Chapitre 12 : Scandale au Conseil
Juin 1999
Le bâtiment du Conseil des sorciers était une œuvre architecturale d'une beauté surprenante. Harry n'en était pas certain mais c'était ce que Hermione avait dit, les yeux emplis d'étoiles teintées d'espoir. Harry aurait aimé être habité de la même énergie vitale que son amie. Comme tous ceux qui avaient survécu, Hermione s'était étiolée et écroulée mais elle s'était relevée, fêlée et forte à la fois. Elle naviguait dans le monde qu'elle savait sale avec cette lumière qui donnait à Harry le tournis. Il l'aimait tellement.
De ses espoirs d'antan, de ses désirs de liberté, il ne restait plus grand chose. Il n'arrivait même pas à se réjouir de ces avancées politiques. La promesse qu'il avait faite au nouveau ministre Kingsley l'avait poussé à sortir de son lit. Harry ne voulait pas imaginer la honte qu'il ressentirait s'il laissait Ron et Hermione faire face aux journalistes et aux rapaces seuls.
Ce Conseil des Sorciers changerait la face des lois et du système politique. C'était historique. Harry se demandait tout de même s'il était légitime. Pourquoi sa voix compterait-elle plus qu'une autre ?
On ne cessait de lui répéter qu'il était le héros du monde sorcier, qu'il les avait libérés du mage noir avec courage. Mais Harry ne pouvait s'empêcher de douter. Il n'avait jamais eu le choix. Il n'avait pu que faire face. On n'encensait pas autant les disparus.
Harry ne faisait que penser aux morts, à ceux qui s'étaient battus avec autant, voire plus de courage que lui, mais qui n'avaient pas échappé à leur destin funeste.
Harry avait l'impression de n'être qu'un imposteur.
Depuis quand tout ce qu'il entreprenait perdait de son sens ? Fuir dans le monde des moldus pour échapper aux regards n'était pas suffisant. Il les subissait encore dans sa formation pour devenir auror et à chacune de ses apparitions publiques.
Harry se sentait vide. Mort. Il avait l'impression que rien ne pourrait lui donner d'espoir. Était-il éteint ? Peut-être bien qu'une partie de son âme était restée coincée dans cette gare blanche et qu'il n'aurait jamais dû revenir.
Alors qu'il observait les teintures d'or et le marbre sous ses pieds, les mots de Ginny lui revinrent en mémoire. Il n'était plus là. Et parce qu'il n'était plus qu'absence et trou béant, Ginny était partie. À raison.
Harry avait du mal à faire semblant. Et il était incapable de ramasser des parcelles de lui craquelées qu'il ne comprenait pas.
Voldemort avait laissé un trou intersidéral dans son âme et dans sa vie.
Harry n'était qu'une carte que l'on pouvait ressortir pour l'occasion. Qu'un nom sur toutes les lèvres qui portait plus que ce qu'il était capable. Un flash le sortit de ses pensées. Puis un autre avant que le monde disparaisse sous les agressions lumineuses.
« Monsieur Potter ! Que pensez-vous des critiques d'une part de la population qui pense que les créatures n'ont pas leur place au Conseil ?
— Voulez-vous vous lancer en politique ?
— Madame Granger ! Pourquoi avoir décidé de fermer la S.A.D.E et d'appuyer les projets de la violente association de Libération des elfes ?
—Monsieur Weasley …»
Leurs questions s'évaporèrent dans l'air et le corps massif de Ron s'interposa entre eux et les micros traqueurs. Ron lança aux journalistes le sourire qu'il avait parfait lors de leurs cours de filature à l'académie des aurors. C'était un leurre qui leur permit de traverser la foule pour atteindre la zone de transplanage.
Harry saisit le bras de Hermione avant de suivre la tignasse rousse qui surplombait la foule. Ron était son phare dans cette cacophonie. La chaleur de Hermione une braise qui le tenait droit.
Harry chavirait mais s'accrochait comme il le pouvait à ses deux meilleurs amis. Il était perdu. Il se sentait faible, vide, il avait l'impression que s'il se fixait dans tous ces miroirs somptueux qui les entouraient, il ne rencontrerait aucun visage. Harry ne savait plus qui il était ni ce qu'il désirait mais il suivit le chemin d'or que Ron lui traçait. Ron et Hermione étaient si forts alors que lui-même peinait à naviguer dans cet océan tumultueux qu'était leur vie depuis la fin de la guerre. Pourtant cela n'avait pas été facile pour eux non plus. Il ne pouvait minimiser leur peine. Les crises de panique de Ron, les difficultés à s'alimenter de Hermione, le goût salé de leurs larmes qu'il voulait engloutir, leur relation tâchée de ruptures et de réconciliations éparses. Ses amis étaient écartelés de toute part mais ils irradiaient de vie.
Lorsque Harry avait l'impression qu'il n'était que vide sans cette parcelle de Tom qui avait fait de sa vie un enfer. Il imaginait dans un fantasme glauque et réconfortant pouvoir combler les trous de son être avec la douceur et la fougue de ses amis. Se repaître d'une parcelle de leur âme, qui ne le quitterait jamais pour éviter qu'ils ne l'abandonnent. Les gens ignorants étaient idiots de considérer que Ron et Hermione étaient ses acolytes. Ils étaient les bijoux, les lumières de son existence. Son univers n'avait été que solitude et noirceur avant leur rencontre. Même s'il n'était plus rien, Harry les suivrait comme il l'avait toujours fait.
Les recherches sur la corne d'argent avec Hermione étaient devenues des sessions proches de la torture pour Teddy. Il n'y avait que la sorcière qui alimentait les discussions. Sa voix résonnait dans leur salle de travail. Seule son odeur n'était pas rance et emplie de cette gêne et de ce doute qu'il retrouvait chez Henri et Jane. Ils avaient épluché toutes les archives des musées disponibles sur le net, sans évolution notable. Aucun objet ne correspondait un tant soit peu à l'image fantasmée de la corne d'argent.
Teddy finissait par se demander s'ils ne couraient pas après une chimère. Il déposa la dernière pile de feuilles imprimées par Hermione en retenant un soupir. Il croisa le regard excédé de Jane. Teddy espérait lui rendre au moins la moitié de son animosité. Aucun d'eux ne s'était excusé. Et pour être honnête, Teddy n'avait pas envie de faire le premier pas ou d'apaiser les tensions. Il n'était pas le seul à avoir caché des informations.
« Je vais nous chercher du thé. Vous en voulez ? » demanda Hermione.
Henri expliqua avec un enthousiasme un peu trop exagéré les goûts préférés de chacun. Jane proposa à Hermione de l'aider à le préparer. À leur départ, l'air devint plus respirable.
« Teddy, vous pouvez pas continuer à vous comporter comme ça. Faites un effort pour la mission.
— Pourquoi est-ce que tu ne dis pas ça à Jane ? s'agaça-t-il.
— Tu sais bien que c'est plus difficile de lui faire entendre raison. Et c'est pas ce comportement qui te permettra de retrouver la confiance des autres membres de la meute.
— Comme si j'avais déjà eu leur confiance…
— Teddy… soupira Henri.
— Non. Je ne suis pas le seul à avoir caché des choses !
— On ne voulait pas que les doutes de Maria te poussent à partir !
— Et alors ‽ Moi, je ne pensais pas que ce que j'entendais était important ! Pourtant vous me faites un procès comme si j'avais fait exprès de nous mettre dans cette situation !
— Tu aurais pu tuer Jane, hier !
— Elle m'a attaqué en premier, rétorqua Teddy sans ciller. Tu penses que je pourrai vous trahir, c'est ça ?
— Pas de ton plein gré. Jamais. Mais Teddy… tu ne peux pas nous en vouloir de trouver la situation bizarre. Rien n'est habituel dans toute cette histoire ! On pensait que ton ancrage et ton contrôle avec ton loup seraient plus important avec l'apparition de ta liée. C'est pas du tout le cas ! Elle n'est pas là et son odeur n'est pas mêlée à ta peau en dehors de l'écharpe.
— Peut-être que c'est parce que j'ai du sang sorcier dans mes veines ! J'en sais rien moi ! Je ne vois pas pourquoi vous pensez que ma relation avec cette fille qui n'a jamais fait partie de ma vie, serait plus évocatrice, plus révélatrice que tout le temps qu'on a passé ensemble. Ça me dépasse… » avoua Teddy.
La colère lui brûlait l'estomac. Il se sentait plus défait qu'autre chose. Si cette guerre les éloignait. Si elle révélait tout ce qu'ils ne s'étaient pas dit et que ses amis et lui n'étaient pas capables de recoller les morceaux, Teddy ne savait pas ce qu'il deviendrait et s'il avait encore une place dans leur village.
« Pour l'instant, on n'a pas de réponse. La meute de Fenrir est une anomalie détraquée. Et personne ne sait l'étendue de l'emprise qu'il a sur toi. Et je ne veux pas te perdre. Jane aussi ne le veut pas. Même si elle ne te le dira pas. »
Les derniers mots de Henri mirent un terme à leur discussion. Alors qu'ils continuaient leurs recherches stériles, ce ne furent pas des tasses fumantes qui les interrompirent mais Draco. Son cousin entra dans la pièce avec la rigidité qui le caractérisait.
« Il faut qu'on te prépare pour le Conseil. » déclara l'aristocrate, sans appel.
Draco et Teddy gravitaient l'un autour de l'autre avec une grâce qui surprenait Harry. Pourtant, il ne devrait pas être désarçonné. Lorsque son filleul vivait encore chez sa grand-mère Andromeda, Draco lui avait autant rendu visite que lui. Ce n'était pas anodin si Teddy avait toujours été d'une politesse excessive. Des réminiscences de Teddy, enfant, lui revenaient en pleine face.
Ces souvenirs qui affluaient en masse ne réconfortaient pas Harry. Il avait tout fait pour que Teddy ne se retrouve pas dans cette arène journalistique. Même s'il avait eu l'éducation du parfait aristocrate durant son enfance, Harry avait tout entrepris pour que Teddy ne subisse pas toute cette pression et ces masques ridicules. Pouvait-il calmer son loup pour prétendre être l'héritier de la famille Black que personne n'attendait ?
« Si les journalistes te posent des questions, la meilleure chose à faire est de…
— Oui, je sais, Draco. Les ignorer et leur sortir un sourire suffisant et hautain. Le visage tourné un peu sur le côté, monter un peu les lèvres comme ceci…
— Ne découvre pas tes dents, tes canines pourraient les effrayer, nasilla-t-il.
— Ça devrait le faire mais pour les flashs…
— La meilleure technique pour ne pas être submergé par tous les flashs, c'est de concentrer toutes tes sensations et tes points magiques sur une autre surface de ton corps, que ce soit une canne, une montre, tes chaussures sur le sol poli ou bien….
— C'est avec cette technique que tu arrives toujours à être aussi propre et classe même sur les pires clichés ? » coupa Harry, sous le choc.
Sa vie aurait été moins hasardeuse si quelqu'un lui avait partagé ce petit secret. Sur la moitié de ses photographies de lui, Harry semblait acculé de toute part. Ses sourires étaient aussi faux que celui d'un caissier dans une grande-surface.
« Ce n'est pas une technique si compliquée que ça, Harry. Tu peux la trouver dans n'importe quel manuel de sorts et bonnes manières, répondit-Draco, amusé.
— J'ai une tête à lire ce genre de bouquins?
— Non, mais Edward en aura peut-être besoin.
— Je ne peux pas faire de magie. »
Un silence pesant accueillit sa réponse. Et Draco fixa Harry comme si c'était forcément à lui de remettre sur le tapis l'incident de la veille.
« Tu as des pouvoirs de métamorphomage. Dans tous les cas, il y a un peu de magie en toi que tu peux essayer de canaliser, déclara Harry avec tact.
— J'ai plus de chance de faire un lien avec mon loup qu'avec cette nouvelle capacité. Je ne suis même pas certain que ce soit réellement les miens.
— Ta mère était l'une des seules métamorphomages enregistrées… À qui d'autre pourrait appartenir ces pouvoirs ? demanda Draco, circonspect.
— Excusez-moi de vous déranger. On aurait besoin d'aide pour laver les petits de la meute. »
Leur conversation fut coupée par l'arrivée de Henri. Teddy botta en touche pour rejoindre son ami. Harry et Draco se retrouvèrent donc seuls. À nouveau. Passer autant de temps avec Draco mettait Harry dans une position étrangement confortable et précaire. A chacune de leurs interactions, il avait l'impression de marcher tel un funambule perdu. Cependant, il ne se sentait pas capable de mettre au clair leur situation dans l'urgence de la mission.
Draco soupira. Le son était léger mais l'inflexion de ses épaules et la moue inquiète qu'il arbora une fraction de secondes rassurèrent Harry. Il n'était pas le seul à douter et à craindre ce Conseil.
« Tu penses que c'était une bonne idée ? lui demanda Harry en l'invitant à s'asseoir sur l'un des fauteuils.
— Ce n'est pas comme si on avait vraiment le choix. Edward n'a pas oublié tout ce que je lui ai appris. Il peut être brillant.
— J'ai peur qu'il soit rongé par ses émotions ou submergé par les journalistes. J'ai toujours voulu…
— Le protéger de toute cette attention ? finit Draco. Je sais. Moi aussi. »
Cette fois, Draco ne cacha pas son dépit. Était-ce parce qu'il se sentait en confiance que l'aristocrate ne prenait plus la peine de masquer ses émotions avec lui ? La possibilité que cette hypothèse soit vraie touchait Harry.
« Pourquoi tu lui as appris toute l'étiquette et tous ces trucs alors ? demanda-t-il.
— Andromeda me l'avait demandé. Teddy était un des héritiers de la famille Black et ma mère lui tournait déjà autour… Andromeda ne voulait pas que sa maladie soit un prétexte pour que ma mère distille de mauvaises idées dans la tête de son petit-fils.
— Dans tous les cas, les Weasley et moi n'auront pas laissé faire. »
Lorsque Harry avait remarqué que les Malfoy côtoyaient son filleul, il avait pris soin d'augmenter le nombre de ses visites hebdomadaires pour s'assurer qu'ils ne lui feraient aucun mal.
Lorsqu'il s'était assuré que la chose la plus étrange que Draco lui avait apprise était la valse, Harry avait pu baisser sa garde.
« C'est parce que vous protégiez Teddy qu' Andromeda se sentait assez en confiance pour que j'apprenne à Teddy la culture des sangs-purs sans l'enjoliver. Il devait connaître ses potentiels ennemis, expliqua Draco.
— Elle me l'avait expliqué. Avant qu'elle me le dise, j'aurais jamais cru que Tonks ait aussi reçu cette éducation ! » répondit Harry.
Repenser à Tonks et toutes ses cabrioles sous les regards attendris et effrayés de Sirius et Remus était amusant et il ne put réprimer la nostalgie qui l'envahit.
« La matinée a été longue. Est-ce que tu voudrais du thé ? demanda Draco, le coupant dans sa rêverie.
— Tu n'en as pas bu un il y a moins de trois heures ? T'es complètement accro.
— Oh, ça va, bougonna-t-il.
— Je vais te faire une tisane.
— C'est moins bon, se plaignit Draco pour la forme.
— Je suis un as des boissons. Tu aimeras tellement ma tisane que tu en rêveras la nuit.
— J'en doute. Verse-la moi dans la tasse avec l'image du vilain petit canard, ça me fera passer le goût douteux. » rétorqua-t-il.
Draco s'avachit dans son fauteuil avec la grâce d'un pacha. Le petit sourire de contentement qui franchit ses lèvres retourna les entrailles de Harry alors qu'il se levait pour préparer sa concoction.
Même si Harry était encore pétri de doutes et d'angoisse, il se dit que Draco et lui ne formaient pas une si mauvaise équipe. Ils mettraient tout en œuvre pour protéger Teddy comme ils l'avaient toujours fait.
Printemps 2005
Harry était agacé. Il savait que ses sentiments étaient puérils mais il n'arrivait pas à se contrôler. Il cuisinait donc une horde de gâteaux qu'il devrait masquer avec des enchantements pour éviter que toute la maison ne se goinfre de sucreries. Harry n'aurait pas dû prendre ses congés annuels. Il n'aurait jamais dû écouter Ron. S'il remplissait une masse de paperasse ou se battait contre un sorcier louche, il ne passerait pas son temps à s'inquiéter pour la grossesse de Ginny à chaque fois qu'elle bougeait, à paniquer à cause des résultats catastrophiques de James à l'école, à s'assurer que Lily se remplume et que Teddy arrête d'abîmer toute leur literie en la malaxant comme un forcené. S'il était chez les aurors, Harry ne pâtisserait pas comme un dément parce qu'il était jaloux. Il finit le glaçage de son énième fraisier. Cuisiner était un mécanisme de défense moins dangereux qu'une envie de se faire du mal. Son ancienne psychomédicomage serait fière de lui. Il fut coupé dans son travail par une sonnette à la porte. Harry n'avait pas besoin de se déplacer pour deviner l'identité de la personne à l'entrée de la demeure. La porte d'entrée s'ouvrit sans difficulté à la présence de Ginny. Elle irradiait de vie. Non. C'était plus puissant que ses mots fades. Elle n'était que flammes et lumière. Sa robe ample fleurie ne masquait plus son ventre rond qui portait la vie. Même de loin, il pouvait compter chacun des grains de beauté qui embrassaient la peau de son cou pâle. Elle était belle. Et son sourire effaçait son tourbillon de pensées éclectiques. Elle se débarrassa du gilet en laine qui recouvrait ses bras et laissa la maison l'accrocher sur le portant. Puis Ginny s'avança vers lui avec ce sourire amusé qui pouvait arracher le sien en miroir. Ses yeux chêne se posaient sur lui avec cette douceur directe qui le prenait toujours au dépourvu. Quand est-ce que Harry arrêterait d'être chamboulé par son regard chargé d'amour ? Sans doute jamais. Et il n'était pas certain d'en avoir envie.
Il se retint de sourire comme l'imbécile guilleret qu'il était avant de se concentrer à nouveau sur sa cuisine.
« Pourquoi tu fais la tête ?
— Je ne fais pas la tête, répondit Harry.
— Menteur… chuchota-t-elle avant d'embrasser sa joue.
—Je n'ai pas le droit à un baiser ? se plaignit-il.
— Quand tu arrêteras de faire cette tête de constipé. Je suis ravie qu'on ait des desserts pour les deux prochaines semaines mais j'aimerais bien savoir pourquoi. » répondit-elle avec une fausse innocence.
Harry savait qu'il était de mauvaise foi mais il ne voulait pas parler de ses états d'âmes absurdes.
« C'est pas important…» marmonna Harry en finissant son chef d'œuvre culinaire.
Ginny saisit sa main saupoudrée de sucre glace pour la poser sur son ventre rond. Malgré la couche de tissu, il pouvait sentir les pieds tambourinant de leur enfant.
« Pourquoi t'es fâché, Papa ? Dis moi ? Dis moi ? questionna-t-elle avec une voix enfantine proche de celle d'un gobelin qu'on aurait étranglé.
— C'est ridicule Ginn… pouffa-t-il.
— Comment tu peux me trouver ridicule Papa ! C'est une honte de traiter ainsi le grand Bubus alors que je ne suis même pas encore sorti de là !
— Tu te rends compte qu'à force de l'appeler Albus, on lui trouvera pas d'autres noms ?! s'amusa Harry.
— Au pire, il aura un prénom d'un autre temps…
— Malgré tout le respect que j'ai pour Dumbledore, j'ai pas envie que notre fils ait un nom aussi bizarre et subisse des moqueries à Poudlard.
— Ce sera toujours mieux que les noms que Draco cherche pour le sien. »
À l'évocation de son ancien rival, Harry roula des yeux, malgré lui. Bien entendu, Ginny le remarqua :
« Ne me dis pas que ça te gêne tant que ça que je traine avec lui…
— Non. Je sais que Luna veut que vous passiez votre grossesse ensemble.
— Oui. Et ce n'est pas si terrible que ça. Draco a changé… De toute façon, tu le sais bien avec toute cette histoire avec Teddy !
— Je sais mais maintenant tu l'appelles même par son prénom, grommela Harry.
— Ne me dis pas que t'es jaloux ? se moqua Ginny.
— Non…C'est juste…Tu passes beaucoup de temps avec Luna et donc avec lui…
— Tu sais qu'il est gay ? Si ça te gêne tant que ça, tu n'as qu'à m'accompagner dans sa maison secondaire demain.
— Ah nan. Il réussit toujours à me mettre sur les nerfs, à critiquer tout ce que je fais ! Il est toujours aussi arrogant ! Il essaie de se donner de nouveaux airs avec ses jolies tenues moldues mais il m'aura pas !
— Harry, tu vas pas recommencer ton obsession ! Limite, c'est moi qui devrais être jalouse…
— J'ai jamais été obsédé par Malfoy !
— Tu l'as suivi toute ta sixième année pendant qu'on se tournait autour. Permets-moi d'en douter.
— C'est faux… »
Ginny lui embrassa à nouveau la joue avant de lui tapoter la tête avec ce côté maternant qui lui donnait envie de la couvrir de douceurs ou de se plaindre. Mais n'importe quel toucher de Ginny était plus intense et chaleureux qu'un Felix Felicis et Harry abdiqua. C'était un homme faible. Il suffit que ses lèvres touchent les siennes. Que la caresse de son souffle et la pression de sa langue alanguissent ses dernières résistances pour que son tourbillon de doutes s'étiole. Il n'y avait rien de plus rassénérant et évident que les baisers de Ginny. À fleur de peau, sa magie crépitant sous son épiderme, il se sépara du rouge de sa bouche. Harry se demandait comment elle faisait pour garder contenance alors que lui était déjà en train de perdre le contrôle.
« Tu m'accompagneras demain ?
— Oui… » soupira-t-il à bout de souffle.
Son sourire était si éclatant que Harry se demanda pourquoi il avait repoussé cette invitation. Il pouvait supporter Malfoy pour elle. Et même prendre le thé avec lui sans l'ignorer.
Eniola Zabini détenait une montagne de secrets. Et dans ce monticule impénétrable de souffrances et de violences masquées, le plus compliqué à déterrer était le nombre de personnes qu'elle avait tuées. Tout le monde savait que Madame Zabini était une tueuse en série. Si elle était libre, c'était parce qu'aucune preuve tangible n'avait jamais été retrouvée pour l'arrêter. Du royaume d'Ife à Londres, elle n'avait jamais laissé aucune trace derrière elle.
Ayaba ne s'était jamais voilé la face. On ne lui avait pas caché à quel point sa grand-mère était dangereuse. Sa grand-mère avait été élevée comme tous les membres de sa famille et du clan Babatunde, pour être le bourreau et l'arme personnelle de la couronne.
Elle avait tué un nombre incalculable d'opposants dans l'ancien régime de la cité d'Ife. Toute la famille d'Eniola avait péri de ses mains lors de sa fuite du pays. Ayaba savait que son oncle Bamidele était le seul survivant du massacre.
Eniola était une veuve noire. Toute sa fortune s'était construite en s'appuyant sur les fonds de ses amants et de ses défunts maris. Ce n'était pas pour rien que son père avait tout fait pour construire sa fortune sans utiliser un seul gallion d'Eniola.
La relation entre son père et sa grand-mère était conflictuelle, ambivalente, teintée de peur et de respect. C'était sans doute l'exil et la solitude qui faisaient que malgré toutes les horreurs, ils n'avaient jamais coupé les ponts.
Avant même les Parkinson, Eniola avait été la première à accepter Ayaba comme petite-fille. Même si elle avait déshérité son fils pour ses affronts, elle lui avait légué un de ses manoirs pour qu'il ait un toit sur la tête quoi qu'il advienne.
Sa grand-mère était dangereuse mais elle avait des principes, aussi tordus étaient-ils.
Et malgré la crainte et la honte qu'Ayaba ressentait vis-à-vis d'elle, elle avait toujours préféré Eniola à sa grand-mère maternelle.
Elle avait toujours préféré les Zabini aux Parkinson. La seule raison pour laquelle elle portait son deuxième nom était pour sa mère. Pansy était une femme courageuse, qui avait sauté dans le vide pour vivre comme elle l'entendait et lui offrir le meilleur.
En se concentrant assez, Ayaba avait réussi à transplaner dans le manoir principal de sa grand-mère. Eniola avait passé un temps fou à le redécorer faisant oublier l'ancien propriétaire des lieux. Il s'agissait de l'ancien manoir de son deuxième mari dont Ayaba n'avait même pas pris le temps de retenir le nom. Elle ne se souvenait que d'un sorcier peu intéressant sans descendance.
Ayaba avançait dans les couloirs, comme si elle était en cavale. Elle n'avait pas beaucoup de temps. Un seul faux pas et elle pourrait tomber sur sa grand-mère. Ou pire, son père.
Ayaba était censée être auprès de ses cousines à Lagos. S'ils se rencontraient, elle devrait expliquer les nouveaux pouvoirs de téléportation surprenants qu'elle possédait et qui défiaient toutes les barrières magiques et Portoloins existants. Elle devrait parler du loup-garou.
Faire un tel pacte avec Edward était une folie que ses parents ne lui laisseraient pas commettre, même pour protéger les siens. Ils ne seraient pas au courant avant que les journalistes en parlent. Ayaba se l'était juré.
Elle ne pouvait pas être naïve. Il était impossible qu'Edward passe inaperçu. Lorsqu'elle se tiendrait à son bras pour l'épauler, les journalistes prendraient un plaisir malsain à déterrer tous les cadavres de sa famille.
Ayaba ne serait jamais considérée comme une sorcière légitime dans ce Conseil. Elle en était consciente et s'en fichait. Mais pour limiter la casse et jouer sur les symboles, Edward et elle devaient faire un pied de nez à la communauté sorcière britannique.
Ayaba se trouva enfin dans le couloir qu'elle cherchait. Au moment où elle allait invoquer la formule de la porte secrète, les voix de son père et de sa grand-mère la coupèrent dans son élan. Elle se cacha derrière les lourds rideaux à sa disposition, paniquée.
« J'ai récupéré toutes les informations sur le tambour caché dans la National Gallery. Monsieur Ode connait un agent de sécurité moldu qui travaille au musée. Je le rencontre dans deux jours avec un autre groupe, expliquait son père.
— Même avec le coordinateur des sorciers Yoruba de la diaspora, il sera difficile de voler un objet moldu sans créer d'incidents diplomatiques, répondit Eniola. Et tout le monde est trop lâche dans le monde des Petites ou des Grandes-flammes pour faire quoi que ce soit.
— Ecoutez, Mère. Vous passez votre temps à critiquer toute action faites par les gens à longueur de temps sans bouger le petit doigt. Même si vous vous en fichez que mon oncle soit dans le coma ou qu'Ayaba puisse être en danger, est-ce qu'il ne vous reste pas une once d'attachement pour la cité d'Ife ? »
Ayaba retint son souffle au son de la claque fusant l'air. Son père n'avait pas l'habitude de manquer de respect ainsi à sa génitrice, encore moins en yoruba.
« Personne n'a donné autant pour la sécurité de la cité d'Ife que moi ! Personne n'a versé autant de sang pour protéger notre peuple que moi, tu m'entends ?! fulmina Eniola.
— Alors, donnez-moi toutes les informations que vous auriez sur ce tambour, Mère. Avant le massacre, notre famille était la plus proche de la couronne. Nous cachions tout. Vous pourriez nous donner des pistes sur la Grande-flamme qui aurait un lien avec ce bol…
— Personne ne veut parler ou être accoquiné avec moi sauf lorsque vous voulez extorquer les informations ou les objets que j'ai arrachés de mes propres mains. »
À ses mots, Ayaba sentit le regard de sa grand-mère se poser sur le rideau derrière lequel elle était cachée. L'avait-elle vue ? La question était stupide. Eniola Zabini était une tueuse hors-pair. Elle avait dû sentir sa présence depuis qu'elle avait mis un pied dans le manoir.
« Mettez votre égo de côté. Tout ce sang versé aura été inutile si la cité d'Ife s'écroule à cause des ombres de Fatumbi, rationalisa son père.
— Ne me parle pas avec autant d'impertinence, Blaise. Est-ce que tu me prends pour une idiote ?
— Je ne me le permettrai jamais.
— Amène moi à mon bureau. Je te dirai ce à quoi ce bol me fait penser. Et n'oublie pas de me rendre mes plumes avant. Je déteste qu'on ne me rende pas mes affaires. »
Cet avertissement était destiné à Ayaba. À son grand étonnement, sa grand-mère ne la dénonça pas et continua son chemin comme si de rien était. Le son de leurs chaussures cirées s'éloigna d'elle et Ayaba se dégagea enfin de la chaleur des rideaux. Son cœur tambourinait dans sa poitrine alors que ses mains devenaient moites. Elle n'était jamais revenue seule face à cette pièce depuis huit ans.
Face au mur du couloir désert, Ayaba récita une incantation : "Seul mon silence me protègera".
Une porte en bronze se matérialisa sous ses yeux. La jeune sorcière saisit la poignée en forme de serpent avant de s'engouffrer dans le repère secret de sa grand-mère.
Eniola Zabini était une femme dangereuse. Mais ce que personne ne savait, pas même son fils, c'était qu'elle avait tué plus que ses six époux depuis qu'elle avait mis un pied sur le sol britannique. Elle avait tué quinze sorciers depuis qu'elle était en Angleterre.
Elle avait une manie rédhibitoire. Comme de nombreux criminels de son acabit, elle aimait garder un trophée de ses victimes. Pour ses anciens maris, leur fortune ou leurs propriétés étaient des souvenirs amplement suffisants. Mais où pouvait-elle cachée les trophées des victimes que personne ne soupçonnait ?
Chez elle. Dans une pièce secrète qu'Ayaba avait découvert par erreur lors de son deuxième hiver passé chez sa grand-mère paternelle.
Cette salle finement décorée était comparable à un musée. Chaque objet appartenant à ses neuf autres victimes masculines était exposé derrière une vitrine et flottait à travers la glace, figé par un sort qu'Ayaba n'avait jamais cherché à retrouver.
Ce décor lui donnait froid dans le dos. Ayaba aurait pu mourir dans cette salle si la crainte de sa grand-mère à l'idée de perdre son seul fils n'avait pas été plus fort que son désir de protéger ses secrets les plus morbides.
Ayaba n'avait jamais vu l'intérêt d'en parler à son père. Une victime de plus ou de moins ne changeait pas grand-chose. Enfin, elle ne voulait pas augmenter la douleur qu'il portait déjà.
Ayaba s'arrêta devant une canne et soupira de soulagement en lisant l'écriteau qui l'accompagnait :
Cygnus Black III - 12 Mars 1994.
Ayaba ne s'était pas trompée. Le dernier meurtre en date de sa grand-mère était bel et bien celui de l'arrière-grand-père d'Edward. Et cette canne perdue, vestige de cet homme affreux au passé illustre scierait parfaitement aux mains de son âme-sœur.
D'une main tremblante, elle se saisit de la canne et un souvenir afflua. Elle craigna d'être emportée dans le temps par Eshu, mais seules des bribes des pensées de l'ancien propriétaire traversèrent son esprit : "Toujours pur", "Traitres à leur sang", "Domination".
La haine qu'elle ressentit lui donna la nausée mais étrangement, Ayaba ne s'était jamais sentie aussi maitresse de son destin que depuis qu'elle tenait cette canne entre ses mains.
Même si elle était liée à Edward, sa grand-mère avait tué un Black. Ayaba ne serait pas faible. S'il tentait de la piéger, elle le tuerait sans la moindre hésitation.
« Trouvé ! s'exclama Jane, survoltée.
— De quoi ? sursauta Henri, au bord de la somnolence.
— La corne d'argent ! Je suis certaine qu'il pourrait s'agir de ce truc ! » déclara-t-elle en double- cliquant comme une forcenée sur l'image de l'objet de collection.
Jane retourna sa tablette pour leur montrer l'image de la corne celtique conservée dans les réserves de la National Gallery. Hermione se pencha de suite sur l'histoire de l'instrument, qui avait été volé en Irlande au XIXe siècle.
« Il pourrait s'agir de cette corne… déclara Hermione après un temps interminable de réflexion. Dans tous les cas, j'ai un doute sur d'autres cornes cachées dans les galeries du musée. On devra y faire un tour, même sans certitude.
— Comment on pourra voler une œuvre d'art sans se faire prendre et sans casser le secret magique ? demanda Henri dubitatif.
— Un peu de sorts d'illusion et de polynectar et le problème sera réglé ! » s'amusa Hermione.
Teddy trouvait Hermione un peu trop à l'aise à l'idée d'enfreindre la loi. Cependant, le fait que cette corne puisse se trouver dans le même musée que le bol qu'Ayaba voulait acquérir était un atout non négligeable. Teddy n'aurait pas à s'infiltrer dans des bâtiments nationaux sous couverture deux fois de suite.
Alors qu'il se demandait quand il devrait mettre sur le tapis la requête de son âme-sœur, Teddy sentit l'odeur enivrante d'Ayaba emplir ses narines et raviver ses sens. L'hibiscus se faisait un chemin jusqu'à lui. Et son loup était capable de la localiser sans peine. Elle était dans sa chambre.
Teddy se demanda comment elle avait fait pour transplaner jusqu'à chez lui sans qu'il ne la sente arriver. C'était difficile de ne pas avoir de mode d'emploi de leur lien.
Ayaba était en train de tourner en rond dans sa chambre. Les tambourinements de son cœur le mettaient en alerte. Teddy sentait que chaque pulsation dans ses veines se greffaient au rythme de son âme-sœur. Ayaba était sur ses gardes. Une angoisse fébrile l'accompagnait toujours et même de loin, il pouvait percevoir ce halo d'énergie incommensurable qui émanait d'elle.
Ayaba était là, sur son territoire. Elle n'était plus à cent mille lieues de lui. Et même si elle ne venait que pour préparer leur entrée au Conseil, son loup s'assagissait de soulagement en sa présence. Jane coupa le fil de ses pensées.
« Quand est-ce que nous aurons l'honneur de rencontrer ton âme-sœur ? demanda-t-elle, agacée.
— Puisque je ne suis pas un véritable membre de la meute, je ne vois pas en quoi notre relation te regarde, rétorqua Teddy.
— Teddy… soupira Henri.
— Sa présence instable perturbe les petits de la meute. Ils ont déjà du mal avec tous les loups de la meute de Fenrir auxquels on commence à se lier. » expliqua-t-elle, les lèvres pincées.
Teddy se demandait si elle l'incluait dans les membres de la meute ennemie pour le blesser ou si Jane pensait vraiment qu'il n'était plus des leurs.
« Ce n'est pas bizarre, Jane. C'est normal que son loup veuille se l'accaparer avant de nous la présenter. J'ai pris deux mois avant de vous présenter Rachel officiellement.
— Mais ce n'est pas pareil. On la connaissait tous et…
— Ayaba ne se présentera pas à vous tant qu'elle ne sera pas prête et ne m'aura pas donné son accord. » coupa Teddy, sans appel.
Leur relation était en cours de définition. Ils s'utilisaient pour atteindre leurs objectifs. Ils n'avaient rien du couple amouraché habituel qui s'affichait à tous les membres de leur famille. Ils n'étaient même pas en couple pour commencer. Néanmoins, Teddy se devait de ne pas la jeter dans la fosse aux loups sans l'y préparer.
« En temps normal, ça ne m'aurait pas gêné mais nous sommes en guerre, déclara Jane.
— Justement, il est hors de question qu'elle se présente à une meute à laquelle je ne peux pas faire confiance ! lâcha Teddy.
— Tu parles de quelle meute exactement ?
— À ton avis ‽
— Calmez-vous, il y en a marre, se plaignit Henri.
— Je comptais aller dans ma chambre de toute façon. » dit Teddy avant de quitter la pièce.
Il croisa le regard surpris de Hermione qui avait préféré se mettre en retrait lors de leur altercation . Elle suivait les conseils de Harry avec brio et réussissait à se faire oublier sans problème lors de leur dispute.
Teddy marcha d'un pas vif jusqu'à sa chambre. Il croisa deux autres membres de la meute qui le fixaient avec des sourires narquois et ignora le hèlement de David qui lui disait qu'il avait hâte de rencontrer la fameuse sorcière.
La remarque irrita Teddy alors qu'il grimpait quatre à quatre les escaliers. Face à sa porte, il hésita. Il craignait de perdre le contrôle. Il ne savait pas si cet étau autour de son cœur serait la cause de sa perte.
Teddy ouvrit la porte d'un coup sec avant de s'enfermer à double tour. Ayaba était là, assise sur le divan que la maison avait fait apparaitre après son passage. Elle tenait dans sa main la peluche en forme d'oiseau de son enfance. Et Teddy n'avait aucune envie de lui arracher son jouet favori. Elle avait retiré ses baskets déposées juste au pied du meuble apparu rien que pour elle. Sa présence semblait si naturelle. Son cou gracile était dégagé, ses cheveux relevés en queue de cheval comme à leurs retrouvailles au festival. Son odeur se mêlait à la sienne en une harmonie sécurisante qui ne perturbait pas assez Teddy. C'était comme si son loup l'attendait depuis toujours.
« Comment ça se fait que tu sois déjà là ? demanda Ayaba, perplexe. J'ai à peine eu le temps de me poser.
— Je peux sentir ta présence. Si tu ne veux pas que j'arrive tout de suite, autant prévenir en sonnant à la porte ou en m'écrivant avant, répondit-il.
— Je ne vais pas sonner à la porte, rétorqua-t-elle. Je ne veux pas qu'on sache que je suis ici. Si monsieur Malfoy est au courant, je suis morte. Il le dira forcément à mes parents avant qu'on ait pu mettre notre plan à exécution.
— Pour l'instant, Draco a pas fait le rapprochement entre mes nouvelles capacités et toi. Enfin, il n'a pas cherché à savoir que c'est toi mon âme-soeur. Mais c'est qu'une question de temps avant que Harry crache le morceau. Par contre, toute la meute est au courant que tu es ici.
— Comment ça ?! s'alarma-t-elle.
— Nous sommes des loups-garous. On est capable de sentir les traces de quelqu'un à plusieurs centaines de mètres.
— Merlin, je suis conne. J'y avais pas pensé ! »
Teddy sentait son inquiétude. Il lui laissa digérer l'information mais fut surpris de la rapidité avec laquelle elle passa à autre chose.
« Bref, je suis venue pour savoir quelle tenue tu avais pris et pour choisir une heure et un lieu de rendez-vous. » déclara-t-elle avec détermination.
Teddy sortit la robe de sorcier et le pantalon de costard noir que Draco lui avait dégotés. Elle s'inspirait des costumes à queue de pie des moldus. La seule touche de couleur était la chemise blanche de l'ensemble. La matière était fluide et légère. Pas le genre à coller à la peau. Draco avait fait un excellent choix. Il lui avait trouvé une de ses anciennes capes avec un écusson discret des Black.
« Qu'est-ce que tu en penses ? » demanda-t-il avec appréhension.
Pourquoi son avis comptait-il autant ? Il n'était pas aussi désintéressé que Harry mais Teddy n'en avait rien à faire de ce qu'on pensait de son style d'habitude.
« Monsieur Malfoy a bon goût. Ce sera pas compliqué de m'accorder avec tout ça. Il manque juste un accessoire, déclara-t-elle en sortant de sous le divan un paquet.
— Qu'est-ce que…? »
Teddy retint une exclamation de surprise en découvrant la canne serpentée d'un crane en argent. En dessous de ce crane était inscrit dans le bois d'ébène le nom de Cygnus Black.
« Comment est-ce que tu as trouvé cette canne ? Toutes les affaires de Cygnus Black ont brûlé lors de l'incendie du manoir Black…
— En 1994. Je sais, je suis géniale. Tu devras juste me la rendre après la cérémonie pour que je la dépose ou je l'ai chapardée. Tu vois à quel point tu as de la chance d'avoir une âme-sœur telle que moi ?
— Tu ne réponds pas à ma question.
— C'est un secret, lui répondit simplement Ayaba. Tu n'as pas besoin de connaitre tous mes petits tours de passe-passe. La seule chose qui compte, c'est qu'on ait l'air sérieux à cette réunion.
— On ne doit pas juste ignorer les journalistes ?
— Non ! Enfin si mais nous devons les ignorer avec classe et assurance. Être un couple fort et puissant. Et ta légitimité brinquebalante sera réhaussée par la canne de ce monstre. » présenta Ayaba avec emphase.
Ayaba parlait avec l'assurance d'une metteuse en scène ou bien d'une meneuse de jeu. Ce n'était pas un accident si elle avait dirigé l'équipe de Quidditch des Serpentards.
« Tu veux te mettre en scène.
— On sera le clou du spectacle qu'on le veuille ou non, Edward. Et tous les regards seront forcément braqués sur toi. Sur nous. Je suis ton accessoire après tout.
— Tu n'es pas…
— Les journalistes et le monde le verront ainsi. C'est du pareil au même. À quelle heure est-ce que vous arrivez devant la salle du Conseil ?
— Si tu veux qu'on soit le clou du spectacle. Le mieux est que nous arrivions ensemble directement. On peut se retrouver ailleurs avant le départ.
— Où ? »
Teddy lui envoya par téléphone les coordonnées du seul endroit où il savait qu'on ne chercherait pas à le retrouver : la maison de sa grand-mère décédée.
« D'accord. Cette maison est du côté sorcier ?
— Oui. Comme ça, les membres de la meute ne seront pas que tu es avec moi. »
Ayaba les éviterait plus longtemps et en prime, aucun autre loup ne pourrait sentir son odeur enivrante à part lui.
« Pour revenir à ça. Je n'ai aucune envie que les membres de ta meute détectent mes faits et gestes dès que je viens chez toi parce que je suis ta liée. C'est quel genre de stalking avancé ça ?
— Haha… Malheureusement je ne suis pas sûre de pouvoir faire quelque chose à ce niveau. Ton être est déjà liée à la meute.
— Et comment ça se passe exactement ? En quoi ça diffère d'une autre personne que vous pourriez sentir dans la maison.
— On a un réseau dans notre esprit. On peut communiquer par la pensée, ressentir des émotions plus ou moins fortes des autres, localiser plus facilement un membre à une distance plus importante. C'est très utile en cas de danger.
— C'est comme notre lien d'âme-sœur, alors ? s'alarma Ayaba.
— Non, pas à ce point. On peut choisir quand on ouvre les vannes ou pas et à qui l'on veut s'adresser. Par contre, on ne peut rien faire pour la localisation.
— Si c'est le cas pourquoi je n'arrive pas à sentir les autres membres de ta meute, moi … C'est parce que je ne suis pas un loup-garou ?
— Harry ne sent pas les membres de la meute mais c'est parce qu'il n'a pas d'âme-sœur. En théorie, tu es censée développer cette capacité même si tu étais une simple moldue. C'est possible qu'avec la guerre et le fait que ma place dans la meute soit… compliquée, ça affecte ton propre lien, réfléchit Teddy.
— Si ça pouvait le rester, ça m'arrangerait. C'est déjà difficile de ressentir tes émotions à plusieurs kilomètres. Je n'ai pas signé pour qu'une ribambelle d'inconnus ait une possibilité de rentrer dans ma tête, se plaignit Ayaba. Tu es sûr qu'il y a aucun moyen ?
— De quoi ?
— De faire en sorte que ce lien ne soit qu'entre nous. Je n'ai pas envie de faire partie de ta meute pour l'instant. Il y a peu de chance que j'accepte un jour qu'on puisse me traquer de la sorte.
— Même en te débarrassant du lien avec les autres membres de la meute, je pourrais toujours te traquer…
— C'est plus simple de tuer un loup garou plutôt qu'une meute tout entière, pas vrai ? »
L'assertion surprit tant Teddy qu'il manqua de se bloquer la nuque. Ayaba le fixait avec une nonchalance feinte. Elle se comportait comme si elle ne venait pas de lui faire une menace de mort à peine déguisée. Teddy aurait dû ressentir de l'effroi et de la crainte à l'idée que la "femme de sa vie" puisse penser à le tuer sans une once de remords. À la place, il ne ressentait que de la curiosité et un amusement glauque.
« Je ne pense pas que ce serait une bonne idée de tuer toute une meute. À moins de vouloir avoir une épée de Damoclès à vie au-dessus de la tête et de ne pas avoir peur de se faire dépecer par des loups vengeurs, déclara Teddy.
— Je pense que tu sous-estimes ma capacité à m'en tirer.
— Peut-être bien. Mais on peut essayer d'arranger ça sans un bain de sang. Peut-être qu'il y a une capacité qu'on n'a pas exploré ensemble après tout.
— Hmm, bougonna Ayaba.
— Est-ce que je peux … ?
— Quoi ?
— Te toucher. »
Ses sourcils se réhaussèrent aussi rapidement que s'agrandirent ses yeux à sa demande. Teddy se sentit rougir mais se reprit. Il devait arrêter de faire la vierge effarouchée.
« Hors de question ! s'insurgea-t-elle.
— Te prendre les mains. Pas commettre des actes salaces avec toi.
— Wouah, je ne pensais pas que Monsieur avait autant de vocabulaire.
— Ayaba…
— Tiens… »
Elle lui tendit ses mains qui tenait encore la canne avec fermeté. Ses ongles avaient déjà été manucurées et étaient aussi rouges que les roses sur l'insigne de la famille Parkinson. Lorsque Teddy posa la pulpe de ses doigts sur son épiderme, leur rythme cardiaque s'accéléra.
Sa peau était fraîche comparée à la sienne. Si douce. Des éclats bleutés s'échappèrent de ses pores. Des étoiles, des étoiles au bout des doigts. Elles étaient plus brillantes que celles que Teddy pouvait admirer dans le ciel les nuits d'ennui. Ces explosions incandescentes dansèrent sur ses propres avant-bras. C'était brûlant mais il n'avait aucune envie d'échapper à cet incendie.
Teddy fit un premier pas vers elle. Leur poitrine se frôlait et se mouvait à l'unisson. Chaque inspiration était un moment de communion étrange. Teddy se sentait moins agité, plus ancré dans l'instant présent.
Il ne voulait pas se perdre au niveau de sa jugulaire. Il commit donc l'erreur de reporter son attention sur le visage d'Ayaba. Mais les pupilles sombres d'Ayaba et ses longs cils maquillés qui papillonnèrent sous une surprise craintive le troublèrent plus que de raison.
« Ed- Edward… qu'est-ce qui nous arrive ? souffla-t-elle alors que les battements de son cœur chaloupaient sans faillir.
— Je ne sais pas … Mais est-ce qu'on peut aller plus loin ?
— Co-comment ?! »
Teddy suivit son instinct et approcha son visage d'Ayaba, figée. Elle sentait si bon. Sa peau n'avait presque aucune imperfection si ce n'était cette petite sécheresse autour de son nez.
« Pourquoi tes yeux brillent … ? » chuchota-t-elle.
Sa question s'étrangla dans sa gorge lorsqu'il posa son front contre le sien. Et qu'ils tombèrent ensemble.
Leurs senteurs mêlées étaient l'odeur la plus rassurante qui l'avait enveloppé depuis des lustres. Et tout autour d'eux, une nature florissante les entourait. La forêt dans laquelle il se trouvait était plus belle que celle de Faol. Et Teddy pesait ses mots. Il avait l'impression d'être plongé dans un rêve familier.
Ayaba observait les lieux avec circonspection. Elle n'avait pas lâché ses mains. Son attention se fixa sur la voûte céleste et elle lui demanda :
« Ce sont ces liens dont tu parles ? »
En relevant son visage à son tour, Teddy se rendit compte que des dizaines de fils magiques étaient reliés à des constellations lointaines qu'il reconnut. C'étaient les représentations des esprits de sa meute. Un peu plus loin, il pouvait apercevoir les liens putrides qui se créaient avec la meute de Fenrir.
Teddy et Ayaba avaient eux-mêmes des fils argent qui les reliaient à toutes ces constellations d'âmes.
« Oui, ce sont bien les connexions entre tous les membres.
— J'ai envie d'essayer.
— De quoi ?
— De me cacher d'eux. Nous sommes dans notre tête, non ? »
Ayaba sortit sa baguette et un bracelet aux pierres rouges qu'elle enserra. Une boule magique d'énergie de plus en plus noire grossissait sous leurs yeux. Tel un obscurus, elle les recouvrit rognant les liens d'Ayaba jusqu'à qu'il ne reste aucune miette. Puis le nuage ombrageux les isola du reste du monde. Les liens épars de Teddy avec Jane et Henri étaient plus fragiles que jamais.
Cependant, le soulagement d'Ayaba à l'idée d'être libérée de tous ces éclats dans l'espace, de tous ces esprits qu'elle ne connaissait pas, le touchèrent trop pour qu'il panique.
Teddy n'avait jamais vu une personne être aussi détendue à l'idée de couper des liens. Il n'avait toujours ressenti que de la peur à l'idée de perdre une relation et un être cher. Avant de voir Ayaba opérer, il n'aurait jamais pensé que briser des liens puisse être aussi libérateur.
Dans l'obscurité de cette énergie, Ayaba brillait et il ne pouvait détourner les yeux.
« T'as un problème avec ma tête ? se renfrogna-t-elle.
— Est-ce que tu peux arrêter d'être sur la défensive à chaque fois ? rétorqua Teddy, agacé.
— Pas quand tu me regardes comme ça.
— Comment ?
— Avec tes yeux de loup. Peu importe, on devrait quitter la forêt. Le problème est réglé. Ton idée était pas si bête, finalement.
— Ne sous-estimes pas ma capacité à trouver des solutions pour qu'on s'en sorte.
— J'espère que t'auras autant de talent d'acteur que de perspicacité. Sinon, on est dans la merde pour demain. »
Teddy voyait sa dernière assertion comme un défi. Et il n'avait envie que d'une seule chose, le relever pour la surprendre et lui faire perdre ses mots. Ce fut la pensée qui le traversa avant que leur monde ne s'étiole et qu'ils retrouvent les murs étroits de sa chambre.
L'odeur du polynectar en décoction collait à sa chemise mais Draco ressentait tout de même du soulagement à l'idée d'avoir fini l'étape la plus importante de cette potion. Le polynectar n'était pas une des potions les plus difficiles. Cependant, il demandait une habileté et une attention particulière surtout lorsqu'on mêlait plusieurs mèches de cheveux pour créer un tout nouveau physique.
« Je ne savais pas qu'utiliser des larmes de hibou pouvait accélérer le processus. Comment ça se fait que ça ne se trouve dans aucun livre ? demanda Hermione, qui touillait la préparation.
— Mon arrière-grand-père maternel s'est rendu compte de cette petite propriété. Il n'avait pas envie de donner son astuce à n'importe qui, expliqua Draco.
— Ça m'aurait été utile à Poudlard…C'était pas facile de transformer des toilettes en labo.
— Quand est-ce que tu as fait du polynectar à Poudlard ? demanda Draco, sous le choc.
— Ce n'est qu'un détail.
— Ne fais pas la modeste, Mione, c'était en première année, les coupa Weasley en finissant de taper son compte rendu.
— Mais c'est une potion trop dure pour … Peu importe, je n'ai même pas envie de savoir ce que vous avez fait avec ça.
— Héhé, vaut mieux pas… ricana Weasley
—Sois un peu sérieux Ron… » se plaignit Hermione.
La demande était de mauvaise foi car Draco voyait qu'elle se retenait de rire avec son mari tant bien que mal.
Même s'il n'avait pas les mêmes références que le couple, il était encore plus aisé de travailler avec Granger que Weasley. Elle était toujours aussi brillante et efficace. Elle avait suivi chacune de ses recommandations lors de la préparation sans faux pas.
Paradoxalement, travailler avec Granger et Weasley était moins gênant que de travailler avec Harry. Draco avait la chance de pouvoir se perdre dans son travail sans craindre de se compromettre.
« Waouh, l'odeur de cette potion est toujours aussi épouvantable ! Vous avez fini ? » demanda Harry en s'engouffrant dans la pièce.
La vapeur troubla les verres de ses lunettes rondes. Et Harry ne se rendit même pas compte que Granger avait formulé un sort pour s'en débarrasser tandis qu'il continuait à parler et qu'il s'émerveillait devant la potion.
Draco peinait à suivre la conversation, trop obnubilé par le sourire de Harry, les mouvements éparses de son corps et les moues de son visage tandis qu'il écoutait avec attention sa meilleure amie.
« Vous êtes trop forts ! Merci encore pour ça ! Ce sera un jeu d'enfant de s'introduire dans la National Gallery avec !
— C'est vrai que ça ne devrait pas être si compliqué, appuya Weasley.
— Je meurs de faim… se plaignit Granger.
— Je vais tous nous chercher les restes de la tourte que j'ai préparée ! déclara Harry avec enthousiasme.
— Attends, je vais t'aider à prendre les desserts ! » ajouta Ron en le suivant dans sa précipitation.
Draco et Granger étaient à nouveau seuls. Draco s'installa confortablement dans le fauteuil qu'il avait décidé de faire sien. Sa collègue s'asseya à son tour, un sourire énigmatique plantée sur la face. Il s'attendait à ce qu'elle lui fasse une révélation surprenante ou bien qu'elle lui fasse part d'une de ses brillantes découvertes. Mais Draco n'aurait jamais cru que Granger lui balancerait ces mots à la figure :
« Depuis quand est-ce que tu aimes Harry ?
— Pardon ?!
— Ce n'est pas la peine de nier. J'avais des doutes mais je suis certaine de ce que j'avance maintenant. » déclara Granger, beaucoup trop satisfaite à son goût.
Draco savait qu'il ne servait à rien de se débattre. Il avait été démasqué par l'une des sorcières les plus brillantes de sa génération. Il était plus judicieux de dévier la conversation.
« Comment est-ce que tu as deviné, Granger ?
— Appelle-moi Hermione. Il n'y a pas besoin d'autant de précaution alors qu'on se connait depuis longtemps.
— On ne se connait pas vraiment, contredit Draco.
— C'est vrai. Harry et Ron te connaissent. Si mes amis te considèrent, c'est bien que tu as dû te racheter une conduite. Et puis, si tu veux entretenir une relation avec Harry…
— Je n'ai pas envie de… Peu importe. Tu n'as pas répondu à ma question.
— Toi non plus. » fit remarquer Hermione avec malice.
La médicomage était beaucoup trop intelligente pour lui. Draco devrait abaisser ses barrières s'il voulait savoir comment mieux masquer son inclinaison. C'était humiliant.
« Depuis plusieurs années, avoua-t-il.
— Oh. »
Hermione cacha mal sa surprise. Elle eut au moins le tact de ne pas demander plus d'informations malgré sa curiosité contenue avec peine.
« Alors ? s'impatienta Draco.
— Quoi ?
— La réponse à ma question…
— Tu regardes Harry avec beaucoup de tendresse. Mais ne t'en fais pas, ce n'est pas tant visible que ça lorsqu'on ne fait pas attention.
— Tant mieux.
— Pourquoi ? Tu ne veux pas tenter quelque chose avec Harry? Je suis certaine qu'il est prêt à vivre une nouvelle histoire…
— Ce n'était pas dans mes plans…
— Dans tous les cas, si tu l'aimes encore après tout ce temps, autant se jeter à l'eau ! continua-t-elle, infatigable. Je ne te pensais pas du genre à te languir d'amour sans rien faire.
— Bien sûr que j'ai essayé d'arrêter cet entichement ! Mais c'est presque impossible de se sortir de cette situation quand on est tombé dans ce trou ! S'échapper d'un envoûtement serait plus simple ! » se plaignit-il.
Au grand dam de Draco, Hermione éclata de rire à sa confession.
« Je ne savais pas que Harry était un être si dangereux…
— Ne te moque pas de moi. La situation est déjà assez ridicule.
— Qu'est-ce qui est ridicule ? » demanda Harry.
Le concerné tenait, dans un équilibre précaire, deux plateaux bien garnis. Ron était juste derrière lui, une énorme théière dans les mains.
« Toi. Pourquoi est-ce que tu n'utilises pas ta magie pour transporter tout ça ? se défendit Draco.
— Je n'avais pas envie d'effrayer les petits loups qui dorment au salon… expliqua Harry, les joues rouges.
— Mais ils te connaissent déjà, non ? se plaignit Weasley.
— Ils n'ont pas l'habitude de me voir à l'action. Et puis ils sont déjà si fatigués avec toute cette histoire et Greyback qui amplifient leurs liens avec lui… »
Draco était foutu. C'était à cause de ce comportement qu'il était incapable de détourner les yeux. À cause de cette attention simple et désintéressée envers les autres, de cette maladresse attendrissante, Harry secouait sans cesse son univers. Draco avait envie de se blottir dans ce cocon que créait Harry sans même s'en rendre compte.
Il avait envie d'effacer tous les questionnements du brun alors que lui-même était rongé de doutes.
Toutes ces tergiversations ne menaient nulle part. Draco se leva, agacé et se saisit d'un des plateaux de Harry qui le remercia du bout des lèvres.
Il ignora le regard perçant de Hermione et déposa les victuailles sur la table.
L'équipe se coordonna sans difficulté pour manger ensemble. Et au cours du repas, bercé par les discussions alambiquées du trio d'or, Draco tenta en vain de ne pas perdre la face.
Mais comme toujours, la présence de Harry avait le pouvoir de le faire plier de la plus douce et implacable des manières. Et Draco finit par s'endormir, les chuchotis de sa voix grave en toile de fond.
Harry avait du mal à tenir en place mais il tentait de faire bonne figure pour ne pas inquiéter Teddy. Ils avaient transplané à une centaine de mètres du Conseil des Sorciers pour prendre l'entrée de derrière et éviter de tomber sur d'autres membres du Conseil ou pire, les journalistes. Ron et Hermione menaient la marche en peaufinant les détails de leur discours à voix haute. Draco marchait à sa droite en silence. Même s'il ne le montrait pas, le blond était tendu. Il tournait machinalement la chevalière à sa main gauche. S'il continuait à la bouger avec autant de frénésie, il finirait par laisser une marque sur son annulaire. Une trace similaire aux motifs du coussin qui avaient marqué sa joue lorsqu'il s'était endormi pendant leur repas la veille.
Le matin-même, Draco avait fait disparaître les arabesques avec de l'eau et une crème avec la force de l'habitude mais il devrait faire attention. Sa peau était fragile et c'était idiot de l'abimer alors qu'il en prenait soin avec tout un tas de produits obscures.
« Il faut absolument que tu essayes de trouver comment il s'est procuré cette canne… lui chuchota Draco, l'extirpant de ses pensées.
— Tu sais que ça ne sert à rien de chuchoter. Il nous entend.
— Peu importe, va lui parler, Harry.
— Mais qu'est-ce qu'elle a de spéciale cette canne ? »
Draco lui lança un regard exaspéré auquel il répondit avec un haussement de sourcil.
« Je t'expliquerai. » abdiqua-t-il avant de couper Hermione dans une de ses tirades.
Harry ralentit la cadence pour se retrouver au niveau de son filleul. Teddy était beaucoup plus calme qu'il ne l'aurait imaginé. Il avait l'air absent et sa main était vissée à la fameuse canne. La seule chose qui dérangeait Harry était la couleur de ses pupilles. Elles avaient pris le même gris que celui de sa défunte mère, de Sirius et de Draco. Le gris des Black.
« Tu n'es pas obligé de me tenir compagnie, déclara Teddy avant même que Harry ouvre la bouche.
— Je connais déjà le discours de Mione par cœur et toutes les consignes. Dans la majorité des situations, il y a toujours des couacs. Il faudra simplement se faire confiance pour se sortir des catastrophes, expliqua Harry. Je voulais m'assurer que ça allait pas trop mal et que tu paniquais pas trop.
— C'est moi qui ai donné à mes yeux cette couleur. Je contrôle mieux cette capacité de transformation.
— Ce sont tes pouvoirs, Teddy. Même si c'est bizarre que ça ne s'active que maintenant, tu es bien un métamorphomage.
— Mouais…
— D'ailleurs c'est quoi cette histoire de canne ?
— C'est un cadeau de mon âme-sœur.
— Mais il n'y a pas l'insigne des Black dessus ? Comment elle se l'est procuré ? Et puis pourquoi je ne l'ai pas revue à la maison ? »
Harry voulait laisser de l'espace à Teddy qui était assailli de toute part. Il ne voulait pas se mêler de ses histoires de cœur mais il n'était pas moins inquiet ou curieux.
Ayaba n'avait pas remis un pied à la maison depuis leur rencontre. Du moins, elle n'était pas passée par la porte d'entrée si Harry se fiait aux dires des loups.
« On apprend encore à se connaître. » répondit-il le plus naturellement du monde.
Teddy parlait comme si c'était évident de se comporter de la sorte chez les loups-garous et sa nonchalance ne fit que renforcer les craintes de Harry. Quelque chose clochait dans sa relation avec Ayaba :
« Teddy, tu es sûr que…
— Je gère. Et si tu pouvais ne pas parler d'elle à Draco avant que je le fasse moi-même, ce serait parfait, chuchota-t-il.
— Pourquoi ?
— Je t'expliquerai. »
Harry prit son mal en patience et se rapprocha à nouveau de Draco, agacé.
« Alors ?
— Il ne m'a rien dit de plus qu'à toi.
— Sérieusement, souffla Draco. Edward, j'exige de savoir comment tu t'es procuré … ?! Merlin ! »
Harry se retourna et son souffle resta coincé dans sa gorge. Ils étaient enfin arrivés devant la salle du Conseil des Sorciers. Et il n'y avait plus aucune trace de Teddy à leurs côtés.
Le quartier dans lequel se trouvait la maison que lui avait indiqué Edward était d'un calme effrayant pour une personne qui n'avait pas l'habitude de la campagne. Ayaba n'avait pas croisé âme-qui-vive avant d'atterrir devant le portail de la maison pavillonnaire de style moldue.
Sur la boite aux lettres étaient inscrits les noms de Tonks et Lupin dans une écriture en partie délavée. Comme toute demeure sorcière qui n'était plus habitée, un sort avait été jeté pour éviter que les affres du temps ne la grignotent.
Face au portail, Ayaba se demanda si elle devait envoyer un message à Edward ou tenter de le retrouver par l'intermédiaire de leur lien. Elle ne pouvait pas crocheter la serrure inexistante ou rester planter devant la bâtisse avec des talons aiguilles éternellement.
Le sort de conservation de la maison devait être puissant car aucune rouille n'entachait la grille. Lorsqu'Ayaba posa sa main sur l'un des barreaux, la porte métallique, s'ouvrit comme par enchantement. La sorcière hésita quelques instants, stupéfaite, avant de se décider à pénétrer dans le petit domaine.
Le jardin avait laissé les plantes sauvages reprendre leurs droits depuis des lustres mais ce fouillis de végétaux colorés n'était pas laid à observer. Ayaba se demandait jusqu'où sa chance la mènerait et à sa grande surprise, la poignée dorée de la porte d'entrée céda sous sa main.
La première chose qui marqua Ayaba n'était pas l'absence de poussière mais l'impression étrange qu'une âme pouvait l'accueillir. La maison des Tonks-Lupin était figée dans le temps.
À sa gauche, il y avait des porte-manteaux annotés au nom des Tonks, des Malfoy, des Weasley et Potter. Des bacs à chaussures divers étaient encore posés dans un coin de l'entrée.
Les escaliers qui menaient à l'étage donnaient l'impression d'avoir été nettoyés la veille. Et les photographies au mur n'avaient pas été recouvertes d'un drap blanc à la différence des plus gros meubles de l'entrée.
Ayaba s'engouffra dans le vaste salon. Tous les meubles étaient recouverts du même linceul et le bruit sourd de ses talons hauts résonnait dans la pièce.
Elle reconnaissait les silhouettes des fauteuils sous les draps et s'avança vers le coin du salon qui était vide. Cet espace ressemblait en tout point à une piste de danse et en son centre, les traces de vieilles runes étaient inscrites.
À l'instant où ses pieds frôlèrent l'une des arabesques inscrites au sol, Ayaba sentit sa magie lui filer entre les doigts et la main d'Eshu la transporter dans le temps.
Comme dans un mirage, la silhouette d'Andromeda Tonks apparut sous ses yeux.
La vieille femme avait les traits tirés par la fatigue et les tourments. Ses cheveux gris étaient attachés en une queue de cheval soignée. Andromeda bougeait son corps malingre avec une grâce qui trahissait le milieu aristocratique dans lequel elle avait grandi.
La sorcière se servit de la radio sur l'un des meubles avec une facilité déconcertante. Une valse romantique s'échappa de l'objet électronique et les envolées lyriques du piano envahirent la pièce. Pour la première fois depuis le début de son observation, un sourire détendit les traits pincés de la sorcière. Elle fit une pirouette avant de fixer l'entrée avec tendresse.
« Alors tu es prêt, Teddy ?
— Tu danses trop bien, Mamie. Je vais encore marcher sur tes pieds, moi… bougonna le petit garçon.
— Hahaha ! Tout bon danseur a commencé en marchant sur son partenaire. Ta mère n'a jamais réussi à faire une danse sans écraser les pieds de son cavalier ! s'amusa Andromeda en lui tendant la main.
— C'est vrai ‽ » demanda Edward les yeux ronds.
Andromeda acquiesça et attrapa les mains potelées d'Edward. Il était adorable avec ses chaussettes dépareillées et ses grands yeux qui couvaient sa grand-mère d'amour. Ils dansèrent tous les deux en rythme avec la musique. C'était attendrissant même si des chaussures furent salies par des petits souliers lors du processus. Puis d'un seul coup, Andromeda s'arrêta et fixa dans la direction d'Ayaba, l'œil hagard.
« Ted ! Tu es revenu ! Tu m'as tellement manqué ! Regarde ! Nymphadora est capable de danser sans difficulté pour une fois ! »
Elle se précipita vers Ayaba, la traversa avant de se jeter dans le vide cruel de l'entrée. Personne ne la rattrapa et Andromeda se retint de justesse au meuble.
« Mamie ! Ça va ‽ » s'alarma Edward en accourant vers elle.
Seuls des geignements étouffés répondirent à son appel avant qu'Edward ne soit attrapé pour être enlacé par les maigres bras de sa grand-mère, prise de soubresauts.
Ayaba retourna dans le temps présent. Dans ce salon détourné en salle de danse, elle était à nouveau seule.
Ayaba se demandait pourquoi des souvenirs d'un passé qui n'était pas le sien l'alpaguaient de la sorte. Ce n'était pas ce dont elle avait besoin pour se donner du courage.
De cet échange passé, Ayaba pouvait presque palper la douleur confuse de son âme-sœur et son désir de protéger sa grand-mère.
Ayaba avait déjà entraperçu Andromeda Tonks à certains des galas des Malfoy. Elle n'était jamais restée très longtemps. Elle n'avait jamais eu aucune raison de lui adresser la parole. Ayaba trouvait que cette femme droite et aimable traversait son existence comme un spectre.
Le jour de sa mort, sa mère en voyage d'affaires avait demandé à Ayaba de la remplacer pour la cérémonie sang- pure sorcière qui avait toujours lieu après l'enterrement civile. Ayaba en avait été bouleversée. Elle n'avait pas pu dormir ce jour-là mais elle savait pourquoi aujourd'hui. Ce sentiment d'impuissance et ces regrets qui l'avaient traversée cette nuit-là appartenaient à Edward.
Ayaba tenta de dompter l'agitation qui s'emparait d'elle. Elle devait rester focalisée pour remplir sa mission. Elle fixa son reflet dans le miroir et se surprit à se trouver sublime.
Comme toutes les jeunes femmes, elle avait des moments où elle n'avait pas confiance en son physique mais Ayaba savait au fond d'elle qu'elle était belle. Ses parents n'avaient cessé de le lui dire, surtout sa mère. C'était un mantra pour la protéger d'un monde qui la dévalorisait. Mais à cet instant, cette affirmation ne manquait pas de vérité. Ayaba était ravissante dans cette robe longue qu'elle avait trouvé dans une boutique moldue de luxe au Sénégal. Le tissu en damier épousait ses formes avec fluidité tandis que l'échancrure rouge de sa robe découvrait légèrement sa poitrine avant de marquer sa taille. Les manches amples lui avaient permis de parer son poignet de bracelets d'or. Ayaba n'avait pas osé porter les bijoux de son grand-père paternel mais elle avait choisi les bijoux que Famuyiwa lui avait offerts à ses seize ans. L'or et le rubis brillaient sur ses oreilles. Ses escarpins noirs étaient un cadeau d'Oyeniran. Elle avait peur de s'étaler sur le sol par mégarde mais leur élégance valait bien la mise en difficulté de ses pieds.
Le seul élément qui gâchait sa vision était la cape des Parkinson. Ayaba avait bien fait de ne pas la brûler puisqu'elle lui servait aujourd'hui. Néanmoins, elle n'aimait pas la lourdeur du tissu sur ses épaules. La cape de son grand-père Léopold Parkinson était rouge sang. C'était à partir de ce tissu épais qu'elle avait imaginé le reste de sa tenue. Les roses de l'emblème de sa famille qui s'entrelaçaient étaient brodées au dos de celle-ci. La large capuche cachait son visage lorsqu'elle l'enfilait.
Tout était parfaitement calculé. De ses cheveux naturels plaqués avec du gel et réuni en un chignon qui trônait au-dessus de sa tête à ses lèvres bordeaux. Ayaba avait été maquillée avec soin par Omilaye. Sa cousine ne lui avait pas posé de questions même si elle savait qu'elle mijotait quelque chose. Elle l'avait sublimé avec ses pinceaux et ses poudres colorées éparses. Elle l'avait transformé en princesse. Une princesse qui se jetterait dans la gueule du loup. Même si les autres sorciers pouvaient la prendre pour une future veuve noire comme sa grand-mère. Ayaba se demandait sur quel diapason les journalistes la dépeindrait mais il y avait des chances que ce soit en tant que folle furieuse.
« Quoi que tu décides de faire Ayaba, ne te perds pas. Ne laisse personne te faire oublier qui tu es. »
Les mots qu'Omilaye lui avait dit en posant une dernière touche d'illuminateur sur son nez résonnaient en elle. Ayaba s'accrochait aux conseils de sa cousine. Ayaba deviendrait la compagne d'Edward, la digne descendante des Parkinson le temps d'un Conseil. Mais elle n'était pas qu'une Parkinson. C'était aussi une Zabini. Et aucune des femmes de son existence ne ployait. Toujours elles se battaient. Tous ces yeux avides et hypocrites la fixeraient mais elle avalerait sa peur et ses craintes pour que son âme-sœur atteigne son objectif et qu'il respecte sa promesse. Il devait lui donner ce bol. Il en valait de la survie de la cité d'Ife.
Perdue devant son reflet, noyée dans ses pensées et ses doutes éparses, Ayaba finit par le voir. Et son cœur tambourina de crainte car la sorcière n'avait pas senti son arrivée.
Edward était debout juste derrière elle. Par sa simple présence, il ramenait les fantômes de son passé. Et il la fixait avec ce regard de loup, ce regard de prédateur auquel elle ne pouvait échapper.
Se rendait-il compte qu'à chaque fois qu'il l'observait, ses pupilles dorées le trahissaient en prenant la forme de celle de son loup, dévoilant sa lycanthropie au monde ?
Ayaba commençait à saisir les batailles qu'il avait à mener même si ce n'était pas les siennes. Mais elle n'était pas encore capable de deviner tout ce qu'il ressentait. Pourquoi la fixait-il ainsi ? Était-ce de la nostalgie, de la peur ou pire, du désir qui se cachait derrière ses pupilles qui la transperçaient ?
Ayaba n'était plus cette enfant perdue dans la neige depuis des lustres. Elle avait pris cette cape pour gagner et rien ne l'arrêterait. Pas même sa magie hors de contrôle. Elle pouvait être aussi forte que sa grand-mère, que sa mère, que toutes les femmes de sa vie. Elle le devait.
« Vous en avez mis du temps monsieur Black. » déclara Ayaba avant de se retourner pour lui faire face.
Dans ce vieux salon qu'il avait partagé avec sa grand-mère les premières années de sa vie, Teddy avait regardé de nombreux dessins-animés moldus sur la vieille télévision qui, par miracle, fonctionnait grâce à quelques coups de baguette malgré les affres du temps. Les couleurs délavées défilaient devant ses yeux distraits qui étaient plus occupées par les jouets que lui offraient régulièrement Harry et les anciennes poupées et voitures de sa défunte mère qu'il avait récupéré.
Teddy s'était amusé dans cette vaste maison chaleureuse mais qui avait perdu de sa lumière. Il avait essayé d'y ramener la vie qui avait disparu après cette guerre dans laquelle il était né. Ce conflit avait toujours été un fantôme dans sa propre existence. Elle lui avait pris ses parents et avait cisaillé tous les adultes autour de lui. Toutes ces histoires tragiques avaient peuplé sa vie avant même qu'on ne lui explique de manière diluée les affrontements sanglants qui s'y étaient déroulés.
Ses parents, ils ne les connaissaient qu'à travers les histoires de ses proches. De sa mère, il lui restait tout un tas d'objets et de photographies mais il n'avait plus le souvenir de sa peau contre la sienne depuis des lustres. Était-ce la raison pour laquelle il se réfugiait déjà à l'époque dans cette écharpe qui faisait tant de peine à sa grand-mère à chaque fois qu'elle l'apercevait ?
Pour Andromeda, Teddy avait été comparable à un cadeau né pour lui permettre de garder le cap et de ne pas être terrassée par la douleur. Il se souvenait de l'odeur de tilleul de sa grand-mère, de ses bras fragiles qui l'enlaçaient lorsqu'elle baisait son front. De son rire amusé lorsqu'il avait le courage de lui poser des questions, lui qui avait toujours été trop timide à son goût. Teddy avait aimé sa grand-mère avec une tendresse enfantine qui lui serrait le cœur. Et tout s'était fracassé lorsque sa lycanthropie s'était manifestée. Il avait fallu du temps à Andromeda pour s'y faire mais lorsqu'elle avait pu revenir vers lui, il avait déjà été trop tard. Le fossé entre eux s'était creusé inévitablement.
À présent qu'il était assez grand et assez fort pour avoir le cœur et l'envie de s'ouvrir à elle et de rattraper le temps perdu, il ne restait à Teddy qu'une tombe à laquelle s'adresser. Teddy se sentait rongé par des remords qu'il avait enfouis au plus profond de lui. Il n'arriverait jamais à correspondre aux attentes de quiconque. Il était incapable de faire face à son passé, à ses propres peurs et surtout à son loup et à lui-même. Comment était-il censé combattre ? C'était lui qui avait fixé ce rendez-vous dans cette maison mais il le regrettait déjà. Était-ce une bonne idée d'avoir passé ce marché avec Ayaba ? Toutes ces questions qui le taraudaient en sourdine, ressurgissaient à chaque fois qu'elle revenait.
Mais c'était toujours ainsi lorsque son âme-sœur déboulait dans sa vie. Que ce soit par inadvertance, appelée par son loup contre son gré ou à cause de ses pouvoirs étranges qu'il n'arrivait pas à déchiffrer. Lorsqu'Ayaba tentait de prendre ce qu'elle pouvait de ce fil implacable qui les reliait, elle ouvrait des brèches mal refermées dans son cœur et libérait une myriade de souvenirs dans sa course. Ayaba chamboulait toute sa vie et Teddy ne pouvait rien y faire.
Dès son entrée, il avait capté l'odeur de la sorcière, mêlée au parfum de luxe qui l'enlaçait. Il ne pouvait pas encore décrire le goût et la senteur de son aura mais il pouvait la poursuivre à des kilomètres.
Ayaba s'insérait de manière étrange dans ce décor figé dans le temps. Dans ce salon dans lequel il avait dansé des heures durant avec maladresse, elle fixait son propre reflet. Elle était sublime.
Teddy devait se rappeler qu'il ne voulait pas tomber fol amoureux. Jamais.
Il ne venait que pour une chose : gagner cette guerre. Et qu'importe les cadavres qu'il devrait déterrer pour y parvenir. Ses mains et ses crocs baignaient déjà dans le sang.
Elle était debout face au miroir plein pied. Par sa seule présence, elle effaçait les fantômes. Sa robe en damier se mariait avec le rouge de sa cape sur laquelle étaient brodées les armoiries des Parkinson. De ses mains s'échappaient des éclats magiques semblables à des étoiles embrassant la pénombre de sa peau. Quelles batailles la poussaient-elle à accepter son marché ? Teddy n'en avait aucune idée mais il se figea en croisant son regard sombre et fier. Elle le portait si bien. Ce somptueux masque d'indifférence et de puissance, malgré les battements de son cœur qui trahissaient son appréhension.
« Vous en avez mis du temps monsieur Black. » déclara-t-elle.
Son premier réflexe fut de dire qu'il n'était pas un Black. Sa grand-mère n'avait pas risqué sa vie et combattu sa famille pour que lui récupère ce nom infâme. Mais Edward avait-il vraiment le choix pour espérer gagner face au Conseil ? Ses amis avaient besoin d'accéder à cette prophétie. Il devait jouer le jeu. Ayaba et lui devaient être un couple soudé et amoureux face aux journalistes et au reste du Conseil. Teddy pouvait jouer son rôle.
« Excusez-moi. Je suis confus. Une femme telle que vous ne devrait pas attendre Madame Parkinson, répondit-il.
— Je ne savais pas que vous étiez capable de parler ainsi. Je vous pardonnerai peut-être pour cet affront, dit-elle avec un sourire amusé et surpris.
— Il y a plein de choses que vous ne savez pas me concernant. Je ne vous ai pas encore offert mon cœur.
— Je n'ai pas encore décidé si je le désirais…
— Ce n'est qu'une question de temps mais j'ai encore l'espoir fou de pouvoir me tenir aux côtés d'une fleur aussi éblouissante que vous. »
Cette affirmation eut un effet sur Ayaba. Sa respiration se coupa quelques instants délicieux. Son pouls s'accéléra et elle posa sa main sur le meuble à sa droite avec une nonchalance feinte. Ce besoin de garder la face malgré son trouble l'amusait plus qu'il ne se l'avouait. Sa défiance lui donnait envie d'utiliser son aura de loup pour la tourmenter. Son loup voulait qu'elle s'abandonne à lui. Il voulait l'aimer ou la dévorer. Il voulait qu'elle l'emmène à l'intérieur d'eux comme à leur précédente rencontre. Qu'elle lui apprenne à jouer avec les fils de connexion qui le reliaient aux autres membres de sa meute.
« Je ne savais pas que tu étais un beau parleur… Tu as fait tomber combien de filles comme ça ?
— Une seule. Je n'étais pas le genre de loup à attendre ma liée avant de découvrir les plaisirs de la chair mais pas un coureur non plus. Pourquoi cette question ? Je ne te savais pas aussi possessive, Ayaba. »
Elle éclata de rire à sa remarque. Son rire était une envolée lyrique pour ses oreilles.
« Ne sois pas aussi imbu de toi-même. C'est juste de la curiosité. Ce n'est pas comme si je t'avais attendu de mon côté non plus. Tes ex ne me feront pas douter de ma valeur.
— Et tu as raison. Aucune femme que j'ai rencontrée n'était aussi imprévisible et brillante que toi. Aucune ne répondait aussi bien à mon loup que toi. Ton odeur me hante depuis toujours. Avant même notre première rencontre, mon cœur se languissait de ta présence. »
Était-ce lui ou son loup qui parlait ? La limite était floue mais si cela pouvait rendre leur relation plus crédible, Teddy n'avait qu'à suivre son instinct. Il s'avança. En un éclair, il se trouva à quelques centimètres d'Ayaba qui retint une exclamation de surprise.
Teddy la retourna avec une pirouette pour plaquer son dos contre son torse et croisa ses pupilles écartées à travers la glace. La magie d'Ayaba crépitait sous ses doigts. C'était rafraîchissant, enivrant de sentir son cœur battre tout contre lui, son odeur l'envelopper, partager son espace, supporter ses éclats magiques indomptables. Elle était incapable de contrôler sa magie lorsqu'il se tenait aussi proche. Il pouvait le sentir à travers leur lien. Tous ces éclats bleutés la trahissaient mais c'était ce dont ils avaient besoin pour mettre le monde dans leur poche.
« Même si nous n'avons jamais unis nos corps, même si mes crocs ne se sont jamais plantés dans ta peau, qu'aucune goutte de ton sang n'a pu traverser ma gorge asséchée, notre lien est si vibrant que personne ne pourra penser que nos cœurs ne vibrent pas à l'unisson.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Notre lien mental est puissant. À chaque fois que nous sommes ensemble, nos auras se mêlent en un parfum enivrant qui ne peut échapper à aucune créature. C'est comme si on s'appartenait déjà. » expliqua-t-il.
Teddy n'était qu'à quelques centimètres de son cou dégagé. Un seul mouvement, une gorgée de sa chair et de son sang et il pourrait espérer qu'elle s'abandonne dans ses bras. C'était inacceptable. Son cœur bondissait à l'intérieur d'elle. Ses pupilles se dilataient. C'était insupportable. Ses tremblements, sa poitrine qui se soulevait dans un mouvement saccadé, elle était délicieuse. Se rendait-elle compte du désir rampant qui les narguait ?
« D'accord… souffla-t-elle. C'est bon. C'est excellent même. »
Ayaba caressa la main libre de Teddy qui enserrait avec force la canne qui s'écroula à son geste. Puis elle la posa sur sa taille. À ce contact inespéré, les poumons de Teddy se vidèrent d'un seul coup. Ce toucher était trop intime malgré le coton de sa robe.
Timidement, Teddy bougea sa main pour caresser son ventre grondant alors qu'elle passa sa main brillante autour de sa nuque, l'obligeant à se baisser et poser son menton au creux de son épaule. Il ne pouvait pas quitter le miroir des yeux alors que le visage perdu d'Ayaba retrouvait sa fougue et sa détermination habituelle.
« Comme ça, c'est comme si nous étions un couple puissant. Regarde-nous. C'est exactement l'image que l'on doit renvoyer.
— Je ne sais pas. On a l'air peut être un peu dangereux. C'est comme si tu étais le petit chaperon rouge qui aurait été attrapée par le loup.
— Ou l'homme épris d'amour que la petite fille d'Eniola Zabini aura enfin mise sous sa coupe.
— Pardon ?
— Si tu continues de me regarder ainsi, certaines personnes pourront finir par le croire.
— Par croire quoi ?
— Que tu m'aimes. »
Teddy se sentit rougir à cette assertion. Il n'arrivait pas à savoir ce qu'elle voulait dire exactement. Comment son regard pouvait faire transparaître un tel sentiment alors que sa magie parlait autant ? Elle brillait littéralement, telle un astre incandescent.
L'alarme d'Ayaba les sortit de leur bulle et ils se séparèrent d'un coup. Teddy avait la bouche sèche. Il reprit la canne tombée au sol alors que sa liée rapiéçait les pans de sa robe avant de sortir une baguette.
« Qu'est-ce que c'est ? demanda Teddy, suspicieux.
— J'ai toujours eu deux baguettes. Je crois que c'est la tienne, expliqua Ayaba.
— Je ne suis pas un sorcier.
— Tu es un métamorphomage. Et puis peu importe, il t'en demanderont peut-être une pour entrer au Conseil. Et j'en ai marre de la garder avec moi. Prends-la.
— Je ne devrais pas te la rendre avec la canne ?
— Pas besoin. Allons-y avant d'être en retard. » déclara Ayaba avant de marcher avec hâte vers la sortie.
Teddy ne la suivit pas tout de suite. Il s'était attendu à ressentir quelque chose en tenant la baguette supposée lui appartenir mais aucune magie ou énergie particulière ne le traversa. C'était comme s'il n'avait en face de lui qu'un vulgaire bout de bois. Il soupira avant de la rejoindre.
Des gouttes de pluie s'écrasèrent sur sa joue. Une pluie éparse s'échappait des nuages dans cette atmosphère pesante d'été caniculaire.
Ayaba l'attendait déjà devant le portail, tête nue. Teddy soupira face à son attitude, comprenant enfin pourquoi il avait tendance à être enrhumé sans raison apparente.
« Pourquoi tu as été aussi long ? Je ne peux pas t'attendre constamment, tu sais ? » se plaignit Ayaba.
Teddy rabattit la capuche de son âme-sœur par réflexe avant de s'occuper de la sienne.
« Qu'est-ce que… ?
— Fais attention à toi. Tu pourrais nous faire tomber malade…
— Comment ça nous ? demanda Ayaba, surprise. Notre état de santé est aussi lié ? C'est trop !
— Ça dépend des âmes-sœurs mais on dirait que c'est notre cas. Tu viens ? »
Ayaba marmonna dans sa barbe dans sa langue d'origine avant d'accepter son bras et de les faire transplaner jusqu'au bâtiment du Conseil.
Edward leur avait fait empruntés la porte de derrière pour éviter les journalistes. Lorsqu'ils se trouvèrent dans le bâtiment du Conseil des Sorciers, entourés de toutes ces dorures et fioritures, l'anxiété d'Ayaba remonta en flèche. Seraient-ils capables de supporter toute la pression ? Elle sentait déjà le loup d'Edward s'agiter. Il y avait trop de lumière. Heureusement, le hall était presque vide. Le Conseil du jour allait commencer sous peu. Ils ne croisèrent qu'un elfe qui sortait des toilettes et ne leur accorda pas la moindre attention.
Ayaba avait décidé de lâcher le bras d'Edward pour éviter de ressembler à une boule à facette ambulante. La canne des Black faisaient un bruit monstre sur le sol marbré. Ou peut-être était-ce l'envie d'Ayaba de se faire la plus discrète possible qui rendait ce son à la limite du supportable ?
Ils arrivèrent devant le goblin chargé d'enregistrer les entrées et de diriger les participants à leur place. La créature aux lunettes rondes étaient occupées à ranger des dossiers obscurs par ordre alphabétique.
Ayaba se demandait comment le gobelin faisait pour travailler aussi tranquillement alors que ses pieds flottaient à plusieurs mètres du sol avec sa chaise surélevée. Ayaba et Edward se fixèrent, gênés, espérant que l'agent du Conseil leur accorde enfin son attention. Mais rien ne se passa. Edward se racla la gorge mais l'employé ne leva pas les yeux de son travail. Ayaba finit par parler avec la voix la plus mielleuse qu'elle possédait :
« Bonjour, Monsieur Gornuk. Serait-il possible de nous enregistrer ?
— Combien de fois devrai-je répéter que les journalistes ne sont pas acceptés au sein du Conseil ? Faites comme vos collègues et patientez à l'extérieur. Les écrans magiques de rediffusion servent bien à quelque chose, répondit Monsieur Gornuk avec une voix baryton que la sorcière n'avait pas soupçonné.
— Nous ne sommes pas des journalistes mais des membres du Conseil, répondit Edward.
— Cela m'étonnerait, jeunes gens.
— Nos noms sont sur les registres, Monsieur. Pourriez-vous avoir l'amabilité de chercher s'il vous plait ? Je suis Ayaba Zabini-Parkinson. »
Ayaba détestait être obligée d'user d'une politesse excessive pour accéder à une demande simple. Agacé, Monsieur Gornuk rechercha son nom distraitement avant de fermer le gros registre poussiéreux.
« Je n'ai pas trouvé votre nom. Si vous pouviez arrêter de me prendre pour un imbécile. Je suis occupé.
— Avez-vous cherché dans les places des sang-purs ? »
Monsieur Gornuk les observa tour à tour d'un air incrédule avant d'éclater de rire.
« Je ne crois pas qu'une femme comme vous et un sac à puces se trouvent du côté des sang-purs ! Déguerpissez.
— Si vous savez ce que le sac à puces peut vous… commença Edward, outré, ses canines ressortant dangereusement.
— S'il vous plaît, Monsieur Gornuk. Nous savons que vous êtes un gobelin très occupé et que peu de personnes respectent votre travail et vos collègues à leur juste valeur. Vous avez dû donner votre vie pour tenir correctement un lieu aussi illustre mais je vous assure que mon compagnon et moi-même n'avons pas fait tout ce trajet pour rien. Notre demande est peu orthodoxe mais je peux vous promettre que nous sommes bien dans les registres. »
Ayaba passa son bras sous celui d'Edward pour le calmer tout en papillonnant des cils avec le peu de douceur qu'elle avait pour faire plier la créature implacable.
« C'est vrai que ce n'est pas un travail facile. Je dirai même qu'il est plus dur que celui de la banque. Les journalistes ne respectent rien. À part quelques sorciers, il n'y a que les autres créatures qui nous accordent un peu de respect alors que le bâtiment ne serait jamais aussi sécurisé sans nous et nos sorts spéciaux !
— C'est regrettable. N'est-ce pas, Edward ? »
Son compagnon répondit par un hochement de tête silencieux, la mâchoire serrée.
« Sous quelle famille vos noms sont enregistrés ? demanda Monsieur Gornuk, plus aimable.
— Parkinson et Black, répondit Ayaba.
— Ah ! Je vous ai trouvé ! Ayaba Parkinson et Edward Ted Black. »
Ayaba et Teddy acquiescèrent en chœur.
« Ce sera l'entrée juste à votre droite. Je vais faire en sorte de vous asseoir ensemble mais puisque vous êtes compagnons, la salle devrait vous mettre à côté automatiquement.
— Merci beaucoup, Monsieur Gornuk ! Vous êtes incroyable ! le flatta Ayaba, soulagée.
— Quand on est aussi charmante que vous, Madame, il est difficile de ne pas… désolé ! couina-t-il en regardant Edward, apeuré.
— Merci pour votre aide. À droite, c'est ça ?
— Oui, Monsieur. Mais j'oubliais ! Je ne suis pas certain que vous puissiez passer. Du côté des sangs-purs, nous avons renforcé les barrières pour que seuls les sorciers puissent la traverser.
— J'ai ma baguette. Merci pour votre inquiétude, Monsieur Gornuk. » Répondit avec froideur Edward qui ne se formalisait même plus de ses yeux lupins.
Son compagnon lui tendit son bras, qu'Ayaba récupéra avant de le suivre derrière les tentures. Dans l'antichambre, Ayaba relâcha sa prise alors que sa magie recommençait déjà à en faire à sa guise.
« Est-ce que tu pourrais marcher moins vite ? Je vais m'éclater la figure sinon, souffla Ayaba, en tentant de camoufler ses éclats magiques, en vain.
— Désolé… »
Dans l'obscurité, les pupilles d'Edward luisaient si forts qu'elles retournaient son estomac. Avec leur aura et ces petites particularités, ils se feraient remarquer et pas forcément de la meilleure des façons. Ayaba commençait à angoisser à nouveau. Elle devait se reprendre. Être forte, sûre d'elle ou donner le change.
« Ne stresse pas autant. Tu as été parfaite, souffla Teddy dans l'obscurité.
— Pour combien de temps ? Tu as raison, nous pouvons nous faire passer pour un couple mais pas forcément le plus stable.
— Peut-être mais un couple dangereux ça passe. Non ? Quoi qu'on fasse, tu l'as déjà dit, nous serons regardés de haut. » répondit-il en ressortant l'écharpe multicolore qu'il avait caché dans sa cape. Edward la remit autour de son cou et ses canines reprirent leur taille habituelle.
Il avait raison. Ayaba ne pouvait pas laisser ses craintes l'assaillir alors qu'ils seraient face à tous ces gens. Tout ce qui comptait était d'atteindre leur objectif respectif. Elle repensa à Fatumbi et reprit un peu de la fougue qui l'avait quittée.
« C'est vrai…Désolé, j'ai laissé la panique m'avoir. Mais qu'est-ce que tu as fait à Monsieur Gornuk pour qu'il ait peur comme ça à la fin ?
— Rien…dévia-t-il.
— Edward… le menaça Ayaba.
— Merci de m'avoir accompagné dans cette folie. Sans toi, je lui aurais peut-être arraché la tête.
— Sérieusement ?
— Oui. Il n'avait pas à nous traiter de cette manière. » souffla-t-il, en se rapprochant d'elle.
Edward la délesta de la capuche qu'elle avait gardé sur sa tête. Plus le temps passait, plus elle avait l'impression que chaque fois que leur regard se croisait, ils pouvaient retrouver cette forêt, ce désert, ce ciel constellé d'étoiles dans lequel leurs âmes étaient reliées. Ayaba se sentait dénudée d'une façon qui lui faisait peur. Et son cœur traître ne lui laissait aucun répit. Edward lui sourit. Il se voulait rassurant malgré l'absurdité de la situation.
« Prête à vous pavaner avec moi, Madame Zabini-Parkinson ?
— Je n'attendais que ça, Monsieur Lupin. »
Ayaba saisit son bras et ignora les poussières d'étoiles qui s'échappaient de sa peau. Edward lui jeta un dernier regard et comme à chaque fois, ses yeux de loup ressortirent sans qu'il puisse le contrôler. Ayaba repensa aux coupures de journaux qu'elle avait épluché pour tenter de mimer le dédain et la grâce de sa grand-mère, le chic de ses parents qui ignoraient les regards pernicieux et qui brillaient malgré tout.
Même si Ayaba et Edward n'aimaient pas jouer à ce jeu d'amour, ils n'étaient pas de mauvais comédiens.
L'amphithéâtre était encore plus lumineux que l'entrée. Teddy pouvait entendre les battements de cœur de toute l'assemblée, sentir les odeurs inconnues, percevoir les sons les plus fins jusqu'au bruissement d'une feuille de papier. Les odeurs des auras magiques et un éternuement vers la gauche furent les derniers éléments à atteindre ses sens aiguisés. En un clin d'œil, il était capable de savoir que Draco se trouvait au bas de la chambre des sangs-purs et que Harry, Ron, Hermione et Seamus étaient assis en face.
Pour se recentrer, Teddy se concentra sur l'écharpe à son cou et surtout sur la présence d'Ayaba, tout contre lui. Elle avait peur de tous ces sorciers, du pari fou qu'elle prenait et des conséquences de son action. Il le sentait avec tous ses signes vitaux. Elle s'accrochait un peu plus fort à lui mais dans son visage, on ne pouvait lire aucune crainte. Elle était brûlante et pleine d'assurance. Elle lui avait permis de garder son calme à l'entrée. Il n'avait pas supporter le dédain avec lequel on les avait traités. Surtout Ayaba. Elle pouvait autant être une cible que lui, à cause de son passé, du fait qu'elle était sa liée. Teddy devait les protéger. Il en avait marre de courber l'échine. C'était à son tour de prendre les rênes.
La salle était bruyante mais les autres créatures avaient déjà remarqué leur entrée. Quasiment tout le monde était déjà assis et le silence intrigué des elfes attira l'attention de quelques sorciers.
La chambre des sangs-purs était petite. En théorie, leur place était juste à côté de Draco mais Teddy demanda tout de même au vigile gobelin pour s'en assurer :
« Monsieur, notre place se trouve bien au premier rang aux côtés de Monsieur Malfoy ?
— Oui.
— Prête ? chuchota-t-il à Ayaba.
— Non mais il faut sauter de toute façon, déclara-t-elle. Ne me laisse pas tomber. »
Ensemble, ils s'élancèrent jusqu'à leur place. Les murmures grondèrent alors qu'ils dévalèrent les marches. Teddy savait qu'il n'aurait pas pu feindre la même assurance seul. Il n'aurait pensé qu'à contenir son loup pour se montrer le plus lisse et inoffensif possible. C'était une foutaise. Ils étaient déjà la cible de tous les ragots, de toutes les railleries et du mépris à peine voilé.
Dans leur court trajet, il remarqua la mine lubrique d'un vieux sorcier auquel il lança un regard furieux. Teddy adressa un bref sourire à Harry, qui le fixait les yeux ronds. Puis il se concentra sur leurs sièges de velours noir sur lesquels les noms respectifs de leur famille était posé.
Ayaba lança un sourire enchanté à un Draco impassible qui ne leur accorda pas la moindre attention. Son cousin était courroucé même s'il ne laissait rien paraître. Son âme-sœur allait s'asseoir et avant qu'elle ne le fasse, Teddy eut le réflexe de lui retirer sa cape. Les températures étaient un poil trop hautes à l'intérieur. Ayaba devait se sentir un minimum à l'aise et puis, il pourrait apposer un peu plus son odeur dessus. Il se délesta de leurs capes et de sa canne qu'il posa prêt d'un petit porte manteau. Ayaba était amusée et son sourcil qui se réhaussait en même temps qu'elle réprima un rire ne manqua pas d'attirer l'attention.
C'était une si bonne actrice. Ainsi, on pourrait presque croire qu'elle lui parlait sans dire un mot. À l'instant où Teddy lui tendit sa main pour l'aider à s'asseoir, leur siège individuel se métamorphosa en un canapé deux places. Le meuble était décoré de fleurs argentées et des têtes de loups en bois massif étaient incrustées sur chaque accoudoir. Leur table aussi avait fusionné comme c'était le cas chez les couples mariés comme Ron et Hermione.
Teddy s'assit comme si ses modifications allaient de soi. Il se saisit des plaques nominatives des Black et des Parkinson qui trônait toujours sur la table. A ce simple contact, celles-ci fusionnèrent et à son plus grand plaisir, ce fut leur nom total qui s'inscrit en écriture calligraphique : Edward Ted Lupin et Ayaba Zabini-Parkinson.
Son âme-sœur posa une main assurée sur son genou et Teddy s'assit un plus proche d'elle avant de passer son bras dans le dos du fauteuil pour qu'elle puisse y poser ses épaules. Ils étaient confortablement installés. Leurs odeurs entrelacées comme dans sa chambre. Les portes de l'amphithéâtre se refermèrent en concert. Le Conseil allait enfin commencer.
Teddy et Ayaba donnaient l'impression de se connaître depuis toujours. Ce fut la première pensée qui traversa l'esprit de Harry en les apercevant en pleine discussion avec l'un des vigiles gobelins.
Ils étaient tous les deux rayonnants et effrontés. Le couple se rendit à sa place comme s'ils avaient toujours été des membres permanents de l'institution. Tous leurs regards partagés étaient emplis d'amour et de dévotion. Le lien entre deux âmes sœurs créait une énergie si vivifiante que même la chambre des sangs-purs avait dû plier. Un fauteuil de couple s'était métamorphosé pour eux.
Harry se demanda pourquoi Teddy ne lui avait pas parlé de son plan.
« Tu étais au courant que Teddy était marié avec la fille des Parkinson ? chuchota Ron à son oreille.
— C'est son âme-sœur mais il m'a jamais dit qu'elle accepterait de donner sa voix, lui expliqua-t-il sans quitter les concernés des yeux.
— Ça va commencer… » souffla Hermione.
Hermione se leva de son siège et commença son discours. Elle expliqua en long et en large le retour de Fenrir Greyback. Elle parla de son implication dans les enlèvements des Cracmols et du danger qu'il représentait pour la communauté lupine.
Hermione exposa la nécessité des loups-garous d'avoir accès à la prophétie. Elle lui avait permis d'avancer dans l'enquête. Elle ne spécifia cependant pas qu'un sorcier aidait sans doute Greyback dans ses méfaits. La médicomage voulait éviter de perdre leur cible en la faisant paniquer.
Dès que Hermione eut fini son discours, des dizaines de mains se levèrent comme s'il s'agissait d'un seul homme. Harry ne s'attendait pas à une telle opposition.
La plupart des sorciers qui prenaient la parole émettait des réserves quant à la demande de leur équipe. Même si Fenrir Greyback, ce criminel de guerre, était encore en vie, le fait qu'il sévisse dans le monde des moldus ne les concernait plus. Cela ne devait être qu'une coïncidence si l'équipe de Ron avait trouvé par hasard dans la salle des mystères, une prophétie liée à cette affaire. Beaucoup de sorciers ne voyaient pas l'intérêt d'ouvrir les portes du ministère à des créatures aussi dangereuses que des loups-garous. Même si les anciens héros sorciers soutenaient cette entreprise, certains doutaient de la parole des loups-garous qui voudraient peut-être se venger des sorciers puisqu'ils étaient obligés de vivre chez les piètres moldus pour survivre.
C'était peu raisonnable de mettre la société sorcière en danger pour une centaine de Cracmols malgré la tragédie entourant leur disparition.
Heureusement, tous les membres de l'assemblée n'avaient pas la même frilosité à l'idée d'aider les loups-garous à retrouver Fenrir que ce soit par humanité, par esprit de vengeance ou bien par simple esprit de contradiction avec un de leur ennemi politique.
Harry se leva pour déclamer un discours sur l'importance évidente de devoir et de recherche de vérité pour les familles des victimes des Cracmols mais aussi de toutes celles qui avaient péri sous les mains de ce monstre durant la guerre. Son discours eut un effet dans l'assemblée qui fut rapidement coupé par Zephir Carrow. Ce cousin éloigné des anciens Carrow qui avait mené une politique de terreur à Poudlard avait toujours agacé Harry. Il avait pu apparaitre après la guerre et prendre cette place au Conseil sans difficulté du fait que le quinquagénaire n'avait jamais été impliqué directement dans les affrontements et ne possédait pas la marque des ténèbres à l'époque. Cependant, il était évident qu'il n'était pas insensible aux idées de suprématie de sang. Il faisait toujours partie des opposants les plus virulents à n'importe quelle loi qui rendrait le monde sorcier plus vivable pour tout le monde. Harry le détestait mais il fut bien obligé de laisser sa voix grave et pédante occuper l'espace.
« Monsieur Potter. Je vous remercie pour votre intervention. Mais je trouve qu'il est malhonnête d'utiliser votre notoriété pour essayer de faire passer cette demande exceptionnelle plus que dangereuse. Jamais des créatures n'ont été acceptées dans la salle des mystères et c'est bien pour protéger notre monde et éviter que les pouvoirs de sorciers talentueux puissent être utilisés de façon préjudiciable. Vous êtes le survivant. Vous nous avez tous déjà sauvé de l'innommable. Mais même si vous avez de bonnes intentions et que vous faites confiance aux jeunes loups-garous mentionnés dans cette prophétie, jouer avec nos lois ancestrales pourrait nous faire du tort dans le futur. Si on acceptait pour eux, alors n'importe qui pourrait pénétrer dans cette salle. Et qu'est-ce qu'il adviendrait de nous, Monsieur Potter ?
— Vous parlez d'une menace hypothétique Monsieur Carrow alors que celle de Fenrir et la mort de plusieurs Cracmols est bien réelle, répondit Ron les dents serrés.
— Cette menace ne nous concerne pas directement mais les loups-garous de la même espèce que ce criminel de guerre. Ils n'ont qu'à se débrouiller de leur côté comme ils ont toujours su le faire. Les heures sombres du règne de Voldemort sont loin à présent et je trouve que votre demande est d'autant plus suspicieuse que vous avez embrigader des jeunes gens que l'on n'a jamais vu pour soutenir votre souhait.
— Si je ne m'abuse Monsieur, personne ne m'a forcé à participer à cette réunion, coupa Teddy avec une assurance qui surprit Harry.
— Monsieur Black. Vous devez en faire la demande avant de prendre la parole. Respectez un peu les règles de cet illustre lieu. »
Teddy tapa sur sa table avec une baguette comme le voulait la tradition. Était-ce celle de son âme-sœur ? Harry avait peur que son filleul ne soit pas capable de contenir son loup. Dès qu'on lui laissa enfin la parole, Teddy la prit sans une once d'hésitation.
« Comme je le disais Monsieur Carrow, personne ne m'a forcé à participer à cette réunion. Je viens en tant que représentant de ma meute sous l'autorisation de la fille du grand Timothy Smith.
— C'est un peu présomptueux et scandaleux de votre part de dire une chose pareille, de représenter une meute dans le cercle des sangs-purs, Monsieur Black…
— Lupin, je vous prie. Et je ne crois pas que vous ayez demandé à reprendre la parole. Que voulez-vous, il semblerait que des créatures peuvent même se retrouver chez les Black. Mais ce n'est pas le sujet. Je voulais simplement dire que la société sorcière n'avait rien à craindre de meutes qui vivent parfaitement bien dans le monde des humains. Nous cherchons juste à trouver le moyen le plus efficace pour mettre hors d'état de nuire un dangereux criminel. Greyback a d'ailleurs été soutenu par des sorciers à de multiples reprises.
— Insinuez-vous que je soutiendrais Greyback ? se scandalisa Carrow.
— Non mais je trouve ça présomptueux de votre part d'insinuer que trois loups-garous dans une salle pleine de prophéties seraient une menace plus importante que des sorciers qui n'hésitent pas à jeter des membres de leur communauté entre les pattes d'un monstre sans lever le petit doigt.
— C'est une attaque personnelle ! s'insurgea Monsieur Carrow. Pour qui vous prenez-vous, jeune homme ‽
— Qui a dit que je m'adressais à vous ? Si vous vous sentez concernés, ce n'est pas mon problème. » grogna Teddy.
Harry se tendit, prêt à reprendre la parole pour éviter que son filleul ne craque totalement. Il avait l'impression que ses crocs pouvaient sortir à n'importe quel moment. À l'instant où il allait demander la parole, Ayaba, s'exprima d'un ton posé.
« Je crois que nous nous égarons du sujet principal, Monsieur Carrow.
— Alors vous, vous avez encore moins le droit de… !
— Osez encore élever la voix et je pourrais penser à vous étriper, menaça Teddy. Je crois que vous ne comprenez pas bien. La demande de Monsieur Weasley n'est pas une supplication mais une offre. La question est de savoir si le Conseil accepte de soutenir logistiquement l'alliance de l'équipe des aurors avec le Conseil des loups. Les Cracmols ne sont pas nos morts et nous acceptons que les aurors travaillent à nos côtés pour vous permettre de les retrouver. La plupart de ceux encore en vie seront jugés par notre tribunal. Quoi que vous décidiez de faire, nous nous chargerons nous-même de faire payer à Greyback tous ses crimes qu'importe ce qui sera décidé ici. »
Harry ne respirait plus. Il ne savait pas si cette audace un poil insolente ne les mènerait pas à leur perte.
Ayaba caressa le genou de son compagnon. Dès qu'il finit son discours, son attention se porta tout de suite sur elle. De son toucher s'échappaient des éclats magiques qui s'assombrissaient au fil de leur communication silencieuse. Les pupilles de Teddy s'étaient dévoilées dès lors qu'elle avait pris la parole pour calmer la discussion et elles n'avaient pas repris une couleur plus orthodoxe.
La jeune femme luisait presque alors que deux lacs noirs envahissait peu à peu ses propres globes oculaires.
Ils échangèrent un sourire avant que Teddy fasse une autre chose qui fit presque bondir Harry. Il enlaça sa main avant de lui souffler quelque chose à l'oreille. Son nez frôla l'épiderme de sa compagne et Harry comprit qu'il la marquait devant tout le monde. Toutes les autres créatures avaient dû le comprendre.
Leur communication terrifia Harry car il n'avait pas l'impression qu'Ayaba calmait le loup comme une âme-sœur était censée le faire. Il avait l'impression qu'elle le galvanisait.
Hermione reprit la main sur le débat et lança les chiffres nécessaires pour cette opération, calmant les passions et les colères remontées à la surface.
Cette réunion promettait de s'éterniser. Et Harry était déjà éreinté.
La levée de fond pour l'enquête avait été votée ainsi que les permis temporaires de circulation des loups-garous du monde moldu au Ministère. Ils avaient gagné. À une voix près. Sans celle d'Ayaba, ils n'auraient jamais réussi et certains membres du Conseil le comprirent bien puisque des hurlements fusèrent dans la salle.
ー C'est inadmissible !
ーIl faut reconduire un vote !
ーIls sont trop jeunes ! Ils n'auraient jamais dû voter !
ーElle n'a pas sa place au Conseil ! C'est la petite-fille d'Eniola Zabini !
ーPourquoi un loup-garou a une place au Conseil du côté des sangs-purs ?!
Lorsque Draco se retourna vers leur siège, Edward et Ayaba avaient déjà mis les voiles. Il se leva dans la précipitation et croisa le regard alarmé de Harry à l'autre bout de la pièce. Il marcha rapidement vers la sortie, ignorant les questions que certains membres du Conseil lui lancèrent.
Draco devait rattraper le couple avant qu'ils ne se fassent accoster par les journalistes. En sortant, il tomba sur Weasley qui lui sauta dessus, choqué et les yeux emplis de soulagement.
« On a gagné ! Mais c'est quoi cette histoire avec la fille Parkinson ? questionna-t-il.
ー Parce que c'est pas vous qui lui avait demandé de venir ? demanda Draco, hors de lui.
ー Bien sûr que non. Nous ne la connaissons pas, répondit Granger comme si c'était la réponse la plus évidente.
ー Draco ! Teddy et Ayaba ne sont pas avec toi ?! » s'écria Harry alors qu'il les rejoignait le souffle court.
Le sang de Draco se glaça à la question de Harry car elle ne signifiait qu'une seule chose. S'il venait en sens inverse, cela voulait dire que sa filleule et son cousin ne devait se trouver qu'à un seul endroit possible : la sortie. La porte principale où il y avait une horde de rapaces avec appareils photos prêts à avoir les informations les plus croustillantes pour les journaux. Parfois, Draco regrettait l'époque où la presse était muselée par le Ministère et la politique une affaire qui n'était pas ouverte à la plèbe. Au moins, les réunions du Conseil n'étaient pas commentées et les journalistes n'attendaient pas tels des chiens de garde devant les lieux de pouvoirs.
Cette fois, Draco était certain que cette réunion n'aurait pas uniquement sa place dans la section politique de la Gazette mais aussi dans la partie "Potins et célébrités". Ayaba et Edward pourraient-ils gérer les journalistes ? Il en doutait. Sans se faire prier, Draco accourut vers la sortie.
Lorsqu'il arriva devant les immenses escaliers qui surplombaient le hall principal, Draco aperçut un raz-de-marée à ses pieds. Malgré tous les flashs, il reconnut sans peine Ayaba et Edward qui dévalaient les marches pour transplaner à l'extérieur. Une étrange énergie émanait d'eux lorsqu'ils étaient ensemble. Il essaya de les appeler mais avec toute la cacophonie ambiante, ils ne l'entendirent pas. Alors qu'il pestait et se mit à leur courir après en tentant de maintenir sa prestance, Draco vit l'un des poux du Conseil faire un croche-patte à Ayaba. Elle fut attrapée in extremis par Edward. Draco observa alors le regard qu'ils échangèrent. Il était lourd de paroles éparses. Il semblait les isoler du reste du monde. Et si Draco le remarquait alors tous les idiots dans la salle pouvaient le faire. Avec horreur, il voyait déjà la Une des journaux avec un titre sulfureux du type « La petite-fille d'une meurtrière avec un loup-garou. »
Draco les appela à nouveau mais ce fut inutile car ils firent la deuxième action la plus inconsciente et incongrue qu'il avait observée depuis des lustres. Ils disparurent sous leurs yeux dans un tourbillon magique qui fit virevolter tous les calepins et papiers aux alentours. Le couple s'était échappé tels des fugitifs, transplanant dans un lieu où il était normalement impossible de le faire.
Draco était si abasourdi qu'il lui fallut quelques secondes pour saisir les questions que les rapaces lui lancèrent en remarquant sa présence.
—Savez-vous comment ils ont déjoué le système de sécurité du Conseil ?
— Est-ce vrai que la relation entre Monsieur Lupin et Madame Zabini-Parkinson est motivée par l'entreprise de son père ?
— Monsieur Malfoy, avez-vous soudoyé les Zabini-Parkinson pour qu'ils fassent tourner la décision du Conseil à votre avantage ?
— Edward Lupin est-il un sorcier ?
Draco les ignora mais en voulant faire demi-tour, remarqua qu'il était cerné de toute part par ces hyènes imbéciles. Il leur lança des regards noirs et sortit avec difficulté de la foule mouvante et des mains malpropres. Il devait s'échapper. Lorsqu'il réussit enfin à trouver une échappatoire, Draco dévia et s'élança dans un couloir en courant. La situation était catastrophique .Comment avait-il pu croire que le fils de Tonks et la fille de ses amis ne lui provoqueraient pas d'ennuis ? Lorsqu'il entendit son téléphone sonner à un volume faramineux, il sursauta de surprise et de colère. Les journalistes le retrouveraient ainsi. Et il savait à cette sonnerie que la personne qui l'appelait était Pansy.
C'était un nouveau problème. Pansy et Blaise voulaient le joindre. Draco avait donc une sentence de mort au-dessus de sa tête. Il soupira de détresse et voulut piquer une crise de nerfs en entendant des cris et des pas se rapprocher de lui. Ce n'était pas possible. À l'instant où il crut qu'il allait devoir faire face aux journalistes avec les appels incessants de ses amis en toile de fond, quelqu'un l'entraîna brusquement à l'intérieur d'une pièce secrète.
Draco pensa à crier mais la main sur sa bouche l'en empêcha in extremis. Une main qu'il connaissait. Celle de Harry. Sa paume brûlante était plaquée contre ses lèvres, ses yeux beaucoup trop verts braqués sur les siens. Et dans la pénombre dans laquelle était plongée leur cachette, Harry transpirait de mesure et de cette fougue qui semblait l'animer à chaque fois qu'un danger potentiel le menaçait. C'était la première fois que Draco se trouvait avec Harry alors que cette énergie impétueuse traversait son corps comme une seconde peau. Il se sentait oppressé alors qu'il était encastré dans ses bras. Et pourtant, pour rien au monde Draco n'aurait voulu s'éloigner de lui. Peut-être bien que c'était Harry qui finirait par le tuer. Avec ses yeux trop ardents et sa simple présence.
La sonnerie stridente de son téléphone retentit à nouveau et les fit sursauter. Harry relâcha enfin sa prise sur lui. Draco tenta d'attraper le portable caché dans la poche intérieure de sa cape. Il fit une mauvaise manipulation et manqua de faire tomber le smartphone que Harry rattrapa in extremis. Bien entendu, Draco avait mal appuyé sur l'écran de l'obscur appareil électronique d'où s'échappa la voix tonitruante de Blaise.
« DRACO ! C'EST QUOI CE BORDEL ?! OÙ EST MA FILLE ?! »
J'espère que vous avez apprécié cette lecture ! Veuillez m'excuser pour ce mois de retard. Ce chapitre était prêt depuis plusieurs mois déjà, mais je ne cessais de me demander si c'était la bonne direction à donner à ce récit. Le prochain chapitre devrait sortir le mois prochain, sans trop d'anicroches. Bonne journée !
