Antoine crut faillir, réalisant le caractère concret de ce qu'il imaginait depuis des semaines. Et dieu sait qu'il aurait préféré se tromper…! Mais non… Candice venait tout juste de lui jeter au visage ce qu'il redoutait avec angoisse. Et il avait du mal à réaliser…! Perplexe, il quitta les yeux de Candice pour retrouver ceux de Paul qui venait de s'enrouler de gêne.
«Je vous laisse… bredouilla-t-il en quittant la table.
- Je…
- Dis-moi que je rêve là…
Émue Candice s'accrocha à ses yeux avant de tenter une approche qui se conclut sur un refus.
- Je suis désolée… Je…
- Je quoi?! s'emporta-t-il en retenant ses larmes. T'es désolée de quoi?! De m'avoir menti?!
- Je t'ai pas menti, tenta-t-elle difficilement.
- Mais si Candice! Ça fait des semaines que tu me vois tout préparer avec ma mère et les enfants. Des semaines que tu te tiens à distance de tout ça, soi-disant par manque de temps… Je… J'avais presque fini par te croire en fait… Mais bon, toi t'en avais juste rien à faire et t'as attendu que je me déplace jusqu'ici pour m'annoncer que tu voulais tout arrêter ?!
- Mais je… Je pensais que ça irait… bégaya-t-elle en pleurant. C'est juste que là, tout est compliqué et je… je suis plus sûre de rien, je…
- T'es plus sûre de rien? répéta-t-il dans un rire jaune. Mais je te rappelle que c'est TOI qui m'as poussé à te demander en mariage, pas l'inverse. Et moi comme un con, qu'est-ce que j'ai fait?! Bah je t'ai écouté! Mais j'aurais pas dû… Je savais que j'aurais pas dû, putain… se maudit-il se retournant pour ne plus la voir.
- Pardon, pleura-t-elle en s'approchant à nouveau. Je voulais pas te faire de mal…
- Mais tu croyais que j'allais réagir comment?! Tu me plantes à 2 semaines de la cérémonie, sérieux! Je… J'ai quitté mon travail alors que j'avais plein de réunions super importantes. J'ai laissé l'équipe en plan alors qu'on bosse sur une enquête compliquée. Pour TOI! Parce que tu allais mal, que j'étais mort d'inquiétude et que je culpabilisais de te laisser ici dans cet état ! Mais encore une fois j'ai été trop con en fait…
- Arrête… l'implora-t-elle à chaudes larmes.
- Quoi arrête?! Je suis en silence radio depuis deux jours! Tu me parles pas! Tu me dis rien et maintenant tu m'annonces ça, comme ça, sans pression…
- Mais je savais pas comment te le dire, Antoine! Je… J'ai essayé mais j'ai pas réussi…
- Peut-être que t'aurais simplement dû ne jamais me pousser à t'épouser. Ça aurait été plus simple…
- Mais peut-être qu'on est pas obligés d'annuler et qu'on peut seulement reculer la date, je sais pas, je…
- Nan, lâcha-t-il durement. Parce que si t'es pas sûre de toi maintenant, je vois pas pourquoi tu le serais dans un mois ou dans un an. En fait, t'as jamais été sûre de toi dès que ça me concernait. Par contre, pour épouser le premier venu, là y avait pas de doutes!
- Ça n'a rien à voir…
- C'est ça! commença-t-il en tournant les talons avant de récupérer son sac.
- Qu'est-ce que tu fais?
- Faut que je sorte!
- Mais attends, Antoine…
- Laisse-moi tranquille ! cria-t-il depuis le bas des escaliers.»
La porte claqua dans un bruit sourd et fit sombrer Candice dans le canapé. Décidément, en ce moment, chaque interaction avec un membre de sa famille tournait au fiasco... L'entretien avec sa mère avait été une humiliation, celui avec son père une semence de douleurs et voilà qu'elle venait de conclure leurs retrouvailles par de chaudes larmes. Finalement sa mère avait sûrement raison, elle devait être nocive pour tous ceux qui l'entouraient... Et à nouveau, ses larmes eurent du mal à se tarir, comme un robinet fuyant d'un débit vif et cinglant. Rien ne parvenait à les arrêter depuis presque 24h. Et la seule qui personne qui aurait finalement pu la consoler venait de quitter les lieux avec énervement. Chouette, songeait-elle avec ironie alors que le parquet du fond grinçait discrètement. Son oncle ne tarda pas à lui faire face, les yeux attristés par la situation. Et en un regard il comprit…
«Il est parti? osa-t-il demander en connaissant déjà la réponse.
- Oui… Comme tous ceux qui m'entourent de toute façon…
- Il avait sûrement besoin de s'aérer pour encaisser ce que tu venais de lui annoncer aussi, il faut le comprendre.
- Nan… Je le connais… Quand il s'énerve comme ça c'est qu'il part pour de bon…
- Alors qu'est-ce que tu fais encore là?!
- Mais parce que ça servirait à rien… Je… Enfin tu vois bien comme il est parfait?! Je suis incapable d'être à la hauteur. Je… J'suis nulle, voilà! Il mérite quelqu'un d'autre que moi!
- Nan… Tu dis ça parce que tu viens de te confronter à ce que tu appréhendes le plus: tes parents. Mais quand t'es arrivée ici, il y a trois jours, je peux te dire que tu tenais pas ce même discours hein!
- Parce que… Parce que je croyais que tout était encore possible…
- Et là, qu'est-ce que tu crois maintenant?!
- Je sais pas, avoua-t-elle en essuyant ses larmes. Je sais juste qu'il avait raison en tout cas…
- Sur quoi?
- Il… Il voulait pas que je vienne ici… Parce qu'il avait peur que ça me mette mal et que… que je change d'avis sur le mariage… Mais moi, j'avais besoin de venir ici! Je voulais juste le dire à maman, je…
- Oui! Sauf que tu t'attendais à des félicitations mais que tu as eu des reproches. Mais ça, si tu lui dis pas, comment veux-tu qu'il le sache?
Elle haussa les épaules, perdue.
- Le pauvre ne sait même pas que tu l'as vue hier! Il sait même pas que t'es allée voir ton père aussi. Ça fait deux jours qu'il sait que t'es pas bien mais tu lui expliques pas pourquoi!
- Parce que j'ai honte, avoua-t-elle durement.
- Honte de quoi?
- De pas avoir tenu mes promesses…
- Lesquelles?
- Avant de partir, je lui ai promis que… que ça irait... que je savais faire la part des choses et que j'avais plus aucune culpabilité envers ce qu'il s'était passé à l'époque. Et au final, j'ai l'impression que c'est pire qu'avant.
- C'est pas pire qu'avant. Tu viens juste de réveiller une douleur que tu avais réussi à enfouir au fond de ton cœur. Et tu viens juste de comprendre que ta mère ne te pardonnerait jamais. Alors bien sûr que c'est douloureux et que tu as le droit d'être mal ! Et oui, malheureusement, ça arrive au mauvais moment... Mais je te le répète, tout n'est pas une fatalité et le passé n'est pas censé te priver de ton futur…
- Mais j'ai tellement peur de tout gâcher… Je n'arriverai pas à supporter un nouvel échec, tu vois. Surtout avec lui…
- Si tu te berces d'illusions, c'est normal aussi, ma chérie. Il faut simplement que tu arrives à mettre les points sur les i avec ce qui te blesse et que… que tu fasses un choix radical.
- Comment ça?
- Tu sais très bien de quoi je veux parler!
- Hum… soupira-t-elle en songeant à sa mère. Mais c'est pas facile…
- Ah non c'est pas facile! Ça c'est sûr!
- J'aurais tellement aimé qu'elle soit comme toi, souffla-t-elle alors qu'il venait s'asseoir à ses côtés.
- Magda est une femme malheureuse, Candice. Et y a rien de pire que le malheur pour pousser quelqu'un à la méchanceté…
- Je sais, acquiesça-t-elle avant d'accepter son étreinte.
- Alors tu me sèches ces larmes. Tu reprends tes esprits et tu te poses la question de ce que tu veux faire. Tout n'est pas perdu…
- Hum, tiqua-t-elle. Quand il est en colère comme ça, c'est même pas la peine de lui parler…
- Laisse-lui le temps de redescendre et… il finira bien par revenir…
- J'espère!
- Par contre, loin de moi l'idée de me moquer de toi mais… j'ai bien entendu? C'est toi qui l'as demandé en mariage?
Amusée, la blonde osa un maigre sourire avant d'acquiescer.
- Enfin, c'est moi qui lui ai demandé de le faire…
- Parce qu'il voulait pas?
- Non c'est pas ça… C'est que… après tous mes échecs, j'avais pas envie d'en récolter un nouveau. Surtout avec lui, et… je lui avais bien fait comprendre qu'il y aurait jamais de mariage entre nous. Enfin, je voulais qu'on reste libres tous les deux… Mais, en fait, bah je me suis rendu compte que mariés ou non, ça changerait rien à ce qu'on vivait et… même s'il me l'a jamais dit, j'ai toujours su que c'était son rêve…
- Et tu voulais qu'il le réalise…
- Ouais… Parce que je sais que je suis égoïste hein. Mais pour une fois, j'ai voulu lui montrer que je pouvais changer… Et tu vois, finalement, mes angoisses étaient plus fortes que mes promesses…
- Vois le bon côté des choses! Il te reste quinze jours pour faire taire ces angoisses et respecter tes promesses!
- Nan mais là il est parti dire à sa mère que tout était annulé, je suis sûre. La connaissant, y a déjà un tsunami qu'est en train de ravager toute la côte là…»
Amusé, Paul lâcha un rire franc avant d'encourager sa nièce à prendre du temps pour elle dans la salle de bain. Rien de mieux qu'une bonne douche pour diminuer le stress qui l'envahissait et remettre ses idées en place… Alors son corps se leva difficilement, porté par l'espoir qu'en ressortant de la salle d'eau, son amoureux soit attablé à l'attendre. Des espoirs peu réalistes finalement… Mais elle comprenait en même temps. Ce qu'elle venait de lui annoncer était difficile, et sûrement avait-il eu besoin de temps pour encaisser ses mots. Pourtant, elle sentait son cœur noué par l'angoisse que ce soit «la fois de trop». Celle qui lui coûterait définitivement son bonheur… Parce que certes, vu la situation, elle avait préféré mettre le mariage en suspens mais, son amour pour lui restait définitivement indéfectible.
...
A peine la blonde eut-elle quitté le salon qu'un blond la succéda, saluant son père d'une étreinte chaleureuse. Et vu la tête de ce dernier, la situation semblait critique.
«Je t'apportais le journal, comme d'hab!
- Merci fiston!
- Alors Candice, comment ça va?
- Pas fort… Elle vient tout juste de dire à Antoine qu'elle hésitait à se marier alors… je te laisse imaginer la tête du futur époux à 15 jours du jour-j.
- Aïe…
- Comme tu dis, oui, soupira-t-il en haussant les sourcils.
- Il est parti?
- Oui… Je lui ai dit d'attendre un peu avant d'essayer de le joindre. Je pense qu'il a seulement besoin de digérer. Parce qu'au fond, tu l'as vu comme moi, il est totalement amoureux d'elle et il la laisserait pas en plan alors qu'il la sait mal en point…
- Elle lui a parlé?
- Beh non! Elle est murée dans le silence… C'est ça le problème aussi, s'agaça-t-il.
- Hum, sourit-il doucement. Ça doit sûrement être de famille alors…»
Fred venait de moucher son père en une phrase. Et ce dernier éclata de rire avant de confirmer que ce n'était définitivement pas les dieux de la communication… Le jeune finit par accepter un café avant de redescendre dans la cour où ses voitures l'attendaient pour un entretien en règle…! Puis, c'était un homme minutieux, alors chaque recoin de chaque habitacle était scruté de A à Z… Et dans celui-ci, quelque chose l'intrigua. Il glissa sa main sous le fauteuil et sortit l'objet avec étonnement. En quelques secondes, Fred avait compris. Choqué, il s'empressa de retrouver le bas des escaliers et héla après son père.
«Quoi?
- Tu peux descendre s'te plait?
L'homme âge ronchonna et glissa un manteau sur son dos avant de rejoindre son fils au bureau.
- Qu'est-ce qu'il y a?
- J'ai trouvé ça, dans la voiture qu'on a prêté à Candice, je…, lança-t-il avec inquiétude.
- Qu'est-ce que c'est? s'étonna Paul en ouvrant l'objet.
- Ah non mais ici, ça va. Par contre, quand on arrive à cet endroit, c'est… Pfffou! Ça m'a retourné le bide!
- Mais c'est affreux… souffla-t-il avec émotion. Où est-ce qu'elle a trouvé ça?!
- Sur le GPS, la dernière adresse qu'a été renseignée, c'est celle-là…, annonça-t-il en montrant son portable.
- Merde…
- Je comprends mieux, maintenant…
- Putain, réalisa-t-il. Il est quelle heure-là?
- Euuuh 10h36, observa Fred sur son ordinateur.
- Ok, grouille-toi, tu me déposes à la gare!
- Hein? Mais pour quoi faire?
- Dépêche-toi avant que le train n'arrive. Il est prévu pour 45! Ça va être chaud! »
La porte du Kadjar noir claqua rapidement, laissant les deux hommes prier pour arriver à temps dans l'enceinte de cette gare. Avec ce qu'il avait dans ses mains, Paul le savait, il pouvait faire changer le cours des choses…!
