DE CENDRES ET DE CROCS
Avertissements
Je vais être honnête, mais j'écris cette histoire pour vider mon cerveau des images qui l'envahissent et pour, enfin, mettre un point final à cette fiction imaginée il y a une dizaine d'années (mais ré-écrite pour publication, rassurez-vous). Si des lecteurs y trouvent leur plaisir, c'est la cerise sur le gâteau, mais ce n'est pas mon objectif principal. Soyons clairs: je ne vais pas cracher sur des reviews, surtout si elles sont constructives, parce que c'est toujours agréable; mais je n'attends rien en publiant, si ce n'est la satisfaction personnelle de faire quelque chose.
Les nouveaux chapitres seront publiés chaque début de semaine.
TW: Je n'ai pas pour vocation d'écrire quelque chose de léger, de doux et de romantique. Je préfère le sang, les larmes, les cris. Je ne listerai pas de TW avant mes chapitres pour ne pas spoiler. Donc si vous lisez cette fiction, vous comprenez que vous aurez des scènes dictées par une ambiance de guerre: du deuil, de la douleur, des combats.
Des incohérences vis-à-vis de l'œuvre originale sont possibles: je ne suis pas une experte de Naruto (à vrai dire, je n'ai plus lu le manga depuis une éternité et je n'ai jamais lu Boruto). J'essaie cependant de rester cohérente autant que possible avec l'univers, mais ne vous offusquez pas si ce n'est pas toujours le cas. Ma priorité est que mon histoire soit cohérente envers elle-même!
Chapitre 1 – L'espoir sous la braise
Le silence avait un goût métallique.
Pas celui du silence ordinaire, mais celui qui reste après la mort, lorsque même l'air semble retenir son souffle. Le vent s'était tu et les oiseaux aussi. Même les cendres semblaient suspendues, figées dans l'attente d'un murmure improbable.
Minato avançait sans parler, l'œil vif, mais le cœur lourd comme une pierre. Les éclaireurs avaient été précis : ce village, simple poste frontalier sans véritable valeur stratégique, avait été rasé en moins d'une nuit. Aucun survivant confirmé. Pourtant, on les avait envoyés ici. Pour chercher. Pour « sécuriser ce qui restait ».
Mais rien ne reste jamais vraiment, dans ces endroits-là. Rien, sauf des souvenirs brûlés et des fantômes murmurants.
Son regard se posa sur les premières maisons calcinées qu'il passait. Le bois carbonisé craquait sous ses sandales, chaque pas résonnant comme une accusation. Il aurait voulu croire en la possibilité d'un survivant… Mais il avait vu trop de scènes semblables pour oser vraiment espérer.
L'air lui-même semblait troué, rempli d'un vide qui ne pouvait être comblé, même avec le temps.
Il suivait les pas des jonin, silencieux, concentré. Ils avançaient avec la force de l'habitude: méthodiques, froidement efficaces. Inspection minutieuse, pièce après pièce. Ils savaient exactement ce qu'ils ne souhaitaient pas trouver, tout en cherchant désespérément ce à quoi ils n'osaient pas croire : un cri, un sanglot, un signe.
Minato n'avait aucune certitude. Mais quelque chose de profond, d'instinctif, guidait ses pas. Un fil ténu et invisible qui semblait le mener à travers les ruines fumantes.
Il entra dans une maison à demi effondrée, enjamba un corps minuscule, recroquevillé sur lui-même, et détourna les yeux. Pas par indifférence, mais parce que certaines douleurs sont trop grandes pour être contemplées directement.
On ne peut pas regarder chaque mort.
On ne peut pas pleurer chacun d'eux.
Puis soudain… il s'arrêta.
Un murmure.
Non, moins qu'un murmure : un souffle.
Le temps sembla suspendre son cours. Minato tourna lentement la tête.
Derrière une cloison effondrée, une pièce presque intacte se dessinait, comme miraculeusement préservée du chaos. À l'intérieur, sous une fine couche de cendres, reposait un panier. Et sous une couverture légère, un bébé.
Elle ne pleurait pas.
Elle ne pleurait pas.
Elle était là, immobile, ses yeux grands ouverts brillants d'une étonnante lucidité, les poings fermés avec détermination, vivante.
Minato sentit sa gorge se serrer douloureusement.
Il s'approcha lentement, avec précaution, comme si un geste trop brusque risquait de briser cette fragile réalité. Il s'agenouilla doucement près du panier. L'enfant ne bougeait toujours pas. Elle l'observait, intensément, avec une conscience étrange, bien au-delà de son âge.
Il n'y avait aucun mot à prononcer.
Seulement cette présence infiniment précieuse parmi les morts.
Minato avança lentement sa main. L'enfant leva la sienne en réponse.
Avec une délicatesse infinie, il la prit contre lui. Son petit corps était tiède, d'une fragilité presque douloureuse. Pourtant, lorsqu'elle agrippa sa tunique avec une force surprenante, quelque chose se noua dans son cœur.
Il resta là un instant, immobile, à genoux au cœur du désastre, une main protectrice sur la tête du bébé, l'autre tenant fermement son petit corps. Le silence avait changé. Il n'était plus vide, il était devenu une promesse.
Minato se releva lentement, serrant délicatement le petit corps contre lui. Il jeta un dernier regard autour de lui, gravant chaque détail dans sa mémoire : les cendres flottant doucement dans l'air figé, les murs noircis, le silence profond chargé de promesses muettes. Un instant, il ferma les yeux, laissant la réalité de l'instant s'inscrire profondément en lui. Puis, avec détermination mais douceur, il reprit son chemin vers l'extérieur, emportant avec lui ce souffle préservé qu'il venait de trouver.
Quand ils le virent, avec le petit corps contre lui, une étincelle s'alluma dans le regard de ses coéquipiers. L'espoir qui renait sous la braise. Le miracle d'un être si fragile, survivant à un tel désastre.
Un jonin s'approcha, pour observer l'enfant, peut-être le prendre afin de délester l'adolescent de ce poids. Mais les mains de Minato se resserrèrent sur le petit corps pendant que l'enfant nichait son visage dans le creux de son cou. Comme si, à cet instant, ils se rattachaient l'un à l'autre.
Ils rentrèrent à Konoha au petit matin.
Le ciel était pâle, sans nuage, d'une clarté presque indécente après ce qu'ils avaient vécu. Une lumière injuste, trop douce, comme si elle ignorait volontairement l'horreur qu'elle éclairait.
Minato tenait l'enfant contre lui depuis la veille. Elle n'avait pas pleuré une seule fois.
Pas dans le froid.
Pas dans le silence.
Il ignorait si c'était par force ou par choc.
Peut-être les deux.
À l'entrée du village, les guetteurs les accueillirent d'un simple hochement de tête. On ne posait pas de questions à ceux qui revenaient les mains vides. Et Minato n'avait rien à leur dire.
Il continua simplement à avancer.
L'enfant s'était endormie contre lui, une main encore agrippée fermement au col de sa veste.
Le village, à cette heure matinale, semblait étrangement calme. Les rues étaient désertes, seulement parcourues par quelques silhouettes furtives de shinobis revenant de missions nocturnes ou partant en patrouille. Leurs regards se croisaient à peine, respectant un silence presque sacré, celui que l'on réserve aux lendemains trop lourds de conséquences.
Minato traversa Konoha sans s'arrêter, sans ralentir, comme s'il craignait que s'il marquait une pause, il ne serait plus capable de repartir. Ses pas le portaient instinctivement vers une partie du village qu'il connaissait bien, sans avoir jamais pensé devoir s'y rendre un jour pour cette raison précise.
L'orphelinat était situé à l'écart, sur une légère hauteur, comme si le village cherchait à en détourner le regard.
Les enfants sans famille — on les cachait. On les protégeait, oui. Mais on les mettait à l'écart. Comme un souvenir douloureux que l'on préfère oublier.
Le bâtiment était modeste, entouré d'un petit jardin où poussaient quelques fleurs sauvages. Minato s'arrêta devant la porte en bois usée, prenant une profonde inspiration avant de frapper doucement. Le bruit sembla résonner plus fort qu'il ne l'aurait dû, brisant la quiétude pesante du lieu.
Une vieille femme ouvrit, le visage doux mais marqué par la fatigue. Ses yeux, habitués à tant de tragédies semblables, comprirent immédiatement. Elle ne prononça aucun mot, laissant à Minato l'espace nécessaire.
— Une survivante. Aucun autre.
Sa voix était calme. Trop calme, comme si toute émotion avait été soigneusement mise à l'écart, dissimulée derrière un masque de devoir.
La femme acquiesça silencieusement, tendant les bras vers l'enfant.
Minato hésita un instant. La petite dormait toujours profondément, paisiblement, ignorante du choix qu'il faisait pour elle à cet instant précis.
Il aurait pu dire : « Je vais la garder. »
Il aurait pu dire : « Elle n'a plus que moi. »
Il aurait pu ne rien dire et simplement repartir avec elle, effaçant toute trace de cet instant, défiant les règles, défiant tout ce qu'il avait appris.
Mais ce n'était pas ainsi qu'on faisait lorsqu'on était ninja.
On obéissait. On classait. On déposait.
Alors, avec une infinie délicatesse, il la déposa dans les bras tendus de la femme. L'enfant eut un léger mouvement, un soupir, mais ne se réveilla pas. Minato ressentit un vide étrange lorsque son poids disparut de ses bras.
— Elle s'appelle Hannah, dit-il doucement, presque malgré lui, comme si prononcer ce nom allait lui permettre de rester lié à elle.
La femme hocha lentement la tête, répétant doucement : « Hannah. »
C'est ce nom qu'il inscrivit ensuite sur le formulaire officiel, sans nom de famille, sans histoire à raconter. Juste « Hannah », comme une promesse fragile laissée entre les mains du destin.
Puis il repartit, les bras vides, mais le cœur plus lourd qu'à son arrivée. Il portait désormais en lui un poids inconnu : celui d'avoir laissé derrière lui quelque chose d'essentiel.
