Épaulé, par Kei et Takashi, Harlock a vite fait de se débarrasser de leurs opposants. De son côté, Yattaran se charge de détruire leurs caméras de surveillance à l'aide de ses maquettes volantes. Ensuite, ils font prisonniers les Illumidas non armés.

- Capitaine. Il y a de la nourriture, de l'alcool, des roches combustibles ainsi que des bijoux, l'informe Kei qui s'est chargée de débusquer les réserves.

- Nous prenons le tout. On revendra les bijoux dans un marché noir au prix fort. Bien, remontons à bord.

- On leur laisse la vie sauve ? demande Takeshi qui s'occupe de tenir en joue les prisonniers.

- Oui. Ce ne sont pas des soldats. Ce ne serait pas loyal.

Takashi, qui ne connaît pas encore parfaitement les principes d'Harlock, lève les yeux au plafond tandis que Kei approuve la décision du capitaine avec un sourire. Yattaran, de son côté, est déjà bien trop occupé à compter les bijoux.

Une fois de retour à bord de l'Arcadia avec la cargaison volée et après avoir abandonné le spatio-cargo à son sort, Harlock donne l'ordre de mettre le cap sur la prochaine planète où ils pourront revendre les bijoux.

- La prochaine planète où l'on trouve des marchés noirs est à environ 3 semaines de voyage. Il s'agit de la planète Partial, l'informe Kei.

- Autant que cela ? Tant pis, je suppose que nous n'avons pas le choix. Nous ferons quand même une halte avant sur la prochaine planète que nous rencontrerons.

- Je n'ai encore jamais assisté à des ventes dans ce type d'endroits. C'est si horrible que cela ? demande Takeshi en regardant le capitaine.

- Disons surtout qu'il n'y a aucune véritable loi qui fait foi. Ne jamais être seul sur place et avec beaucoup d'argent ou de bijoux est la règle numéro une à observer, si tu veux repartir indemne. Enfin, tu verras bien, car je compte bien t'y emmener, lui dit Harlock en posant une main sur son épaule avec un petit sourire.

Le jeune garçon, lui, n'est guère rassuré. Il tourne aussitôt la tête vers Kei qui lui adresse un petit signe d'encouragement. Cela fait tout juste deux semaines après tout qu'il a rejoint l'Arcadia et il a encore beaucoup de choses à apprendre.

Takeshi ne dit rien d'autre, mais se retourne vers son capitaine. Ce dernier se tient toujours à ses côtés, bras croisés sur la poitrine, tout en regardant à tour de rôle les membres de son équipage présents sur le pont.

- Beau travail à tous. Cela aura été rapide et efficace. Je vais aller voir Masu pour faire le point sur nos réserves en nourriture. Yattaran, je te confie le commandement. Et toi, Takeshi, retourne en salle des machines.

- Quoi ? Vous êtes sûr, capitaine ? s'étonne le concerné en relevant la tête alors qu'il s'était totalement désintéressé de la conversation pour se focaliser sur ses maquettes.

- Bien sûr, car autrement, si je ne te pensais pas capable, je ne le ferais pas. Il est peu probable que l'on croise d'autres vaisseaux ennemis, donc tu n'auras aucun problème. Assure-toi simplement qu'on maintient le cap sur notre trajectoire actuelle et tout ira bien.

Harlock lui adresse un petit signe de tête, tandis que Yattaran se montre flatté. Gêné, il lui tourne le dos et se remet à jouer avec ses maquettes. Harlock, lui, jette un dernier coup d'œil à Takashi, Miimé et Kei. Son regard s'attarde légèrement sur cette dernière. Consciente de cela, Kei finit par détourner les yeux, quelque peu embarrassée. Et avant de tourner définitivement les talons, Harlock relève que ses pommettes sont légèrement devenues rouges et que cela lui va bien au teint. Mais en quittant le pont, il tente de chasser de son esprit cette pensée. Sans succès.

[…]

Selon Masu, la cuisinière qui avait décidé de rejoindre l'Arcadia quelques semaines après que la Terre eut été libérée des Illumidas, alors qu'Harlock était brièvement retourné sur sa planète natale, leur pillage à bord du spati-cargo a rempli les réserves pour un bon mois. Ils n'ont donc plus à s'inquiéter à ce niveau-là pour les prochaines semaines. En quittant ensuite les cuisines, Harlock croise le jeune Takeshi.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Ta place n'est-elle pas dans la salle des machines ?

- Si capitaine, mais comme il n'y a actuellement rien à faire, les autres m'ont dit d'aller me promener pour mieux me familiariser avec le vaisseau.

- Je vois.

Le capitaine n'ajoute rien d'autre et poursuit son chemin alors qu'il pense encore à Kei et à ses jolies pommettes rouges. Il secoue la tête et se focalise plutôt sur le petit nouveau que l'Arcadia a recueilli, il y a maintenant deux semaines. Il l'a affecté aux salles des machines auprès du chef Maji, car l'adolescent tenait avec son père avant de finir dans ce saloon, un atelier de réparation de vaisseaux en tout genre. Takeshi.

Le pub était plutôt calme à cette heure de la journée. Il y avait déjà quelques clients, mais l'espace était loin d'être bondé encore. On pouvait facilement circuler entre les tables, sans pour autant déranger les autres clients. Un léger brouhaha s'élève néanmoins alors que les conversations vont bon train. Chacun s'occupe de sa table, sans se préoccuper des autres. Une ambiance détendue et agréable pour une fin d'après-midi dans ce saloon.

Un adolescent, qui fait le service, circule entre les tables afin d'amener les commandes des clients, mais aussi de ramener les verres vides. Derrière le bar, le barman le surveille attentivement du coin de l'œil. Parfois, le gamin essaiera de lui piquer de l'argent en douce, en le glissant sous sa chemise. Jusqu'à présent, il n'avait pas eu à se plaindre de lui, il est vrai. Et puis, ce serait stupide de sa part. Il n'a nulle part où aller et il a besoin de ce travail pour subvenir à ses besoins. Mais en ces temps troubles, on n'est jamais assez prudent.

Attrapant un chiffon, le barman se met à essuyer les verres qu'il vient de laver tandis que le gamin revient au bar. Il porte un plateau rempli de verres vides qu'il dépose doucement sur le comptoir ainsi que la paie d'une des tables. Le barman, sans un mot, récupère tout d'abord l'argent avant de se charger des verres sales.

Soudain, les portes du saloon s'ouvrent et le barman pâlit. Les pires canailles de la ville viennent de faire leur entrée et avec elles, on peut être sûr que cela n'annonce rien de bon. Toujours prêts à faire un sale coup. Généralement, le barman évite de se mêler de leurs histoires et se contente bien sagement de les servir. Mais il arrive régulièrement qu'ils règlent leurs comptes dans son établissement et fracassent des chaises et même des tables. Pourvu que tout se passe bien aujourd'hui. Le barman n'est pas le seul à être devenu inquiet. Plusieurs tables sont devenues brusquement silencieuses, tandis que les regards fusent dans leurs directions.

Une fois assis à une table libre, ils commencent à converser bruyamment. Le gamin se tourne alors vers son patron et ce dernier lui fait signe de s'avancer quand même vers eux afin de prendre leur commande. Honnêtement, le barman se sent mal pour lui, mais il refuse de quitter son poste pour autant. On peut bien le traiter de lâche, cela lui importe peu. Il n'est pas un homme courageux, il le sait bien. Il gère un bar, point.

Tout se passe bien dans un premier temps. Le gamin prend les commandes de la tablée. Mais lorsqu'il opère un demi-tour pour revenir vers le bar, soudain l'une des canailles lui fait un croche-pied. L'adolescent tombe alors par terre sous les éclats de rire. C'est là que le barman comprit que cette fin d'après-midi allait mal se terminer, à son grand dam.

Si seulement le gamin avait ravalé sa fierté, on aurait peut-être pu encore éviter la scène. Malheureusement, le barman savait parfaitement bien que le garçon possédait son caractère et n'appréciait guère de se faire marcher sur les pieds. Ce dernier se redressa rapidement et se retourna vers son agresseur, les poings serrés.

- Dis donc en voilà des manières !

- Hein ? Tu me cherches, gamin ? Tu veux te battre certainement ?

- Et comment ! On devrait vous flanquer immédiatement à la porte pour lever la main sur un mineur.

- Voyez-vous ça. Vous entendez ? Le gamin veut nous flanquer à la porte.

La brute lâcha alors un rire qui fut immédiatement suivi par ses acolytes. L'adolescent, lui, devint rouge de colère. Il fallait bien admettre qu'il ne manquait pas de courage pour oser défier des brutes. Ils étaient cinq et tous de grands gaillards, armés qui plus est. Lui, il était seul et sans arme. Il n'avait pas l'ombre d'une chance. Mais, la fougue de la jeunesse poussait parfois à des folies auxquelles les hommes d'âges mûrs ne se risqueraient plus. La suite fut toutefois connue de tous. L'adolescent se prit une raclée de la brute, occasionnellement aidée par les autres qui trouvaient un plaisir malsain à malmener un pauvre gosse.

Personne dans le saloon n'osait lever le petit doigt cependant. Personne n'était suffisamment fort et courageux pour se mesurer à ces brutes. Et quand bien même quelqu'un le ferait, il ne l'emporterait pas, faute du nombre.

Le barman détourna le regard en songeant avec regret qu'il aurait bien du mal à remplacer le gamin. Dans cette ville, personne n'avait envie de venir travailler dans un saloon tel que le sien. Le salaire était bien trop misérable. De toute façon, les gens ne faisaient que passer sur Hebra. C'était une planète isolée où les ressources étaient très limitées et où aucun réel avenir n'était possible. Les plus forts faisaient leur loi et personne ne se mettait en travers de leur chemin. C'était triste, mais c'était ainsi.

Mais voilà que les portes du saloon s'ouvrirent une nouvelle fois sur trois silhouettes. Il y avait un petit homme, une femme blonde et un grand gaillard tout vêtu de noir arborant sur son torse le pavillon des pirates, le Jolly Roger. Le barman lâcha alors son chiffon, stupéfait de cette apparition. Même ici, sur Hebra, pourtant reculée, la légende du capitaine Harlock était connue. Tous les autres clients ouvrirent également de grands yeux stupéfaits. Personne ne s'était attendu à voir débarquer le plus célèbre des pirates ici, dans un coin paumé de l'univers.

- Vous n'avez rien de mieux à faire que cogner sur un enfant ? gronda alors le pirate dont le regard faisait froid dans le dos.

Cette fois, c'était certain. Le barman pouvait dire adieu à son établissement. Déjà qu'il ne payait pas de mine. Mais avec la bagarre qui allait forcément suivre, il y aurait des dégâts et il n'avait pas les moyens pour entreprendre de tout remettre à neuf.

- Je ne suis plus un enfant. Je peux me défendre tout seul, grogna l'adolescent qui s'était courageusement relevé malgré les nombreux coups qu'il avait reçus.

- Être courageux, c'est bien, je te l'accorde. Mais parfois, il faut savoir renoncer et ravaler sa fierté lorsqu'un combat n'est pas loyal, lui répond le pirate à la balafre.

- Tu ferais mieux de repartir immédiatement, gronda la brute qui semblait être le leader du groupe des cinq, en menaçant le capitaine Harlock de son arme.

Mais loin d'être intimidé, Harlock se contenta d'émettre un petit rire moqueur. Puis, sans prévenir, il attrapa son arme de son ceinturon et dégaina si vite que personne ne comprit dans l'immédiat ce qui venait de se passer. Ce fut seulement lorsque la brute tomba à terre, se tenant le bras dans un cri, que tout le monde comprit que le pirate l'avait pris de vitesse.

Choqués, ses quatre autres compagnons tentèrent de riposter, mais Harlock les devança une fois encore. Il empêcha le premier d'attraper son arme en tirant sur son ceinturon qui tomba par terre, avant de mettre à terre celui qui se lançait sur lui.

Ses deux compagnons ne restèrent pas plantés sans rien faire. Le petit homme fit feu à son tour, désarmant la troisième brute qui s'apprêtait à tirer lâchement dans le dos d'Harlock. Quant à la femme blonde, elle aveugla le quatrième avec une sorte de faisceau lumineux provenant d'une bague à son doigt.

En moins d'une minute, le combat était terminé, sous les yeux bouches bées des autres personnes présentes. Les deux brutes, encore debout, mais désarmées, s'enfuirent alors du saloon, abandonnant leur camarade encore à terre.

Le silence s'abattit dans le saloon, tous encore choqués de la facilité avec laquelle le capitaine Harlock s'était débarrassé des cinq brutes. Derrière lui, le petit homme souriait en lançant joyeusement « Ça leur apprendra », tandis que la femme blonde s'approchait de l'adolescent pour s'assurer qu'il allait bien.

- Tu as du cran, petit. Le genre de talent qui pourrait me servir. Qu'en dis-tu ? Est-ce que tu voudrais rejoindre mon équipage ? lui demanda alors Harlock.

Le pirate regarda l'adolescent qui avait apparemment beaucoup de mal à assimiler ce qui venait de se passer et surtout qu'un parfait inconnu qui venait de le débarrasser de brutes, lui proposait ni plus ni moins de rejoindre son équipage.

- Mais… mais qui êtes-vous au juste ? se contenta de demander l'adolescent.

Pour toute réponse, le pirate s'avança alors jusqu'au bar où le barman recula immédiatement. Harlock déposa alors sur le comptoir plusieurs pièces et demanda un verre de bourbon.

- Kei.

- Bien reçu capitaine, répondit son équipière avec un grand sourire.

Elle s'approcha alors de l'adolescent et lui prit doucement le bras pour l'entraîner avec elle. C'est à ce moment que le barman réalisa pleinement que ce maudit Harlock essayait de lui voler le gamin.

- Attendez un peu ! Il bosse pour moi, ce gamin. Vous n'avez pas le droit de…

Mais, il s'interrompit immédiatement en croisant le regard sévère du pirate. Il déglutit et recula le plus loin possible.

- B-bien sûr. Tu-tu peux t'en aller, gamin. B-bonne chance.

Comprenant alors qu'on venait de lui offrir sa liberté et surtout la chance de quitter enfin Hebra, l'adolescent retrouva ses esprits et se laissa emmener par la jeune femme. Harlock, lui, prit le temps de boire tranquillement son verre avant de tourner les talons de sa démarche lente, tandis que ses bottes ferrées retentirent sur le sol.

- Comment t'appelles-tu ? demanda Harlock lorsqu'il rejoignit ses compagnons dehors.

- Takeshi.

- Takeshi. Bienvenue parmi l'équipage de l'Arcadia. Je suis le capitaine Harlock.

[...]

Lorsqu'il regagne sa cabine plus tard, Harlock commence par se servir un généreux verre de vin. Aujourd'hui, la monotonie des journées où il ne se passe absolument rien a été interrompue par ces trois vaisseaux Illumidas, qui s'étaient retrouvés par hasard sur sa route. Harlock en est plutôt satisfait. Cela en fait encore moins. Le capitaine ignore à quel point exactement ils ont été affaiblis, mais il sait qu'ils sont toujours là et qu'ils peuvent encore représenter une menace pour l'univers. La destruction de leur planète mère a été certes une grande perte pour eux, mais leur domination s'étend à des centaines de planètes à travers l'univers. Peut-être même plus. La Terre n'est pas la seule planète qu'ils avaient envahie, loin de là. Avant cela, il y a eu celle de Miimé ainsi que Tokarga. Et probablement beaucoup d'autres. Maintenant que leur puissance militaire est affaiblie, il faut en profiter pour les achever pour de bon et s'assurer qu'ils ne représentent plus une menace pour d'autres peuples et planètes.

Dégustant son verre de vin, Harlock prend place dans son fauteuil tandis que Tori-san vient se poser sur son épaule en laissant échapper un croassement joyeux. Le pirate lui caresse affectueusement le bec, avant de reprendre sa dégustation. L'oiseau est toujours une compagnie agréable lorsqu'il se retrouve seul dans ses quartiers.

Il se replonge alors dans ses pensées. Lorsque la Terre avait été libérée des Illumidas, Harlock avait alors décidé de débarquer une partie de son équipage, dont Tadashi, le docteur et Rebby afin qu'ils participent aux efforts de reconstruction de la planète. De toute façon, l'Arcadia n'était pas une place pour des enfants tels que Tadashi et Rebby. Mais, Harlock s'était bien évidemment demandé si lui aussi, n'avait pas envie d'y revenir. Après tout, la Terre est sa planète natale et il y reste attaché. Cependant, il avait vite compris que c'était impossible. Non pas parce qu'il ne le pouvait pas, car son bannissement de la Terre avait pris fin à l'instant où les Illumidas avaient été exterminés, mais bien parce qu'il ne voulait pas. Il y avait trop de souvenirs douloureux pour lui là-bas. Maya. Toshirô. Ainsi que tous ses compagnons tombés au combat durant la guerre. Revenir sur Terre lui aurait rappelé en permanence qu'il les avait perdus à tout jamais. Il a déjà suffisamment de mal à aller de l'avant comme cela. Et puis, il se devait en mémoire de Toshirô de continuer de voyager à bord de son incroyable vaisseau afin de protéger la Terre et de s'assurer que les Illumidas ne reviendraient pas. Son ami avait donné sa vie pour que lui et les autres trouvent la planète idéale et puissent enfin vivre en paix. Ce serait donc une insulte à son image, s'il décidait de tout laisser tomber.

De plus, il se voyait désormais comme un pirate à part entière, vivant sous la bannière de la liberté, le pavillon noir à tête de mort. À l'image de Kei ou encore du jeune Takeshi, il y avait également d'autres personnes prêtes à le suivre dans ce combat pour la liberté.

Ayant vidé son verre, Harlock s'en sert un second tout aussi généreux. Cela fait presque une année maintenant que l'Arcadia avait débarqué Rebby, Tadashi et le docteur Ban. Il s'en était passé des choses mine de rien, bien que l'Arcadia croisât beaucoup moins de vaisseaux Illumidas sur son chemin. Tout d'abord, il y avait eu la bataille du système solaire où une flotte IIlumidas s'était regroupée sur l'un des nombreux satellites en orbite autour de Saturne. Désorientés après la destruction de leur base sur la Terre, ils avaient été ensuite pris d'assaut par surprise par l'Arcadia. Harlock avait donné l'ordre d'anéantir toute la flotte, sans la moindre exception. Ensuite, il avait régné un silence pesant durant plusieurs jours à bord de l'Arcadia, alors qu'Harlock ignorait quelle destination prendre, encore trop désorienté par la mort du professeur. Miimé et Kei avaient essayé de lui apporter leur soutien à leur manière, et en sachant qu'il pouvait compter sur elles, il était parvenu à se ressaisir petit à petit.

Kei. Harlock ferme les yeux en pensant à sa jeune navigatrice. Il se remémore alors les mots de Toshirô lorsqu'ils l'avaient rencontré pour la première fois sur la station d'information de son père : « Tu as vu comme elle est belle ? » Elle est éblouissante. » Évidemment qu'il l'avait relevé. Kei est une très belle jeune femme. N'importe quel homme l'affirmerait et serait un tant soit peu charmé. Mais fidèle à lui-même, Harlock n'avait absolument rien laissé transparaître. Et lorsqu'elle avait rejoint l'équipage, Harlock s'était absolument interdit de la voir autrement qu'un autre membre de son équipage. Le père de Kei avait fini par lui faire confiance en lui envoyant sa fille afin de lui sauver la vie. En faisant cela, il lui avait alors indirectement demandé de prendre soin d'elle. C'est ce qu'il avait fait, un peu à la manière d'un grand frère. Puis, en tant que capitaine, il avait toujours considéré que ses rapports avec les membres de son équipage devaient demeurer strictement professionnels. Oui, mais voilà, il y avait Toshirô qui était son meilleur ami et dont la relation était inévitablement plus proche. Sans oublier que toute personne à bord de l'Arcadia est parfaitement libre, ce qui sous-entend d'être libre également d'aimer qui l'on veut. Lui, le capitaine, comme n'importe quel membre de son équipage.

Kei. Elle lui fait inévitablement penser à sa pauvre Maya, par moments. Elle est aussi belle que l'était Maya, elle a également de magnifiques cheveux blonds comme Maya, bien que les siens soient plus courts et plus ondulés. Pourtant, même s'il revoit Maya en Kei, il sait parfaitement voir les différences entre elles, d'autant plus que cela n'a rien de saint de les comparer. Kei est douce comme l'était Maya, mais à sa manière, avec une certaine candeur qui lui est propre ; elle est chaleureuse et bienveillante avec tout le monde à bord de l'Arcadia. Elle faisait aussi office de figure maternelle pour Tadashi et Rebby lorsqu'ils étaient à bord. Tout le monde l'apprécie et est heureux de sa présence. Elle ne se laisse pas non plus impressionner et intimider par tous les hommes présents sur le vaisseau, démontrant ainsi que, malgré une certaine candeur, elle est tout sauf fragile et idiote. Elle est d'ailleurs respectée par tous et tout le monde voit en elle le rayon de soleil de l'Arcadia, y compris lui. Parce que quand il se sent envahi par le doute, la tristesse et que les fantômes de son passé le hantent, il lui suffit de poser son œil unique sur elle pour se souvenir qu'il y a toujours de la lumière dans sa vie. Et puis, sous ses airs de fille fragile et innocente, elle sait se servir d'une arme quand c'est nécessaire. Enfin, elle est plus que compétente à son poste de navigatrice sur la passerelle. Harlock ne l'avouera probablement jamais ouvertement, mais il est heureux de l'avoir là près de lui. Il peut à la fois veiller sur elle et s'imprégner de sa lumière à tout moment. En résumé, elle est le genre de femme que tout homme serait heureux d'avoir à ses côtés.

Kei. Tout pirate et capitaine impassible qu'il est, il n'en demeure pas moins un homme sensible au charme d'une belle femme. D'une blonde surtout. Il le sait au fond de lui, ses sentiments pour la jeune femme ont changé. Il l'avait longtemps considérée et traitée comme n'importe quel autre membre de son équipage, sans aucune distinction. Alors depuis quand exactement cela avait changé ? Peut-être bien depuis ce fameux jour où il s'était précipité à son secours, en comprenant qu'elle ne reviendrait pas indemne de la station de l'espace sur laquelle elle était allée chercher le vitaphornol. En la sachant en danger, il s'était énormément inquiété pour elle, probablement plus qu'il n'aurait dû le montrer devant Miimé et Toshirô. Oui, c'était assurément à ce moment précis qu'il avait compris qu'il avait commencé à s'attacher à la jeune femme. Quant à elle, il est évident qu'elle éprouve de son côté des sentiments à son égard. Autrement, elle n'aurait pas pu se souvenir de l'emplacement de la carte menant à la planète idéale. Et puis, il n'est pas aveugle – juste borgne – ni idiot. Il suffit d'observer la manière dont elle le regarde et toute l'admiration qu'on peut y lire dans ses yeux. Il y a également d'autres signes qui ne trompent pas. Elle baisse le regard lorsqu'il soutient le sien un peu trop longtemps et ses joues deviennent légèrement rouges. Elle est par ailleurs gênée lorsqu'elle se retrouve seule dans la même pièce que lui. Mais Harlock a toujours choisi d'ignorer ces signes et ses propres sentiments jusqu'à récemment. Il agissait comme si rien n'était en sa présence, demeurant fidèle à lui-même, avec sa posture stoïque et son regard sévère. Il le faisait pour son bien avant tout, mais aussi pour se protéger. Il avait déjà perdu bien trop de personnes au cours de ces dernières années. Il ne supporterait pas d'en perdre encore une à laquelle il tient.

Vidant le second verre, Harlock le repose sur le bureau, tandis qu'il vient prendre appui contre le dossier de son fauteuil, croisant les bras sur sa poitrine. Il pousse un long soupir auquel Tori-san se joint en croassant longuement. Le cormoran se tient toujours sur son épaule, appréciant apparemment ce contact avec lui, tandis qu'il semble comprendre ce que ressent l'humain au fond de son cœur. Drôle de bestiole quand même, songe Harlock. Tori-san a une sorte de don pour comprendre les émotions des humains et les partage même par moment. Bien qu'il soit parfois très bruyant, Harlock admet sans mal qu'il s'est rapidement pris d'affection pour l'oiseau, qui se plaît à venir se percher régulièrement sur son épaule ou encore à se balader à travers tout le vaisseau. Sa compagnie est loin d'être désagréable, Rebby l'avait d'ailleurs rapidement apprécié également.

Fermant à nouveau les yeux, ses pensées continuent alors de converger vers sa jolie navigatrice. Cela devient de plus en plus difficile pour lui d'agir comme si rien n'était, il doit l'admettre. Sans compter que dernièrement, ils se sont rapprochés tous les deux, de manière un peu involontaire, il faut bien l'admettre. Kei avait bien compris que la disparition du professeur était très pénible pour lui à supporter. Et lui, il avait trouvé un certain réconfort en sa présence. Ainsi, pour se changer les idées, il avait décidé de l'aider à s'entraîner au tir au pistolaser. Même si très souvent cela mettait la jeune femme dans tous ses états, ils avaient inévitablement passé un peu de temps ensemble seuls, même si Harlock s'était montré pour la plupart du temps peu loquace – un perroquet aurait eu davantage de conversation – et donc enclin à la discussion. Mais le pirate avait apprécié tous ces petits moments entre eux. Kei lui apportait constamment la lumière qui lui faisait désormais défaut, lui rappelant que tout n'était pas obscurité. Enfin, il aimait également regarder ses jolies pommettes prendre des couleurs lorsqu'elle était un peu trop gênée avec lui.

Rouvrant les yeux, son œil unique fixe un point non précis de sa cabine. La meilleure solution à tout ceci serait de débarquer Kei. Il y a déjà pensé. Ce serait beaucoup mieux pour elle. Il refuse qu'elle finisse brisée à cause de lui ou pire, qu'elle perde la vie. Elle pourrait construire sa vie, heureuse, sur Terre et laisser derrière elle son passé avec les Illumidas et celui de pirate. Seulement, Harlock sait qu'elle refusera et il n'a pas le courage de toute façon de l'obliger parce qu'il tient à elle. De plus, il ne veut pas la priver de son libre arbitre. C'est la règle numéro une à bord de l'Arcadia : après tout, tout membre de l'équipage est libre de faire ses choix. Et le choix de Kei, c'est de poursuivre la lutte contre les Illumidas à ses côtés. Il ne le sait que trop bien.

Grommelant, Harlock repense subitement à l'une des dernières conversations qu'il avait eues avec Toshirô avant que ce dernier ne quitte l'Arcadia pour mourir.

En regagnant à nouveau la salle des ordinateurs après avoir appris de la bouche du docteur Ban que son ami est condamné, Harlock reste interdit devant lui. Sachant qu'il ne peut désormais plus rien faire pour sauver son meilleur ami, il ne peut toutefois se résoudre à lui dire en face qu'il est au courant. C'est inutile en fait. Il sait que Toshirô sait qu'il le sait. Cela le peine bien évidemment parce qu'entre eux, il n'y a jamais eu de non-dits. Harlock n'est pas un homme très loquace, il faut le dire, mais il n'a jamais fui une conversation quelle qu'elle soit. Aujourd'hui, c'est donc bien la première fois que cela arrive. Il y a tant de sujets qu'il aurait aimé partager encore avec lui, tant d'aventures qu'ils auraient dû connaître encore ensemble, de nombreux sourires et rires, mais aussi de connaître enfin la paix. Malheureusement, il lui faut se résigner. Ils ne vivront pas cela ensemble. Toshirô va le quitter et lui, il devra poursuivre sa route seul.

- Harlock… je sais ce que tu penses, dit soudain Toshirô en affichant un petit sourire triste et en rompant le silence pesant entre eux.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Tu as peur, n'est-ce pas ?

- Bien sûr que non.

- Je ne parle pas pour ta vie. Je sais que tu ne crains pas de mourir. Je parle de la solitude.

- Pourquoi est-ce que tu me dis ça tout à coup ?

- Je le vois dans ton regard. Tu as peur. Mais, il ne faut pas. Je ne compte pas te quitter. Jamais.

C'est faux. Toshirô sait parfaitement bien qu'il va mourir. Pourtant, il tente de le rassurer comme il peut. Harlock ne comprend cependant pas pourquoi il se donne autant de mal. Qu'est-ce qu'il croît exactement ? Que ce qu'on dit sur lui est vrai ? Qu'il n'est qu'un pirate insensible au cœur de pierre ? Il pense vraiment que sa mort ne va pas l'affecter et l'attrister ? À ce stade, faire semblant n'a plus de sens. Toutefois, Harlock n'a toujours pas le cœur de lui dire ouvertement ce qu'il sait. C'est trop dur.

- Écoute, si c'est pour me dire des bêtises, tu ferais mieux de te remettre au travail.

- Non, tu ne comprends pas.

Bien qu'hésitant, Toshirô s'avance alors vers lui. Il s'arrête à quelques centimètres seulement de lui et plante son regard dans le sien. Harlock y lit aussi de la peur dans ses yeux, derrière ses lunettes. Cependant, il est certain que ce n'est pas pour lui qu'il a peur. Toshirô et lui se ressemblent beaucoup, il faut bien l'admettre.

- J'aimerais te dire quelque chose, mon ami. Écoute-moi bien, s'il te plaît.

- Je n'ai pas le temps pour ça. Je dois retourner sur la passerelle et…

- Si, tu vas m'écouter. Je sais que tu as beaucoup de peine au fond de ton cœur. C'est normal. Tu as vu beaucoup de gens mourir autour de toi et parmi eux, certains comptaient beaucoup. Il y a eu entre autres Maya.

Il marque une pause, tout en baissant le regard. Toshirô n'a pas vraiment eu le temps de connaître Maya, mais il savait combien Harlock l'avait aimée et que la perdre lui avait brisé le cœur.

Serrant les poings, il finit par relever la tête, plantant pour la seconde fois son regard dans celui de son ami capitaine.

- Mais, tu n'es pas seul. Tu m'entends ? Tu n'es pas seul, Harlock. Tu ne le seras jamais. Je serai toujours là à tes côtés. C'est pourquoi, ne ferme pas ton cœur. Ne repousse pas les gens proches de toi. Je sais que tu seras heureux à nouveau. Tu es entouré et tu le sais. Je ne parle pas que de moi. Je te parle bien sûr de Tadashi, du professeur Ban, de Rebby, de Miimé et de Kei. D'ailleurs, en parlant de Kei, tu l'as sans doute remarqué, n'est-ce pas ? Sa façon de te regard…

Toshirô ne parvient cependant pas à terminer sa phrase, car une nouvelle crise le prend, tandis qu'il tombe à genoux. En le voyant, Harlock fait un pas en avant vers lui, mais il s'arrête, résigné. Toshirô n'acceptera de toute façon pas son aide.

- Remets-toi au travail, se contente-t-il de répondre avant d'opérer un demi-tour afin de rejoindre la passerelle, choisissant finalement de refouler ses sentiments.

Toshirô se trompe. Il est déjà tout seul. Seul dans sa tristesse et dans leur quête. Le but de ce voyage était qu'ils puissent trouver la planète idéale et y vivre heureux, ensemble. Il n'a jamais été question qu'il l'abandonne en cours de route. Alors comment peut-il affirmer qu'il n'est pas seul et qu'il ne le sera jamais ?

Le pirate esquisse alors un petit sourire. Toshirô était une personne clairvoyante. Il n'était pas seulement brillant, il savait aussi lire dans le cœur des gens. Bien mieux que lui, c'est certain. Lui, il s'est toujours forgé une carapace d'acier, empêchant la plupart des gens de s'approcher trop près de lui. Avant de se soucier d'être sociable, il se soucie davantage de protéger la Terre et de faire passer ses responsabilités avant ses propres désirs. Harlock n'a que trop souvent sacrifié son propre bonheur pour protéger les personnes auxquelles il tient. Et aujourd'hui, il estime que c'est plutôt une bonne chose. Le deuil fait partie de la vie des humains, il le sait bien. Mais dans son cas, il a vu bien trop de personnes mourir en peu de temps. Il ne veut plus souffrir et avoir à revivre cela. Alors, il estime qu'il est bien mieux dans sa solitude. Seulement, Toshirô avait raison. Il n'est pas encore totalement seul. Il lui reste des personnes prêtes à le suivre dans sa lutte contre les Illumidas. Des personnes qu'il refusait de voir, mais qui pourtant lui sont chères aujourd'hui. Et Kei figure en haut de la liste. Pour elle, il n'hésiterait pas à donner sa vie.

On dit souvent que le temps cicatrise les blessures et que l'on finit par se sentir mieux. Seulement, on n'accepte jamais complètement la perte d'un être cher. Et ce n'est que trop vrai. Le vide laissé par Maya, puis par celui de Toshirô lui est parfois insurmontable. S'il parvient encore à avancer, c'est parce qu'il se focalise sur sa mission de débarrasser de manière définitive l'univers des Illumidas et que la présence de Kei lui réchauffe le cœur. Mais s'il se laisse aller et se replonge dans son passé, la douleur revient instantanément. Il a eu le temps de faire son deuil, c'est exact, mais leurs absences lui rappellent constamment qu'il les a perdus à jamais et qu'il n'a rien pu faire pour les sauver, ni l'un ni l'autre.

Secouant légèrement la tête, il finit par se lever afin d'aller se coucher. Il a suffisamment ruminé comme cela pour la soirée, il se sent subitement épuisé. Mais, c'est alors que le vaisseau est légèrement secoué, sûrement dû à de légères turbulences. Probablement un champ d'astéroïdes que l'Arcadia est en train de traverser. Toutefois, cela suffit à faire tomber par terre son verre et son journal de bord posés sur le bureau. Harlock les ramasse, mais c'est alors qu'il tombe sur la date du jour. Et là, il se sent comme paralysé. Évidemment qu'il le sait. Bien que les journées dans l'espace soient toutes identiques et qu'il serait facile de perdre la notion du temps, l'ordinateur de l'Arcadia enregistre et met automatiquement à jour la date et l'heure. À tout moment, n'importe qui peut le consulter. Mais Harlock, lui, tient régulièrement à jour son journal de bord où il retranscrit certains évènements qu'il juge importants. Et la date de la mort de Toshirô y figure naturellement. Dans une semaine. Dans une semaine précisément, ce sera le premier anniversaire de la mort de Toshirô. Il ne l'avait pas oublié, simplement qu'il avait choisi de faire comme s'il ne le savait pas. Mais maintenant que la date est là, juste sous son nez, il sait qu'il ne parviendra pas à passer outre. Une année déjà…

[...]

Son verre de vin dans la main, la tête appuyée dans le creux de son autre main, Harlock se laisse aller de plus belle à sa mélancolie, à sa tristesse et aux souvenirs du passé. Les fantômes reviennent le hanter pour lui rappeler qu'il n'a pas été capable de protéger et de sauver les personnes qui comptaient le plus pour lui. Maya. Toshirô. Il les a laissés mourir l'un comme l'autre sans rien faire. Ah. Elle est belle la légende du grand capitaine Harlock, le pirate de l'espace sans foi ni loi. Mais au fond, que vaut-il réellement ? S'il reste insaisissable pour tous les autres pirates et mercenaires de l'espace et considéré comme un adversaire impitoyable, la vérité, c'est qu'il n'est même pas foutu de protéger son propre équipage. Il peut se sauver de pratiquement n'importe quelle situation périlleuse, menant avec brio l'Arcadia à la victoire, batailles après batailles. Grand stratège et pilote inégalable, Harlock possède sans l'ombre d'un doute toutes les qualités requises pour être un excellent capitaine. Au temps de la guerre contre les Illumidas, il était d'ailleurs considéré comme le meilleur élément des forces terriennes. Oui, sa réputation n'est plus à faire. Malheureusement, il réalise plus que jamais que cela ne suffit pas pour être un ami sur lequel on peut compter.

Faisant tournoyer lentement le liquide dans le verre, Harlock interrompt ensuite son geste pour avaler une gorgée de son breuvage. Reposant ensuite le verre sur son bureau, il repose son dos et sa tête contre le dossier du fauteuil. Bras croisés, il ferme alors les yeux. Leurs visages lui apparaissent alors entre peine et joie. Il a énormément de bons souvenirs avec chacun d'entre eux, mais leurs morts lui laissent finalement un souvenir douloureux à chaque fois qu'il se replonge dans ce passé dans lequel tous les deux sont bel et bien vivants. Il la revoit, elle, si belle dans sa robe blanche avec ses magnifiques cheveux blonds. Son sourire est rayonnant et sa peau si délicate. Ils ont vécu tous les deux de forts moments inoubliables, mais la guerre les avait rapidement rattrapés et séparés tant de fois. Les rares occasions où ils pouvaient se voir étaient souvent écourtées, le devoir rappelant Harlock. Maya restait alors en arrière, se battant, elle aussi, à sa manière en créant sa radio clandestine. Elle avait su ramener un peu d'espoir aux Terriens, à mesure que la guerre contre les Illumidas continuait de faire rage. Malheureusement, cela n'avait pas suffi. La Terre avait fini par perdre la guerre.

Cette guerre avait fait énormément de morts. Et tandis que les envahisseurs s'emparaient de leur planète, les Terriens avaient été réduits à moins que rien, la plupart ayant dû trouver refuge dans les bas-fonds, voués à mourir de faim. Si la plupart des Terriens avaient refusé de se soumettre, une rare petite minorité s'était pourtant rangée du côté des Illumidas afin de survivre et de s'assurer une certaine vie décente. Lui, il avait bien évidemment refusé de servir les Illumidas, alors qu'il aurait pu occuper un poste prestigieux, et il avait fini également dans les bas-fonds de la Terre, avant que Toshirô ne lui révèle l'existence de son incroyable vaisseau.

Aussi fort soit-il, aussi courageux et déterminé soit-il, la guerre reste un fléau. Et Harlock avait énormément souffert lui aussi. Il avait perdu plusieurs camarades, de fidèles compagnons et d'excellents pilotes à l'époque où il était le capitaine de l'Ombre de la Mort. Voir mourir ses frères terriens contre ces barbares d'Illumidas avait été dur. Une mort quelle qu'elle soit reste atroce et terrible. Personne n'est réellement préparé pour cela. Mais la volonté de continuer à se battre, de vaincre l'envahisseur, l'espoir de libérer un jour la Terre lui avait donné le courage de continuer le combat. Et puis, il savait que Maya l'attendait, fidèle, sur Terre à chaque fois. Malgré la situation des plus critiques, il y avait toujours cette petite lueur d'espoir. Et cette lueur d'espoir avait fini par s'éteindre, elle aussi, le jour où Maya était finalement morte dans ses bras, peu avant qu'il se fasse bannir de sa propre planète. Il n'avait pas versé de larmes sur le moment, surtout pas devant l'ennemi. Il n'avait pas versé davantage de larmes une fois à bord, focalisé sur le défi qu'on venait de lui lancer. Et même lorsqu'il avait fait ses adieux à Maya en compagnie des autres, il était resté impassible, refoulant sa tristesse à l'intérieur. Pourtant, la capsule de Maya avait été la dernière à être expulsée de l'Arcadia. Ce n'est qu'une fois seul dans ses quartiers qu'il avait pleuré sa bien-aimée de toutes ses larmes. Ils auraient dû être heureux ensemble, vivant à bord de l'Arcadia sous la bannière de la liberté. Mais le destin ne le leur avait pas permis. Souvent, il avait pensé qu'il aurait dû mourir avec elle. Il avait d'ailleurs perdu son œil droit et avait été blessé en essayant de la rejoindre, avant qu'elle ne le soit également par après. Tout ce sang versé pour rien. Pour que Maya rende son dernier soupir entre ses bras et qu'il finisse seul.

Avalant d'une traite le reste de son vin rouge, un excellent cru au passage, il se permet de se laisser aller complètement. Son œil unique verse alors des larmes qui coulent lentement le long de sa joue gauche marquée de sa célèbre balafre. Il ferme à nouveau les yeux. Maya lui manque toujours. Même après toutes ces années. Elle a été son grand amour durant une époque troublée et elle avait été sa lueur d'espoir dans cette guerre sombre et dévastatrice. Mais ce fut bien la présence de Toshirô par la suite à ses côtés qui lui avait permis de surmonter sa mort et de s'embarquer à bord de l'Arcadia à la recherche de la fameuse planète idéale. Le petit ingénieur lui avait apporté un nouvel espoir, tandis qu'il s'était émerveillé du fabuleux vaisseau qu'il avait construit. Un génie comme on en voit si peu, avec une tête bien faite, capable de réaliser les plus grandes prouesses en termes de technologie et de puissance de feu. Après avoir fait écraser l'Ombre de la Mort sur Terre, Harlock n'avait sincèrement pas espéré retrouver un jour un vaisseau digne de ce nom. Pourtant, l'Arcadia dépassait sans mal son ancien vaisseau qui était pourtant déjà nettement supérieur à la majorité. Savoir que Toshirô l'accompagnait dans cette nouvelle quête à travers les mers étoilées que représente l'univers était plus que rassurant et prometteur. Sa personnalité, plus détendue et joyeuse que lui, lui procurait beaucoup de joie. Il était alors parvenu à sourire encore, malgré la mort de Maya et de tous ses compagnons terriens.

Attrapant la bouteille de vin posée non loin à côté de lui sur le bureau, Harlock remplit à nouveau son verre et cette fois, il vide son contenu d'une seule traite. Boire lui permet d'apaiser momentanément sa souffrance lorsque les souvenirs du passé ressurgissent et le terrassent sans pitié sans lui laisser le moindre répit, comme ce soir. Personne n'en saura rien. Toutefois, Harlock sait que les membres de son équipage commencent à s'inquiéter pour lui. Mais fidèle à lui-même et se montrant toujours aussi impassible, il tente d'agir comme d'ordinaire devant eux. Il reste à son poste derrière la barre ou assis sur son fauteuil de bois à donner ses ordres sur la passerelle, avant de se terrer dans un mutisme presque effrayant tant son teint fait peur. Régulièrement, il sent les regards sur lui, mais sentant que l'humeur de leur capitaine est des plus massacrantes, personne n'ose lui adresser la parole. Et malheureusement pour l'équipage, le temps est incroyablement long. Heureusement qu'il a drastiquement réduit sa présence sur la passerelle.

Depuis que la Terre a été libérée des Illumidas et leur planète natale détruite, l'espace est devenu d'un calme quasiment effrayant. Personne n'oserait ainsi s'attaquer directement à l'Arcadia, sachant que ce serait du suicide. La plupart préfère ainsi éviter de se frotter à l'Arcadia et à son redoutable capitaine Harlock. Quant aux Illumidas restants, ils se sont désormais regroupés dans le même secteur de l'univers et leurs attaques, bien que parfois encore imprévisibles, sont mieux organisées qu'auparavant, mais beaucoup plus rares. Ainsi, il s'écoule la plupart du temps des jours et des jours, voire des semaines entières, sans que l'Arcadia rencontre une âme qui vive sur sa route. On regretterait presque ainsi les attaques régulières des Illumidas d'avant. D'un autre côté, cela permet plus facilement à l'équipage de se poser sur les planètes sur leur chemin et de s'approvisionner ou de prendre tout simplement du repos. Et lorsque les finances viennent à manquer, Harlock donne alors l'ordre à son équipage de piller les cargos des autres pirates ou mercenaires ou encore ceux des Illumidas.

En constatant qu'il vient de verser les dernières gouttes de la bouteille dans son verre, Harlock pousse un soupir. Déjà ? Il n'a pourtant pas souvenir d'avoir bu si vite en si peu de temps. Et malheureusement, il ne se sent pas suffisamment ivre pour s'arrêter là. Il a bien trop de peine encore. Les souvenirs l'assaillent toujours, lui serrant la poitrine au point que par moment, il a l'impression de suffoquer.

Il se lève alors et vient récupérer une seconde bouteille de sa réserve. Il retourne ensuite s'asseoir derrière son bureau. Toshirô aurait eu beaucoup de peine de le voir dans cet état, il le sait bien. Mais malheureusement, il n'est plus là pour le lui dire. Son âme réside peut-être désormais au cœur de l'ordinateur central de l'Arcadia, mais cela ne remplacera jamais sa présence physique à ses côtés. Parfois, il ressent le vaisseau être légèrement secoué lorsque Toshirô se manifeste et prend les commandes de l'Arcadia, comme pour essayer de lui rappeler qu'il est toujours là. Et si personne ne comprend ce phénomène, alors qu'Harlock n'est pas derrière la barre, ce n'est sûrement pas lui qui va révéler la vérité. Et ni Kei ni Miimé ne se permettrait de le faire à sa place. Elles se contentent d'agir comme si elles ne le savaient pas davantage. Elles sont dorénavant les seules à bord de l'Arcadia avec Harlock à connaître la vérité sur l'ordinateur. Après tout, Toshirô était leur ami, à elles aussi. Alors, forcément, des liens s'étaient créés avec le professeur. Harlock sait que sa disparition les a marquées aussi, à toutes les deux.

Toshirô. Le vide qu'il a laissé derrière lui à bord du vaisseau est immense. À chaque situation critique ou bataille, il avait été là avec lui, prêt à en découdre face aux Illumidas. Les premiers jours après sa mort, Harlock avait d'ailleurs été incapable de prendre la barre. À chaque fois qu'il venait se positionner à son poste, ses mains se mettaient à trembler tandis que son regard ne pouvait quitter le siège désormais vide qu'occupait encore quelques jours auparavant son ami. Si bien que l'Arcadia était restée à plusieurs reprises sur place, flottant ainsi dans l'espace parce que personne ne se serait permis de prendre momentanément la place du capitaine ou de choisir à sa place leur prochaine destination. Kei et Miimé, présentes avec lui sur la passerelle, pleuraient tout comme lui la disparition du professeur. Et puis, lorsque Yattaran avait finalement rejoint l'équipage environ trois mois plus tard, il avait pu reprendre pleinement son poste sans faillir. Mais son regard restait braqué sur ce siège dorénavant occupé par une autre personne. Et cela avait été incroyablement douloureux.

Rien, absolument rien ne parvenait à lui faire oublier Toshirô à bord de l'Arcadia. Qu'importe l'endroit où il se trouvait, tout lui rappelait son défunt ami. Et ce n'étaient pas les heures passées dans la salle de l'ordinateur principal à lui parler qui l'aidaient à se sentir mieux, notamment parce qu'il s'effondrait lamentablement devant à chaque fois. Même si l'âme de son ami était présente et que l'ordinateur lui répondait par ses nombreux faisceaux lumineux accompagnés de « bips », rien ne saurait remplacer la présence physique de son ami. Au sein de l'équipage, Toshirô parvenait toujours à détendre l'atmosphère avec ses nombreuses plaisanteries et son grand sourire. Mais, il était aussi cette figure rassurante ainsi que la tête pensante du vaisseau au même titre que lui. Et puis, dès qu'il y avait un problème technique, il était là pour le réparer. Sans lui, rien n'était plus pareil. Ça ne le sera plus jamais. L'ambiance sur la passerelle était brusquement devenue froide et souvent gênante parce que personne n'osait prendre la parole lorsque, le capitaine se terrait dans son mutisme. Il en regrettait alors les présences de Tadashi et Rebby à bord qui savaient amener de la joie et une certaine innocence.

Puis, le temps avait passé et avec lui, la souffrance avait diminué peu à peu. Aussi difficile que cela fut, Harlock avait dû faire son deuil – du moins, il avait essayé - et se reprendre, afin de guider l'Arcadia vers ses nouvelles aventures. Ensuite, Harlock avait rencontré Yattaran, puis le docteur Zéro, puis Masu une excellente cuisinière et enfin Maji un chef mécano qui avaient tous décidé d'embarquer sur l'Arcadia, pour des raisons propres à chacun. Ces nouvelles recrues avaient su amener un nouveau vent sur l'Arcadia, et même si le souvenir de Toshirô était impossible à effacer, cela avait toutefois permis à Harlock, Kei et Miimé d'aller de l'avant.

Lorsque la seconde bouteille arrive gentiment à sa fin, sa tête se met à tourner pour de bon, tandis qu'il sent la souffrance diminuer peu à peu. La petite horloge, posée à côté de lui, sur le bureau, sonne et Harlock bien que désormais ivre, comprend qu'il est désormais minuit. Une nouvelle larme coule alors sur la joue du pirate, tandis qu'il ferme les yeux une fois de plus. Attrapant d'un geste maladroit son verre, versant au passage une partie de son contenu, Harlock lève son verre en l'air et dit d'une voix basse, mais infiniment triste et brisée : « À toi, mon ami », avant de boire cul sec. Une année. Cela fait dorénavant une année que Toshirô l'a quitté à tout jamais. À l'approche de la date anniversaire de sa mort, sa peine lui est revenue et il s'est progressivement éloigné des autres, devenant de plus en plus renfermé sur lui tandis qu'il avait commencé à forcer sur la bouteille. Et ce soir, il s'était enfermé dans ses quartiers, sans adresser un seul mot à l'équipage. Il n'avait même pas adressé un seul regard à Miimé et à Kei.

Soudain, Tori-san vient se poser sur son épaule et se met à pleurer à grosses larmes, tout en laissant échapper un long cri plaintif, accompagnant ainsi la profonde peine du capitaine. Lui aussi, il s'était attaché au professeur. Les animaux sentent la bienveillance des humains après tout, et leur rendent leur affection.

L'instant semble durer une éternité et ce ne sont pas les pleurs du cormoran noir qui aident Harlock à faire taire sa souffrance. La tête lui tourne et malgré l'envie d'aller s'effondrer misérablement sur son lit, il s'efforce de rester encore là. Juste un peu. Le temps que sa tristesse le quitte enfin et que son état d'ivresse ne prenne définitivement le dessus. Mais quelques instants plus tard à peine, l'alcool finit d'achever son œuvre et le capitaine parvient enfin à oublier sa tristesse. L'alcool fait vraiment des miracles – ou plutôt des ravages - lorsqu'on en abuse, mais dans son cas, c'est le but recherché. Demain, il ne paiera pas de mine, c'est certain. Seulement, il s'en moque éperdument.

C'est finalement d'un pas mal assuré et titubant que l'homme à la balafre rejoint son lit, Tori-san étant resté perché sur le haut de son fauteuil. L'oiseau ne tardera pas à aller dormir également et de toute façon, Harlock n'est plus en état de penser à quoi que ce soit dans son état.

Une fois son objectif atteint, il se laisse lamentablement tomber dans son lit et en moins d'une minute, il rejoint les bras de Morphée.

[...]

Le pirate ne se souvient pas exactement à quel moment il avait commencé à boire dans sa vie. Il se rappelle simplement qu'il avait débuté assez jeune, aux alentours de ses 18 ans, peut-être même un peu avant. Mais une chose est certaine, il est rare qu'il se soit déjà réveillé avec une telle gueule de bois. Il ne parvient même plus à se souvenir, précisément combien il avait bu la veille au soir. Plus d'une bouteille en moins de deux heures ? Quelque chose dans ce goût-là. L'homme à la balafre pousse alors un long grognement. Au moins, sa migraine lui permet d'oublier sa tristesse de la veille. En fait, il en vient presque à se demander pourquoi il s'est mis dans un tel état. Toshirô est mort. Il ne reviendra pas. Pas plus que Maya. Pas plus que tous ses compagnons morts durant la guerre. Il lui faut aller de l'avant, à présent. Pour de bon. Et alors qu'il se promet de ne plus boire autant, tant il a mal au crâne, il en vient également à se demander comment il avait pu se laisser aller de la sorte. Probablement parce qu'au lieu d'accepter la réalité durant tout ce temps, il l'avait simplement refoulé. Et que désormais, toute sa peine était finalement sortie.

« Tu m'entends ? Tu n'es pas seul, Harlock. Tu ne le seras jamais. Je serai toujours là à tes côtés. C'est pourquoi, ne ferme pas ton cœur. Ne repousse pas les gens proches de toi. Je sais que tu seras heureux à nouveau. Tu es entouré et tu le sais. Je ne parle pas que de moi. Je te parle bien sûr de Tadashi, du professeur Ban, de Rebby, de Miimé et de Kei. »

Les paroles de Toshirô résonnent avec force à l'intérieur de lui. Non, il n'est pas seul. Son ami a raison et il est grand temps qu'il laisse le passé derrière lui et se tourne vers l'avenir. La vie sans son meilleur ami est difficile et le sera toujours, il en ressentira constamment son absence à ses côtés, mais sa vie à lui est loin d'être finie. Il a probablement encore un tas d'aventures à vivre à bord de l'Arcadia et aux côtés de son équipage. Et puis, il y a encore des Illumidas à affronter et à vaincre quelque part dans l'univers. Harlock ne s'est pas donné pour mission de les éradiquer jusqu'aux derniers, car jamais il ne s'abaisserait à eux en éliminant tout un peuple. Il veut simplement s'assurer qu'ils ne représenteront plus jamais une menace pour qui que ce soit. Son objectif est donc d'attaquer les vaisseaux de combat ainsi que leurs bases militaires. En revanche, il ne s'attaquera jamais aux civils. S'il est considéré comme un pirate sans merci un peu partout à travers l'univers, la vérité est bien différente. Harlock ne tue jamais par plaisir. Il est loin de l'image que l'on se fait d'un véritable pirate sanguinaire au cœur de pierre.

Une fois sa douche terminée et rhabillé, Harlock prend le temps de se regarder dans le miroir de sa salle de bain. Il a toujours une mine affreuse, ce qui n'est guère étonnant après avoir passé une semaine entière à se bourrer la gueule et à peu manger. Et comme à chaque fois qu'il retire son patch de l'œil droit, il vient toucher du bout de son doigt sa paupière, avant de l'ouvrir et de contempler durant un bref moment son orbite vide. Il finit ensuite par remettre le patch avant de le camoufler d'une épaisse mèche de cheveux. Bien qu'il se sente légèrement mieux après cette douche, il a toujours une affreuse migraine. Il pousse un long soupir, tandis qu'il se masse les tempes. Les souvenirs de ces derniers jours sont assez flous et Harlock songe avec un petit rictus qu'il n'a probablement jamais bu autant en si peu de temps. Il vient de battre son record. Il lui suffit de compter les bouteilles vides qu'il a alignées à côté de son bureau. Masu, la cuisinière, ne manquera certainement pas de lui faire tout un discours sur les effets néfastes de l'alcool. Elle prend son rôle de nourrir correctement tout l'équipage de l'Arcadia, y compris lui, le capitaine, très à cœur. Elle fait toujours attention à équilibrer les repas qu'elle leur prépare, tout en rappelant constamment à qui veut bien l'entendre que l'alcool est mauvais pour la santé. Et très souvent, dans ces moments-là, son regard se pose sur lui en particulier ainsi que sur le docteur Zéro.

Partagé entre l'envie de retourner se coucher et sortir de sa cabine pour effectuer au moins quelques pas, Harlock opte finalement pour la première option. Il ne se sent pas bien du tout. Il a déjà passé une partie de la nuit à vomir et il pressent que cela ne va pas tarder à recommencer. Il ira plus tard à l'infirmerie.

C'est fou comme les couloirs et les coursives semblent interminables lorsqu'on a la gueule de bois et l'envie de vomir ses tripes à chaque trois mètres effectués. Bon sang. L'infirmerie a-t-elle toujours été aussi éloignée de ses quartiers ? Il a la désagréable impression que oui. Ce n'est peut-être pas une si bonne idée finalement de s'aventurer aussi vite à travers le vaisseau. À plusieurs reprises, il doit faire une pause et s'appuyer contre les parois, tandis qu'il essaie de garder une certaine contenance et de ne pas s'effondrer ou vomir. Malgré sa sieste de deux heures, il ne se sent guère mieux qu'avant.

Lorsqu'il parvient finalement à atteindre l'infirmerie, Harlock songe définitivement que la distance avec ses quartiers est incroyablement loin. Il faut dire que sa cabine se trouve tout à l'arrière du vaisseau après tout. Et de la poupe jusqu'à l'infirmerie, il faut pratiquement traverser la moitié du vaisseau ! Ah Toshirô. S'il avait été toujours là, le capitaine n'aurait pas manqué de lui partager son avis sur cela ! Mais son meilleur ami est mort et Harlock se sent immédiatement stupide de vouloir lui faire des reproches concernant un sujet aussi futile et finalement, bien stupide. C'est entièrement sa faute s'il doit passer par là actuellement.

Après avoir repris son souffle, il entre à l'intérieur de l'infirmerie en se disant que c'est un véritable miracle qu'il n'ait croisé personne sur son chemin pour arriver jusqu'ici. En tout cas, il ne s'en plaint pas. Toutefois, il va désormais devoir affronter le docteur Zéro.

- Capitaine ! Ça alors, je ne m'attendais pas à vous voir ici aujourd'hui, lui dit-il lorsqu'Harlock fait son entrée d'une démarche mal assurée.

Le capitaine ne se donne pas la peine de répondre. Il n'a pas la force de toute manière pour essayer de se justifier. Aucune excuse ne pourra convaincre le docteur de son comportement récent. À la place, il s'appuie contre la table d'opération et reprend son souffle une nouvelle fois. Il a vraiment hâte de retourner se coucher en fin de compte. Mais alors que le docteur s'approche de lui, Harlock se précipite soudain vers les toilettes de l'infirmerie et régurgite à nouveau une grande quantité d'alcool.

Derrière lui, le docteur s'approche doucement et vient lui tapoter maladroitement le dos.

- Vous ne devriez pas vous promener dans le vaisseau dans votre état, capitaine.

- Il le faut. Il faut bien que je me reprenne, grogne l'homme à la balafre une fois que son estomac eut fini de tout rendre.

- Peut-être, mais quand on a une bonne gueule de bois comme la vôtre, le seul remède efficace est de se reposer, de boire beaucoup d'eau et d'essayer de manger de la soupe. Pourquoi vous êtes venu me voir ?

- Pour ma migraine. Vous ne pourriez pas me donner quelque chose ?

- J'imagine pourtant que ce n'est pas votre première gueule de bois ?

- Non, en effet. Mais si je reste encore enfermé toute la journée dans ma cabine, je ne garantis pas de ne pas recommencer à boire.

- Oh capitaine.

Le docteur l'aide ensuite à se relever et l'emmène à nouveau dans la salle d'opération. Il invite son capitaine à s'asseoir tandis qu'il fouille dans sa pharmacie. Il ne se permettrait pas de le juger, mais il n'est pas non plus indifférent à ses états d'âme. Harlock sait parfaitement bien qu'il est au courant de la situation. Miimé et Kei l'auront informé, comme les autres. Et c'est sûrement très bien, car ainsi, il n'a pas à le faire lui-même. En fait, il ne l'aurait pas fait. Il n'aurait pas eu le courage de raconter la mort de son meilleur ami et il se serait tout simplement fermé comme une huître, comme à son habitude. Il n'a jamais été quelqu'un qui laisse facilement transparaître ses émotions devant les autres, après tout. La guerre l'avait rapidement obligée à être fort, quoi qu'il arrive. Les seules personnes devant lesquelles il se permettait de montrer sa faiblesse étaient justement celles qui sont mortes. Maya et Toshirô.

- Tenez, lui dit le docteur après avoir récupéré dans sa pharmacie du paracétamol contre les maux de tête. Cela ne fera pas disparaître totalement votre migraine, mais ça devrait vous soulager quelque peu. Voulez-vous que je dise à Masu de vous préparer une soupe ?

- Bonne idée, oui. Mais dites-lui de ne me l'apporter qu'en fin de journée. Je ne suis pas certain de parvenir à ingurgiter quoi que ce soit, hormis de l'eau avant ce soir.

- En effet, je ne crois pas non plus. Bon maintenant, retournez dormir, capitaine.

- Ne dites pas un mot à quiconque concernant mon état. Inutile d'inquiéter plus que nécessaire. Dès demain, je reprends du service.

- Bien sûr. Vous pouvez compter sur moi. Je suis heureux de voir que vous reprenez du poil de la bête de vous-même. On commençait tous à s'inquiéter. Ah, au fait, capitaine, vous êtes également au courant que prendre une douche après une cuite ne vous aide en aucun cas à dissimuler l'odeur d'alcool sur vous, n'est-ce pas ?

- Je sais. Cela ne se reproduira plus jamais. Vous avez ma parole. Et oui, je le sais bien.

Le docteur Zéro ne répond rien. Il ne connait pas encore suffisamment bien le capitaine pour émettre un avis objectif, aussi il se contente d'acquiescer tandis qu'Harlock lui adresse un signe de reconnaissance avant de quitter l'infirmerie, d'une démarche toujours aussi mal assurée.

S'il avait eu la chance de ne croiser personne sur le chemin de l'aller, ce n'est désormais plus le cas. À peine eut-il mis un pied dehors de l'infirmerie qu'il tombe nez à nez avec la dernière personne qu'il aurait aimé croiser aujourd'hui. Kei. Bon sang. Il sait que cette dernière doit se faire un sang d'encre pour lui, plus que les autres, et c'est justement pour cela qu'il ne voulait pas qu'elle le voit dans un tel état.

Rassemblant toutes ses forces, il tente de faire bonne figure, même s'il sait pertinemment bien que ce soit perdu d'avance. Son teint livide et la sueur qui perle à son front, parlent d'eux-mêmes. Alors, il évite de croiser son regard en fixant un point invisible quelque part sur la gauche de la jeune femme. Néanmoins, il sent le regard persistant de Kei sur lui malgré tout. La main appuyée contre la porte de l'infirmerie, il tente de réfléchir à une excuse qui lui permettra d'éviter ses questions et toute conversation en fait. Malheureusement, rien ne lui vient à l'esprit. Et le pire, c'est que Kei ne semble pas savoir davantage que dire. Probablement parce qu'il n'y a rien à dire. Le silence s'installe entre eux et rapidement, cela devient quelque peu embarrassant.

- Aujourd'hui encore, je ne serai pas là, mais tu peux dire aux autres que dès demain, je reprends mes fonctions, finit-il par dire en refusant toujours de regarder la jeune femme dans les yeux.

- B-bien, je le transmettrai. Mais capitaine, vous…

- Pas maintenant Kei, la coupe-t-il en élevant la voix et en prenant un ton plus dur qu'il ne l'aurait voulu qui aurait intimidé pratiquement n'importe qui.

Fermant les yeux un instant afin de se calmer, son regard se pose immédiatement sur Kei lorsqu'il rouvre les yeux. Grossière erreur. Il ne parviendra pas à détacher son regard d'elle désormais, sans compter qu'il va également se sentir coupable. Il lit immédiatement dans ses yeux combien elle s'inquiète pour lui et combien elle est blessée qu'il lui ait à moitié crié dessus. Le problème avec Kei, c'est qu'elle laisse justement ses émotions prendre le dessus, un peu trop souvent au goût du capitaine. Il n'a précisément aucune envie de partager avec elle ses états d'âme, là tout de suite. En fait, il n'avait pas envie tout court de la voir parce qu'il savait parfaitement bien qu'il aurait à affronter ce visage. Et ça le perturbe grandement.

Et tandis qu'il se noie, une fois de plus, dans ses magnifiques yeux d'un bleu si clair, il a subitement l'envie folle de tout lui raconter et de lui confier ses souffrances. Harlock note ainsi combien il a de plus en plus de mal à lui résister et à faire taire ses sentiments qu'il avait pourtant verrouillés au fond de son cœur. Toutefois, il parvient à réprimer l'envie de se confier à elle rapidement, tandis qu'il tente de reprendre le contrôle. Il ferait mieux d'en rester là et de retourner à ses quartiers, même s'il n'est pas heureux d'avoir haussé le ton avec elle.

Toutefois, Harlock relève qu'elle semble sur le point de fondre en larmes. Génial. Il devrait peut-être s'excuser avant de s'enfuir, finalement. Seulement, il n'est pas doué pour présenter des excuses aux autres, c'est un domaine qu'il ne maîtrise pas. Il se sent de nouveau mal. Sa migraine le fait souffrir encore plus qu'avant et il n'est pas certain que ses jambes puissent le porter encore longtemps.

Alors, ne sachant pas quoi faire ni dire, il décide de succomber à ses pulsions. Tant pis. Elle pensera ce qu'elle voudra, mais il ne peut pas se résoudre en revanche d'en rester là, parce qu'il sait parfaitement bien qu'elle versera quelques larmes par la suite, seule dans sa cabine. Elle est courageuse quand il le faut et il peut toujours compter sur elle sur la passerelle, mais il sait très bien que depuis quelque temps, elle est davantage sensible lorsqu'il s'agit de lui.

Il s'approche alors d'elle et sans lui laisser le temps de réagir ou de comprendre ses intentions, il l'attire à lui en lui prenant la main avant de la serrer contre lui. Il sait bien qu'il doit sentir l'alcool à plein nez et que cela ne doit pas être agréable pour elle, mais qu'importe. Il ne veut pas lui causer de la peine et c'est la seule chose dont il est capable pour s'excuser pour le moment.

- C-capitaine ? dit-elle d'une toute petite voix alors qu'elle ne réagit pas.

Il regrette aussitôt son geste parce que le parfum de Kei vient rapidement lui chatouiller les narines et cela ne fait qu'accentuer son mal de tête déjà épouvantable. Il a la nausée et l'envie de vomir à nouveau. Pourtant, il aime ce contact dans le même temps parce qu'il en rêve depuis longtemps maintenant. Mais comme il sent qu'il risque de s'effondrer à tout moment, il la serre plus fort dans ses bras comme s'il espérait qu'elle parviendrait à les faire tenir debout tous les deux si jamais il vacillait pour de bon. Seulement, il ne se rend pas compte de sa propre force et que la pauvre Kei étouffe à moitié.

- C-capitaine, vous me faites mal, lui dit-elle alors.

Elle tente de le repousser afin de se dégager, mais sa force est largement supérieure à la sienne et complètement écrasée entre ses bras, elle ne peut rien faire.

- Capitaine, s'il vous plaît, lâchez-moi !

Mais la voix de Kei lui semble lointaine, à peine audible. Il a besoin d'elle contre lui, car elle lui permet de réaliser que tout ceci est bien réel. Et en même temps, il comprend qu'il se déconnecte de la réalité. Le parfum de Kei l'enivre, mais accentue également sa migraine et que sa vision se brouille.

- Capitaine, lâchez-la, voyons ! intervient soudain une voix qu'il ne parvient pas vraiment à identifier.

Tout ce qu'il sait, c'est que deux mains l'attrapent soudain par les épaules et l'obligent à lâcher Kei. Par la suite, il ne s'en souvient que vaguement, tant, c'est devenu flou. Il se rappelle néanmoins avoir réussi, sans comprendre comment, à rejoindre sa cabine et s'être effondré quelque part entre son bureau et son lit.


Notes de l'auteure :

merci à toi Aerandir Linaewen pour ta gentille review de bienvenue sur mon OS. J'ai effectivement relevé que c'est plutôt calme en ce moment, mais il faut admettre que c'est aussi un manga qui date et que les dernières séries remontent également.

Voici donc le premier chapitre de mon histoire. Il n'est jamais facile d'écrire un premier chapitre, puisqu'il doit montrer le ton et ce que vaut l'histoire, présenter les personnages, le tout sans pour autant trop en dire. J'ai d'ailleurs dû modifier/ajouter/supprimer plusieurs morceaux afin de rendre le tout cohérent, du moins je l'espère. J'avoue que je ne suis pas totalement satisfaite de la fin du chapitre. Mais bon, je trouvais quand même utile et intéressant de mettre en avant la difficulté de notre capitaine balafré préféré à faire son deuil définitif de Toshirô. Par ailleurs, ce chapitre est plus long que ce que j'avais prévu. Le capitaine m'inspire encore plus que ce que je ne pensais ^^

Merci d'avoir lu ce chapitre, en espérant qu'il vous ait plu et vous donne envie de lire la suite.

N'hésitez pas à me laisser votre avis, cela fait toujours plaisir.

À très vite pour la suite de cette histoire.