Lexa se tenait debout devant sa Capitaine, ses doigts légèrement tremblants, fixant le courrier qu'elle venait de reposer sur le bureau en bois. Une tension palpable émanait de son corps, son regard oscillant entre frustration et incertitude.

— Je ne sais pas quoi dire, souffle-t-elle en reculant pour venir s'asseoir sur le canapé en cuir.

Octavia, qui y était déjà assise, posa doucement sa main sur l'épaule de son amie et coéquipière, offrant un soutien silencieux. De l'autre côté du bureau, Indra la regarde avec un air calme, mais ferme.

— Tu ne peux rien dire, Wood, murmure Indra d'un ton assuré, mais apaisant. Tu es suspendu. Ce n'est pas la fin du monde. C'est mieux que ce que nous aurions pu imaginer.

Lexa se passe une main sur le visage, son souffle tremblant alors qu'elle essaie de se calmer. Elle avait du mal à accepter cette décision, surtout après tout ce qu'elle avait accompli, mais elle savait que la Capitaine et Octavia avaient raison. Et définitivement, elle savait qu'elle aurait mérité bien pire. Elle n'était même pas certaine de savoir ce qu'elle voulait vraiment.

— Indra a raison, Lexa. Honnêtement, prends-le de manière positive. Harris et les affaires internes n'ont rien contre toi, ils jouent juste la montre. On le sait. Sinon ils auraient attaqué bien plus frontalement. Profite de cette suspension pour prendre du temps pour toi.

Le regard d'Indra s'attarde sur Lexa, une expression qui tente de transmettre une certaine sérénité, bien que ses mots soient directs.

— C'est provisoire, Lexa. Tu imagines bien qu'ils vont laisser un peu de temps passer. Ils ne veulent pas que quiconque puisse penser qu'ils font leurs enquêtes à la va-vite. Et si tu veux savoir, si ce n'était pas de leur fait, ce serait du mien. Tu as besoin de vraiment prendre du recul, avec tout ce qui s'est passé.

Lexa lui lance un regard incertain, mais les paroles résonnent en elle. Peut-être avaient-elles raison. Peut-être avait-elle besoin d'un moment de pause, même si cela la rendait dingue.

— Bien. Rentre chez toi, Wood.

La jeune femme aux cheveux bruns se leva, lançant un regard entendu à sa capitaine, puis fit un signe de la main à celle-ci ainsi qu'à Octavia.

Quand elle entra chez elle, Lexa soupira profondément avant de s'écrouler sur la première chaise à côté de laquelle elle passa, sans y réfléchir. Cette décision l'avait plus peiné moralement qu'elle n'aurait pu le penser.

— Alors? demanda Clarke en s'approchant d'elle.

La jeune blonde avait repris le travail depuis quelques jours, même si elle aurait préféré rester avec Lexa.

Aujourd'hui, elle était en congé, car elle savait que Lexa allait recevoir une réponse après son entrevue avec l'agent Harris des Affaires internes. Elle est donc restée sur ses gardes, prête à accueillir son retour.

— Je suis suspendu, pour le moment, murmura Lexa, fatiguée.

— Ah… dit doucement la blonde, venant se mettre derrière la chaise pour la prendre dans ses bras.

La brune se recula un peu plus sur la chaise, cherchant à approfondir son contact avec la jeune femme.

— Indra dit que je dois prendre du temps pour moi, ajouta-t-elle d'une voix douce.

— Est-ce que tu veux que je prenne des congés pour être avec toi? demanda Clarke, avec douceur, se serrant un peu plus contre elle.

La brune pivota légèrement sur la chaise, cherchant à croiser le regard de Clarke. Elle ne voyait que de la sincérité et de l'amour dans ses prunelles azurées.

— Non, surtout pas, répondit-elle avec un sourire doux, mais reconnaissant. Tu viens à peine de reprendre à l'hôpital. Promis, je peux m'occuper seule.

Elle l'embrassa du bout des lèvres, pouvant difficilement faire mieux dans leur position.

— Et puis bon, selon Indra, ça devrait aller. Je devrais échapper à la prison, ajouta-t-elle avec un sourire léger, essayant d'en faire une blague.

Clarke sourit doucement, voyant que Lexa voulait détendre l'atmosphère. Puis, elle fit le tour de la chaise et s'installa sur ses genoux, entourant doucement son cou de ses mains.

— Parfait, je n'avais pas envie de passer tous les week-ends au parloir d'une prison, dit-elle avec un éclat de rire léger.

Après avoir laissé échapper un sourire, Lexa prit possession de ses lèvres avec un doux sourire. Un frisson parcourut son échine, rien qu'en pensant que Clarke aurait été prête à faire cela pour elle. Tout cela, pour elle.

Quelques jours étaient passés depuis l'annonce de la suspension de Lexa. Cette dernière avait tenté au mieux de suivre les conseils de Clarke : prendre le temps de se reposer, de se recentrer.

Mais rester inactive lui pesait. Chaque silence, chaque moment d'immobilité semblait amplifié, comme si le monde autour d'elle l'accusait en chuchotant. Tout la poussait à repenser à ce qu'elle avait fait, à s'empêcher de se pardonner, ne pensant pas le mériter.

Clarke faisait tout son possible pour l'apaiser au mieux, quand elle était là, toujours attentive et présente. N'hésitant pas à l'appeler ou lui envoyer des messages quand elle était à l'hôpital.

Mais Lexa savait qu'elle ne pouvait pas se décharger entièrement sur sa compagne. C'était son combat intérieur, à elle.

Alors, un après-midi où Clarke était de garde à l'hôpital pour 24 heures, Lexa se surprit à fixer l'écran de son téléphone, sur le contact d'Octavia.

Elle n'avait eu que quelques rares échanges avec sa coéquipière, depuis que tout s'était déroulé, se limitant elle-même. La plupart du temps, de courtes conversations emplies de banalités, comme si un mur invisible s'était dressé entre elles.

Était-ce la honte qui la poussait à ne pas s'ouvrir plus ? Ou simplement la peur d'affronter le regard de sa coéquipière, son amie, celle qui avait toujours cru en elle ?

Elle hésitait encore, son pouce flottant au-dessus de l'écran en verre. Finalement, elle inspira profondément et appuya sur l'icône du téléphone.

Après deux tonalités qui parurent lui durer une éternité, la voix familière, bien que légèrement distante, répondit :

— Lexa ?

— Salut, O', dit-elle, nerveuse. Tu… tu as un moment ? J'aimerais parler.

Un court silence suivit, chargé d'hésitation. Lexa serra inconsciemment le téléphone dans sa main, redoutant une réponse froide ou distante. Mais finalement, Octavia répondit d'une voix plus douce :

— Ouais, bien sûr. Passe à la maison quand tu veux. Je ne travaille pas aujourd'hui.

En chemin vers chez Octavia, Lexa se sentait lourde. Pas seulement à cause de la fatigue ou du poids des derniers événements, mais à cause de cette conversation qu'elle savait inévitable. Elle n'avait pas vu Octavia depuis des semaines, à part de rares échanges concernant rien de plus que des banalités. Leur complicité passée semblait s'être effritée sous le poids des circonstances.

Quand Octavia ouvrit la porte, elle lui offrit un sourire, mais il y avait une certaine distance dans son regard. Pas de reproches, pas de colère… juste une sorte de réserve, comme si elle ne savait pas vraiment comment accueillir Lexa.

— Entre, dit-elle simplement, s'effaçant pour la laisser passer.

Lexa entra, nerveuse, son regard capturant rapidement l'intérieur. Bien sûr, rien n'avait changé. Tout respirait la familiarité : le canapé recouvert d'une couverture en laine, les photos accrochées au mur, une bougie allumée sur la table basse qui diffusait une odeur apaisante de vanille et de bois.

— Installe-toi, je vais te faire un café, lança Octavia en disparaissant dans la cuisine.

Lexa s'assit prudemment sur le canapé, comme si elle n'était pas certaine d'y avoir sa place. Ses doigts jouaient nerveusement avec une couture du coussin à côté d'elle. En arrière-plan, elle pouvait entendre le bruit de l'eau qui chauffait, suivi du tintement d'une cuillère contre une tasse.

Quelques minutes plus tard, Octavia revint avec deux tasses de café fumantes. Elle en posa une devant Lexa avant de s'asseoir sur le fauteuil en face, calant un coussin contre son dos.

Le silence entre elles était épais. Pas nécessairement hostile, mais pas chaleureux non plus. Octavia croisa les bras, ses yeux analysant chaque mouvement de Lexa.

— Ça fait un moment qu'on n'a pas été toutes les deux, dit finalement Octavia d'un ton neutre.

— Ouais, répondit Lexa, presque à voix basse. Je ne savais pas si… enfin, je ne savais pas si je devais te déranger.

La Blake haussa un sourcil, comme si elle s'étonnait de la réponse.
— Me déranger ? Lexa, on est amies. Enfin… je crois.

Ce mot — « crois » — fit un pincement dans la poitrine de Lexa. Elle détourna les yeux, serrant les mains autour de la tasse de café que Octavia lui avait donnée.

— Je suppose que je ne savais pas si on l'était encore, murmura-t-elle.

Un silence gênant s'installa à nouveau, mais, cette fois, Octavia décida de le briser.
— Écoute, je sais que ça a été dur. Pour toi. Pour nous tous, en fait. Mais on ne peut pas faire semblant que rien ne s'est passé. Alors, dis-moi pourquoi tu es ici, Lexa. Pas de détour, d'accord ?

La franchise d'Octavia, bien que brutale, fit monter un léger sourire sur les lèvres de Lexa. C'était si typique d'elle, toujours direct. Toujours à chercher le cœur du problème.

— J'ai besoin de parler, finit par avouer Lexa. J'ai l'impression de tourner en rond dans ma tête, dans l'appartement, aussi.

Octavia hocha la tête, comme pour l'encourager à continuer.

C'était peut-être le moment que Lexa attendait. Elle but une gorgée de café, rassemblant ses pensées, avant de lever timidement les yeux vers son amie.

— Tu sais quoi, O'? Plus je réfléchis, plus je ne suis pas sûre de vouloir être réintégrée dans la Police.

Octavia haussa légèrement un sourcil, comme si elle s'attendait à cette confession. Un sourire sincère, presque imperceptible, se dessina sur ses lèvres. Elle haussa les épaules avec une douceur désarmante.

— Tu as fait une erreur. Une grosse, même. Mais honnêtement, je pense que tu es bien plus utile que la plupart des gens avec qui l'on bosse. Alors, à mon avis, tu ne devrais même pas y penser.

Lexa fixa ses mains jointes, ses épaules retombant sous le poids de son propre jugement. Elle prit une longue inspiration et passa ses doigts sur son visage, un soupir bruyant lui échappant malgré elle.

— Tu as raison, murmura-t-elle. C'est juste… difficile de voir tout ce que j'ai construit être remis en question. Je n'ai personne d'autre à blâmer. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même, puisque tout est de ma faute…

Octavia hésita, choisissant soigneusement ses mots.

— Tu sais… pendant longtemps, je t'ai vue comme la personne la plus forte que je connaisse. Tu gérais tout, tu faisais ce qu'il fallait, peu importe les conséquences. Mais aujourd'hui, je me rends compte que je t'ai probablement surestimé. Indra aussi, en te demandant l'impossible. Je te l'ai déjà dit, mais on aurait dû t'en empêcher. Par tous les moyens possibles.

Lexa releva les yeux, surprise par la sincérité brute des paroles d'Octavia. Une boule se forma dans sa gorge, et elle détourna rapidement le regard, essayant de maîtriser la vague d'émotions qui montait en elle.

— C'était mon choix, murmura-t-elle, la voix à peine audible.

Octavia posa une main ferme, mais réconfortante sur l'épaule de Lexa, la forçant à la regarder.

— Oui, peut-être. Mais parfois, ce n'est pas seulement une question de choix, Lex. Parfois, on doit être assez lucide pour protéger les gens qu'on aime, même d'eux-mêmes. Toi, tu ne voyais pas les limites. Et nous… on n'a pas su les voir non plus.

Un silence pesant s'installa, rempli à la fois de regrets et de compréhension mutuelle.

Lexa finit par lâcher un soupir, les épaules affaissées sous le poids de ses propres souvenirs.

— Et si c'était moi qui avais tort ? Et si ces limites, je n'étais juste pas assez forte pour les dépasser ?

Octavia secoua doucement la tête, un sourire triste aux lèvres.

— Ce n'est pas une question de force. Ce n'est pas un échec d'avoir des limites, Lexa. C'est humain. Et si tu n'arrives pas à te pardonner, je serais là pour te le rappeler autant de fois qu'il le faudra. On sera tous là. A ta place, je pense que personne n'aurait pu y arriver et s'en sortir mieux que toi.

— Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Lexa en relevant les yeux, surprise.

Octavia hésita, puis parla d'une voix plus basse, presque comme si elle se confessait.

— Je veux dire que… si ça avait été Lincoln, à la place de Costia, je ne sais pas si j'aurais réagi différemment de ce que tu as fait toi. Peut-être que j'aurais fait pire, même.

Lexa releva les yeux, surprise par la franchise de son amie. Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun mot ne sortit. Octavia continua, le regard fixé sur un point indéfini, les mâchoires serrées.

— Ce que je veux dire, c'est qu'on te juge parce que tu as agi sur un coup de tête, mais si c'était arrivé à l'un de nous… Par exemple, moi, j'aurais pu tout aussi bien perdre le contrôle. Alors, peut-être qu'au lieu de te blâmer jusqu'à présent, on aurait dû essayer de comprendre. Surtout en sachant ton état à la mort de Costia. La première fois, je veux dire.

Lexa resta silencieuse un moment, absorbant ces paroles. Elles frappaient fort, d'autant plus qu'elle ne s'attendait pas à cette forme de soutien.

— Mais ça n'excuse rien, murmura finalement la Wood, les épaules affaissées. J'aurais dû savoir mieux.

— Peut-être, admit Octavia en haussant légèrement les épaules. Mais ce n'est pas toujours une question de savoir. Parfois, c'est juste une question d'émotions. D'amour, même. Et l'amour, Lex, ça te fait parfois faire des conneries. Même à toi.

Lexa lâcha un soupir tremblant, sentant son cœur se serrer face à cette vérité simple, mais brutale.

— Si ça avait été Lincoln… tu aurais pu comprendre ?

Octavia croisa son regard, sincère et sans détour.

— Je crois que je n'aurais même pas eu besoin d'essayer.

Un mince sourire se dessina sur les lèvres de Lexa, teinté d'une tristesse résiduelle, mais aussi d'un soupçon de réconfort.

Le regard de son amie était calme, rassurant. Plus que ce que la plus vieille pensait pouvoir mériter.

— J'aurais dû te parler plus tôt, murmura Lexa, sa voix emplie d'un regret qu'elle peinait à dissimuler.

Octavia sourit doucement, puis se rapprocha, posant une main ferme, mais apaisante sur l'épaule de son amie.

— Honnêtement, je ne sais pas si moi, j'y aurais été prête avant aujourd'hui. Mais, tu es là maintenant. C'est tout ce qui compte.

La femme de Lincoln marqua une pause, laissant les mots s'imprégner, avant de reprendre.

— Tout finira par s'arranger. Les réponses viendront à toi, peu importe le temps que ça prendra. Mais pour l'instant, il faut que tu te concentres sur toi-même. Sur ton bien-être. Sur ce que tu veux, toi. Pas ce que les autres attendent de toi.

Lexa releva lentement les yeux, croisant ceux d'Octavia. Ces mots résonnaient profondément en elle, dissipant un peu le brouillard qui l'assaillait depuis des jours. Peut-être même des semaines. Elle savait qu'Octavia ne lui mentirait jamais. Et qu'elle ne lui dirait pas ça à la légère, sans le penser.

— Tu as raison, murmura-t-elle, presque comme si elle s'autorisait enfin à accepter cette vérité. Peut-être que j'ai besoin de faire une pause. Même si ça me rend folle.

Octavia hocha la tête, un sourire réconfortant et bienveillant étirant ses lèvres.

— C'est ce que tu peux faire de mieux pour le moment, Lexa.

Elle se redressa, s'appuyant contre le dossier du canapé chaise, et reprit d'un ton plus léger, brisant la gravité de l'instant :

— Tu veux rester manger avec nous? Lincoln ne devrait pas tarder à rentrer avec Ethan. Ils seront tous les deux contents de te voir. Et on commandera quelque chose.

Un sourire, sincère pour la première fois depuis longtemps, naquit sur les lèvres de Lexa.

— Pourquoi pas, répondit-elle doucement.

La tension dans ses épaules s'allégea un peu plus. Ce n'était qu'un repas, une simple soirée avec ses amis et son filleul. Mais pour la première fois, Lexa sentit qu'elle pouvait peut-être s'accorder un moment de répit, qu'elle méritait de respirer un peu.

Et pour la première fois depuis des semaines, l'idée ne lui semblait pas si folle.

Clarke ouvrit doucement la porte de l'appartement, posant immédiatement son sac sur le meuble d'entrée. Sa journée de 24 heures à l'hôpital avait été longue, éreintante même, et tout ce qu'elle souhaitait à cet instant, c'était retrouver Lexa, se blottir contre elle et oublier le monde.

Elle repéra immédiatement la silhouette de sa compagne, assise sur le canapé du salon, ses jambes repliées sous elle, un livre ouvert sur ses genoux. Le sourire fatigué de Clarke s'élargit en voyant Lexa lever les yeux vers elle.

— Salut, murmura Lexa avec douceur, fermant son livre.

— Salut, toi, répondit Clarke, déposant ses clés avant de s'approcher.

Lexa se redressa pour accueillir Clarke, tendant une main pour la tirer doucement vers elle. Clarke se laissa tomber à ses côtés, soupirant d'aise en sentant les bras de Lexa s'enrouler autour d'elle.

— Tu as passé une bonne journée? demanda Lexa, sa voix calme, presque apaisante.

Clarke grogna légèrement en posant sa tête contre l'épaule de sa compagne.

— Longue journée… Un patient un peu compliqué, et je suis épuisée. Mais maintenant que je suis là, ça va déjà mieux.

Elle tourna légèrement la tête pour regarder Lexa, remarquant une certaine sérénité sur son visage.

— Et toi? Comment ça s'est passé, aujourd'hui?

Lexa esquissa un léger sourire, presque timide.

— J'ai mangé chez Octavia hier soir.

Clarke releva légèrement la tête, surprise, mais curieuse.

— Vraiment? Comment ça s'est passé?

— Bien, répondit Lexa en hochant doucement la tête. On a beaucoup parlé… Elle m'a dit des choses auxquelles je ne m'attendais pas.

— Comme? demanda Clarke, attentive.

Lexa inspira profondément, prenant un instant pour rassembler ses pensées.

— Elle m'a dit qu'elle m'avait longtemps vue comme… quelqu'un d'indestructible, de toujours capable de tout gérer. Et qu'elle s'est rendu compte qu'elle m'avait surestimée.

Clarke fronça légèrement les sourcils, inquiète.

— Ce n'était pas… méchant?

— Non, au contraire, assura Lexa avec un sourire. Elle voulait dire qu'elle comprenait mieux ce que j'avais traversé. Que, si ça avait été elle à ma place, avec Lincoln, elle aurait probablement réagi de la même façon... Peut-être même pire.

Clarke resta silencieuse un moment, absorbant les paroles de Lexa. Elle pouvait percevoir le poids qui semblait s'être allégé dans la voix de sa compagne, et cela la réconfortait autant que ça la touchait.

— Je suis contente que tu aies parlé avec elle, murmura Clarke en glissant ses doigts dans les cheveux de Lexa.

— Moi aussi, admit Lexa dans un souffle. Ça m'a fait du bien. On a même ri un peu… Lincoln et Ethan sont arrivés, et c'était comme avant presque normal. Ça n'aurait pu être mieux que si tu avais été avec nous.

Clarke sourit en voyant la lueur apaisée dans les yeux de Lexa, et touchée par ses derniers mots.

— Tu vois, ça commence déjà à aller mieux, dit-elle doucement. Et je serai là la prochaine fois, promis.

Lexa la serra un peu plus fort contre elle, posant son menton sur le sommet de la tête de Clarke.

— Peut-être, oui… répondit-elle avec une sincérité hésitante, mais réelle.

Clarke ferma les yeux, un sourire toujours présent sur ses lèvres. Malgré tout ce qu'elles traversaient, elle savait qu'elles allaient trouver un moyen d'aller de l'avant.

Lexa caressa doucement le bras de Clarke, son regard fixé sur elle avec une tendresse sincère.

—Et toi, comment s'est passée ta journée? Tu veux en parler ?

Clarke resta immobile un instant, les yeux fermés, profitant de la chaleur des bras de Lexa. Elle soupira, un mélange de fatigue et de soulagement.

— Pas grand-chose à dire, répondit-elle d'abord avec un léger sourire.

Lexa haussa un sourcil, sceptique.

— Clarke…

Clarke ouvrit un œil et le leva vers sa compagne, incapable de ne pas sourire face à l'expression légèrement insistant de Lexa.

— D'accord, d'accord, céda-t-elle. Mais je te préviens, ce n'est pas très palpitant.

— Je veux savoir, lui dit tout de même Lexa en resserrant son étreinte.

Clarke inspira profondément avant de commencer:

— On a eu une urgence en cardio ce matin. Un jeune homme, 19 ans à peine, arrivés avec une arythmie sévère. Il était terrifié, et… ça m'a rappelé pourquoi j'aime ce boulot, même les jours où c'est dur. J'ai passé du temps avec lui après l'intervention. Il a posé mille questions, comme s'il voulait tout comprendre.

Lexa écoutait attentivement, ne comprenant pas tout, un léger sourire jouant sur ses lèvres.

— C'est pour ça que tu es incroyable dans ce que tu fais, dit-elle doucement.

Clarke leva les yeux vers elle, surprise par la déclaration simple, mais si sincère.

— Parce que tu fais plus que soigné les gens, répondit Lexa. Tu les écoutes, tu les rassures. C'est quelque chose que beaucoup oublient de faire.

Clarke sentit ses joues chauffer sous le compliment, un sourire gêné, mais sincère apparaissant sur ses lèvres.

— Merci, murmura-t-elle.

Elle s'arrêta un instant, ses pensées dérivant vers le reste de sa journée.

Lexa sentit le silence peser un peu plus lourd après les mots de Clarke. Elle pressa doucement son bras contre le sien en signe de soutien, ses doigts caressant doucement la peau de Clarke, comme pour apaiser ses pensées.

— Mais le reste… était un peu moins idéal, continua Clarke, le ton plus réfléchi.

Lexa hocha doucement la tête, attendant la suite, son regard immergé dans celui de Clarke.

— Je dois voir le nouveau directeur demain, ajouta-t-elle d'une voix presque hésitante. Il a demandé à me rencontrer.

Lexa plissa légèrement les sourcils, déconcertée par cette nouvelle.

— Pourquoi ? demanda-t-elle doucement.

Clarke mordilla légèrement sa lèvre inférieure, ses doigts jouant distraitement avec une mèche de ses cheveux.

— Je ne sais pas… peut-être qu'il veut me réprimander à cause de mon implication dans le trafic, ou de celle de F… Enfin, tu sais. Peut-être qu'il pense que je devrais prendre du temps pour moi, loin de l'hôpital. Que je ne pourrais pas faire mon boulot correctement! Ou peut-être que c'est juste… une formalité.

Un soupir résigné s'échappa de ses lèvres.

— Ça me stresse, Lexa. Je n'ai pas besoin de ça en ce moment. Ça m'a fait du bien de retourner bosser, malgré tout…

Lexa resserra son étreinte, serrant légèrement son bras autour des épaules de Clarke pour l'envelopper d'un réconfort silencieux.

Lexa resserra son étreinte, serrant légèrement son bras autour des épaules de Clarke pour l'envelopper d'un réconfort silencieux. Elle sentait la tension émaner de Clarke, et chaque mot semblait plus lourd que le précédent.

— Ça me stresse, Lexa, reprit-elle avec une voix presque tremblante. Je n'ai pas besoin de ça en ce moment. Ça m'a fait du bien de retourner bosser, malgré tout…

Lexa hocha doucement la tête, écoutant attentivement chaque mot. Elle comprenait cette angoisse qui venait s'immiscer dans les moments de calme.

— Peu importe ce qu'il veut, Clarke, murmura-t-elle doucement. Tu es une professionnelle talentueuse, et personne ne peut te retirer ça. Même s'ils tentent de te faire douter, tu es bien plus forte que ça.

Clarke leva les yeux vers elle, un sourire tremblant sur les lèvres. Elle savait que Lexa disait la vérité, mais le doute restait tenace, surtout après tout ce qui s'était passé.

— Tu es forte, Clarke, insista Lexa. Tu as toujours été forte, même quand tu doutais de toi. Peu importe ce qu'il dit ou fait, tu restes toi. Tu l'as été bien plus que moi.

Clarke sentit une chaleur douce envahir son cœur. Sa compagne avait toujours cette capacité à la rassurer, à la guider, même dans les moments d'incertitude. Même quand elle savait que Lexa elle-même n'allait pas très bien.

— Merci, murmura-t-elle encore. Mais j'espère juste que tout va bien se passer. Je déteste les confrontations.

— Ne le voit pas comme une confrontation, c'est juste une conversation, rétorqua Lexa, un sourire tendre sur les lèvres. Peu importe ce qui arrive demain, tu auras toujours ta place ici, à l'hôpital, et avec moi.

Clarke se blottit un peu plus contre elle, trouvant un réconfort apaisant dans cette certitude silencieuse. Un moment de calme s'installa entre elles, mais Clarke finit par poser une question sur un ton hésitant.

— Tu ne t'ennuies pas trop à l'appartement, toute seule ? demanda-t-elle doucement.

Lexa releva la tête et sourit doucement.

— Au début, oui. Mais maintenant, j'apprends à apprécier ce moment seule. C'est... plaisant, d'une certaine manière, même si ce n'est pas toujours facile.

Clarke la regarda avec curiosité, l'interrogeant du regard sans poser davantage de questions. Elle comprenait que Lexa avait besoin de ce temps pour se recentrer sur elle-même, mais elle ne voulait pas que ce soit une solitude pesante.

— Tu devrais sortir un peu plus, continua Clarke après un silence. Il y a un tas de choses à faire, même dans cette ville, et ça te ferait du bien de te retrouver ailleurs que dans cette bulle. Aller te promener, faire des balades à moto ou en voiture…

— Peut-être, répondit-elle doucement. J'irais voir si la moto démarre toujours demain, et je passerais peut-être voir Raven, elle pourrait avoir besoin d'aide.

— Ça ressemble à une bonne idée, confirma la blonde en lui caressant le bras. Assure-toi simplement d'être bien équipée, prudente, et de ne pas te laisser entraîner dans une course avec Raven…

Lexa ricana doucement, amusée par la suggestion de Clarke.

— Ça aurait peut-être été une bonne idée il y a quelques années, avoua-t-elle en levant les yeux au ciel. Mais clairement, je vais laisser ça dans le passé.

Un moment de silence s'installa entre elles, mais, cette fois, il n'était pas pesant. C'était une évidence: Lexa avait besoin d'espace, de respirer et de s'occuper sans se précipiter.

Clarke déposa un dernier regard attentif sur elle, voyant que Lexa était sincère. Elle voulait l'aider, être là pour elle, mais aussi veiller à ce que son amie ne se perde pas dans l'isolement.

—Juste promener la moto, ça suffira, murmura finalement Lexa, un sourire tendre aux lèvres. Ça me fera du bien. Et je passerai voir Raven.

Clarke acquiesça doucement, satisfaite de cette réponse.

— Parfait. Mais fais-moi une promesse : ne fais rien de stupide.

Lexa lui lança un regard complice.

— Je te promets. Rien de stupide.

Les deux femmes restèrent quelques instants à profiter du calme retrouvé, les bras liés comme un ultime lien entre elles. Pour Lexa, chaque moment comptait, chaque parole échangée était un petit pas vers la sérénité. Et pour Clarke, cela signifiait voir sa compagne et la femme qu'elle aimait avancer doucement, mais sûrement sur la voie de la guérison.