Candice avait quitté son cabinet en trombe. Après son absence de la semaine passée, les lettres d'appel à l'aide s'étaient entassées et la journée avait filé à toute allure. L'horloge de sa voiture affichait déjà quasiment 19h et heureusement, son fils avait tout préparé pour le repas du soir… Et quel repas… Treize… Ils seraient treize. Treize à débattre du mariage. Treize à vouloir prendre la parole. Bref, une migraine en prévision pour la blonde qui préférait embrasser les soirées calmes et sans tracas. Et en ce moment, ce n'était pas du luxe... Alors elle grimpa dans sa voiture et enclencha le moteur, prête à rejoindre sa maison lorsqu'un appel entrant de son futur mari apparut sur le tableau de bord.

«Allô?

- Oui Candice c'est moi, je viens de rentrer là… mais j'ai zappé le pain à la boulange'. Tu peux y passer ou pas?

- Euh, je pars à l'instant là…

- Bon bah parfait! 5 baguettes?

- Six ce serait mieux, entendit-elle derrière lui.

- Eh bah je vois que ta mère est déjà là, s'amusa-t-elle.

- Tes enfants aussi, répliqua-t-il tout sourire.

- Hum… Alors 5 ou 6?

- Bon bah 6…

- Ok. À tout à l'heure…»

Elle raccrocha non sans pester contre sa belle-mère… Jusqu'aux baguettes, elle les ferait tourner en bourrique. Elle était dingue, ma parole!

Candice claqua la portière de sa voiture. Visiblement, quasiment tout le monde était déjà arrivé vu le bruit qui s'entendait depuis l'extérieur. Elle poussa la porte, arpentant un faux sourire sur son visage. Et vu la mine d'Antoine, lui aussi semblait déjà fatigué par l'énergie de tout le monde. Le brun se leva et s'approcha pour débarrasser la blonde qui débarquait doucement au salon.

«Bonsoir! lança-t-elle en souriant.

- Bien! On peut donc officiellement lancer l'opération «sauver le mariage» de mon fils! déclara Isaure en souriant faussement à sa belle-fille

Oui alors, c'était aussi le mariage de Candice, mais ça visiblement, peu lui importait… Rien que le nom de cette opération lui rappelait qu'elle avait bien failli être la cause de cet échec. Elle hocha négativement la tête avant de rejoindre son compagnon en cuisine.

«Elle va être comme ça toute la soirée? s'indigna-t-elle tout bas.

- Elle est remontée à bloc là. Ça doit être le stress…

- Eh beh ça promet! souffla-t-elle de dépit.

- Oui alors, s'il-te-plaît, mon amour, pour le bien de tout le monde, tu temporises?

- Hum, grimaça-t-elle. Et les autres, ils arrivent quand?

- Ils sont en route.

- Ok, acquiesça-t-elle avant de se laisser embrasser par Antoine qui quittait la cuisine tout sourire

Temporiser, oui… Il était bien gentil mais face à ses piques, son sang ne faisait parfois qu'un tour. Et encore, elle n'avait pas sa mère à elle autour de cette table. Mon dieu… Elle imaginait déjà leur rencontre. Quelle angoisse…

«Candice?!» entendit-elle crier d'un ton autoritaire depuis le salon. Elle souffla, intériorisa et débarqua autour de sa belle-mère qui requérait leur liste d'invités. La blonde fit demi-tour et récupéra la feuille collée sur le frigidaire, sourire aux lèvres. Plus de point d'interrogation, quelques noms en plus et un cœur bien plus rempli. Enfin cette liste ressemblait à quelque chose à ses yeux, se satisfit-elle en la tendant à Isaure.

«T'as invité Stanislas?! s'époumonna Antoine.

- Bah quoi?! Il était là au début… Il était là cette semaine… Et je lui ai pas rendu la vie simple. C'était la moindre des choses. En plus il s'entend super bien avec Fred. Il était ravi de venir, je te jure.

- Oui mais quand même, bougonna-t-il.

- Donc du côté des Renoir vous êtes… 10. Sans compter les amis… Et de notre côté, on est 15.

- 15? s'étonna Antoine en récupérant la liste. Mais… Jean-Charles et Monique, c'est qui?

- Mais si! Les Brochard!

- Les Brochard? Mais je les ai vu pour la dernière fois j'avais 30 ans!

- Et alors, c'est une vieille amie. Elle tient absolument à te voir te marier.

- Non mais on a dit simple maman!

- Mais ça va, tant qu'il y a de la place, rétorqua-t-elle en les ajoutant sur la liste.»

Antoine n'osa rien dire, tel un gosse qui n'avait pas le droit de riposter face à sa mère. Isaure s'était mise en mode tyran, et inévitablement, elle ne laissait personne décider à sa place. Presqu'amusée, Candice s'approcha discrètement de l'oreille de son futur mari en souriant. «Temporiser tu disais?» répéta-t-elle pour se moquer. Il ricana. Parce que oui Antoine devait bien avouer que prendre sur soi dans ce cas de figure était une vrai gageure…

...

Et la soirée se déroulait exactement comme Candice l'avait imaginée et surtout redoutée… Assise en bout de table, la blonde observait ses jumeaux, qui au bout, s'essayaient à trouver la playlist parfaite. À côté, Jules et Isaure travaillaient le menu, lisant et relisant les multiples fiches que le cuisinier avait retrouvé. Et celles que Candice avait sélectionnées dormaient à côté de son assiette, sans que personne ne s'en soucie. Et même pour la dégustation de gâteaux concocté par Jules, elle n'avait vraisemblablement pas eu d'avis à donner. Enfin si, mais vu la considération qu'il avait eue, elle n'en avait pas rajouté… À sa gauche, Nathalie et Emma étaient à fond sur les photos de la robe de Suzanne, s'interrogeant sur la couleur des pétales et des fleurs qui accompagneraient sa tenue. Et Candice avait beau leur dire que le choix des fleurs avait déjà été fait ce midi… Les deux semblaient prêtes à en acheter d'autres… Et alors à sa droite, mieux valait ne pas écouter leur préparation d'enterrement de vie de garçon. Les idées de JB semblaient toutes plus ridicules les unes que les autres. Et Marquez s'enlisait dedans tête baissée sous les rires d'Antoine… C'était simple, elle en venait presque à envier son beau-fils qui somnolait dans le canapé, Éloïse dans les bras. Eux au moins évitaient ce supplice et cette ignorance… Alors elle s'était enfermée dans sa bulle, laissant le bruit des paroles des autres éclater dans cette pièce où elle se sentait désormais étrangère. C'était comme si Candice venait de découvrir tout ce qui s'était tramé depuis ces six derniers mois. Comme si elle venait de prendre conscience de l'ampleur de son absence et de son indifférence. Comme si elle se retrouvait noyée dans une masse où tout le monde semblait en cohésion, sauf elle.

...

23h10.

Candice éteignit enfin l'eau de la douche, prête à démarrer sa routine beauté du soir. Et le calme régnait… Enfin… Tout le monde était parti. Son mariage était déclaré bien avancé. Enfin «son mariage » … C'était plutôt celui de sa famille visiblement. Mais qu'est-ce qu'elle aurait bien pu dire après tous ces fracas? Après tout, c'était de sa faute si personne n'avait voulu considérer ses idées. Sa faute si tout devait être fait à la dernière minute sans réfléchir. Alors après tous les malheurs qu'elle avait causés, elle n'allait pas taper du poing sur la table… Loin de là.

Dans leur chambre, elle avisa Antoine les yeux rivés sur son portable. Et lui n'avait pas semblé dérangé par cette soirée à en voir son léger sourire face aux listes de mariage qu'ils avaient reçues. Elle ravala sa salive, souleva les draps, effaça les notifications de son portable et s'emmitoufla dans les couvertures dans un silence religieux. Étonné, Antoine tourna la tête vers elle qui ne lui offrait plus que son dos.

«Ça va? s'étonna-t-il.

- Oui oui…, mentit-elle d'une petite voix. Je suis fatiguée, c'est tout.

Peu convaincu, le brun déposa son portable sur la table de nuit avant de la forcer à se mettre sur le dos.

Arrête, riposta-t-elle en luttant contre sa force.

- Bah non ça va pas, non… constata-t-il en passant sa tête pardessus son épaule. Qu'est-ce qu'il y a? C'est à cause de la soirée?

- Non… C'était super… Je les ai laissé organiser leur mariage.

- Tout le monde a un peu pris les devants oui, mais à presque 10 jours… On a pas trop le choix.

- Un peu pris les devants?! répéta-t-elle en criant. Mais ils ont tout fait oui! C'est à croire que ta mère sera face à toi devant monsieur le maire…

- Dis pas n'importe quoi… Puis bon... Elle est bien gentille de vouloir nous aider depuis que je lui ai refusé le passage à l'église.

- Mais Antoine, elle est pas en train de nous aider là! Elle fait carrément son mariage. C'est SON domaine, SA déco, SES Fleurs, SON menu… J'ai pas eu mon mot à dire, sur rien. Alors je sais qu'on veut me faire payer pour tout le manque de considération que j'ai eu envers ce mariage, mais quand même je… Je pensais qu'il serait à notre image… Pas à SON image, expliqua-t-elle en ravalant ses larmes.

Ému, Antoine hocha négativement la tête en la regardant avant de l'attirer dans ses bras.

- Je vais lui parler…

- Pourquoi faire? Elle est tellement bornée qu'elle voudra rien entendre. Je voulais… Je voulais juste que ce soit simple et convivial… Je voulais pas d'une cérémonie en grande pompe… Je suis pas à l'aise avec tout ça moi… Je suis une fille de prolo du nord moi… Je suis pas comme elle voudrait que je sois…

- Mais t'es exactement comme je voudrais que tu sois, c'est ça qui compte, non?

- Mais elle a choisi le menu avec le seul plat que je déteste! Je te jure, je me demande si c'est pas de la vengeance. Et les gâteaux aux fruits! Mais tout le monde sait bien que j'adore le chocolat…

- Mais ça c'est rien, on peut encore tout changer… C'est pas grave…, chuchota-t-il à son oreille en l'enlaçant tendrement. Je vais lui parler, je te promets.

- Elle va me détester… Tu sais bien que… C'est le mariage de «son fils», la singea-t-elle en levant les yeux au ciel.

- Pas si je lui fais comprendre que moi aussi je suis pas emballé par son projet. Elle peut rien me refuser. J'irai lui parler calmement demain soir, ok?

- Ok, acquiesça-t-elle en l'embrassant.

- Ça va mieux?

- Et d'ailleurs, rembraya-t-elle faussement énervée. J'ai rien dit hein! Mais c'est quoi ce projet soirée striptease ou je ne sais quoi hein?!

- Oh la la, rigola Antoine avec dépit. Une idée foireuse de JB, évidemment.

- Mais même pas en rêve hein!

- Sauf si… tu t'invites à la soirée, lança-t-il d'un regard coquin.

- Devant JB et Marquez? s'amusa-t-elle.

- Ah non, en mode exclu…

- Bien sûr, tiqua-t-elle d'une moue boudeuse.

- Mais pour que je sois sûr, faudrait peut-être me faire une petite démo avant, tenta-t-il tout sourire.

- Ah oui, fit-elle mine de réfléchir. Hum… Mais je sais pas si ta mère serait d'accord quoi…

- Alors là… Si tu savais comme j'en ai rien à faire! lança-t-il en plongeant dans son cour pour l'embrasser

Candice éclata de rire, retrouvant presque l'entièreté de sa lumière qui contrastait avec la nuit extérieure. Antoine n'en avait rien à faire sur ce sujet… Mais s'il pouvait partager cette idée sur les autres sujets, ce serait bienvenu, songeait-elle en le laissant faire. Et au fond, même si la négociation s'annonçait ardue, Candice ne priait plus que pour retrouver les rênes de LEUR mariage. Celui qu'elle avait tant redouté, certes. Mais désormais celui qu'elle voulait fêter, à son image...