Chapitre 31
~ 15h47 - Chambre N° 981 - Hotel le Sublime ~
On vient de me libérer de cette salle de torture. Tasi a réussi l'impossible en seulement quelques heures. Alors que je leur criais mon innocence à m'en briser les cordes vocales. J'ai presque réussi pour ça. Je me frotte la gorge douloureuse et je regarde autour de moi. On m'a emmené dans une chambre luxueuse d'un hôtel. Sûrement celui où on m'a retenu. C'est terrible de se dire que certains hôtels ont des pièces isolées de telles sortes à ce qu'on ne vous entende pas. Bref.
- Chesca ? m'appelle Tasi derrière la porte de ma chambre. Je peux entrer ? Je t'ai apporté des nouveaux vêtements.
- Entre, je ne me suis pas déshabillé, soupirais-je. Je n'en ai pas la force, ni le mental là.
Tasi entre silencieusement dans ma chambre, accompagnée de deux gardes du corps habillés de costards noirs et les visages masqués. Tasi leur fait signe de rester à la porte et elle vient jusqu'à moi, assise mollement sur le lit. Mes mains sont crispées sur mes cuisses. Je pensais être capable d'encaisser de telles tortures depuis que je suis rentrée dans la marine mais en réalité, il n'en est rien. Je n'ai donné aucunes informations parce que je n'en détiens aucune. Mais si j'avais été Kira ? Ce vil criminel qui tue à tour de bras des membres de la Marine et du Gouvernement Mondial sur des idéaux bancals…
En quoi sont-ils bancals ?
Je sursaute quand j'entends en moi, une voix parfaitement semblable à la mienne, ronronner cette interrogation. Tasi pose une main sur mon épaule réconfortante.
- Chesca, va te prendre une bonne douche et te changer. Ensuite, IL voudrait te rencontrer en face à face pour échanger sur ton intégration dans la cellule d'enquête.
Je hoche la tête avant de prendre les vêtements qu'elle me donne et me relève pour me diriger vers la salle de bain. Je pousse la porte d'un coup d'épaule et je m'y enferme à double-tour avant de jeter les affaires dans le lavabo. Je lève les yeux pour observer mon reflet : je suis devenu pâle à en faire rougir un fantôme et mes yeux sont vitreux et rougis par la fatigue. Je reste quelques minutes à fixer cette personne à l'allure fantomatique avant de lâcher un rire nerveux.
- L…. Si tu t'attends à ce que je coopère sans que je te fasse payer tes actes, tu te mets le doigt dans l'œil. Je sais être rancunière quand on me fait de telles saloperies.
Je serre les poings en sentant la haine m'envahir dans chaque parcelle de ma peau. La personne qui se cache derrière Kira va prendre chère quand je l'aurais démasquée ! Je lui ferai payer en mille fois pire pour juste le plaisir !
- Bah pour l'instant, prenons un bain pour évacuer tout ça.
Je tente quelques minutes de me déshabiller sans abîmer mes vêtements avant de jeter un coup d'œil à leur état. Les traces de sueur et de sang dessus me donnent envie de vomir et les mauvais souvenirs reviennent. Dans un soupir, je finis par attraper les vêtements et les déchirer à mains nues et je jette les morceaux dans un coin. J'active l'eau chaude du bain et patiente quelques minutes avant de m'y glisser avec un petit gémissement de satisfaction quand je sens la chaleur dévorer ma peau. Lentement, je me mets en position allongée et ferme les yeux respirant à un rythme plus détendu. Il ne me faut que quelques minutes pour me sentir partir dans un sommeil léger, enfin apaisé d'être en sécurité…
~ Au même moment, derrière le miroir sans tain de la salle de bain ~
Deux hommes observent en silence la salle de bain, occupée par moi-même somnolente. Au premier plan, le détective L qui n'a rien manqué de mes sages paroles mais circonspect quant à leurs interprétations à donner. Derrière lui, se tient l'amiral en chef Akainu qui contient difficilement sa colère. Cet hôtel est truffé de micro et de vitres pour espionner ses habitants ! Les poings serrés, il ravale quelques instants sa fierté avant de parler à voix basse :
- Puis-je savoir en quel honneur tu as tenu à tenir espionner….. ma subordonnée jusqu'à sa salle de bain ?
- Vous l'avez entendu la raison. C'est quand on se sent en sécurité et entouré des personnes que l'on apprécie que l'on relâche ses véritables pensées. Malgré tout, je suis déçu. Elle n'a pas évoqué Kira comme je l'avais pensé.
Lawliet se mâchouille le pouce quelques minutes, m'observant profiter d'un bain réconfortant avant de se relever et de détourner les talons.
- Elle ne dira plus rien d'intéressant. Elle se prépare mentalement à me confronter. Continuez à l'observer Watari et à noter chaque fait et paroles.
Akainu pivote la tête vers le vieil homme qui vient prendre sa place derrière la vitre tandis que Lawliet passe à côté de lui. Retournons dans le salon avec l'amiral Kizaru et la mademoiselle Tasi. Il est temps de préparer l'intégration de notre suspect dans notre cellule.
Lawliet quitte la pièce secrète en direction du salon, suivi par Sakazuki qui finit par calmer ses ardeurs puissantes de meurtre. Ils rejoignent Kizaru prennant son thé avec la contre-amirale Tasi qui regarde par la grande baie vitrée, l'extérieur de l'hôtel.
- Vous semblez ailleurs, Miss, remarque L en retournant à son siège. Vous avez remarqué quelque chose qui vous fâche … ?
- Pas spécialement, répond-elle sans ciller. Je ne travaille qu'avec vous pour défendre mon amie et vous prouver qu'elle n'est pas celle dont vous l'accusez.
- Vous avez le doigté pour ça ! glousse Kizaru. D'abord, Kuzan et maintenant Chesca…. A croire que tout le monde vous tourne le dos…. !
- Borsalino, la ferme ! peste Sakazuki en s'asseyant à ses côtés. Tu sais que je ne veux plus entendre ce foutu nom quand je suis là ! Il est un traître à la Marine depuis qu'il a préféré quitter nos rangs pour rejoindre Barbe Noire ! Je me fiche de ses raisons ! Et de vos raisons de le défendre malgré sa trahison, contre-amirale !
Les lèvres de Tasi tremblent sous la frustration. Elle savait qu'en revenant, elle aurait à subir les moqueries et l'attitude antipathique du chien rouge. C'est bien l'une des raisons qui l'a poussé à fuir le Quartier Général pour aller se réfugier sur une île calme. Qu'importe ce qu'ils pensent, elle continuera de l'aimer, son faisan bleu. Elle ne connaît pas les raisons de son départ, même si elles semblent évidentes. Mais parfois, tout n'est pas dans l'apparence. Tasi reprend un visage indifférent et elle retourne s'asseoir dans un siège à côté de Lawliet.
- Messieurs, et mesdames… Nous allons travailler avec Kira à partir d'aujourd'hui. Inutile de vous rappeler ces méthodes pour tuer. Il a besoin de vos visages et vos noms complets. Kira connait déjà nos visages. Alors je vais vous demander de garder vos noms complets pour vous. Nous allons lui créer une nouvelle identité également afin qu'elle soit à l'abri du deuxième Kira. Désormais, vous oubliez votre réelle identité. Watari, a-t-on reçu les nouveaux papiers ?
- Je viens de les recevoir à l'instant.
Le majordome arrive dans la pièce dans une large enveloppe et il en sort 4 passeports neufs. Watari les distribue rapidement et chacun découvre la nouvelle identité.
- Watari restera Watari. Ce n'est pas son réel nom, je suis le seul à connaître, tranche L. Je serais Matsuda Sadasue à partir d'aujourd'hui.
- Je suis Ina Mimiko, chuchote Tasi.
- Ryu Arai, grogne Akainu
- OOh…. Yuki Shimizu pour moi, glousse Borsalino.
Chacun range rapidement son document et le silence se fait à nouveau dans le salon. Watari vient servir un plateau de sucreries sur la petite table au milieu de la réunion et L prend de suite la fraise qu'il gobe avant de reprendre la parole.
- A partir d'aujourd'hui, Kira ne quittera plus ce bâtiment sauf en présence de l'un d'entre nous et elle ne devra en aucun cas prendre contact avec l'extérieur sans notre accord, est-ce clair ?
A cet instant, Tasi comprend que la situation que son amie n'allait pas évoluer… et que, bien au contraire, la sienne allait se dégrader graduellement et en présence agréable d'Akainu et de Kizaru.
