Quelques jours plus tard, Clarke franchit les portes du service de chirurgie cardiaque avec un mélange d'excitation et d'appréhension. Les couloirs, qu'elle connaissait pourtant par cœur, semblaient soudain différents.
Aujourd'hui, jour où elle devenait officiellement cheffe de Chirurgie, chaque pas résonnait comme un rappel de sa nouvelle responsabilité.
Vêtue de sa blouse immaculée, son badge indiquant désormais "Dr. Clarke Griffin - Cheffe de service", elle inspira profondément, essayant de calmer les battements un peu trop rapides de son cœur.
Un groupe d'internes discutait non loin, leurs voix animées. À son approche et en voyant son badge, ils se turent presque instantanément, leurs regards se tournant vers elle. Clarke leur adressa un sourire rassurant.
Un peu plus tard, alors qu'elle passait en revue les dossiers des patients dans son nouveau bureau, le Directeur Barnes frappa doucement à la porte avant d'entrer.
— Comment se passe votre première journée, Cheffe Griffin? demanda-t-il avec un sourire, en s'adossant contre le cadre de la porte.
Clarke leva les yeux de son dossier, un sourire légèrement nerveux sur les lèvres.
— Pas mal… Je dirais que je m'adapte, répondit-elle honnêtement.
Barnes hocha la tête, son regard bienveillant.
— Je n'ai aucun doute là-dessus. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à venir me voir.
— Merci, vraiment, répondit-elle avec sincérité.
Barnes lui adressa un dernier sourire avant de quitter la pièce, la laissant seule avec ses pensées.
Alors que Clarke s'apprêtait à se replonger dans les dossiers, son téléphone vibra sur le bureau. Un message de Lexa s'afficha sur l'écran :
«Comment ça se passe, Dr. Griffin? Tu gères tout le monde d'une main de maître? Je pense à toi. »
Clarke sourit malgré elle, tapant une réponse rapide.
«Je fais de mon mieux! Mais c'est intense. Hâte de te retrouver ce soir. J'espère que tu as de quoi t'occuper! »
Elle posa le téléphone et leva les yeux vers la fenêtre de son bureau. La vue sur la ville était différente de celle de son ancien bureau.
Elle inspira profondément, se redressant sur sa chaise. Elle n'avait pas toutes les réponses, mais une chose était sûre : elle était prête à donner le meilleur d'elle-même, pour ses patients, son équipe, et pour elle-même.
La journée passa à un rythme effréné, entre réunions, consultations et interventions chirurgicales. Elle devait passer voir ses patients, mais aussi commencer à prendre son nouveau poste en main. Clarke se retrouva rapidement absorbée par la charge de travail, mais elle ne perdit jamais de vue les encouragements de Lexa, de sa mère, et de Barnes.
Le soir venu, alors qu'elle retirait finalement sa blouse, épuisée, mais satisfaite, elle se surprit à sourire.
Lorsqu'elle poussa la porte de leur appartement, l'odeur réconfortante de son plat préféré lui parvint immédiatement. Lexa apparut dans l'encadrement de la cuisine, un sourire lumineux sur le visage. Elle portait un tablier taché de farine, signe qu'elle avait cuisiné avec enthousiasme.
— Bienvenue à la maison, Dr. Griffin, déclara Lexa avec une fausse solennité, avant de s'approcher pour l'enlacer.
Clarke se laissa aller contre elle, inspirant profondément, profitant de ce moment de répit.
— Merci, murmura-t-elle. C'est exactement ce dont j'avais besoin.
— De rien. Ce n'est pas comme si je n'avais pas le temps, en ce moment, dit Lexa en caressant doucement son dos. Tu as géré?
— Je pense que oui, répondit Clarke avec un sourire timide. Mais c'était… beaucoup.
Lexa s'écarta légèrement pour croiser son regard.
— Il te faut un temps d'adaptation, c'est sûr. Mais ça va passer vite.
Clarke hocha la tête, touchée par la simplicité de ses mots.
Après un dîner réconfortant et quelques verres de vin, les deux femmes s'installèrent sur le canapé, enveloppées dans une couverture. Clarke raconta sa journée, chaque moment stressant, chaque petite victoire, et Lexa l'écouta avec attention, posant des questions ou glissant des commentaires encourageants.
— Et toi, à quoi tu as occupé ta journée? À part dans la cuisine, dit-elle avec un sourire reconnaissant.
— Oh, tu sais, pas grand-chose. Je suis passé aider Raven au garage, et je suis allé manger avec Octavia pendant sa pause de midi. Mais on s'est rejoint loin du poste.
La blonde avait pu ressentir la déception de sa compagne, mais elle savait qu'elle avait évité l'endroit en faisant exprès.
— Toujours pas de nouvelle?
— Non. Mais, selon O', Indra pense que c'est plutôt positif.
Clarke posa sa main sur celle de Lexa, cherchant à capter son regard.
— Indra a raison, commença-t-elle doucement. Pas de nouvelles, c'est souvent bon signe. Si c'était négatif, ils auraient déjà pris contact.
Lexa esquissa un léger sourire, bien qu'il ne parvienne pas à masquer entièrement son anxiété.
— Oui, je sais… Mais attendre sans rien pouvoir faire, c'est frustrant.
Clarke serra un peu plus fort sa main, son pouce traçant des cercles réconfortants sur la peau de sa compagne.
Clarke lui offrit un sourire doux et changea légèrement de sujet, essayant de détourner son esprit.
— En tout cas, merci pour le dîner. Je ne sais pas comment tu arrives à faire en sorte que mes plats préférés aient toujours meilleur goût quand c'est toi qui les prépares.
Le sourire de Lexa s'élargit, ses yeux pétillants d'une lueur malicieuse.
— Peut-être parce que je les fais avec amour?
Clarke rit doucement avant de déposer un baiser sur la joue de Lexa.
— Eh bien, je confirme que ça fonctionne à merveille.
Quelques jours plus tard, sous un soleil radieux, Lexa enfila son casque et démarra sa moto avec un ronronnement familier. Elle aimait la sensation de liberté que cela lui procurait, et aujourd'hui, la perspective de retrouver Clarke pour un déjeuner en tête-à-tête rendait le trajet encore plus agréable.
Le vent jouait avec les mèches de cheveux échappant à son casque alors qu'elle roulait vers l'hôpital. Elle avait pris soin de choisir un restaurant à deux pas de l'hôpital, sachant que Clarke n'aurait probablement qu'un court moment à lui accorder, mais suffisamment pour leur permettre de décompresser ensemble.
Lorsqu'elle arriva devant le bâtiment, elle coupa le moteur et descendit de la moto, retirant son casque. Plusieurs regards se tournèrent vers elle, certains semblant la reconnaître, tandis qu'elle entra dans le hall, vêtue de sa veste en cuir.
Quelques instants plus tard, Clarke apparut dans le hall, ses cheveux attachés en un chignon lâche, sa blouse blanche jetée sur ses épaules, et un sourire fatigué, mais sincère éclairant son visage lorsqu'elle vit Lexa.
— Toujours aussi impressionnante, lança Clarke en s'approchant, les yeux brillants d'admiration.
Lexa haussa un sourcil, l'air faussement modeste.
— Je fais ce que je peux. Tu es prête?
— Absolument. Mais… tu sais que tout le monde te regarde, n'est-ce pas?
Lexa jeta un coup d'œil autour d'elle et haussa les épaules, l'air amusé.
— Ils sont juste jaloux parce que je repars avec toi.
Clarke rit doucement, secouant la tête avant de saisir la main de sa compagne pour la tirer doucement vers la sortie.
— Allez, viens. Si je reste trop longtemps, ils vont penser que je fais du favoritisme.
Elles arrivèrent rapidement au restaurant, un petit endroit discret avec une terrasse ombragée. Lexa avait choisi un coin tranquille, à l'abri des regards indiscrets, où elles pourraient profiter pleinement de leur moment ensemble.
— Tu sais, je crois que je pourrais m'habituer à ça, dit Clarke en s'asseyant, un sourire malicieux sur les lèvres.
— À quoi? À des déjeuners express? demanda Lexa en s'installant face à elle.
— Non, répondit Clarke en croisant son regard. À toi qui rends mes journées meilleures.
Lexa sourit doucement, touchée par les mots de Clarke.
— C'est un travail à plein temps, tu sais.
Clarke rit avant de prendre la main de Lexa sur la table, ses doigts jouant doucement avec les siens.
— Alors, ne prends jamais ta retraite.
— Profites-en ! Pour l'instant, j'ai le temps! répondit la brune avec un sourire, faisant son maximum pour rendre sa suspension plus supportable.
Le temps passa doucement, et une fois leurs desserts et tasses de café presque terminés, Lexa jeta un coup d'œil à son téléphone pour voir l'heure.
— Il va bientôt être temps que tu retournes travailler, dit-elle à regret.
Clarke hocha la tête et, après avoir payé, elles reprirent la route de l'hôpital.
En accompagnant la blonde à travers les urgences, Lexa fronça les sourcils, son regard s'arrêtant subitement un peu plus loin.
— Clarke… Regarde, dit-elle en faisant signe.
Clarke échangea un regard inquiet avec Lexa, avant de s'approcher doucement de la petite fille.
— C'est… C'est Madi? dit la blonde avec étonnement, avant de se diriger vers elle.
La petite brune était assise sur une chaise, le regard tourné vers le sol, semblant absente, perdue dans ses pensées. Semblant attendre qu'on s'occupe d'elle. Elles avaient toutes les deux instantanément reconnu la petite fille que Lexa avait sortie de ce semi-remorque qu'elles avaient arrêté.
— Madi ? demanda-t-elle doucement, s'agenouillant à sa hauteur.
Quand la petite fille leva les yeux vers elles en entendant son nom, elle avait un regard perdu et triste. Mais, dès qu'elle réalisa de qui il s'agissait, un immense sourire radieux s'afficha sur son visage.
— Pourquoi est-ce que tu es ici, ma puce? lui demanda Clarke en s'agenouillant pour être à son niveau.
Sans rien dire, la petite leur montrant son bras, où se trouvait une balafre assez profonde.
— D'accord, je vais m'en occuper, dit la médecin avec un sourire. Je vais chercher de quoi, tu restes avec Lexa?
Tandis que la petite acquiesça, la brune se rapprocha et prit place à ses côtés, ayant récupéré une chaise plus loin quelques instants plus tôt.
— Tu n'es pas venue ici toute seule, Madi? lui demanda-t-elle gentiment, mais avec une once d'inquiétude.
Toujours sans un mot, la petite fit un signe avec son bras valide vers une personne un peu plus loin. Il ne fallut pas plus de temps à Lexa pour savoir que la personne au téléphone un peu plus loin était une personne des services sociaux à l'enfance. Après tout, elle avait elle-même été à la place de la petite fille des années auparavant.
Clarke revint les bras chargés, continuant de sourire et d'essayer de rassurer la petite. Tandis que celle-ci détourna le regard vers le sol, Lexa eut le temps de lui dire sans un mot que c'était les services sociaux.
Cette dernière s'étant peut-être sentie observée, elle rangea son téléphone et se rapprocha d'elles, tandis que la blonde commença à soigner Madi.
— Bonjour, que s'est-il passé? demanda rapidement Lexa, laissant à peine le temps à la nouvelle venue de les saluer.
— Vous êtes? demanda la femme, peu satisfaite de l'accueil reçu.
— Alexandria Wood, répondit la médecin à la place de sa compagne, sentant celle-ci se tendre. Et je suis le Docteur Clarke Griffin.
— Oh! Oui, effectivement, j'ai vu vos noms dans le dossier concernant Madi. Si je ne me trompe pas, c'est vous qui l'aviez trouvé dans le camion et vous êtes occupé des premiers soins?
Voyant la petite fille se refermer complètement tandis que la femme parla, elle serra la mâchoire.
— Est-ce que je peux vous payer un café? demanda Lexa avec un sourire faux, dans le but de l'éloigner de la petite. Clarke va s'occuper d'elle.
— Avec plaisir! répondit la personne des services sociaux, en la suivant, après un bref regard dans la direction de Madi.
Les deux femmes arrivèrent rapidement à la cafétéria de l'hôpital, et les deux cafés commandés elles s'installèrent à une table.
— Qu'est-il arrivé à Madi? demanda Lexa de but en blanc, sans perdre de temps.
— Madi s'est battue à l'orphelinat dans lequel elle était placée, répondit la femme, en prenant une gorgée de son café.
— Et j'imagine que vous n'avez pas eu la version de Madi? demanda Lexa, serrant l'un de ses poings.
— Non, elle n'a rien voulu dire du tout. Ça n'a pas l'air de vraiment bien se passer à l'orphelinat.
— Et vous n'avez toujours pas trouvé de famille pour la placer?
— Justement, soupira la femme. Pas de chance pour elle, on devait la placer dans une famille d'accueil cette semaine, mais ils ont été informés de la bagarre et ont décidé de ne pas prendre Madi. Ils ont peur qu'elle soit trop dangereuse et… instable.
Lexa se mit à ricaner en secouant la tête.
— Tiens donc, c'est certain qu'une gosse aussi jeune, arrachée à ses parents et retrouvée dans un semi-remorque pour être vendue, doit n'avoir aucun problème. Vous n'avez pas une autre famillepour la placer ?
— Mme Wood, je n'apprécie pas vraiment votre ton, répondit-elle en fronçant les sourcils. Nous faisons tout notre possible pour Madi.
— Ce que vous ne savez pas, c'est qu'il y a quelques années, j'étais à la place de Madi, déclara la brune en se levant. La différence, c'est qu'heureusement, j'étais déjà plus grande. Mais j'ai passé plus de deux ans dans des foyers, déplacés à droite et à gauche.
La femme des services sociaux resta silencieuse un moment, surprise par la déclaration de Lexa. Elle posa sa tasse de café sur la table, l'air légèrement déstabilisé.
— Vous ? demanda-t-elle doucement, son ton perdant un peu de sa fermeté.
Lexa hocha la tête, son regard se durcissant légèrement alors qu'elle repensait à son passé.
— Oui. J'étais cette enfant qu'on jugeait "difficile", qu'on déplaçait de foyer en foyer parce que personne ne voulait se donner la peine de comprendre ce que je vivais. On me regardait avec ces yeux pleins de jugement et de peur. Et passé 15 ans, j'étais bien trop vieille pour qu'on essaie de me placer dans une famille d'accueil. Je sais exactement ce que Madi traverse.
La femme sembla hésiter un instant avant de répondre.
— Je suis désolée que vous ayez eu à vivre ça… Mais, comme vous le savez sûrement, nous avons des procédures et des critères à respecter. Ce n'est pas toujours aussi simple que de vouloir bien faire.
Lexa ricana une nouvelle fois, son sourire teinté d'ironie.
— Des critères ? Vous parlez des mêmes critères qui abandonnent des enfants comme Madi dans des environnements où ils se battent pour survivre? Des critères qui laissent des familles d'accueil changer d'avis au moindre problème?
La femme des services sociaux fronça les sourcils, cette fois un peu plus sur la défensive.
— Écoutez, Mme Wood, ce n'est pas une situation idéale, et je ne prétends pas que notre système est parfait. Mais nous faisons de notre mieux avec les ressources dont nous disposons.
Lexa planta son regard dans celui de son interlocutrice, une étincelle de détermination brûlant dans ses yeux.
— Votre "mieux" n'est pas suffisant. Pas pour Madi. Elle mérite bien plus que ça. Pas après tout ce qu'elle a subi.
La brune serra fortement son poing, se mordant l'intérieur de la joue avant de parler.
— Et que voulez-vous que je fasse? s'énerva légèrement la femme face à elle. Nous allons essayer de trouver une nouvelle famille, mais vous devez bien savoir que c'est compliqué.
— Je peux avoir votre carte? demanda subitement Lexa. Je vais voir de mon côté si je peux faire avancer les choses aussi.
La femme des services sociaux cligna des yeux, visiblement surprise par la demande de Lexa. Après un bref instant d'hésitation, elle fouilla dans son sac et en sortit une carte de visite, qu'elle posa sur la table devant elle.
— Je ne sais pas ce que vous avez en tête, mais si vous pensez pouvoir aider, voici mes coordonnées.
Lexa prit la carte sans un mot, l'examinant rapidement avant de la glisser dans la poche intérieure de sa veste.
— Je suis dans la police, j'ai peut-être des contacts que vous n'avez pas. Je ne tiens pas à laisser Madi dans cette situation.
La femme regarda sa montre, se levant en finissant son café.
— Je dois retourner auprès de Madi, mais d'abord je dois passer un coup de fil, déclara-t-elle en quittant la cafeteria.
Après un instant, elle se passa une main dans les cheveux, inspira profondément, puis reprit le chemin des urgences. Lorsqu'elle arriva, elle trouva Clarke assise à côté de Madi, qui semblait plus détendue qu'auparavant. La blonde parlait doucement avec la petite fille tout en vérifiant les bandages de son bras.
Clarke leva les yeux en voyant Lexa approcher, un sourire se dessinant sur ses lèvres.
Lexa s'agenouilla à hauteur de Madi et posa doucement une main sur la chaise à côté d'elle.
— Comment est-ce que tu te sens, ma puce? On m'a dit que tu t'es fait ça en te battant.
Madi haussa légèrement les épaules, évitant le regard de Lexa. Ses doigts jouaient nerveusement avec le bord de la couverture qu'elle avait sur les genoux.
— Ils m'embêtaient, murmura-t-elle, sa voix à peine audible.
Lexa échangea un regard avec Clarke, qui hocha imperceptiblement la tête, comme pour lui donner le feu vert. La brune s'assit sur la chaise à côté de Madi, adoucissant son ton.
— Ils t'embêtaient comment? demanda-t-elle doucement, sans la brusquer.
La petite hésita, mordillant sa lèvre inférieure, visiblement mal à l'aise. Après un long silence, elle finit par lâcher:
— Ils disaient que… que personne ne voudrait jamais de moi. Que j'étais bizarre! Et que j'étais dangereuse parce que… parce que j'étais là-dedans, ajouta-t-elle en faisant référence à l'époque où elle avait été retrouvée dans le semi-remorque.
Lexa sentit une bouffée de colère monter en elle, mais elle la réprima immédiatement. Ce n'était pas le moment de laisser ses émotions prendre le dessus. Elle posa une main légère sur celle de Madi, ses yeux cherchant à capter ceux de la fillette.
— Tu sais quoi? Ces enfants ne savent rien, Madi. Ce qu'ils disent, c'est faux. Et ce n'est pas parce qu'ils sont méchants ou stupides qu'ils ont raison.
Madi releva enfin les yeux vers Lexa, une lueur d'espoir mêlée à la méfiance brillant dans son regard.
— Mais… c'est peut-être vrai, murmura-t-elle. Peut-être que personne ne voudra jamais de moi.
— Tu es bien plus forte que tu ne le crois, Madi, lui dit Clarke avec un sourire doux. Ce que tu as traversé… Peu de gens auraient eu ton courage. Et crois-moi, il y a des gens qui voudront de toi. Qui seront extrêmement contents de t'avoir avec eux, même.
— Clarke a raison, je te promets que ça va s'arranger, Madi.
La petite fille fixa les deux femmes tour à tour, ses yeux brillant d'une émotion qu'elle semblait essayer de contenir. Sa voix était hésitante, presque tremblante.
— Tu crois vraiment que ça peut s'arranger? demanda-t-elle doucement, comme si elle avait du mal à y croire.
La brune hocha la tête avec assurance, avant que sa compagne se penche légèrement vers la petite fille pour capter son attention.
— Tu gardes bien le papier que je t'ai donné tout à l'heure, d'accord? Avec mon numéro et celui de Lexa. Et tu n'hésites surtout pas à nous appeler si ça ne va pas.
— Pour quoi que ce soit, ajouta Lexa, heureuse du geste de la blonde.
Madi hocha timidement la tête, serrant le morceau de papier qu'elle avait précieusement plié et glissé dans sa poche. Ses doigts jouaient nerveusement avec l'ourlet de la couverture, mais elle sembla légèrement apaisée par la présence des deux femmes.
— Vous promettez? demanda-t-elle d'une petite voix, ses yeux pleins de doute, mais aussi d'espoir.
Lexa posa une main rassurante sur son épaule, la regardant droit dans les yeux.
— Je te le promets, ma puce. Peu importe ce qui arrive, tu n'es plus toute seule maintenant.
Clarke acquiesça, un sourire tendre illuminant son visage.
— Et si jamais quelqu'un te fait du mal ou que tu as besoin d'aide, peu importe l'heure ou l'endroit, tu nous appelles. On sera là.
Un silence s'installa pendant un moment, mais il n'était pas inconfortable. Madi sembla digérer ces paroles, son regard fixant ses mains avant de remonter timidement vers Lexa et Clarke.
— Merci… murmura-t-elle finalement, sa voix à peine audible, mais sincère.
Clarke se pencha pour replacer une mèche de cheveux derrière l'oreille de la petite fille, un geste doux et maternel.
— C'est toi qui es courageuse, Madi. Et l'on va s'assurer que les choses changent pour toi, d'accord?
Madi acquiesça faiblement, et un petit sourire apparut enfin sur son visage.
— D'accord, répondit-elle, presque dans un souffle.
Lexa, qui observait la scène avec une intensité contenue, serra les poings un instant pour contenir les émotions qui menaçaient de déborder.
La femme des services sociaux se rapprocha d'elles à ce moment-là.
— Tout est bon, Docteur Griffin? Nous pouvons y aller?
Clarke se redressa doucement, jetant un regard à Madi avant de se tourner vers la femme des services sociaux.
— Oui, elle peut partir, mais veillez à ce qu'elle se repose, répondit Clarke d'une voix calme, mais ferme. Et je veux qu'on me tienne au courant de son état.
La femme acquiesça, visiblement pressée de partir.
— Bien sûr, Docteur. Merci pour votre aide.
Elle s'approcha de Madi, un sourire un peu forcé sur les lèvres.
— Madi, il est temps d'y aller, dit-elle doucement.
Madi se crispa légèrement, jetant un regard hésitant à Clarke et Lexa. Lexa, qui avait remarqué son malaise, s'accroupit de nouveau à sa hauteur.
— Hé, ne t'inquiète pas, murmura-t-elle. Tu as mon numéro. Rappelle-toi ce que je t'ai dit: tu n'es pas seule.
Madi hocha timidement la tête, ses doigts agrippant le papier dans sa poche comme s'il s'agissait d'un talisman.
La femme des services sociaux posa une main légère sur l'épaule de la petite fille pour l'encourager à se lever.
— Allez, Madi. On y va.
Madi se leva lentement, regardant une dernière fois Clarke et Lexa.
— Au revoir, murmura-t-elle, ses yeux brillants d'émotion.
— À bientôt, Madi, répondit Clarke avec un sourire encourageant.
— Et souviens-toi: on est là, ajouta Lexa d'un ton rassurant.
Madi suivit la femme des services sociaux hors de la pièce, ses pas traînants et ses épaules légèrement voûtées. Clarke et Lexa la regardèrent partir en silence, la tension dans l'air palpable.
Quand elles eurent disparu, Lexa soupira profondément, passant une main dans ses cheveux.
— Elle est tellement jeune, Clarke. Elle ne devrait pas avoir à traverser tout ça.
Clarke posa une main apaisante sur le bras de Lexa.
— On va faire en sorte qu'elle aille mieux. Je sais que tu ne laisseras pas tomber, et moi non plus. On en parle ce soir, d'accord? Je dois vraiment y aller…
Lexa hocha la tête, son regard encore fixé sur la porte par laquelle Madi avait disparu. Elle se rapprocha de sa compagne, qui la prit dans ses bras avant de l'embrasser, ignorant toutes les personnes autour.
— Et ne te fait pas un sang d'encre pour elle cet après-midi, d'accord?
La Wood soupira, son front toujours plissé d'inquiétude, mais elle acquiesça doucement, son regard glissant de Clarke à la porte.
— J'essaierai, murmura-t-elle, même si elle savait qu'elle n'y arriverait probablement pas.
La chirurgienne lui sourit avec tendresse, caressant légèrement la joue de sa compagne avant de lui donner un dernier baiser sur le front.
— Je te connais, Lexa. Tu vas retourner cette situation dans tous les sens jusqu'à trouver une solution. Mais souviens-toi que tu n'es pas seule non plus. On fait équipe, d'accord?
Lexa releva les yeux, rencontrant le regard rassurant de sa compagne. Un faible sourire effleura ses lèvres, et elle hocha la tête.
— D'accord.
Clarke lui donna une dernière pression sur le bras avant de reculer pour attraper son sac.
— Je te vois ce soir. On en discutera plus calmement.
Lexa regarda Clarke partir à son tour, son esprit déjà en train de tourner à toute vitesse. La détermination était inscrite sur ses traits; elle ne pouvait pas rester les bras croisés.
Le soir était tombé sur la ville, et l'appartement de Clarke et Lexa baignait dans une lumière tamisée. La pluie fine frappait doucement contre les fenêtres, ajoutant une ambiance feutrée à l'atmosphère. Clarke était assise sur le canapé, un mug de thé fumant entre les mains. Lexa faisait les cent pas dans la pièce, son visage sombre, les bras croisés sur sa poitrine.
— Lexa, viens t'asseoir, murmura Clarke d'une voix douce, mais ferme. Tu vas finir par user le tapis.
Lexa s'arrêta net, jetant un regard à Clarke avant de pousser un soupir résigné. Elle se laissa tomber à côté d'elle, son corps tendu, ses mains agrippant le bord du canapé.
— Je n'arrive pas à arrêter de penser à elle, avoua-t-elle. Elle avait l'air tellement fragile en partant, Clarke. Comme si elle s'effondrerait à la moindre secousse.
Clarke posa une main apaisante sur la cuisse de Lexa, cherchant son regard.
— Je sais. Moi aussi, j'y pense. Mais elle est entre de bonnes mains pour l'instant.
Lexa laissa échapper un rire amer.
— Entre de bonnes mains? Tu parles de ce système qui l'a déjà laissé tomber une fois? Clarke, on sait très bien que ce n'est qu'une question de temps avant qu'elle se retrouve encore plus abîmée. Je suis bien placée pour le savoir. Et encore, moi j'avais de l'aide. Madi est toute seule.
Clarke serra légèrement la main de Lexa, tentant de calmer la tempête qu'elle voyait grandir et qui grondait en elle.
— Je suis d'accord. Mais il faut qu'on réfléchisse à la meilleure façon de l'aider. On ne peut pas agir sur un coup de tête, surtout avec ta situation…
À ces mots, Lexa détourna le regard, sa mâchoire se contractant.
— Suspendue. Comme si c'était le bon moment pour ça… gronda-t-elle, ses poings se crispant.
Clarke soupira, se penchant légèrement vers elle.
— Pour ce que l'on en sait, pour le moment, cette suspension n'est qu'une formalité. Mais pour l'instant, ça complique les choses. Je sais ce que tu veux faire et je suis d'accord, mais si l'on se propose comme famille d'accueil maintenant, ils verront ça comme une instabilité.
— Je sais! Mais Madi a besoin de stabilité, pas d'un énième foyer temporaire, s'emporta la brune.
Clarke se redressa légèrement, son ton restant calme, mais sa détermination était palpable.
— Lexa, je suis d'accord avec toi. Tu sais que je veux qu'on l'accueille, au moins le temps de lui trouver quelqu'un, je te l'ai dit. Mais si l'on se précipite, on risque de lui faire plus de mal que de bien.
Lexa s'arrêta, ses épaules s'affaissant légèrement. Elle savait que Clarke avait raison, mais l'idée de rester les bras croisés la rendait folle.
— Alors qu'est-ce qu'on fait? murmura-t-elle, sa voix brisée. On attend? On la regarde souffrir de loin?
Clarke posa sa tasse sur la table basse et se leva pour rejoindre Lexa. Elle attrapa ses mains, les serrant doucement dans les siennes.
— Non, on ne va pas attendre sans rien faire. On va se préparer. On va montrer qu'on est une option stable et fiable pour elle.
— Comment?
Clarke plongea son regard dans celui de Lexa, un sourire doux, mais déterminé sur les lèvres.
— D'abord, on s'assure que ta suspension soit levée. Ça, c'est notre priorité. Ensuite, on commence les démarches pour devenir famille d'accueil. Ce ne sera pas simple, mais on le fera ensemble.
Lexa la regarda en silence pendant un moment, ses yeux brillant d'émotion.
— Tu es sûre que c'est ce que tu veux? lui demanda-t-elle doucement. Ce n'est pas juste une décision à prendre à la légère.
Clarke caressa doucement la joue de Lexa, son sourire s'élargissant.
— C'est ce que je veux, Lexa. Madi a besoin de nous, et je veux qu'on soit là pour elle. Je ne veux pas qu'on la laisse seule dans cette situation.
Un silence s'installa, mais il était chargé d'un mélange d'espoir et de détermination. Lexa hocha lentement la tête, comme si elle acceptait enfin de poser les armes pour l'instant.
— D'accord. On fait ça à ta manière, murmura-t-elle. Mais si jamais ils laissent tomber Madi encore une fois…
Clarke posa un doigt sur ses lèvres, l'interrompant avec douceur.
— Alors on sera là pour la rattraper.
Lexa la fixa un instant avant de l'attirer dans ses bras, enfouissant son visage dans son cou.
— Merci, murmura-t-elle.
Clarke passa une main dans les cheveux de Lexa, son autre main caressant doucement son dos.
— On va y arriver, Lexa. Pour elle.
Elles restèrent ainsi un moment, s'offrant mutuellement le réconfort dont elles avaient besoin. La pluie continuait de tomber dehors, mais à l'intérieur, une détermination silencieuse s'était installée. Peu importait les obstacles, elles allaient se battre pour Madi. Ensemble.
