Chapitre 32
~ 16h07 - Chambre N° 981 - Hotel le Sublime ~
Je dépose les serviettes dans le panier de linge sale et je finis de me coiffer dans le miroir de la salle de bain. Le temps du repos est révolu pour aujourd'hui. Je suis habillée d'une chemise beige, d'un pantalon noir et des chaussures à talons noirs. Une veste noire de costard a également été déposée par Tasi. Elle m'a donné la parfaite panoplie de vêtements d'une secrétaire de bureau.
- Une idée tordue d'Akainu, soufflais-je.
Depuis que j'ai été libérée, mes pensées sont troublées et ma concentration réduite à néant. Je sais que j'ai été séquestrée ici car L et mes supérieurs me soupçonnent fortement d'être Kira. Je le conteste fortement, comme n'importe quel innocent ! Même si je sens que quelque chose cloche. Mes souvenirs de ces derniers jours sont flous comme si j'avais volontairement oublié des choses. Mais ça, c'est peut-être quelque chose que je devrais garder pour moi…
Je fixe une nouvelle fois mon reflet dans le miroir, observant mon visage légèrement plus coloré malgré les cernes toujours présente sous mes yeux. Ces derniers ont perdu de leur allure. Ma fierté a été tabassée et ma motivation est portée disparue. Je dois faire semblant que tout va bien, pour Tasi et surtout pour ne pas satisfaire l'égo d'Akainu.
- Allez, on se motive, Chesca. Tout ira bien. On a déjà vu pire, hein ?
Pas du tout. J'ai déjà vu des massacres de civils, des villages en feu et senti l'odeur de la chair carbonisée à vous faire vomir les tripes si fort que vous en tourner de l'œil. Mais être si proche de la mort pour des affaires mondiales, jamais.
Je sors d'un silence rapide de la salle de bain, ramasse le sac laissé par Tasi sur le lit et l'ouvre pour jeter un coup d'œil dedans. J'ai tout le nécessaire d'une bonne secrétaire : des porte-documents, des plumes, des encriers, un dossier noté "confidentiel" et quelques barres de céréales en cas de creux. Je prends le sac sur mon épaule et sors de ma chambre où je suis "chaleureusement" accueillie par quatre agents du gouvernement mondial, armes en main. Je suis braquée par deux d'entre eux tandis que l'un d'entre eux me force à me retourner et me plaquer contre le mur.
- Ne regarde pas nos visages ! peste le chef. Quand tu veux sortir, il faut d'abord frapper à la porte trois fois et ensuite, c'est nous qui te donnons le feu vert !
- Tch… J'étais pas au courant ! Je sors tout juste de cellule et voilà qu'on recommence ! Faut me prévenir avant !
Pour seule réponse, je reçois des coups dans les côtés, me laissant plier de douleur, le corps encore affaibli avant d'en recevoir un autre dans un genou. Je tombe un genou à terre, le regard fixé sur le papier peint du couloir. Même si je suis pas Kira, je rêve de leur retourner leurs coups en mille fois pire ! Ça a toujours été la guerre entre les agents du gouvernement mondial et ceux de la Marine ! Mais depuis ce conflit sur l'affaire Kira, ça s'est largement empiré !
Je voudrais les voir morts !
Une voix grave et monstrueuse retentit dans ma tête, encore une fois. Je jette un regard en biais pour voir s'ils ont une réaction mais du peu que j'aperçois, ils continuent de rire et ils finissent par mettre des masques pour couvrir les visages. Un peu tardivement.
- Relève toi, sale rat ! On t'emmène voir le boss. Je ne prendrais même pas cette peine si j'étais lui…
- Justement, tu n'es pas lui, t'as même pas un 0,01% de son QI, marmonnais-je.
Je me relève de ma position humiliante lentement, pour ne pas les effrayer et ils se mettent en formation autour de moi, un devant moi et trois derrière. L'un appuie le bout de son canon dans mon dos pour me faire avancer ce que je fais. Le couloir est silencieux et nous sommes visiblement les seuls clients à cet étage. Si L est bien ici, c'est sûrement une de ses mesures de sécurité pour éviter toutes fuites. Enfin, est-ce assez quand on voit la débilité des agents avec moi. J'espère pour lui qu'ils ne l'ont pas aperçu sinon je ne lui donne pas longtemps à vivre.
Notre groupe marche jusqu'à un escalier où nous montons jusqu'au dernier étage de l'hôtel. Toujours personne. L a dû prendre des mesures plus larges que je ne l'avais imaginé. C'est terrifiant d'avoir un tel pouvoir. Ce genre d'individus ne devrait pas exister.. Pas plus que les dragons célestes !
Je secoue la tête, l'esprit qui commence à être perturbé par mes pensées lugubres. Concentre toi, tu vas rencontrer l'un des plus grands aujourd'hui, et il va falloir se montrer à la hauteur.
- On y est, grogne un des agents. Agent T, frapper selon la procédure.
- Oui, agent Y.
L'un des soldats dans mon dos s'avance en me bousculant d'un coup d'épaules bien placé et vient se positionner devant la porte et frappe 5 fois, dans un rythme régulier. D'une oreille distraite, je crois reconnaître un peu de morse. Quelques coups lui répondent de l'autre côté de la porte.
- Bien. Il faut attendre un peu avant d'entrer le temps qu'IL se prépare. Demande si nous devons cacher les yeux à la prisonnière.
L'agent n'a pas le temps de préparer sa main devant la porte que la poignée s'abaisse et que la silhouette de Watari tend un tissu au soldat et referme la porte.
- Bien, nous avons notre réponse. Agent O et agent I, gardez là en garde.
Je soupire face aux précautions prises et je me laisse faire tandis que l'agent T vient d'apposer le bandeau sur les yeux. Je sens qu'il agite une main devant mes yeux.
- Combien de doigts ?
- Aucun…. Je ne vois rien.
- Tant mieux ahaha ! ricane-t-il. Y'en avait un et spoiler, c'était pas l'index !
Je grince des dents face à cet humour particulièrement naze. De gros beaufs. Génial. Heureusement que je n'ai pas eu le temps de m'attacher à eux… J'entends la porte s'ouvrir et une main m'attraper le bras et m'attirer à l'intérieur. Une vague de chaleur me submerge aussitôt, m'indiquant avec désespoir la présence de l'amiral en chef Akainu. Un étrange silencieux est présent dans le lieu. Mais j'entends de lourdes respirations. Et je ressens la présence de l'amiral Kizaru, de Tasi, de Watari qui m'amène dans la pièce. Une autre présence discrète est présente plus loin dans un coin de la pièce, immobile. Watari me trimballe entre plusieurs meubles et je le sens me faire les poches et prendre mon sac pour fouiller.
- Je n'ai pas de denden sur moi si c'est ce que vous recherchez. Mes affaires m'ont été prêtée plus tôt par mon amie Tasi.
- Et sur ma recommandation, fait Akainu d'une voix sépulcrale. Je dois admettre que je ne connaissais pas vos mensurations mais mon œil aguerri ne m'a pas trompé.
Je sens mon sang se glacer à entendre le son de sa voix. Il a la voix d'un prédateur qui observe sa proie, prêt à se jeter dessus à la première faiblesse. KIzaru glousse face aux commentaires de son ami et supérieur, tandis que Tasi reste silencieuse, enfoncée dans son siège. Son malaise est aussi palpable que le mien dans cette pièce. Watari m'aide à me débarrasser de mon sac et vient m'aider à me positionner au-dessus d'un siège. Je vais pour m'asseoir, essayant de trouver les bords pour ne pas tomber quand Akainu reprend la parole.
- Je crois que j'ai une meilleure idée pour vous.
Sans autre forme de sommation, sa main attrape mon avant-bras et me tire violemment vers lui. Son autre bras vient s'enrouler tel un serpent autour de ma taille, et je me sens attiré sur ses genoux; Mon corps entier se crispe tandis qu'Akainu prend ses aises avec moi, ses mains grasses sur mes hanches. Je sens mon souffle brûlant dans ma nuque tandis qu'il murmure pour nous deux..
- Cette tenue vous sied parfaitement, mettant en valeur vos courbes….
- Sakazuki, voyons ! rigole Borsalino. Tu discuteras mode une autre fois ! Nous sommes en réunion ~
- Vice-amirale Chesca… Nous nous rencontrons enfin.
Une voix posée retentit du côté où j'ai aperçu la silhouette inconnue. Elle est plus dénuée d'émotions que je sentais à travers le micro de la salle d'interrogatoire. Je pivote la tête dans sa direction. Je dois rester concentrée. Il va me tendre des pièges pour me tester sur ma sincérité. Et moi, je ne dois pas décevoir Tasi venue me défendre alors que rien ne l'y obligeait.
- Rencontrer est un grand mot, continue-t-il d'une voix calme. Nous avons déjà échangé dans un contexte fort regrettable. Cependant, aucune excuse ne te sera présentée. Car je le sais, tu es Kira. Quoi que veuille en dire ton amie ici présente et tes collègues. Tes supérieurs m'ont rejoint dans mes convictions, il ne sert à rien d'essayer de les convaincre de ton innocence. Mais ton obstination à le crier nous a quelque peu intrigués. Tout concorde entre tes idéaux et la moralité portée par Kira dans sa quête de la Justice et l'anéantissement de la criminalité. Pourtant, quelque chose manque. Comment procèdes-tu ? Comment choisis-tu tes victimes … ? As-tu un but à atteindre dans cette quête impossible ?
Son monologue m'agace. Il est convaincu que je suis Kira ! Mais il ne veut pas admettre qu'il se trompe. Alors, je vais jouer à son jeu.
- Puisque tu es convaincu par cela, où sont tes preuves ?! Explique-moi comment je procède pour tuer mes victimes ? Ton raisonnement pour en arriver jusqu'à moi et pas quelqu'un d'autre ? A moins que ce soit grâce à ton instinct de détective mondial ?! Il n'y a qu'un seul instinct qui soit viable pour être crédible : l'instinct de survie. Et si tu en avais, je crois que tu m'aurais déjà fait exécuter au premier doute ! Vous n'avez rien d'autre que des coïncidences et des principes moraux que Kira applique et qui peuvent correspondre à tout soldat qui ouvre les yeux sur la Justice !
- Parlons-en de la Justice, reprend L tout en s'approchant. Es-tu un soldat fidèle à ton chef, Akainu ? Ou fais-tu partie de ceux qui croient en la Justice de l'ancienne génération de Sengoku ? Je suis curieux de te connaître !
A peine la question est posée que je sens la pression sur ses hanches s'accroître. L continue son petit jeu et Akainu en profite. Ils me travaillent l'esprit et le corps en même temps. La torture de la salle d'interrogatoire n'est pas terminée !
- J'en ai déjà échangé avec l'amiral en chef. Je suis les principes de la Justice Absolue dont j'ai juré fidélité à mon entrée comme matelot. Chacun a choisi de rentrer dans les rangs de la Marine pour suivre ses idéaux. Nous sommes le rempart du monde contre la criminalité et la piraterie. Je ne laisserais rien ni personne entraver ma mission pour la Justice pour tous sur ces mers ! Je suis tout autant terrifié que mes collègues ou la population que quelqu'un ait un pouvoir capable de tuer aussi facilement.
- Réponse très claire mais tout de fois vague. Que penses-tu de la mort de tes collègues ?
- C'est une épreuve difficile à encaisser… C'est Onigumo qui est mort mais ça aurait pu être moi ou un autre. Je cherche encore à comprendre ses motivations à nous trahir alors qu'il n'a cessé de nous crier son amour pour la Justice.
- Et pour Nezumi … ? Tu l'as vu mourir avec tes collègues, je pensais que tu parlerais de lui en premier… Tu n'éprouves rien le concernant ?
- … Non.
Ma réponse est franche et glaciale. Si je mens, je risque d'aggraver mon cas. De toute façon, il a été reconnu coupable pour ses actes de corruption même si cela n'a pas fait les gros titres des journaux.
- Je ne dis pas qu'il méritait la mort. Mais il n'a reçu aucune sanction ni par le Gouvernement Mondial, ni par la Marine alors qu'il nous a déshonoré aux yeux des civils. C'est humiliant pour nous tous de devoir nous tenir à côté de ce genre d'individus comme si rien n'était.
- Donc, tu approuves les tueries de Kira pour les corrompus et les traîtres ? me coupe L.
- Ne déformez pas mes mots, L, grognais-je. Je dis juste que les types de ce genre doivent être sanctionnés dès que nous avons connaissance de telles trahisons ! Je regrette les morts que nous avons eu à subir dans nos rangs aujourd'hui. J'espère sincèrement que nous arriverons à attraper le criminel responsable de ce carnage !
- "Les faibles n'ont pas leur place dans la Marine." Ce sont tes mots lors de ton entretien avec l'amiral en chef. T'en souviens-tu ? continue L.
- Et j'ai rajouté, "Seuls les plus déterminés et les plus forts seront se hisser au Quartier Général. C'est seulement grâce à nos compétences que nous pouvons nous féliciter d'être à vos côtés pour éliminer les criminels des mers." Et pour répondre à votre prochaine question, j'ai estimé que si je devais le rencontrer, je voudrais le comprendre, savoir comment il a fait pour tuer, connaître ses motivations ! Parce qu'il est de notre devoir de montrer l'exemple ! J'amène les criminels à l'échafaud et c'est à mon chef de trancher sur leur sort ! Il est l'autorité absolue !
Je me défais de la prise devenue plus lâche durant mon monologue pour me lever et essayer de lui faire face. Mais avec un bandeau couvrant la vue, difficile d'être crédible. Le silence est pesant et plus personne ne pipe mot.
- Vous êtes convaincu, L ? chuchote Tasi.
- Honnêtement, pas du tout, répond-il avec un détachement surprenant. Mais je n'ai pas de preuves concrètes ni d'aveux de sa part pour la condamner avec certitude. Les chances que tu sois Kira sont de 97%. Bien… Désormais, tu feras partie de la cellule d'enquête pour attraper Kira. Nous savons que tu as été Kira du moins. Et ta mission, c'est désormais de nous aider à attraper le deuxième Kira. Direction, le Nouveau Monde à mes côtés.
Je lui claque mon plus beau salut militaire, alors que j'entends Akainu et Kizaru ricaner. Les mains chaudes d'Akainu viennent détacher mon bandeau qui tombe au sol…. Pour me faire voir que je fais un salut au mur de la chambre…. Bon, on fera mieux la prochaine fois !
